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" Débats "

Quand Charlie Hebdo et Le Monde rivalisent d’esprit libertaire

Arbitres des " dĂ©bats " dont ils contrĂ´lent l’accès, les mĂ©dias dominants s’en font une conception tout Ă  fait singulière. Deux Ă©pisodes rĂ©cents le confirment amplement...

"Le Monde" : " Ils sont ici chez nous ces intellectuels "... qui dĂ©fendent la lapidation des femmes adultères

Le Monde du 10 septembre 2002 publiait un point de vue intitulĂ© " La charia incomprise " et signĂ© "Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève", oĂą l’on pouvait lire, entre autres, cette Ă©lĂ©gante dĂ©fense de la lapidation : " Les peines concernant le vol et l’adultère ne peuvent ĂŞtre appliquĂ©es que dans une sociĂ©tĂ© oĂą sont protĂ©gĂ©es les normes et les valeurs islamiques. Il est exclu de couper la main du voleur dans un Etat qui ne donne pas Ă  ce dernier les moyens de vivre dignement. La lapidation prĂ©vue en cas d’adultère n’est envisageable que si quatre personnes ont Ă©tĂ© des tĂ©moins oculaires du dĂ©lit. Ce qui est pratiquement irrĂ©alisable, Ă  moins que le musulman choisisse d’avouer sa faute. Avant l’exĂ©cution de la sentence, les juristes prĂ©cisent qu’il lui est toujours possible de revenir sur son aveu. "

Ou encore ceci : " Qui a créé le virus du sida ? Observez que la personne qui respecte strictement les commandements divins est Ă  l’abri de cette infection, qui ne peut atteindre, Ă  moins d’une erreur de transfusion sanguine, un individu qui n’entretient aucun rapport extraconjugal, qui n’a pas de pratique homosexuelle et qui Ă©vite la consommation de drogue. (...) La mort lente d’un malade atteint du sida est- elle moins significative que celle d’une personne lapidĂ©e ? "

Des lecteurs ayant protestĂ© contre la prĂ©sentation de la dĂ©fense de pratiques criminelles comme un simple " point de vue ", le mĂ©diateur du Monde a jugĂ© bon d’intervenir. Ce qui nous a valu, comme Ă  l’accoutumĂ©e, le " point de vue " du directeur de la rĂ©daction, Edwy Plenel, Ă  qui l’on doit cette dĂ©claration : " Ils sont chez nous, ces intellectuels, qui dĂ©fendent une tradition religieuse. Ils font partie de notre monde. Nous devons favoriser un dĂ©bat sur fond de rĂ©fĂ©rences universelles communes, sans enfermer les autres dans des cases et sans entrer dans une guerre des mondes. La France est aujourd’hui le seul pays d’Europe, voire d’Occident, Ă  rĂ©unir les qualitĂ©s suivantes : fille aĂ®nĂ©e de l’Eglise, hĂ©ritière de l’Ă©dit de Nantes, refuge après la catastrophe de la plus importante communautĂ© juive europĂ©enne et, si l’on excepte la seule Russie, premier pays pour l’importance de sa population musulmane. En termes de dialogue et de dĂ©bat, d’Ă©change et de confrontation, cela crĂ©e des obligations. "

Faut-il comprendre qu’ " ils sont ici chez nous ces intellectuels "... qui dĂ©fendent la lapidation des femmes adultères, l’amputation des voleurs, le châtiment divin par le sida pour les homosexuels ?

Passe encore si Le Monde avait publiĂ© le texte d’Hani Ramadan comme un document Ă  charge... contre ses " opinions ". Mais, comme un " point de vue " indispensable au " dĂ©bat " !

Mais il ne s’agissait encore que d’un " point de vue " dont seule la publication engageait la responsabilitĂ© du Monde ! Charlie Hebdo a fait beaucoup mieux...

"Charlie Hebdo" : " J’ai aimĂ© "... ce livre au relents racistes qui condamne la croisade de l’Islam contre l’Occident

Car c’est Ă  un chroniqueur du journal lui-mĂŞme, et non Ă  un simple " invitĂ© " que l’on doit, en guise de contribution au " dĂ©bat " un Ă©loge dithyrambique du libelle d’Oriana Fallaci, La rage et l’orgueil. Sous le titre " Courage intellectuel ", Robert Misrahi justifie ainsi son " courageux " Ă©loge :

" Entre nous, il s’agit d’Ă©changer des informations, de dialoguer en souhaitant convaincre l’autre en l’Ă©clairant et de faire progresser ensemble la dĂ©mocratie partout dans le monde ".

Ainsi, selon le philosophe de service de Charlie Hebdo, Oriana Fallaci non seulement contribuerait au " dialogue ", mais rien - non vraiment rien - dans son livre ne permettrait de l’accuser de xĂ©nophobie et de racisme.

Et Robert Misrahi, de se rĂ©jouir :

" Elle ne proteste pas seulement contre l’islamisme assassin (...). Elle proteste aussi contre la dĂ©nĂ©gation qui a cours dans l’opinion europĂ©enne, qu’elle soit italienne ou française par exemple. On ne veut pas voir ni condamner clairement le fait que c’est l’islam qui part en croisade contre l’Occident et non l’inverse ".

Brave philosophe de l’hebdomadaire contestataire : la prĂ©caution Ă©lementaire (et rudimentaire...) qui consiste Ă  distinguer islam et " islamisme " part en fumĂ©e...

Mais s’Ă©tonner d’une telle Ă©normitĂ©, si l’on se souvient qu’un autre journaliste du mĂŞme pĂ©riodique - Philippe Val - pourfend l’antisĂ©mitisme latent de " l’antiamĂ©ricanisme " d’extrĂŞme-gauche et soutient dans cette salubre " croisade " le preux Pierre-AndrĂ© Taguieff.

MĂŞme Alain Finkielkraut, si l’on en croit le " droit de rĂ©ponse " que Le Monde Diplomatique de novembre a cru bon de publier (puisqu ’Alain Finkielkraut ne dispose que sur France Culture d’un " droit de rĂ©ponse " permanent et sans contrepartie...) - mĂŞme Alain Finkielkraut donc a cru bon d’Ă©crire :

" Oriana Fallaci succombe au racisme quand elle affirme que les musulmans ont tendance Ă  se multiplier comme des rats, et plus gĂ©nĂ©ralement, lorsqu’elle referme sur tous les musulmans le piège de l’islam " (L’ ActualitĂ© juive hebdo, n°753, du 20 juin 2002).

Alain Finkielkraut, plus nuancĂ© que Charlie Hebdo !

Par Acrimed, que ces " dĂ©bats " sont dĂ©coiffants et contribuent au dialogue dĂ©mocratique !

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