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Intervention au Forum Social Européen de 2003

Les médias en Italie : une situation exemplaire

Intervention d’ Anna Pizzo (Carta, Italie) à la séance "plénière" du Forum Social Européen consacrée au droit à l’information. La traduction en français est suivie de l’original en italien [1].

Il y a un petit dessin humoristique dans l’excellent numéro que L’Humanité a préparé sur le Forum social européen qui déclare : « Vous n’êtes pas en train de regarder téléberlusconi mais c’est téléberlusconi qui vous regarde ». Voici en quelques mots ce que beaucoup d’entre nous disent depuis des années, sans être écoutés. En Italie, la concentration des médias - non seulement télévisés - a atteint un seuil pathologique accentué par le fait que le propriétaire de presque tout est également premier ministre. Toutefois, ce serait une erreur de considérer cela comme une bizarrerie, une anomalie qui concerne un pays « malade » à l’intérieur d’une Europe somme toute saine. Eventuellement on pourrait regarder mon pays comme celui où tous les phénomènes du néolibéralisme sénile sont poussés à l’extrême : ce qui est valable non seulement pour la politique qui s’est transformée en marketing télévisuel, mais aussi - en positif - pour l’expansion des mouvements sociaux favorables à une mondialisation différente.

Nous ne parlons donc pas d’une nouvelle série de l’émission « « loft story », mais d’un phénomène exemplaire car, j’insiste, Berlusconi n’est pas un problème seulement italien ni européen, mais un problème mondial. Cela est d’autant plus vrai après le « débarquement » de Murdoch en Italie. Ce phénomène est exemplaire pour plusieurs raisons.

La première est qu’il risque de devenir un modèle général parce qu’il exprime de manière simple et directe un principe qui est au cœur du libéralisme et qu’il possède tous les instruments pour le diffuser de manière capillaire. Ce principe est le suivant : tout objet, toute action et toute pensée peut être achetée et vendue ; c’est donc une marchandise et elle a un prix. Le prix de la communication c’est le contrôle.

La deuxième raison est que le semestre de présidence italienne de l’Union européenne pourrait avoir de graves conséquences pour l’avenir de l’Europe précisément à partir du problème de la communication à cause d’une loi malheureuse, dénommée en Italie « loi Gasparri » du nom du ministre post-fasciste qui légifère au nom et pour le compte des intérêts de Berlusconi.

La troisième raison, je voudrais l’expliciter par un exemple très récent : il y a deux jours 18 Italiens (civils et militaires) et 8 Irakiens sont morts lors de l’explosion d’un camion piégé à Nassiriya, en Irak. Pour l’Italie cela a été une tragédie d’une telle ampleur qu’il faut remonter à 1945 pour trouver un événement comparable. Il s’agit là d’une tragédie que l’on aurait pu éviter et qui avait été prévue par les pacifistes. Eh bien, les journaux télévisés de ce jour-là, les trois de Mediaset, qui appartiennent directement à Berlusconi, et le trois de la Rai, contrôlés par le gouvernement et donc par Berlusconi, n’ont pas tenté de cacher ce qui s’était passé cela aurait été impossible. Au contraire, ils ont joué sur les sentiments, les émotions justes et humaines que cet événement a suscités dans l’opinion publique. Ces pauvres victimes de la guerre « impériale » ont été saluées par les larmes de Berlusconi, par les mains jointes en prière du Président de l’Assemblée nationale italienne, M. Casini, par la voix cassée du Président de la République, M. Ciampi, par les reportages venant d’Irak qui racontaient la fable des « braves italiens » aimés des Irakiens et touchés par des terroristes mystérieux et fous.
Eh bien, la télévision peut faire cela, elle peut jouer avec la raison et les sentiments, en se proposant comme le baromètre de l’opinion et des idées de la société civile. Les journaux peuvent avoir le même comportent, bien que qu’ils le fassent moins directement ; nous savons quel a été leur rôle dans les événements récents relatifs aux mouvements anti-mondialisation et ce, à l’échelle de la planète.

