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« Plan de départs volontaires » à l’AFP : en route vers la privatisation

En octobre 2018, dans notre étude du « plan média » de Fabrice Fries pour l’AFP, nous suggérions que l’objectif premier de ce « parfait » représentant de l’oligarchie, passé de dégraisseur d’effectifs à promoteur immobilier, semblait être, à terme, la privatisation de l’agence de presse. Depuis, le PDG de l’AFP poursuit son travail de sape. Alors que le Comité social et économique (CSE) a exposé le 27 mai son « plan de départs volontaires », la CGT AFP, le SNJ AFP et SUD-AFP ont publié des communiqués que nous reproduisons ci-dessous pour expliquer leur rejet de ce plan. (Acrimed)

« Plan de départs volontaires » à l’AFP : En route vers la privatisation (CGT AFP)


Après plusieurs semaines de réunions à marche forcée, la procédure d’information-consultation du Comité social et économique (CSE) sur le plan de départs volontaires (PDV) a pris fin ce 27 mai.

L’ensemble des 19 élus du CSE a rejeté ce plan en votant 3 avis :

- sur le volet social du plan de transformation « Livre I »
- sur les incidences éventuelles du projet, en matière de santé, sécurité et conditions de travail
- sur le volet économique et organisationnel « Livre II ».
Pourquoi nous rejetons ce plan

« L’AFP devra montrer que son plan de transformation la remet sur de bons rails au point qu’un investisseur privé pourrait en théorie être intéressé de monter à son capital » – Fabrice Fries

Outre le fait que la CGT n’a pas signé et ne signera jamais un plan de suppression de postes, nous considérons que celui-ci est une première étape vers la privatisation et la fin du statut protégeant notre indépendance rédactionnelle et économique. Ce plan contient tous les indices d’une transformation destructrice pour l’accomplissement des missions de l’agence, préfigure son devenir et pourrait s’avérer fatidique : travailler plus avec moins c’est, de fait, déserter le terrain et des zones géographiques qui dorénavant n’existeront plus -ou si peu- au risque de déroger à nos obligations fondamentales. C’est aussi le péril de délaisser des volets entiers de l’information.

Sans oublier les menaces d’externalisation de certains métiers qui ‘auront pour seule fonction que d’affaiblir un peu plus notre indépendance.

Depuis son parachutage à l’AFP il y a un an presque jour pour jour en provenance du groupe Publicis, le PDG Fries, bien a l’aise dans l’antienne néolibérale à la mode, a lancé une opération dont le ressort consiste à s’attaquer à la masse salariale, traditionnelle variable d’ajustement des gestionnaires. La casse du statut suivra ensuite.

L’annonce d’un plan de réductions des effectifs était ainsi lancée lors du CA du 4 octobre 2018, avec proposition d’incitation aux départs volontaires non contraints touchant principalement les salariés retraitables : 160 départs (toutes catégories et essentiellement de statut siège), et 35 embauches (principalement pour la vidéo).

La CGT toutes catégories avait dénoncé les risques que faisaient courir les projets de Fabrice Fries dès le 8 octobre dans un premier communiqué « Plan Fries : Un projet irrecevable pour la CGT », souligné par un second daté du 28 janvier « Plan Fries : Réduction des effectifs et absence de stratégie ».

Le plan Fries est inutilement coûteux : 17 millions d’euros souscrits par l’Etat, dont 13 millions pour faire partir des salariés et supprimer des postes dans la foulée.

Pour la CGT, ces fonds seraient nettement plus utiles pour développer l’agence, faire face à la concurrence, moderniser son outil, recruter des salariés -dont des journalistes- pour être mieux encore un outil majeur dans la lutte pour une information rapide, certifiée, rigoureuse, multilingue et mutimédias dans le cadre de son statut fondateur, gage de qualité de l’information. Notamment dans une période où les infox polluent les champs médiatiques et où les dérives déontologiques ne font plus peur à personne.

Ces négociations ont montré que ce plan de suppressions de postes ne représente que 1 % du chiffre d’affaires. Tout ça pour ça !

Le projet rédactionnel de la direction repose sur du sable et comme d’habitude, est élaboré sur du court terme. Le tout vidéo est absurde et antinomique du vrai développement de l’agence : le texte représente 47,5 % du chiffre d’affaires, la photo 27,3 % (budget 2018) et pourtant la direction supprime des postes dans ces services.

