Accueil > Critiques > (...) > Télévisions publiques : sous le règne de Sarkozy

Non à la privatisation des programmes de France Télévisions ! (SNJ-CGT et SNRT-CGT)

Nous publions ci-dessous un communiqué du SNJ-CGT et SNRT-CGT

France Télévisions doit produire et fabriquer ses programmes en interne !

150 Millions d’euros, pour qui ?

Le 25 mars, la commission Copé a proposé un abondement de 150 Millions d’€ en faveur de France Télévisions pour l’année 2008. En échange le groupe public maintiendra son niveau de commandes de programmes... à la production privée !

Cette première décision de la commission Copé censée chiffrer la compensation du manque à gagner publicitaire pour 2008 pose une question essentielle. Quelle est sa véritable mission et quels intérêts est elle censée défendre ?

L’intérêt général incarné par le service public ou ceux de l’incontournable lobby des producteurs privés véritablement scotchés à la commission Copé ?

La CGT dénonce cette décision qui n’est due qu’à la sur représentation des producteurs privés au sein de la commission et dans les médias. Au delà, elle pose la question de la légitimité dont se prévaut ce lobby et qui échapperait aux professionnels du groupe. Il est important d’affirmer que les producteurs privés ne représentant que leurs seuls intérêts ne peuvent parler au nom des salariés et des missions du service public.

Cette situation synonyme du « ôte-toi de là que je m’y mette » n’est pas sans poser quelques questions. La première est celle de la transparence et de la légitimité de la commission Copé, la seconde est celle de la crédibilité qu’il convient d’apporter à une réforme présidentielle dont le principe repose sur « à argent public = secteur public ». En effet, n’y a-t-il pas là, une certaine hypocrisie à vouloir d’un côté, nationaliser la recette et de l’autre côté privatiser le cœur de métier du groupe public de télévision en externalisant ses programmes ?

Mais pouvait-il en être autrement lorsque l’on sait que la présidente de l’atelier censé définir le futur modèle économique de France télévisions n’est autre que l’ancienne présidente de l’USPA, syndicat des producteurs privés ? Dans ce cadre, c’est ce syndicat professionnel qui reçoit la représentation sociale du groupe public et à qui il revient de décider de l’avenir de la télévision publique. Elle n’est pas belle la vie ?

Un système de financement injuste et dépassé

Concrètement, nous affirmons que ce système de financement des programmes (décrets Tasca) ne peut plus se justifier. Il n’est pas plus fondé en matière économique qu’éditoriale ou sociale.

Pour la CGT, le but premier de ce système n’a jamais été, contrairement à ce qui peut se dire parmi les amis politiques ou cercles bien pensants, l’« oxygénation » de la création française, mais bel et bien une volonté d’entretenir une caste de privilégiés.

Si nous sommes attentifs aux résultats, il n’échappera à personne que ce ne sont pas « les marchands de patates » qui auront relevé ces dernières années le « niveau culturel » . Au contraire, il faut bien admettre qu’ils auront contribué à la ridiculisation du fameux slogan du « mieux disant culturel »
Faut-il rappeler que si cette réglementation avait été présentée en 1988 comme la volonté politique de construire un marché de la production, son résultat est affligeant ? La France se situe dans le peloton de queue européen en matière de production. En matière économique, l’échec est encore plus probant puisque le marché n’a jamais vu le jour. Socialement, la précarité est avec la crise de l’intermittence un véritable fléau social dont le gouvernement ne s’est toujours pas dépêtré.

L’amputation d’un outil stratégique

Du point de vue économique, ce système est une hérésie. La réglementation fondée sur la séparation producteur/diffuseur oblige les chaînes à financer les producteurs privés. France télévisions se voit ainsi privée d’une source importante de revenus financiers dont la logique voudrait qu’ils soient au service de ses orientations stratégiques.

Autre raison non moins importante, elle a trait au développement et à la diversification du groupe public sur les nouveaux supports. Sur ce point, le besoin en programmes quels que soient leurs formats, sera de plus en plus important .

Aussi, comment expliquer que, face à ce marché, le service public soit amputé des ressources financières propres lui permettant l’indépendance de son approvisionnement ainsi que le financement de ses grilles ? Disposer de ses ressources, n’est-il pas le meilleur moyen de maîtriser ses coûts ? Une inflation des coûts de grilles n’est-elle pas à craindre après le big bang élyséen ? Disposer des droits afférents aux œuvres produites et financées par le service public, n’est-ce pas la meilleure garantie d’indépendance éditoriale ?

Autre question, le groupe public a-t-il ou pas le droit d’expérimenter en matière de programmes ? Si oui, le fait qu’il ne détienne pas ses droits n’est il pas contradictoire et ne réduit-il pas le service public à un simple « tuyau » de diffusion ?

Pour la CGT, ne pas disposer de recettes complémentaires ainsi que d’une capacité à diversifier ses financements serait aussi dangereux que de disposer d’une recette de substitution objectivement insuffisante.

Autant de questions qui ne seront pas posées par la commission ni dans les forums desquels les salariés auront été méthodiquement exclus. Quant aux citoyens et électeurs, on ne leur a jamais demandé leur avis sur cette suppression de pub qui ne faisait pas partie du programme de M.Sarkozy. C’est pourtant eux qui vont être taxés. C’est donc un pur racket au bénéfice des producteurs privés qui font partie de ceux qui ont bénéficié des 15 Milliards d’€uros du paquet fiscal.

Paris, le 30 mars 2008
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