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Nouvelle intrusion sur France Inter : contre le pluralisme de pacotille

Dans le numĂ©ro 20 de PLPL (juillet-aoĂ»t 2004), on pouvait lire - sous le titre « Casser l’antenne » - la transcription des effractions d’un auditeur bien dĂ©cidĂ© Ă  poser des questions inconvenantes Ă  l’antenne de France Inter [1]. Nous avons dĂ©jĂ  publiĂ© ici mĂŞme plusieurs d’entre elles [2]. On lira ci-après le rĂ©cit d’une nouvelle intrusion (revendiquĂ©e par PLPL), suivi de sa version sonore et assorti de quelques commentaires [3]. (Acrimed)

France Inter - Radiocom - 26 dĂ©cembre 2005. « GĂ©rald » de PLPL pose une question leurre, pour passer Ă  travers le filtre du standard : « Pensez-vous qu’un mouvement social de grande ampleur se prĂ©pare ? ». Le sondologue Roland Cayrol Ă©tant l’invitĂ© du jour, c’est une question posĂ©e Ă  un oracle qui s’imposait...

Transcription intĂ©grale [4] pour permettre d’apprĂ©cier l’art de rĂ©pondre Ă  cĂ´tĂ© de la question posĂ©e : le maintien d’un dĂ©sĂ©quilibre flagrant dans le choix des invitĂ©s, en dĂ©pit des rĂ©sultats du rĂ©fĂ©rendum du 29 mai.

- Alain Le Gouguec : - Vous Ă©coutez France Inter, il est 8 heures et presque 42 minutes. C’Ă©tait la revue de presse de Clotilde Dumetz. Ă€ prĂ©sent vos questions sur l’actualitĂ© politique française. Le bilan de l’annĂ©e 2005. Les perspectives de 2006. Avec Roland Cayrol, politologue, Directeur GĂ©nĂ©ral DĂ©lĂ©guĂ© de l’Institut CSA. Il est restĂ© avec nous après « Questions directes » pour rĂ©pondre Ă  vos questions. Bienvenue Ă  vous tous. Une première question avec GĂ©rald, GĂ©rald qui nous appelle de Saint-Quentin, bonjour GĂ©rald !
- GĂ©rald : - Oui, Bonjour !
- Alain Le Gouguec : - Oui Saint-Quentin, lequel Saint-Quentin ?
- GĂ©rald : - Saint-Quentin-en-Yvelines.
- Alain Le Gouguec : - Saint-Quentin-en-Yvelines. Votre question s’il vous plait GĂ©rald ?

- GĂ©rald : Oui, le rĂ©fĂ©rendum du 29 mai 2005 sur la Constitution EuropĂ©enne a vu le « non » l’emporter par près de 55% des suffrages exprimĂ©s. Il se trouve qu’une analyse montre, qu’après le rĂ©fĂ©rendum, du 30 mai Ă  aujourd’hui, de tous les invitĂ©s du 7/9 de France Inter qui ont pris parti sur la Constitution EuropĂ©enne, plus de 80% Ă©taient favorables Ă  cette Constitution. Alain le Gouguec, est-ce que la mission du service public est de reflĂ©ter le point de vue des dominants et des possĂ©dants ou bien de donner Ă  voir la diversitĂ© des opinions de toute la sociĂ©tĂ© ?

Et avant que vous rĂ©pondiez, je prĂ©cise que je ne suis pas GĂ©rald de Saint Quentin en Yvelines, mais un adversaire des mĂ©dias qui mentent, et que lorsque j’ai appelĂ© France Inter, afin d’ĂŞtre sĂ©lectionnĂ© pour passer Ă  l’antenne, il est Ă©vident que je n’ai pas annoncĂ© au standardiste ce que je viens de dire, sinon j’aurais Ă©tĂ© censurĂ©, mais j’ai proposĂ© une question-leurre inspirĂ©e des pseudos analyses des experts de pacotille Ă  la Roland Cayrol. VoilĂ , Alain Le Gouguec, vous ĂŞtes sur France Inter, et vous pouvez maintenant rĂ©pondre en conscience Ă  ma question.