De plus, bafouant de façon arbitraire et discriminatoire la loi, et tous les droits énoncés dans celle-ci, la direction a volontairement exclu les pigistes (présumés être en CDI) de ce plan.


Mélange des genres : le retour


Ce « plan de transformation », conçu sans réflexion éditoriale sinon celle de vouloir impulser la mutualisation des tâches et semer la confusion dans les choix de couverture fait peser de graves incertitudes et dégradations de la Mission d’intérêt général (MIG) comme sur les conditions de travail.

Suivant son antienne libérale, visiblement la direction et la hiérarchie rédactionnelle ne s’offusquent plus de rien comme, par exemple, l’affaire de l’interview et les photos de fooballeurs sur des bases publicitaires qui ont choqué la rédaction, dérives contraires au statut et portant un coup grave aux principes professionnels. C’est le retour du mélange des genres entre impératifs rédactionnels et commerciaux (AFP Services).

À présent, et faute d’une validation de la part des syndicats de l’agence, ce plan social va désormais être étudié de près par la Direction régionale du travail (Direccte). Nous attendons son retour.

Pour sa part, la CGT toutes catégories restera vigilante quant à son application et nous comptons sur chaque salarié pour nous faire remonter toute information concernant une dégradation de ses conditions de travail et/ou toute dérive due à sa mise en œuvre.


CGT toutes catégories
Paris, le 3 juin 2019


***

Plan(s) de départs à l’AFP : pour le SNJ, c’est toujours non (SNJ AFP)


Ce lundi 27 mai a pris fin la procédure d’information-consultation du Comité social et économique (CSE) sur le plan de départs volontaires (PDV, soit un plan de sauvegarde de l’emploi, ou PSE, sans licenciements) que souhaite mettre en oeuvre la direction de l’AFP dès le 1er juillet.

Les élus du CSE ont rendu trois avis contestant le « Livre I » (volet social) et le « Livre II » (volet économique et organisationnel) de cette restructuration, et alertant sur les incidences éventuelles du projet en matière de santé et conditions de travail. Dans la foulée, le SNJ, premier syndicat de la rédaction, ne signera pas le projet d’accord collectif de la direction.

Certes, les dernières semaines n’ont pas été infructueuses. Grâce à la mobilisation du personnel (arrêts de travail, lettres ouvertes…) et à des dizaines d’heures de négociation, le contenu du PDV (mesures d’accompagnement, critères de départage entre « retraitables » et « projets professionnels »…) a été amélioré et le nombre de départs possibles dans ce cadre a été réduit à 66 (28 journalistes et 38 personnels techniques et administratifs). Cela a permis de préserver, au moins temporairement, six postes dont la suppression aurait été néfaste. D’autres services ou bureaux touchés ont alerté sur les dangers du PSE pour leur capacité à assurer convenablement leur travail, sans obtenir de réponse satisfaisante.

Mais si le PDV a pu être un peu allégé, il n’est que la déclinaison française en 2019-2020 d’une restructuration plus large et à plus long terme : le « plan de transformation », ou « plan Fries ». Ce projet global coûteux (17 millions d’euros apportés par l’Etat, dont 13 millions pour les seuls départs) n’a, lui, pas changé depuis janvier : il prévoit toujours une suppression nette de 95 postes – dont 23 de journalistes – d’ici à 2023, et ce sans ambition éditoriale.

Autrement dit, les suppressions de postes non réalisées dans le cadre du PDV le seront à partir de 2020, ici ou là, au fil des opportunités et des départs naturels. Et si une vingtaine de recrutements de journalistes sont prévus – principalement pour la vidéo, où les besoins sont incontestables -, une quinzaine de postes de journalistes sous statut local vont être supprimés, sans compter la « localisation » de 13 postes d’expatriés, qui va encore réduire et dégrader les possibilités de mobilité internationale.

Le SNJ ne cautionnera pas un plan de restructuration fragilisant la capacité de l’AFP à assurer sa mission d’intérêt général, à défendre un journalisme de qualité et de terrain, à porter l’ambition d’une lutte contre la désinformation par ses propres moyens.

Dans un document présenté au conseil d’administration le 4 octobre dernier, Fabrice Fries jugeait « les outils de type PSE/PDV inadaptés » car « trop onéreux et au prix social élevé ». Le PDG a manifestement changé d’avis, pas le SNJ.

Faute de validation syndicale, la direction va maintenant être contrainte de transformer son projet en « document unilatéral » soumis à l’homologation de la Direccte (direction régionale du Travail).