Nous pouvons citer un autre exemple : le premier Forum social européen de Florence. L’an dernier pour des raisons en partie encore obscures, le plus grand quotidien italien, le Corriere de la Sera , a décidé tout à coup de lancer une attaque très violente contre le Forum qui, d’après ce journal, aurait mis en pièce les monuments et menacé les habitants de la ville.

Cela a été fait en falsifiant des photographies (il y a des preuves), en publiant les articles ignobles d’Oriana Fallaci, en réalisant de fausses enquêtes sur les craintes des commerçants au point de pousser nombre d’entre eux à fermer leurs magasins pendant le Forum. Seules l’intelligence et la ténacité des organisateurs et des participants au Forum de Florence, qui sont allés de boutique en boutique, d’école en école, de place en place, ont pu rassurer les habitants au nom d’une Florence "ville ouverte" et éviter ainsi une dangereuse psychose de masse.

De ces événements, il me semble que l’on peut tirer la conclusion provisoire suivante : les médias non seulement racontent, ou font semblant de le faire, les opinions et les idées de la société, mais ils sont capables de les conditionner.

A mon avis, on ne s’oppose pas à toutes ces pratiques en les ignorant ou en faisant semblant qu’il existe des « îlots de liberté ». Il en est ainsi lorsque les mouvements anti-mondialisation eux-mêmes ils l’on fait et ils continuent de le faire courent après les médias dominants dans l’espoir de les convaincre ou du moins de les utiliser pour une juste cause.

Comme le dit Riccardo Petrella, il est temps de raconter autrement le monde et de faire vivre ce récit dans les domaines les plus divers de la société civile, en allant de l’eau à l’information. L’Acrimed le dit clairement dans le journal qui circule ici au Forum. Il pose la question suivante : « Comment utiliser les médias dominants sans être manipulés ? Certainement en intégrant de manière claire et directe à la lutte contre la mondialisation néolibéraliste, les propositions et les actions qui vont dans le sens d’une transformation radicale du paysage médiatique et du métier de journaliste, aujourd’hui rendu précaire, plus fragile et toujours plus dépendant".

C’est ce qu’on essaie de faire en Italie depuis au moins trois ans. Ainsi les journées de Gênes pendant le G8 et la capacité de chacun à se transformer en communicateur avec tous les moyens dont on dispose, des appareils photo au magnétophone, des caméras au bouche à oreille, ont été le moteur d’un saut de qualité. Ceux qui n’étaient pas à Gênes ont pu savoir la vérité sur ce qui s’y est passé grâce à l’information et aux renseignements précis et méticuleux de ceux qui y étaient. Même les récentes enquêtes judiciaires, par exemple, celle sur le massacre de l’école Diaz qui a conduit à l’ouverture des procédures judiciaires contre 70 policiers, ont dû tenir compte de ces témoignages incontestables portés à la vérité.

Depuis beaucoup de chemin a été parcouru : des petites chaînes de radio ont essayé de se regrouper le plus possible en réseaux, des télévisions de rue sont nées. Comme cela a été rappelé au très intéressant séminaire ici à la Villette, celles-ci proposent une information de proximité, une information pour tous qui naît et recherche à la base.

Même la presse fait quelques progrès significatifs, comme en témoigne la naissance depuis Gênes d’une volonté commune, de la part des quatre journaux de gauche les trois quotidiens : L’Unità, Il Manifesto, Liberazione et notre hebdomadaire Carta de diffuser dans les kiosques des vidéos, des livres et des CD-Rom choisis d’un commun accord en raison de leur grand intérêt pour les mouvements et ce, sans jalousie, concurrence ni rivalité.