- Alain Le Gouguec : Vous ĂŞtes opiniâtre, et vous aurez remarquĂ© que, comme StĂ©phane Paoli lorsque vous l’appelez, et bien je vous laisse parler et poser votre question et faire votre remarque. Evidemment le service public est lĂ  pour reflĂ©ter toutes les opinions. Nous ne mentons pas, mais il nous arrive de nous tromper, Ă©videmment. Ça nous arrive collectivement puisque les dĂ©cisions Ă©ditoriales sont prises en confĂ©rence de rĂ©daction, collectivement. La loi du collectif, vous savez ce que c’est, vous connaissez le rĂ©sultat des scrutins, et bien c’est exactement la mĂŞme chose chez nous, c’est pour toute communautĂ© humaine, c’est une communautĂ© avec ses grandeurs et ses faiblesses et aussi, parfois, avec ses erreurs. Roland Cayrol n’est pas un expert de pacotille, mais il est toujours lĂ . A-t-il quelque chose Ă  ajouter ?

[Cette rĂ©ponse semble tĂ©moigner d’un vĂ©ritable malaise (voire comporter une part de dĂ©saveu de l’orientation suivie sous la fĂ©rule de StĂ©phane Paoli), mais ne tient aucun compte de la question. Celle-ci porte sur ce qui s’est passĂ© après le rĂ©fĂ©rendum, et non pendant la campagne comme on peut le croire en lisant ce qui suit : le commentaire de pacotille de l’expert qui ne l’est pas.]

- Roland Cayrol : - Ah, en tout cas, il ne peut pas entrer dans la catĂ©gorie des 80% qui se seraient prononcĂ©s pour le rĂ©fĂ©rendum europĂ©en puisque, Ă©videmment, je ne me suis prononcĂ© pour aucune formule, mon avis de citoyen n’intĂ©resse personne pas plus les gens de Saint Quentin en Yvelines que d’ailleurs. Ce que ce que je note, en effet, c’est que je l’entends sur « Radio Com » et je le vois de temps en temps dans beaucoup de rĂ©unions oĂą je vais, France Inter, le service public, l’ensemble des mĂ©dias ont laissĂ© un goĂ»t amer Ă  beaucoup de partisans du « non », qui ont eu le sentiment, en effet, qu’ils Ă©taient trahis, pas reprĂ©sentĂ©s, dans une sociĂ©tĂ©, oĂą je le signale, le Conseil SupĂ©rieur de l’ Audiovisuel organisait, lui-mĂŞme, la domination du « oui » dans la campagne hein c’Ă©tait pas fifty-fifty dans ce rĂ©fĂ©rendum.

[L’expert - omniprĂ©sent pendant toute la durĂ©e de la campagne - ne veut pas figurer dans la comptabilitĂ© : on le comprend. Il veut faire croire aux amnĂ©siques que ses commentaires ne laissaient transparaĂ®tre aucun penchant pour le « oui » : nous lui offrons quelques rappels en « Annexe ». Et pour couronner le tout, il n’a perçu, du cĂ´tĂ© des partisans du « non », que des « sentiments » que sa raison experte s’emploie Ă  rectifier en se focalisant sur le seul CSA. L’expert n’a pas Ă©normĂ©ment expertisĂ©, comme la suite va le montrer...]

- Alain Le Gouguec : - Et il y a aussi eu de l’amertume quelquefois au sein des rĂ©dactions
- Roland Cayrol : - VoilĂ 
- Alain Le Gouguec : - Tout le monde n’Ă©tait pas d’accord et tout le monde n’a pas votĂ©, n’a pas mis dans l’urne le mĂŞme bulletin

[C’est dit. Mais alors, pourquoi le « oui » des chroniqueurs a-t-il squattĂ© l’antenne ?]

- Roland Cayrol : - Ce que je voudrais dire c’est que la lĂ©gislation prĂ©voit que dans un cas comme celui-lĂ  ce sont les partis reprĂ©sentĂ©s au Parlement qui sont reprĂ©sentĂ©s. Ce qui veut dire que 57% du temps de parole Ă©tait allouĂ© au « oui » et 43% au « non ». Il n’y avait pas d’allocation Ă©gale par le Conseil SupĂ©rieur de l’Audiovisuel. Et c’est peut-ĂŞtre la première chose Ă  faire, avant de s’en prendre aux journalistes, on pourrait peut-ĂŞtre se demander s’il ne faudrait pas organiser dans ce pays lorsqu’il y a des rĂ©fĂ©rendums une vĂ©ritable campagne Ă©quilibrĂ©e oui-non. C’est les textes de notre Constitution et de la façon dont on l’entend qui sont eux-mĂŞmes en cause. Et pour le reste, mon sentiment est que, cette polĂ©mique mĂŞme a servi Ă  la campagne, que ça a Ă©tĂ© un des moyens d’argumenter d’une façon ou de l’autre. Alors, je sais que les journalistes aiment pas ça, mais le fait d’ĂŞtre pris dans ce tourbillon ça a donnĂ© un petit piquant Ă  cette campagne et ça a peut-ĂŞtre relancĂ© les choses de façon qui a peut-ĂŞtre aidĂ© Ă  la participation.

