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Acrimed en débat

Pour une refondation de l’audiovisuel public - La question du financement

Au cours de sa confĂ©rence de presse du 8 janvier 2008, Nicolas Sarkozy a dĂ©clarĂ© qu’il fallait « rĂ©flĂ©chir Ă  la suppression totale de la publicitĂ© sur les chaĂ®nes publiques ». Ces chaĂ®nes a-t-il ajoutĂ©, « pourraient ĂŞtre financĂ©es par une taxe sur les recettes publicitaires accrue des chaĂ®nes privĂ©es et une taxe infinitĂ©simale sur les chiffres d’affaires des nouveaux moyens de communication comme l’accès Ă  Internet ou la tĂ©lĂ©phonie mobile. »

Il y a suppression et suppression. Toutes les suppressions de la publicitĂ© ne sont pas Ă©quivalentes. Elles peuvent mĂŞme ĂŞtre totalement opposĂ©es dans leurs intentions et leurs effets. Une suppression de la publicitĂ© qui, comme on peut le craindre, serait Ă  la fois brutale et sans contrepartie satisfaisante, qu’il s’agisse du niveau et des modalitĂ©s du financement du secteur public ou de l’étendue de son pĂ©rimètre d’activitĂ©, aurait pour consĂ©quences un renforcement du secteur privĂ©, l’étranglement du secteur public et son assujettissement au pouvoir exĂ©cutif. Ă€ quelles conditions une suppression progressive de la publicitĂ© pourrait-elle renforcer le secteur public ? C’est ce que l’on peut lire dans le texte ci-dessous publiĂ© le 15 mars 2006 et en dĂ©bat au sein d’Acrimed depuis longtemps. (Acrimed, le 8 janvier 2008)

PrĂ©ambule : Pour un nouveau service public de l’audiovisuel

S’il existe encore un secteur public de l’audiovisuel (ou, plutĂ´t, un secteur semi-public, en raison du financement pour partie commercial de son activitĂ©), le service public, lui, n’existe guère. S’il existe dĂ©jĂ  des mĂ©dias associatifs, indĂ©pendants et laĂŻcs, les entraves mises Ă  leur dĂ©veloppement leur interdisent de remplir pleinement des fonctions de service public.

La redĂ©finition des politiques publiques de l’audiovisuel et la constitution d’un service public, indĂ©pendantes du financement commercial sont donc une seule et mĂŞme prioritĂ©.

Cette fondation, ou cette refondation, pour ĂŞtre pleinement dĂ©mocratique, ne peut s’appuyer sur le seul secteur public, rĂ©duit de surcroĂ®t au pĂ©rimètre qui est actuellement le sien. C’est pourquoi il faut soutenir, comme nous l’avons formulĂ© depuis 2003 (« D’autres mĂ©dias pour un autre monde », intervention au Forum Social europĂ©en de Paris-Saint Denis) un nouveau projet.

Le service public doit reposer sur deux piliers ou deux secteurs correspondants Ă  deux formes de propriĂ©tĂ© complĂ©mentaires :
- un secteur public
libĂ©rĂ© des contraintes purement commerciales et de sa mise sous tutelle politique ;
- un secteur associatif, indĂ©pendant et laĂŻc. (Voir : « Pour des mĂ©dias associatifs affranchis des entraves politiques et financières »).

Un tel service public ne peut exister et se dĂ©velopper isolĂ©ment. La refondation du service public doit s’inscrire dans une triple perspective. Elle passe par :
- une appropriation dĂ©mocratique des chaĂ®nes privĂ©es ;
- une refonte des autoritĂ©s publiques en charge de la question des mĂ©dias ;
- une remise en cause des politiques nĂ©olibĂ©rales Ă  l’Ă©chelle europĂ©enne.

Mais d’abord par une transformation du financement des tĂ©lĂ©visions publiques.