C’est encore peu, je le sais. Ou c’est peu par rapport à l’urgence imposée par le libéralisme et les processus de privatisation du monde de la communication. Il est vrai aussi, disons-le franchement, que la réflexion sur ces thèmes est en retard même dans les mouvements, plus à même d’agir que de concevoir de nouvelles stratégies, car ils sont poussés et parfois emportés par l’urgence extrême des situations.

Il faut trouver le temps, la manière et le lieu, où rassembler et faire réfléchir tous les esprits qui sont déjà au travail. A la mi-décembre, aura lieu à Genève le premier sommet de l’ONU sur la Société de l’information. Il faut y aller au moins pour proposer, lors d’une journée parallèle, une discussion sur le point qui est au cœur du problème : le droit à une information libre. Le réseau européen Cris, dont fait également partie Carta, propose à tous ce rendez-vous. Surtout en tant que membre de Carta, en si bonne compagnie, nous proposons de travailler tous ensemble à la construction d’un Forum indépendant de la communication sur une échelle européenne ou mondiale. Un débat tous azimuts nécessaire pour évaluer et donner consistance à ce que vient d’écrire M. Ramonet sur le Monde Diplomatique, c’est-à-dire : le quatrième pouvoir a cessé d’exister avec le XXe siècle. Aujourd’hui il y a un cinquième pouvoir, celui qui est déployé et décliné à l’intérieur des mouvements pour une mondialisation différente.

En italien

C’è una piccola vignetta sull’ottimo numero che l’Humanité ha preparato per il Forum sociale europeo che dice : "non state guardando teleberlusconi, è teleberlusconi che sta guardando voi". Ecco in poche parole quello che molti di noi stanno dicendo da anni, perlopiù inascoltati. In Italia, la concentrazione dei media - televisivi e non solo - ha raggiunto una soglia patologica, con l’aggravante che il padrone di quasi tutto è anche primo ministro. Sarebbe però un errore vederlo come un fatto bizzarro, una anomalia che riguarda un paese "malato" dentro un quadro europeo sostanzialmente sano. Casomai di potrebbe guardare al mio paese come a quello in cui tutti i fenomeni del neoliberismo senile sono estremizzati : vale per la politica trasformata in marketing televisivo come, in positivo, per la diffusione delle reti sociali che costituiscono il movimento per un’altra globalizzazione.

Dunque non stiamo parlando di una nuova edizione del "grande fratello", ma di un fenomeno esemplare, perché, insisto, Berlusconi non è un problema solo italiano né un problema solo europeo : è un problema mondiale. Tanto più ora, dopo lo sbarco in Italia di Murdoc. Lo è per molte ragioni : la prima è che rischia di diventare un modello generale, perché dichiara in modo semplice e diretto un principio che è il cuore del liberismo e ha gli strumenti per comunicarlo e diffonderlo in modo capillare. Il principio è : ogni oggetto, ogni azione e ogni pensiero può essere comprato e venduto ; quindi è una merce, quindi ha un prezzo. Il prezzo della comunicazione è il controllo.
La seconda è che il semestre di presidenza italiana dell’Unione europea potrebbe avere effetti gravi per il futuro dell’Europa proprio a partire dalla questione della comunicazione, a causa di una sciagurata legge che in Italia viene chiamata "Gasparri" dal nome del ministro post-fascista che legifera in nome e per conto degli interessi di Berlusconi.

La terza vorrei spiegarla con un esempio recentissimo : due giorni fa 18 italiani tra militari e civili e otto iracheni sono morti saltando in aria a causa dell’esplosione di un camion bomba a Nassiriya, in Iraq. Per l’Italia si è trattato di una tragedia di dimensioni enormi e bisogna tornare al 1945 per ricordare un evento paragonabile. Una tragedia evitabile, e prevista dai pacifisti. Ebbene : i telegiosnali italiani di quel giorno, i tre di Mediaset direttamente di proprietà di Berlusconi e i tre Rai controllati dal governo, e quindi da Berlusconi, non hanno tentato di nascondere l’accaduto, sarebbe stato impossibile. Hanno invece lavorato agendo sui sentimenti, sulle giuste e del tutto umane emozioni che quell’evento ha suscitato nell’opinione pubblica. Quelle povere vittime della guerra imperiale sono state salutate dalle lacrime di Berlusconi, dalle mani giunte in preghiera del presidente della Camera, Casini, dalla voce rotta del presidente della Repubblica, Ciampi, dai reportage dall’Iraq che raccontavano la favola degli "italiani brava gente" amati dagli iracheni e colpiti da terroristi misteriosi e folli.

