I. Pascal Binet écrit à Michel Polacco
1. Le premier message de Pascal Binet >
Message posté sur un formulaire du site Radio France.
De : Pascal.binet@ [adresse masquée par Acrimed] >
Envoyé : mercredi 8 février 2006 14:48 >
Ă€ : B [...] catherine >
Objet : Message posté sur radiofrance.fr...
[...]
Bonjour, >
veuillez trouver ci-joint une copie d’un courriel envoyĂ© ce jour au CSA.
« Le Conseil supĂ©rieur de l’audiovisuel a pour mission, de par la loi sur l’audiovisuel, de garantir le pluralisme de l’expression des courants de pensĂ©e et d’opinion. »
Bonjour,
Ci-dessus ce que j’ai lu sur la page concernĂ©e de votre site. Or, la radio France-Info, qui fait partie du service public, ne respecte en rien ce pluralisme en matière d’informations Ă©conomiques et sociales. Toutes les chroniques et journaux particuliers en matières Ă©conomiques ne reflètent que le point de vue appelĂ© communĂ©ment "libĂ©ral", voire directement celui des syndicats d’’entrepreneurs. La chronique "votre argent" de François De Witt est ouvertement anti-fiscale. Le "journal de l’Ă©conomie" est en fait une tribune offerte sans contrepoint aux syndicats d’entrepreneurs (ce matin mĂŞme, le syndicat d’entrepreneur de l’automobile, construction et rĂ©paration) et d’informations concernant la vie des entreprises, du point de vue des dirigeants de celles-ci. La chronique d’Henri Lauret dĂ©veloppe un point de vue systĂ©matiquement "nouveaux classiques" (Ă©cole de pensĂ©e Ă©conomique). Le problème est que ces chroniques ne connaissent aucun contrepoints, prĂ©sentant des points de vue d’’Ă©cole de pensĂ©e diffĂ©rentes, et tendent Ă faire croire aux auditeurs qu’il s’agit de "la" vĂ©ritĂ© Ă©conomique. Merci de voir ce que l’instance de rĂ©gulation peut faire pour corriger cette anomalie dans l’expression du pluralisme.
2. La réponse de Michel Polacco
De : POLACCO Michel <polacco@ [masqué par Acrimed] >
Date : 9 février 2006 09:01:22 HNEC >
Ă€ : "’Pascal.binet@ >
Cc : [Ici une série des destinataires de Radio France (Acrimed)] >
Objet : RE : Message posté sur radiofrance.fr...
Je crains que votre surditĂ© n’influence douloureusement votre obscuritĂ© intellectuelle... Merci de retourner dans vos livres d’Ă©cole et d’abandonner la radio, en tout cas la nĂ´tre.
Pour les dénonciations vous avez de célèbres prédécesseurs vichyssois... Vielle tradition familiale sans doute.
Michel Polacco >
Directeur de France Info
2. La réponse de Pascal Binet à la réponse de Michel Polacco
Monsieur le directeur de France-Info,
C’est avec une grande surprise que j’ai reçu votre rĂ©ponse Ă mon courriel d’hier. Ce n’Ă©tait qu’une transmission d’un courriel adressĂ© au CSA, instance lĂ©gale, chargĂ©e par la RĂ©publique de la rĂ©gulation de la diffusion audiovisuelle en France, et notamment du respect du “pluralisme des courants de pensĂ©e et d’opinion”, instance Ă laquelle tout citoyen doit s’adresser s’il constate ce qui lui semble ĂŞtre une remise en cause de ce pluralisme. Cette transmission avait pour but de vous informer de ma dĂ©marche. Je vous avais en effet dĂ©jĂ Ă©crit une fois, sans avoir eu de rĂ©ponse de votre part, d’oĂą mon adresse au CSA, restreignant d’ailleurs le champ de ma critique, qui, dans mon premier courrier, avait Ă©tĂ© bien plus large.
J’aurais aimĂ© vous remercier de votre rĂ©ponse, mais je ne peux le faire vu son caractère insultant.
Sur le fond, je suis dĂ©solĂ© de vous apprendre que ce qui est dĂ©crit dans mon courriel au CSA est effectivement ce qu’on entend sur les ondes de France-Info.
1/ Le journal de l’Ă©conomie donne rĂ©gulièrement la parole Ă des syndicats d’entrepreneurs, sans contrepoint journalistique ni critique, ni mĂŞme prise de distance de la part du journaliste. Ainsi, hier matin (mercredi 8/02, Ă 6 heure 50 environ), au “journal de l’Ă©conomie”, le reprĂ©sentant de la chambre syndicale de la construction et de la rĂ©paration automobile a Ă©tĂ© interviewĂ©, protestant contre la hausse du tarif des cartes grises, et dĂ©veloppant une argumentation selon laquelle cela risque de nuire aux entreprises du secteur automobile et Ă l’emploi. N’aurait-il pas Ă©tĂ© normal, simplement normal, d’entendre un avis constatant que l’automobile coĂ»te aussi Ă la collectivitĂ©, en matière d’infrastructures, en matière d’accidents, en matière de pollution, et que faire payer ce coĂ»t Ă ceux qui l’engendrent, par le biais d’une augmentation du tarif des cartes grises est simplement... juste ?
