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Dans Le Parisien et dans Libération

Plantu : au Monde, " plus de tabou... enfin, presque "

Dans Le Parisien (23 mars 2003)

Le livre de Péan et Cohen vous a-t-il choqué ?

Plantu. Les auteurs auraient pu nous épargner une centaine de pages d’attaques personnelles déplacées et, en plus, sans intérêt. J’adore Le Monde, je suis d’accord avec lui à 95 % et je suis très fier d’y travailler. Cela dit, je comprends ce lecteur qui nous écrivait récemment qu’il ressentait depuis quelque temps une sorte de gêne, et que le livre de Péan lui avait ouvert des pistes. Il est légitime - et pas scandaleux - que nos lecteurs nous posent des questions. Mais, depuis trois semaines, j’observe que les journalistes du Monde se parlent énormément. Ils disent ce qu’ils ont apprécié ou détesté dans le livre. Ils en débattent. Il n’y a plus de tabou... enfin, presque. C’est une décrispation tout à fait opportune. C’est mieux que de rejeter le bouquin d’un revers de la main. [...]

Un portrait de Libération

Dans Libération (31 mars 2003)

Trait libre

Plantu, 52 ans, dessinateur du « Monde » depuis 1972. Un des seuls à affronter la direction mise en cause par Cohen et Péan.

Il va se faire engueuler, mais ça il le sait déjà. Et puis ça ne sera pas la première fois. Plantu, c’est écrit dans le best-seller du moment (1), est « l’un des seuls au quotidien à s’opposer ouvertement aux dirigeants du nouveau Monde ». Cette phrase n’a pas été démentie par la direction du journal. Encore moins par l’intéressé, qui regardait la télé dans son lit quand Edwy Plenel, au soir de la riposte, a parlé de lui comme d’une « vedette qui joue perso ». Il a bien dormi cette nuit-là.

Plantu n’a rien à craindre. C’est un mur porteur du Monde. « Ils le haïssent », dit-on là-bas en désignant le tandem Plenel (directeur de la rédaction) et Colombani (patron du journal). Il y a chez ce discret et vieillissant grand garçon formé à l’école de la BD, dans son allure lunaire et son sourire au bord des lèvres, quelque chose d’enrageant pour tout obsessionnel du pouvoir. C’est qu’au bout du bout, le Monde, c’est d’abord Plantu. Il est le porte-drapeau, la vitrine. Il est l’humour et la gravité. Il est l’îlot où se pose le premier regard du lecteur. Il est le passé (1972 : premier dessin, une colombe), mais aussi le signe du changement dans la grisaille des lignes. Il est la trace que laisse le Monde dans les livres d’histoire des lycées. Et voilà qu’au moment critique, cette institution dans l’institution ne cause pas la langue officielle. Et fait courir sur son site Internet (2) une petite souris bâillonnée par deux autres, l’une corse, l’autre moustachue.

Aujourd’hui, c’est jour de réunion de la société des rédacteurs. Plantu aura auparavant quelques apartés dans son bureau. Manière de compter les bavards. « Je ne vois pas pourquoi 330 journalistes ne prendraient pas en charge démocratiquement leur journal. Il ne doit pas être aux mains de deux personnes. C’est la peur de certains journalistes qui me fait peur. C’est le silence assourdissant qui m’effraie plus que le bruit des canons ou des insultes. Je veux rester au Monde parce que c’est mon quotidien préféré. Je ne me prends pas pour une vedette, je ne suis pas un mec qui a pété les plombs et qui ne pense qu’à lui. Je veux juste que les gens puissent discuter. »

Il récuse comme d’autres une bonne centaine de pages caricaturales du livre-Scud, il affirme avoir pu en toute liberté dessiner Balladur en chaise à porteur. Mais les choses se sont tendues en 1995, lorsque la direction du quotidien décide que le dessin de Plantu doit être en rapport avec la une. Il n’a plus le choix du sujet. C’est alors la grande vague des manifs. La presse, après avoir jugé Juppé audacieux, se greffe aux défilés. Changement de ligne. Plantu, tendance CFDT, a du mal. Depuis lors, la présentation quotidienne du dessin peut virer à l’aigre, comme ce fut le cas sur la Corse. Même un cigare dans la bouche d’un patron est immédiatement interprété comme une attaque personnelle par Edwy Plenel. Ajoutez à cette ambiance l’illustration de tracts syndicaux contre l’opacité salariale (lui, c’est 4 800 euros mensuels net) et la mise sur la touche de certaines personnes. « Jamais un directeur de la rédaction ne m’a parlé comme ça. C’est du harcèlement d’entreprise », dit Plantu.

[...] Plantu est de ces modérés aimables et discrets, et joueur de guitare, qui en ont marre qu’on les prenne pour des gentils. « Mettez-moi sur un trottoir. Si un gars a besoin de cent balles, c’est à moi qu’il les demande. » Mais il y a comme ça des étiquettes qu’on traîne toute sa vie. Un jour qu’il était dans le TGV avec le directeur de la rédaction du Monde, Plantu n’a pas pu s’empêcher : « Dis donc, c’est bizarre, ça fait une demi-heure qu’on roule à toute vitesse et tu n’as pas encore pris la place du conducteur. » [...]

(1) La Face cachée du « Monde » de Pierre Péan et Philippe Cohen (Mille et Une Nuits)

(2) www.plantu.net

Judith Perrignon, photo Caroline Delmotte.

Lire tout le portrait de Plantu (lien périmé).

 

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