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Placement de produit : « Bonne chance au CSA ! » (Groupe 25 images)

Nous publions ci-dessous un communiqué du Groupe 25 images, suivi du communiqué commun auquel fait allusion sa première phrase. Voir également nos articles « Placement de produit (1) : le grand retour de la publicité clandestine » et « Placement de produit » (2) : Les secrets de fabrication d’une bonne fiction au fromage ». (Acrimed)

Mercredi dernier, au nom du droit moral, le Groupe 25 images s’est associé à un communiqué s’opposant à la signalétique imposée par le CSA quant au placement de produits.

Nous tenons à préciser que ce problème de signalétique n’est que l‘un des aspects d’un problème plus vaste.

Notre Groupe a toujours défendu la même position concernant le placement de produits dans les œuvres de fiction à la Télévision : Nous sommes contre.

On nous oppose comme une fatalité à laquelle il faudrait se soumettre, les directives européennes révisant l’interdiction de placement de produits et datant du 11/12/2007 [1]. Or il faut remarquer que, malgré la scandaleuse pression des commissaires européens, chaque état conserve le droit d’adapter ces directives et certains pays font clairement de la résistance.

En France, le gouvernement a décidé de transposer cette directive et de l’inscrire dans la loi sur l’audiovisuel en laissant au CSA la responsabilité des conditions de son application.

Nous disons « Bonne chance au CSA », parce que ces sages vont devoir arbitrer entre des positions si contradictoires que n’importe qui y perdrait la raison.
Première contradiction : la réforme de la Télévision de Service Public avait un premier but clairement affiché. Supprimer la publicité sur le Service Public. Ce qui a été fait dans une première étape, après 20 heures. Tout en maintenant cette disposition, le CSA est chargé de trouver une façon de réintroduire la publicité à l’intérieur même des œuvres. Tout le monde peut constater le côté aberrant de la situation.

Deuxième contradiction : le CSA doit faire en sorte que le spectateur soit averti de la présence de cette publicité à l’intérieur des œuvres, qui serait sinon assimilée à de la publicité clandestine. Cet avertissement, s’il est trop visible, vient en contradiction avec le respect du droit moral comme le dénonce le communiqué récemment signé. Si, par contre, cet avertissement est trop discret, il ne remplit pas son rôle.

Il existe en psychanalyse une notion qu’on appelle la « double contrainte »ou « injonction paradoxale ». On demande à la même personne de faire en même temps une chose et son contraire. Les « injonctions paradoxales » sont les meilleures manières de conduire l’individu à la dépression.

C’est pourquoi, encore une fois, nous souhaitons bonne chance au CSA.



Communiqué de ARP (Société Civile des Auteurs-Réalisateurs-Producteurs), du CLUB DES AUTEURS, du GROUPE 25 IMAGES, de la SACD (Société des Auteurs Compositeurs Dramatiques) de la SRF (Société des Réalisateurs de Films et de l’UGS (Union Guilde des scénaristes) – 23 mars 2010

Décision du CSA sur le placement de produits à la télévision : une signalétique honteuse qui ne respecte pas le droit moral des auteurs.

L’ARP, le Club des Auteurs, le Groupe 25 Images, la SACD, la SRF et l’UGS s’élèvent très fortement contre les conditions de l’encadrement du placement de produit dans les œuvres de fiction et cinématographiques telles qu’elles ont été fixées récemment par une délibération du CSA.

Si ils ne contestent pas l’obligation qui était faite au CSA d’appliquer les nouvelles dispositions ajoutées à la loi de 1986 concernant le placement de produit et notamment la nécessité d’informer clairement et de manière appropriée les téléspectateurs des programmes contenant du placement de produit, ils en critiquent vivement les modalités.

En prévoyant d’insérer, lors de la diffusion des films et des fictions, un pictogramme pendant une minute au début du programme, pendant une minute après chaque interruption publicitaire et, à la fin du programme, pendant toute la durée du générique, le CSA a choisi une mesure qui ne respecte ni les œuvres ni les téléspectateurs.

De plus, le pictogramme imposé par le CSA, aussi laid et encombrant que parfaitement incompréhensible, consterne ceux qui tentent par leur travail d’offrir aux téléspectateurs des œuvres de qualité. Son incrustation sur des écrans déjà surencombrés par des logos, des annonces ou des pictogrammes divers et variés au détriment de l’intégrité des œuvres, est intrusive et inefficace.

Au-delà de ce pictogramme, la présence, même à titre transitoire, d’un bandeau déroulant indiquant que « Ce programme comporte du placement de produit » vient encore ajouter à cette atteinte intolérable aux œuvres. Elle constitue d’autant plus une atteinte que ce bandeau ne sera même pas diffusé avant le début de chaque film mais incrusté sur les premières images.

L’ARP, le Club des Auteurs, le Groupe 25 Images, la SACD, la SRF et l’UGS ne peuvent pas comprendre que le CSA se soit ainsi affranchi du respect du droit moral des auteurs, qui doit rester une exigence forte dans le champ audiovisuel et qui est un impératif légal dont le rôle du CSA devrait plutôt être de le faire respecter.

Dans ce contexte, l’ARP, le Club des Auteurs, le Groupe 25 Images, la SACD, la SRF et l’UGS demandent au CSA de reprendre urgemment son travail et la concertation afin d’aboutir à un véritable équilibre entre l’information des téléspectateurs et le respect du droit moral des auteurs.


Voir également nos articles « Placement de produit (1) : le grand retour de la publicité clandestine » et « Placement de produit » (2) : Les secrets de fabrication d’une bonne fiction au fromage ». (Acrimed)

 

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Notes

[1Site du CSA : « La directive 2007/65/CE du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2007 modifiant la directive 89/552/CEE du Conseil visant à la coordination de certaines dispositions législatives, réglementaires et administratives des Etats membres relatives à l’exercice d’activités de radiodiffusion télévisuelle (directive « Services de médias audiovisuels ») pose, en son article 3 octies, le principe de la prohibition du placement de produit sur l’ensemble des services de médias audiovisuels. Cependant, cette pratique est, sauf à ce que l’Etat membre en décide autrement, admissible dans certains cas limitativement énumérés. Le législateur français a décidé d’user de cette possibilité. L’article 14-1 de la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, dans sa rédaction issue de la loi n° 2009-258 du 5 mars 2009, charge le Conseil supérieur de l’audiovisuel de fixer les conditions dans lesquelles les programmes des services de communication audiovisuelle peuvent comporter du placement de produit. A cette fin, le Conseil a mené une large concertation avec les professionnels concernés dans le cadre d’une série d’auditions. Ces rencontres ont permis de mesurer les attentes et les craintes que suscite l’autorisation de cette forme de communication commerciale, notamment en ce qui concerne la nécessaire préservation de la de la liberté de création ».

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