LA QUESTION DU FINANCEMENT DES TÉLÉVISIONS PUBLIQUES


La question de l’avenir des mĂ©dias audiovisuels et, partant, de celui de l’audiovisuel public (plus que jamais Ă  l’heure de la convergence des technologies de la communication) est un enjeu stratĂ©gique majeur.

LivrĂ© aux lois du marchĂ©, l’audiovisuel l’est du mĂŞme coup Ă  celles de la mondialisation libĂ©rale dont les mĂ©dias dominants sont Ă  la fois des acteurs et les ardents dĂ©fenseurs. Soumises Ă  des concentrations financiarisĂ©es Ă  l’Ă©chelle internationale, subordonnĂ©es aux impĂ©ratifs d’une profitabilitĂ© maximale destinĂ©e Ă  des actionnaires privĂ©s, assujetties Ă  la publicitĂ© commerciale et, partant, Ă  l’audience quantitative et instantanĂ©e, les tĂ©lĂ©visions privĂ©es ajustent leur programmation Ă  des exigences incompatibles avec la pluralitĂ© de l’information et la conflictualitĂ© du dĂ©bat public.

Confondant la multiplicitĂ© des canaux avec la pluralitĂ© des contenus et la segmentation des offres thĂ©matiques avec la diversitĂ© des options politiques et des aspirations culturelles, les tenants avouĂ©s ou honteux du libĂ©ralisme s’en tiennent Ă  une version atrophiĂ©e du pluralisme : celle-lĂ  mĂŞme qui contribue Ă  garantir leur hĂ©gĂ©monie.

Aucun service public digne de ce nom ne peut exister sans bĂ©nĂ©ficier des ressources nĂ©cessaires Ă  une politique audacieuse et crĂ©atrice en matière d’information de divertissement et de culture. Aucun service public digne de ce nom ne peut exister s’il dĂ©pend de l’audience essentiellement quantitative, instantanĂ©e et commerciale qui intĂ©resse les publicitaires. Or, mises en concurrence avec des tĂ©lĂ©visions privĂ©es, les tĂ©lĂ©visions publiques sont Ă  la fois sous financĂ©es et mal financĂ©es.

I. Un financement indigent et mercantile

Les contraintes budgĂ©taires peuvent ĂŞtre un alibi : l’orientation du secteur public de la tĂ©lĂ©vision ne dĂ©pend pas exclusivement de son financement. Mais pour que d’autres choix soient effectifs, il faut modifier en profondeur l’importance et les modalitĂ©s de financement du secteur public.

1. Le sous financement - « Dis-moi combien l’on te paie, je te dirai qui tu es »

Aussi brutale qu’elle paraisse, une telle formule dit simplement qu’aucun secteur public digne de ce nom ne peut exister sans un financement Ă  la mesure du rĂ´le qui peut et doit lui ĂŞtre attribuĂ©.

Or, selon les chiffres avancĂ©s dans une « tribune » d’un groupe de travail de l’Observatoire français des mĂ©dias - « Pour une Ă©volution du financement du secteur public » (lien pĂ©rimĂ©, aoĂ»t 2013) - « le financement actuel du secteur public audiovisuel s’Ă©levait Ă  environ 3 300 millions d’euros pour 2003. Il dĂ©pend aujourd’hui de trois ressources :
- la redevance pour environ 2 500 millions d’euros, soit 76 % du total des ressources. [...] Le montant de la redevance en France, qui s’Ă©lève Ă  116,50 euros par an, est faible, puisque, Ă  l’exception de l’Italie et de l’Irlande, son montant est bien plus Ă©levĂ© ailleurs en Europe, comme au Royaume-Uni, en Allemagne et au Danemark, oĂą il est compris entre 178 et 273 euros. Ce montant n’a pas progressĂ© durant les dernières annĂ©es et il a mĂŞme reculĂ© par rapport au niveau gĂ©nĂ©ral des prix, de 3 % entre 2001 et 2003.
- les ressources propres, comme la vente de programmes Ă  l’Ă©tranger, pour environ 130 millions d’euros, soit 4 % du total.
- les recettes de publicitĂ© pour environ 700 millions d’euros, soit 20 % du total des ressources. »