2/ La chronique d’Henry Lauret est idĂ©ologiquement orientĂ©e par une Ă©cole de pensĂ©e, qu’on peut qualifier de nĂ©oclassique-nouveaux classiques, favorable Ă l’Ă©conomie de marchĂ©, Ă la flexibilitĂ© de l’emploi, très circonspecte quant aux interventions de l’État et aux rĂ©glementations en gĂ©nĂ©ral. Comme il est co-destinataire de ce message, s’il trouve que j’exagère, qu’il me le fasse savoir. Le fait que cette chronique soit orientĂ©e idĂ©ologiquement n’est absolument pas un problème, Ă condition qu’on entende aussi rĂ©gulièrement sur les ondes de France-Info un point de vue diffĂ©rent, plus keynĂ©sien ou nĂ©o-keynĂ©sien, par exemple.
3/ La chronique de François de Witt (il ne fait pas partie des co-destinataires, donc merci de lui faire parvenir mon message) s’appelle “votre argent”, et intĂ©resse les dĂ©tenteurs de revenus du capital. Ă€ ce titre, François de Witt proteste très souvent contre la fiscalitĂ© qui “grèvent” les revenus du patrimoine. LĂ encore, il suffirait, pour garantir le pluralisme, que France-Info prĂ©voit une chronique prenant la dĂ©fense des dĂ©tenteurs de revenus du travail (90% de la population active Française est salariĂ©e, les revenus du patrimoine concernent essentiellement les plus riches), montrant comment, par exemple, un rééquilibrage de la fiscalitĂ© permettrait plus de justice dans la rĂ©partition du revenu...
Pour finir, Monsieur le directeur, je comprends que vous souhaitiez dĂ©fendre et soutenir votre Ă©quipe, cela vous honore. Je me doute aussi que vous subissez moulte pressions, et que le fait de rĂ©pondre Ă la mienne de cette façon a dĂ» vous soulager, alors que vous aimeriez sans doute le faire pour d’autres, mais que vous ne pouvez pas.
Il n’empĂŞche que j’ai le droit au mĂŞme respect que tous les citoyens. Il n’empĂŞche surtout que France-Info a une mission de service public, et qu’exprimer le pluralisme des courants de pensĂ©e et d’opinion en fait partie.
Je vous prie, monsieur le directeur, d’agrĂ©er l’expression de mes salutations sincères.
Pascal Binet
3. La réponse de Michel Polacco à la réponse de Pascal Binet
Je rĂ©pond Ă tous les courriers qui me sont adressĂ©s, vous y compris. Seule exception, les courrier grossiers, vulgaires ou d’extrĂ©mistes. Je vous ai donc rĂ©pondu.
NĂ©anmoins je n’aime pas ces mĂ©thodes de dĂ©nonciation, ces mises en doute de mon indĂ©pendances face Ă des pressions que vous imaginez, et qui n’existent pas, cette absence de comprĂ©hension que le produit antenne est le "produit" de choix collectifs effectuĂ©s dans une logique pluraliste et de qualitĂ©.
Nous ne vantons aucune idĂ©ologie, mais toutes s’expriment. Cela blesse certains qui ne voudraient entendre que ce qu’ils croient. DĂ©solĂ©.
Je sais critiquer mon Ă©quipe, je sais avoir tord, je sais aussi brutaliser ceux qui pourraient essayer de m’impressionner ou me menacent des foudres de tel ou tel pouvoir.
Je respecte le CSA, du reste c’est rĂ©ciproque. Aussi notre ligne Ă©ditoriale ne dĂ©pend pas de lui mais de moi-mĂŞme sous l’autoritĂ© protectrice de mon prĂ©sident. Garant de ma libertĂ©. CSA garant de la sienne. VoilĂ .
Je regrette votre vision de notre travail. Pour ma part j’essaierai plutĂ´t de dialoguer avec les journalistes concernĂ©s, quitte Ă ne pas tomber d’accord, vous ne pourrez que vous enrichir mutuellement de ce genre d’Ă©change. Mais pour que ce soit possible il faut y mettre le ton et la manière.
Un de mes amis sous-marinier me rappelait cette phrase de Jean Guitton, entendue personnellement : "quand je parle avec quelqu’un avec qui je suis en dĂ©saccord, je ne cherche pas Ă le convaincre, je cherche Ă arriver avec lui vers plus de vĂ©ritĂ©..."
Bonne journée.
Amitiés, >
Michel Polacco
Directeur de France Info
II. D’autres rĂ©actions
De Serge D., professeur de SES.