Le SNJ sera particulièrement vigilant quant aux conséquences de ce plan sur les conditions de travail et la santé des personnels, notamment dans des services ou bureaux déjà sous tension.

Avec les équipes concernées, nous contesterons, partout dans le monde et dans tous les métiers, tout départ non remplacé qui fragiliserait la capacité de la rédaction à rechercher une information « complète », « exacte », « impartiale » et « digne de confiance » (articles 1 et 2 du statut de l’AFP).


***

Plan de Départs Volontaires : Un clap de fin et une claque pour le personnel


Une fin des discussions au goût amer. Après deux mois de consultation obligatoire, les élus du personnel ont fini par émettre lundi 27 mai un avis négatif sur le projet de Plan de départs volontaires (PDV). Malgré ce refus, la direction va quand même pouvoir mettre en œuvre son plan et il y aura bien au final la suppression nette de 95 postes et la « localisation » de 13 postes d’expatriés (sans compter la suppression de 2 postes « expat »), premier volet du Plan de transformation de l’Agence du PDG.

Des avancées mais pas de percée

Certes, il y a eu le retrait du PDV de deux postes de chef de quart, avec maintien de ce service qui était de facto menacé d’externalisation, ainsi que le sauvetage de deux postes de producteur texte (Infos générales et Service économique).

Certes, il y a eu des améliorations sur les conditions de départs, à ceci près que l’AFP va pour la première fois aider des journalistes à partir en reconversion professionnelle ou dans un autre média. Trois départs (sur 28) sont désormais réservés aux « projets professionnels » dans cette catégorie...

Mais difficile de se voiler la face : faute d’avoir su mobiliser les salariés de l’Agence pour engager un rapport de force avec la direction, les élus du personnel n’ont pas obtenu de percée. La direction a reculé – par peur d’une mobilisation - quand elle a senti une résistance, comme après la publication de lettres ouvertes émanant de trois services de production texte.

Pas de victoires mais un répit

La direction n’a donc opéré que des retraits tactiques mais sans lâcher trop de lest. Car son raisonnement est avant tout comptable et la masse salariale est sa seule variable d’ajustement.

Et si la direction a lâché des postes dans le PDV, elle a clairement dit qu’elle les reprendrait plus tard. Il ne s’agit donc que d’un répit et nous regrettons que les syndicats ne se soient pas unis pour contrer les projets de la direction.

Risque de surcharge de travail

Plus inquiétant encore : la direction n’a pas su, au fil des réunions extraordinaires du Comité social et économique (CSE), démontrer que les suppressions de postes n’allaient pas engendrer une surcharge de travail pour les salariés qui restent.

Nous devons la croire sur parole sur le fait que les pertes d’effectifs seront compensées par les « mutualisations », « synergies » et autres « nouveaux outils informatiques ». Ce sont bien entendu des arguments fallacieux, ne serait-ce qu’à voir l’efficacité des derniers outils mis en œuvre à l’AFP (Iris, Chronos, etc.)

Côté rédaction, on cherche toujours où seront les économies de charges de travail dans les services touchés. « Faire moins, mais mieux », nous rétorquent les hauts gradés de la rédaction, sans pouvoir nous dire quel pan de la couverture de l’AFP, quelle actualité, fera les frais de cette réduction de la voilure.

Pire ! Ce sera aux chefs de service de mettre en musique une réorganisation qu’ils n’ont pas choisie et de faire les choix rédactionnels induits. Interrogé en CSE sur ce fardeau qui allait leur incomber, le PDG a résumé son état d’esprit : « C’est bien le travail des chefs de service, ou alors je ne sais pas ce qu’ils font ».

Restons combatifs !

Aujourd’hui, il ne reste plus que l’étape de l’homologation du PDV par la Direction régionale du Travail (Direccte) avant sa mise en œuvre unilatérale par la direction de l’Agence.

Et quand viendront les premiers départs en octobre 2019, nous serons sans doute confrontés à de nombreux problèmes d’organisation et potentiellement de surcharge de travail.

Malheureusement, les sacrifices du personnel n’en resteront probablement pas là...

Seule la mobilisation du personnel permettra de garantir des conditions de travail décentes et de protéger la mission d’intérêt général de l’AFP.

Tous ensemble, combattons le Plan Fries !

SUD-AFP (Solidaires-Unitaires-Démocratiques)
Paris, le 3 juin 2019

 

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