En dĂ©pit ou Ă  cause de ces montants et de cette rĂ©partition, le secteur public de la tĂ©lĂ©vision est sous-financĂ©. C’est ce qui ressort des comparaisons avec les autres tĂ©lĂ©visions en France et en Europe, ainsi que le souligne Fernando Malverde (journaliste, membre du SNJ-CGT) :

« Aujourd’hui la diffĂ©rence de moyens entre le secteur public et les chaĂ®nes privĂ©s est spectaculaire. Globalement, le chiffre d’affaires du secteur public n’a qu’une croissance annuelle moyenne de 2 Ă  3 %, dans un secteur oĂą celui du privĂ© varie de 7 Ă  10 %.L’Ă©cart s’est creusĂ© d’annĂ©e en annĂ©e. [...] Comme le signalait un collectif de professionnels lors de la discussion du budget 2005 de l’Audiovisuel Public : "En France, depuis plusieurs annĂ©es, les chiffres d’affaires de chaĂ®nes publiques ne parviennent plus Ă  suivre les Ă©volutions des diffuseurs privĂ©s alors mĂŞme que les coĂ»ts de grille augmentent structurellement de la mĂŞme façon pour tous. DĂ©sormais, le chiffre d’affaires de M6 tend Ă  se rapprocher de ceux de France 2 et France 3 ; quant au chiffre d’affaires de TF1, il est maintenant deux fois et demi supĂ©rieur Ă  celui de France 2 et beaucoup plus Ă©levĂ© que celui du holding France TĂ©lĂ©visions. [1]

La comparaison avec les moyens des tĂ©lĂ©visions publiques d’autres grands pays europĂ©ens est Ă©clairante. En France, le montant de la redevance s’Ă©lève Ă  116 euros par an alors qu’elle atteint 205 euros en Allemagne, 175 euros en Angleterre et 184 euros en moyenne en Europe. En 1998, les recettes globales (redevance et publicitĂ©) de la tĂ©lĂ©vision publique française ont Ă©tĂ© de 25 milliards de francs alors que les ressources totales des tĂ©lĂ©visons publiques allemandes approchaient les 50 milliards de francs ! En 2003, malgrĂ© une audience comparable, les ressources de France TĂ©lĂ©visions se sont Ă©levĂ©es Ă  2,37 milliards d’euros contre 3,2 milliards pour la BBC. »

Fernando Malverde, « La tĂ©lĂ©vision publique au risque du libĂ©ralisme », dans Sur la Concentration des mĂ©dias (par l’OFM), Éditions Liris, 2005.

Des ressources réellement et comparativement insuffisantes, pour des chaînes en situation de concurrence avec un secteur privé en pleine expansion, ne permettent ni de tirer parti des innovations technologiques, ni de diversifier les offres, ni de mener une politique de programmation qualitativement différente de celles des chaînes commerciales.

2. Le mal financement - « Dis-moi qui te paie, je te dirai qui tu es »

Le financement de l’audiovisuel public par la publicitĂ© est depuis longtemps mis en question.

– Dans une lettre ouverte de 1999, impulsĂ©e notamment par Acrimed et adressĂ©e aux parlementaires - « Dis-moi qui te paie, je te dirai qui tu es » -, on pouvait lire :

« Si l’on excepte ARTE (chaĂ®ne atypique, exigeante, mais pauvre en moyens) la tĂ©lĂ©vision publique restera condamnĂ©e Ă  une course Ă©perdue avec les chaĂ®nes commerciales pour tenter d’engranger des recettes publicitaires.