[Bon... Mais l’expert « oublie » simplement que le CSA (qui ne s’en est guère offusquĂ©, il est vrai...) n’est pour rien, par exemple, dans l’omniprĂ©sence des chroniqueurs favorables au « oui » : il veille seulement (et d’un seul Ĺ“il) sur la rĂ©partition des temps de parole entre reprĂ©sentants des formations politiques. Quant Ă  se rĂ©jouir d’une injustice sous prĂ©texte qu’elle permet d’argumenter et qu’elle « pimente » une campagne, il faut l’oser. Comme il faut beaucoup de clairvoyance pour affirmer que la partialitĂ© a favorisĂ© la participation Ă  un scrutin dont Roland Cayrol se dĂ©clarait certain, quelques mois plus tĂ´t, qu’il laissait indiffĂ©rent 50% des Ă©lecteurs (voir notre « Annexe » ci-dessous)]

- Alain Le Gouguec : - Lorsque les journalistes sont pris la main dans le pot de confiture qu’ils se fassent taper sur les doigts n’est pas tout Ă  fait anormal. AndrĂ© nous appelle de Paris.

Au fait, quelle Ă©tait la question posĂ©e par l’intrus ? Elle est restĂ©e dans le pot de confiture.


Ecoutez...

... Et lisez

Annexe :

La mémoire courte de Roland Cayrol ou quelques fragments de sondologie objective
.

Mardi 5 avril dans l’Ă©mission « C dans l’air » animĂ©e par Yves Calvi qui n’a invitĂ© que des partisans du « oui » [5], Roland Cayrol annonce l’abstention et l’explique : « Y a dĂ©cidĂ©ment trop de gens que ça n’intĂ©resse pas. 50%, c’est sĂ»r  ». [On est priĂ© de ne pas sourire.]. Puis il explique ce que doit ĂŞtre le travail Ă  effectuer auprès des indĂ©cis : «  Il faut crĂ©er un doute chez eux, sur le caractère bien raisonnable de voter « non »  ». Ce disant, Roland Cayrol, c’est Ă©videmment abstenu de donner son point de vue !

InterrogĂ© par Europe 1 le 21 avril 2005 Ă  19h20, sur des sondages divergents, Roland Cayrol, ainsi que nous l’avions rapportĂ©, insulte grossièrement Pierre Bourdieu. EntourĂ© de Jean-Pierre Elkabbach, de Christian Barbier (de L’Express) et de François Bazin qui s’insurgent contre les auditeurs qui ont l’audace de dĂ©noncer les dĂ©sĂ©quilibre en faveur du « oui », Roland Cayrol « oublie » de rectifier leurs propos. Mais dĂ©voilant sa prĂ©fĂ©rence, il rĂ©pond Ă  une adversaire des sondages en lui expliquant que la rĂ©vĂ©lation de la montĂ©e du « non » a Ă©tĂ© permise par les sondeurs [6]. Et qu’elle permet Ă  chacun de ne plus s’illusionner en imaginant que le « oui » allait l’emporter. Dans le cas contraire, « beaucoup de gens se seraient dit : Ah, si j’avais su [que le « non » avait ses chances] peut-ĂŞtre que je serais allĂ© voter. Trop tard ! » . Les sondages favoriseraient donc la mobilisation en faveur du « oui ». Il faut donc remercier les sondeurs.

Sur France Culture, le 8 mai 2005, dans l’Ă©mission « L’Esprit public », le citoyen Cayrol salue le blairisme Ă©conomique et social et recommande aux socialistes français de s’en inspirer : « Rendre le droit du licenciement plus souple en mĂŞme temps qu’obliger les chĂ´meurs Ă  accepter le travail qu’on leur propose [inaudible : exige ?] un vĂ©ritable courage. » Plaidoyer pour une certaine Europe.

Une semaine plus tard, le 15 mai 2005, dans l’Ă©mission « L’Esprit public » [encore !], Roland Cayrol estime que l’oscillation des sondages s’explique par la tentation, contradictoire, d’une part de dire non Ă  tous ceux qui dĂ©cident et, d’autre part, celle de « se rabattre sur le oui parce que tous les gens raisonnables nous disent que c’est plus raisonnable. » Difficile de croire qu’un expert ne fait pas partie ces « gens raisonnables qui nous disent que c’est plus raisonnable » de voter « oui ».

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