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« Management » antisyndical à Libération (SUD, CGT, SNJ)

Nous publions, sous un titre commun de notre choix, un communiqué de l’intersyndicale de Libération (SUD, CGT, SNJ), suivi d’un tract diffusé 8 octobre 2007. (Acrimed)

- Un texte intersyndical

Paris, le 5 septembre 2007,

à Laurent Joffrin, PDG de Libération et Denis Pierrard, directeur général

Vous avez déposé, fin août, une requête au tribunal d’instance pour « contestation de désignation syndicale » contre le syndicat SUD et Alain Chiara, après la désignation de ce dernier, le 8 août dernier, comme représentant syndical Sud auprès du CE. Cette plainte, et ces méthodes, inédites à Libération, constituent à nos yeux une entrave inacceptable à l’exercice de la liberté syndicale. En réalité, 24 heures après sa désignation par SUD, Alain Chiara était convoqué par Denis Pierrard qui lui remettait une proposition de... déqualification. Jusqu’alors chef comptable, Alain se voit proposer d’effectuer la saisie des notes de frais, la gestion des copyright et du parc automobile...

Vous lui avez donné un mois pour répondre, mais sans attendre, un avocat a été saisi par Libération pour contester devant les tribunaux sa désignation de représentant syndical, en évoquant de soit-disant « manoeuvres déloyales et abusives ». Alain se voit soupçonné de « tenter de bénéficier de la protection syndicale », « lui permettant d’éviter les éventuelles conséquences de la modification de son contrat de travail ». Malheureusement, il aurait fallu pour cela qu’Alain ait été convoqué, informé, averti d’éventuelles menaces pesant sur la pérennité de son poste. Tel n’a pas été le cas. C’est tout le contraire. Loin de remettre en cause ses compétences, les mandataires sociaux l’ont encore envoyé représenter Libération, fin juin, devant le Tribunal de commerce, lors de l’examen de la reconduite de la procédure de sauvegarde.

Nous sommes choqués de lire, dans l’assignation délivré par vos avocats, que « depuis qu’il a été embauché par Libération en septembre 1992 M. Alain Chiara n’a jamais participé de quelque manière que ce soit aux activités syndicales de la société  », mais aussi que « malgré les trois plans de sauvegarde mis en oeuvre depuis 2002, il n’a pas cru devoir s’intéresser directement ou indirectement à la vie sociale de la société Libération ». Alain a été élu représentant du collège des administratifs de la société des personnels de Libération (SCPL) depuis 1996. Depuis cette année-là, il a siégé à ce titre dans différents conseils de surveillance de l’entreprise, ce que vous ne pouvez ignorer. Alain s’est donc au contraire particulièrement impliqué dans la survie de Libération. Nous ne pouvons nous empêcher de penser que c’est précisément cet engagement – sur des positions de la SCPL parfois indépendantes de l’actionnaire de référence - qu’on lui reproche aujourd’hui. En lui proposant une modification substantielle de son contrat de travail qu’Alain ne peut accepter, la direction cherche à créer artificiellement un motif de licenciement.

Dans le travail de sauvetage ou redressement du journal, les faux procès ne peuvent être de mise contre les salariés. La liberté syndicale ne peut être bafouée. Si la direction maintient sa requête, le tribunal le dira aussi. Mais nous n’attendrons pas sa décision pour déposer plainte pour délit d’entrave. Nous avons par ailleurs alerté, dès hier,
l’inspectrice du travail. L’intersyndicale vous demande donc de mettre un terme à ces pressions, et de revenir à des pratiques sociales plus conformes à l’esprit de Libération.

Pour l’intersyndicale CGT, SNJ, SUD,

Karl Laske (SUD), François Wenz Dumas (SNJ), Fatima Brahmi (CGT)

PS : ce courrier sera rendu public.


- Un tract (8 octobre 2007)

Honte

Nous avons été quelques-uns à accompagner Alain Chiara au tribunal d’instance, lundi, où la direction de Libération avait mandé deux avocats pour y contester sa désignation par Sud comme représentant au comité d’entreprise. La direction elle même était étrangement absente de cette mascarade. Selon ses avocats, Sud aurait frauduleusement désigné Alain pour le protéger d’un licenciement... Malheureusement pour eux, et la procédure qu’ils ont engagée, le licenciement d’Alain ou la suppression de son poste n’ont été jamais été évoqués lors du plan social. Et aucun avertissement, projet d’avertissement, demande d’entretien préalable, ne sont arrivés jusqu’à ses oreilles, ni à celles des syndicats. C’est seulement au lendemain de sa désignation par Sud que la direction a sorti une proposition de modification de poste qu’Alain a refusé. Par écrit, l’ensemble des élus SCPL ont manifesté leur solidarité avec Alain, en soulignant son dévouement et sa loyauté dans la recherche d’une sortie de crise pour Libération. Un engagement que la direction ne semble pas porter au crédit d’Alain, au contraire.*

C’est la première fois dans son histoire que Libération traduit un salarié au tribunal pour contester l’exercice d’une liberté syndicale. Cette démarche odieuse, que l’on doit au nouveau « management », marque un tournant dans les relations sociales au sein du journal. Nous ne laisserons pas faire.

L’intersyndicale SUD, CGT, SNJ

 

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