Il faut choisir : une tĂ©lĂ©vision publique financĂ©e pour moitiĂ© par des recettes commerciales et pour le reste par l’argent de la redevance (ou du budget) est condamnĂ©e Ă  maintenir l’ambiguĂŻtĂ© des contenus et Ă  perdre sur tous les tableaux : sans parvenir Ă  enrayer la montĂ©e en puissance financière des chaĂ®nes privĂ©es, elle continuera Ă  renoncer Ă  ses vocations spĂ©cifiques (informer, Ă©duquer, distraire) pour s’aligner sur les recettes des tĂ©lĂ©visions commerciales (tunnels de publicitĂ©, variĂ©tĂ©s interchangeables, sĂ©ries stĂ©rĂ©otypĂ©es, etc.).

C’est pourquoi nous proposons :
- la suppression totale de la publicitĂ© sur France TĂ©lĂ©visions, et donc l’abandon des recettes commerciales qui retourneront sur le marchĂ© de la publicitĂ© ;
- la crĂ©ation en contrepartie, d’une Contribution Culture et Communication (prĂ©levĂ©e sur l’ensemble du marchĂ© de la publicitĂ©, modulĂ©e suivant les secteurs et spĂ©cifiquement destinĂ©e au financement de la tĂ©lĂ©vision publique).

Ainsi, ni le budget de l’État ni le contribuable ne seraient davantage sollicitĂ©s qu’ils ne le sont. IndĂ©pendant des contraintes Ă©conomiques et politiques Ă  court terme, un tel mode de financement, assurĂ© annuellement par la taxe, serait enfin durable. »

– Dans leur communiquĂ© du 13 septembre 2002 intitulĂ© « Pour le financement d’un service public audiovisuel fort garanti par la redevance », les États gĂ©nĂ©raux de la crĂ©ation audiovisuelle dĂ©claraient :

« Ă€ l’annonce de la dĂ©cision du gouvernement de maintenir la redevance audiovisuelle Ă  son niveau actuel, les États gĂ©nĂ©raux de la crĂ©ation audiovisuelle rĂ©affirment leur attachement Ă  un service public fort soutenu par un financement spĂ©cifique et pĂ©renne.

Sans un financement public suffisant, le service public de la télévision ne pourra se distinguer et affirmer sa singularité face au privé.

Une stagnation des ressources des entreprises de l’audiovisuel public ne doit pas se faire au dĂ©triment de la crĂ©ation. Nous redoutons que la spirale inflationniste des coĂ»ts de certains programmes ne grève la capacitĂ© du service public Ă  offrir au public des crĂ©ations Ă  la hauteur de ses attentes.

Nous appelons de nos vĹ“ux Ă  une rĂ©flexion sur la mise en conformitĂ© des moyens et des objectifs du service public de l’audiovisuel, sous l’autoritĂ© du gouvernement et du Parlement.

En outre, les États gĂ©nĂ©raux de la crĂ©ation audiovisuelle considèrent que le financement des programmes du service public doit ĂŞtre assurĂ© en majoritĂ© par la redevance et ne laisser Ă  la publicitĂ© qu’une place marginale, avec comme objectif, Ă  terme, de la supprimer et de lui substituer un fonds constituĂ© d’un prĂ©lèvement sur les recettes publicitaires mĂ©dias et hors mĂ©dias et d’une taxe sur l’usage du domaine public hertzien.

Ce renforcement du financement doit permettre aux chaĂ®nes publiques d’offrir Ă  leur public une crĂ©ation audiovisuelle inĂ©dite et de qualitĂ© et d’ĂŞtre Ă  la hauteur de leurs missions de service public. »

C’est ce diagnostic et ces remèdes qu’envisageait dĂ©jĂ  la rĂ©solution finale des États gĂ©nĂ©raux de la crĂ©ation audiovisuelle de mars 2000.

