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Quand Le Nouvel Observateur héberge une publicité d’un lobby anti-IVG

Le 21 novembre dernier, Le Nouvel Observateur publie un « Manifeste contre le viol », signé par 313 femmes. Une journaliste de l’hebdomadaire explique alors ce « geste politique » : « Comme il le fit en avril 1971 en faveur de l’avortement, "Le Nouvel Observateur" publie aujourd’hui un manifeste pour que notre société ouvre enfin les yeux sur la vérité du viol en France, un scandale massif qui appelle une mobilisation urgente » [1]. Une initiative salutaire et applaudie par les mouvements féministes. Mais il n’est pas certain que ces derniers apprécient les derniers exploits de l’hebdomadaire dirigé par Laurent Joffrin.

Comme l’a remarqué Sandrine Bajos sur son compte Twitter, les lecteurs et les lectrices du Nouvel Obs ont en effet eu la désagréable surprise de découvrir dans la dernière livraison du supplément télé de l’hebdomadaire, Télé Obs, une publicité, pleine page, des plus explicites :

(« On arme des bateaux pour défendre les baleines alors qu’on laisse l’embryon sans défense. »)

La publicité en question est l’œuvre de la Fondation Jérôme Lejeune, sympathique association « pro-vie » qui tire son nom d’un médecin français célèbre pour ses prises de position anti-IVG (il fut notamment président d’honneur de l’association Laissez-les vivre – SOS futures mères et aurait même qualifié la pilule abortive de « premier pesticide humain » [2]).

Que la Fondation Jérôme Lejeune pense que l’embryon est un être humain à part entière, c’est son problème. Et qu’elle entende défendre sa position en achetant des emplacements publicitaires, pourquoi pas. Mais que Le Nouvel Observateur accepte d’ouvrir ses pages à une telle « publicité » ne manque pas de surprendre et, pour le dire franchement, donne la nausée.

De toute évidence, tout est bon pour gagner de l’argent, qu’il s’agisse d’héberger un courageux manifeste contre le viol… ou une fondation anti-IVG. Laurent Joffrin, spécialiste en leçon de morale et en cours de déontologie, se justifiera-t-il par une énième pirouette ? Probablement. Mais il est sans doute temps, pour celles et ceux qui croient sincèrement à la nécessité du combat féministe, de ne plus servir de caution à des titres et des éditorialistes sans scrupule, pour qui la seule règle qui vaille est la règle selon laquelle tout ce qui rapporte de l’argent est bon à prendre.

Julien Salingue

P.S. L’alerte déclenchée par Aurore Bergé, confortée par la nôtre, n’est pas restée sans réaction. Comme on peut le vérifier dans un article qu’elle a publié.. sur le site du Nouvel Observateur- « Quand le Nouvel Obs passe une pub anti-IVG : "Vous trouvez ça normal ?" » -, Renaud Dély sur Twitter a déploré une « erreur regrettable » et présenté des excuses. Dont acte.

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