Bonjour,
Je prends connaissance de votre surprenante rĂ©ponse Ă un mail de l’un de mes collègues (copie ci-dessous) qui s’adressait Ă vous sous une forme très convenable et ce, pour vous informer d’une dĂ©marche concernant votre radio. Outre l’impolitesse dont vous faites montre, je ne peux que constater la vacuitĂ© de votre rĂ©ponse. L’image de votre radio en est de fait ternie mais cela n’a pas l’air de vous gĂŞner, ce qui de la part de son directeur est très surprenant. Dommage.
Je pense que les professeurs de sciences Ă©conomiques et sociales qui ont Ă©tĂ© informĂ©s de tout cela grâce Ă Internet (plusieurs listes de diffusion) apprĂ©cieront et sauront rĂ©percuter l’information auprès de leurs Ă©lèves et des collègues d’autres disciplines.
Salutations >
Serge D .
– Et déjà , voici la réponse à mon mail du grand maître de France INFO / Edifiant !
Serge D.
Les dĂ©nonciateurs continuent, j’avais donc malheureusement raison ! >
Et les menaces. Retrouvez Vos Khmers Rouges et vos nazillons.
D’Hamed B, professeur de SES
Voici le message que j’envoie au directeur de France Info :
Vous ĂŞtes irresponsable et irrationnel !
Irresponsable : - votre premier message est d’une agressivitĂ© sans nom alors qu’un collègue vous informe d’une dĂ©marche consistant Ă rĂ©clamer simplement plus de pluralisme. Le pluralisme est une valeur cardinale pour la dĂ©mocratie en gĂ©nĂ©ral et pour le journalisme en particulier ; - votre deuxième message est pire. Il persiste dans l’agressivitĂ© et l’insulte. Il est mĂŞme très inquiĂ©tant car il interpelle sur le choix des individus Ă qui l’on octroi l’immense responsabilitĂ© de diriger une radio de service public.
Irrationnel : ne voyez-vous pas que vous vous discrĂ©ditez quasi-dĂ©finitivement auprès de nombreux auditeurs potentiels, de vos subordonnĂ©s et autres confrères des diffĂ©rents mĂ©dias lorsqu’ils auront connaissance de vos propos.
Par ailleurs, je tiens Ă vous informer que j’accorde tout mon soutien au collègue qui a Ă©crit au CSA. Cette dĂ©marche l’honore en tant que citoyen et formateur de citoyen. Il montre le haut niveau d’exigence et l’extrĂŞme attention qu’il porte Ă la qualitĂ© de l’information.
Formulez des excuses et n’en parlons plus !
Hamed B., professeur de SES.
De Thierry A., professeur de SES
De : Thierry A. [Adresse masquée par Acrimed] >
Envoyé : jeudi 9 février 2006 12:32 >
Ă€ : polacco@ >
Cc : Pascal.binet@ ; [ et un destinataire masqué par Acrimed] >
Objet : Protestation >
Monsieur,
Je viens de prendre connaissance des rĂ©ponses que vous venez d’adresser Ă mes collègues Pascal Binet et Serge D. Je tiens Ă vous exprimer ma surprise pour ces propos indignes du service public que vous reprĂ©sentez.
Sur le fond, je partage totalement le point de vue de mon collègue.
Thierry A. >
Professeur de Sciences Economiques et Sociales
De Michel Polacco Ă Thierry A.
De : POLACCO Michel [Adresse masquée] >
Envoyé : jeudi 9 février 2006 12:41 >
Ă€ : ’Thierry A. >
Objet : RE : Protestation
je regrette que vous n’ayez pas lu la suite de notre Ă©change. Et que comme l’un de vos collègue vous ne soyez qu’en recherche de polĂ©mique... >
Le problème, justifiĂ© ou non sur le fond posĂ© par votre collègue : c’est la dĂ©nonciation avant le dialogue. Aussi j’ai Ă©crit ce que j’en pense. Dans un deuxième temps il m’a rĂ©pondu et voici ce qui a suivi de ma part : >
[Michel Polacco reproduit ici sa deuxième rĂ©ponse Ă Pascal Binet. Une rĂ©ponse qui commence ainsi : « Je rĂ©pond Ă tous les courriers qui me sont adressĂ©s, vous y compris. Seule exception, les courrier grossiers, vulgaires ou d’extrĂ©mistes. »]
D’un auditeur de Fort de France
Monsieur,
Je viens de prendre connaissance avec consternation du courrier que vous avez adressé à M. Pascal Binet qui sollicitait avec justesse un peu plus de pluralisme sur votre antenne. Je passerai sur le ton méprisant de votre propos qui vous déshonore avant tout. Par contre votre dernière phrase qui laisse entendre une " Vielle" ( sic) tradition familiale de dénonciations notamment yychissoises chez M. Pascal Binet relève de la diffamation pure et simple, et à ce titre exige excuses et réparation.
Thierry P.