Ainsi, diverses propositions ont en commun de viser Ă  la suppression de la publicitĂ©, Ă  l’augmentation de la redevance et Ă  un complĂ©ment de financement assurĂ© par une taxe sur les investissements publicitaires. Le prĂ©lèvement sur les transactions publicitaires (Ă©valuĂ©es Ă  30,5 milliards d’euros) dans leur projet (en 2002) chiffrait Ă  environ 1,5 milliard d’euros le montant des recettes Ă  redistribuer au service public.

La perspective d’une suppression totale de la publicitĂ© et d’un recours exclusif au financement public soulève de sĂ©rieuses objections.

- Quels qu’en soient la forme et le montant, qu’elle reste une taxe parafiscale ou qu’elle soit directement budgĂ©tisĂ©e, la redevance dĂ©pend de la bonne ou, plus souvent, de la mauvaise volontĂ© des gouvernants qui peuvent essayer, par ce biais, d’exercer un contrĂ´le ou un chantage sur l’audiovisuel public : dans ces conditions, le recours Ă  la publicitĂ© peut paraĂ®tre (mais il ne s’agit lĂ , nous semble-t-il, que d’une apparence) faire contrepoids. De surcroĂ®t, mĂŞme augmentĂ©e massivement, la redevance ne suffirait pas Ă  contenir les ambitions de chaĂ®nes privĂ©es dont il semble difficile d’envisager qu’elles reviennent Ă  court terme dans le domaine public ;

- Quels qu’en soient l’Ă©tendue et le rythme, la diminution massive jusqu’Ă  sa suppression de la publicitĂ© dans l’audiovisuel public menace d’accroĂ®tre le financement des chaĂ®nes et stations privĂ©es en leur rĂ©servant une part accrue du gâteau publicitaire. Ce risque est d’autant plus grand que la suppression de la publicitĂ© sur les chaĂ®nes publique peut ĂŞtre dĂ©fendue, mais pour rĂ©duire le secteur public Ă  la portion congrue, par des tenants du libĂ©ralisme au nom d’un principe (qu’ils n’appliquent pas au système Ă©ducatif) : « Ă€ secteur public, argent public... exclusivement ; Ă  secteur privĂ© (exclusivement...), argent privĂ© (pub) ». Et dans le mĂŞme temps, ces dĂ©fenseurs farouches de l’Ă©conomie de marchĂ© refusent toute augmentation de la redevance et militent, par consĂ©quent, pour un service public rĂ©siduel, comme celui qui existe aux États-Unis.

C’est pourquoi nombre d’acteurs de l’audiovisuel public prĂ©fèrent opter pour un financement mixte, assorti d’une augmentation de la redevance, bien que l’expĂ©rience montre qu’une telle mixitĂ© n’est pas du tout satisfaisante.

II. Pour un financement renforcé et modifié

Quelles propositions formuler qui tiennent compte de ces objections sans cĂ©der sur la perspective de la suppression de la publicitĂ© sur les chaĂ®nes publiques ?

1. Pour une augmentation et une transformation de la redevance

Aucun audiovisuel public digne de ce nom ne peut exister sans une augmentation progressive de la redevance, rendue proportionnelle.

De nombreuses forces militent en faveur d’une rĂ©duction constante, voire d’une suppression pure et simple de la redevance. Au nom d’arguments Ă©conomiques et/ou juridiques qui traduisent une adhĂ©sion plus ou moins consciente au libĂ©ralisme ambiant.

- La redevance serait en contradiction avec le droit communautaire. Contestant le double financement, par la redevance et la publicitĂ©, de nombreux opĂ©rateurs privĂ©s - TF1, MĂ©diaset, RTL groupe - s’insurgent contre ce qu’ils dĂ©noncent comme une distorsion de la concurrence et militent, en fait, pour une suppression de la publicitĂ© sur les chaĂ®nes publiques et... une rĂ©duction de la redevance. La position communautaire actuelle (faire le partage entre ce qui appartient Ă  des activitĂ©s financĂ©es par la redevance et les autres) pose problème Ă  terme pour le service public. C’est assez dire que le combat pour un audiovisuel de service public est partie intĂ©grante du combat contre l’Europe libĂ©rale.

- La redevance serait un impĂ´t archaĂŻque et injuste. « Il accroĂ®t les prĂ©lèvements obligatoires, dĂ©nie aux tĂ©lĂ©spectateurs leur libre choix, s’impose Ă  tous (ou presque...) qu’ils regardent ou non les chaĂ®nes publiques, etc. » Ces arguments s’accompagnent de divers projets de rĂ©forme sur le fonds et sur le mode de prĂ©lèvement. Si certains mĂ©ritent de figurer dans un « bĂŞtisier » ou relèvent de remèdes d’apprentis sorciers (taxes sur le loto par exemple...), elles ont toutes en commun d’avoir pour objectif ou pour effet de casser ce qui reste de la structure publique, dĂ©jĂ  vidĂ©e de l’intĂ©rieur par l’alignement sur les tĂ©lĂ©visions privĂ©e. C’est assez dire que le combat pour un audiovisuel de service public doit faire face Ă  un clientĂ©lisme plus ou moins façonnĂ© par le libĂ©ralisme ambiant et dont celui-ci s’efforce de tirer parti.

Toute augmentation de taxes parafiscales risquant, si elle n’est pas expliquĂ©e, d’ĂŞtre la proie de campagnes dĂ©magogiques destinĂ©es Ă  la rendre impopulaire, cette augmentation devrait :
- s’inscrire dans le cadre d’une rĂ©forme radicale de la fiscalitĂ© dans son ensemble ;
- ĂŞtre prĂ©cĂ©dĂ©e d’une intense explication publique destinĂ©e Ă  faire connaĂ®tre ces deux simples vĂ©ritĂ©s : presque tous les mĂ©dias sont payants, il n’existe pratiquement pas de mĂ©dias gratuits, seuls changent les modalitĂ©s de leur paiement et un secteur public de l’audiovisuel, financĂ© par les citoyens, est un gage de diversitĂ© et de qualitĂ© de l’ensemble des mĂ©dias audiovisuels, y compris ceux qui sont financĂ©s par la publicitĂ©.

L’augmentation de la redevance devra ĂŞtre progressive (en fonction de la diminution des ressources publicitaires) et surtout le montant deviendra proportionnel aux revenus des mĂ©nages (sans exemption particulière pour les possesseurs de plusieurs postes). Seuls en seraient exonĂ©rĂ©s les mĂ©nages exonĂ©rĂ©s de l’impĂ´t sur le revenu.

2. Pour une taxation des chiffres d’affaires de la publicitĂ©, dans et hors mĂ©dias

Aucun audiovisuel public digne de ce nom ne peut exister s’il dĂ©pend de ses propres ressources publicitaires et/ou est soumis Ă  la concurrence de mĂ©dias audiovisuels qui bĂ©nĂ©ficient de la totalitĂ© de ses ressources. C’est pourquoi la suppression de la publicitĂ© sur les chaĂ®nes publiques doit ĂŞtre immĂ©diatement liĂ©e Ă  la limitation de la publicitĂ© sur les chaĂ®nes privĂ©es et Ă  la taxation des chiffres d’affaire de la publicitĂ©.

[Parenthèse sur la publicité]
Une telle taxation se heurte immĂ©diatement Ă  l’objection suivante : elle reviendrait Ă  entĂ©riner l’existence mĂŞme de la pollution publicitaire. Mais celle-ci, mĂŞme si elle peut et doit ĂŞtre limitĂ©e par la loi, ne peut ĂŞtre supprimĂ©e (Ă  supposer qu’on le souhaite...), que par une mise en cause du productivisme, autrement dit de la production pour la production inhĂ©rente Ă  la recherche du profit maximum. Seule cette mise en cause peut permettre de remplacer la publicitĂ© (pour des « marques ») par une information effective (sur les produits). Dans cette perspective la taxation de la publicitĂ© ne saurait ĂŞtre qu’une mesure transitoire.

- Une taxation de 5 % des dĂ©penses de publicitĂ© reprĂ©senterait 1,5 milliards d’euros [2]. Pour comparaison, les ressources publicitaires de France TĂ©lĂ©visions reprĂ©sentent actuellement 700 millions d’euros.

- Une telle taxe pourrait en outre alimenter un Fonds de soutien aux mĂ©dias associatifs (lire : Pour un Fonds de Soutien Ă  l’Expression Radiophonique et Audiovisuelle,

- Elle pourrait enfin contribuer au financement de l’Agence France-Presse.

La question des ressources est indissociable des modalitĂ©s politiques de leur fixation et de leur affectation. Le secteur public doit donc ĂŞtre soustrait au chantage Ă  la redevance dont le montant fluctue en fonction des dĂ©cisions des majoritĂ©s parlementaires du moment. C’est pourquoi le budget de l’audiovisuel doit dĂ©pendre d’un Conseil national des mĂ©dias se substituant Ă  l’actuel CSA. Nous y reviendrons.

Henri Maler et Yves Rebours

(version abrégée)

Annexe : « Pour une Ă©volution du financement du secteur public »

Le groupe « Propositions » de l’OFM (composĂ© de Janine BrĂ©mond, Philippe Cohen, Pierre Musso, Guy Pineau et Christian PradiĂ©) prĂ©sente ainsi les « solutions disponibles » sous forme d’une « tribune » intitulĂ©e « Pour une Ă©volution du financement du secteur public » (lien pĂ©rimĂ©, aoĂ»t 2013)

« Permettant de compenser la baisse des recettes publicitaires et de garantir une croissance soutenue des ressources du secteur public, paraissent multiples et accessibles :

- Une augmentation de 10 % par exemple du taux de la redevance suffirait Ă  rĂ©duire d’un tiers la durĂ©e des Ă©crans publicitaires (soit environ 250 millions d’euros).
- Une disparition de la fraude, qui concerne environ 2 millions des foyers sur les 26 millions assujettis, suffirait Ă  rĂ©duire d’un tiers la durĂ©e des Ă©crans publicitaires (soit environ 230 millions d’euros).
- Le financement de missions spĂ©cifiques par le budget de l’État, comme les missions relatives Ă  la gestion du patrimoine audiovisuel exercĂ©es par l’INA, suffirait Ă  rĂ©duire de 15 % la durĂ©e des Ă©crans publicitaires (soit environ 100 millions d’euros).
- L’affectation d’une part du fonds que pourrait crĂ©er une taxe pour le pluralisme sur la publicitĂ© suffirait Ă  rĂ©duire de 15 % Ă  raison de 1 % prĂ©levĂ© sur le montant des dĂ©penses de publicitĂ© (soit environ 100 millions d’euros).
- Une extension de l’assujettissement Ă  la redevance des foyers possĂ©dant des Ă©quipements de rĂ©ception audiovisuelle autres que de tĂ©lĂ©vision suffirait Ă  rĂ©duire de 15 % la durĂ©e des Ă©crans publicitaires (soit environ 100 millions d’euros).
- L’affectation des Ă©conomies dues Ă  la baisse du coĂ»t de perception pouvant rĂ©sulter d’un prĂ©lèvement associĂ© Ă  la taxe d’habitation suffirait Ă  rĂ©duire de 15 % la durĂ©e des Ă©crans publicitaires (soit environ 100 millions d’euros).
- Une extension de l’assujettissement Ă  la redevance des foyers ne possĂ©dant pas d’Ă©quipement de rĂ©ception audiovisuelle, au titre de l’occupation de leur habitation, suffirait Ă  rĂ©duire de 3 % la durĂ©e des Ă©crans publicitaires (soit environ 20 millions d’euros). »

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