Ecco : la televisione può fare questo, può giocare sulla ragione e sui sentimenti, tentando di proporsi come termometro degli umori e delle idee della società civile. La stessa cosa, anche se in maniera meno diretta, possono farla i giornali e sappiamo quale è stato il loro ruolo nelle recenti vicende legate al movimento a scala globale.

Ancora un esempio : il primo Forum sociale europeo di Firenze. Lo scorso anno per ragioni ancora in parte oscure, il maggiore quotidiano italiano ha deciso di lanciare improvvisamente, letteralmente da un giorno all’altro, una pesantissima offensiva contro il Forum che, scriveva il corriere della Sera, avrebbe fatto a pezzi i monumenti della città e minacciato la sicurezza dei cittadini.

Lo ha fatto falsificando fotografie (ci sono le prove), pubblicando vergognosi articoli di Oriana Fallaci, facendo false inchieste sulle paure dei commercianti e contribuendo in tal modo a indurre molti di loro a chiudere per i giorni del Forum. Solo l’intelligenza e la tenacia del forum sociale di Firenze che è andato di negozio in negozio, di scuola in scuola, di piazza in piazza a rassicurare la cittadinanza in nome di una "Firenze città aperta" ha evitato pericolose nevrosi di massa.

Da questo scenario mi sembra di poter tirare la seguente e provvisoria conclusione : i media non solo raccontano o fingono di farlo gli umori e le idee della società ma in qualche misura sono in grado di determinarli.
A tutto questo, a mio parere, non ci si oppone negandolo o fingendo che esistano "isole liberate" né, come a volte anche il movimento ha fatto e continua a fare, correndo dietro ai media dominanti nella speranza di convincerli o comunque di utilizzarli per un buon fine.

E’ arrivato il momento di proporre, come dice Riccardo Petrella, una nuova narrazione del mondo e farla vivere nei più diversi ambiti della società civile, dall’acqua all’informazione. Lo dice bene Acrimed nel giornale che circola qui al Forum : "Come servirsi dei media dominanti senza esserne asserviti ? - si chiede - Sicuramente integrando in modo chiaro e diretto alla lotta contro la globalizzazione neoliberista le proposte e le azioni per una trasformazione radicale del paesaggio mediatico e del mestiere di giornalista, oggi precarizzato, reso più fragile e sempre più dipendente".

In Italia ci si sta provando da almeno tre anni e il volano che ha consentito questo salto di paradigma sono state le giornat di Genova dunrante il G8 e la capacità di ciasuca/o di trasformarsi in comunicatore, con tutti i mezzi a disposizione, dalle macchine fotografiche ai registratori, dalle telecamere al passa parola. Chi non era stato a Genova ha potuto conoscere la verità su quel che lì stava accadendo grazie all’informazione e alla documentazione precisa e meticolosa di chi c’era stato e perfino le recenti inchieste giudiziarie, una per tutte quella sul massacro alla scuola Diaz che ha portato all’apertura di procedimenti giudiziari nei confronti di settanta poliziotti, hanno docuto tener conto di quegli inequivocabili testimoni di verità.

Da allora si è andati avanti : le piccole radio hanno cercato di raggrupparsi il più possibile in reti, sono nate televisioni di strada che stanno proponendo quella cosa che anche nell’interessante seminario qui alla villette è stata richiamata, dell’informazione di prossimità, informazione comunitaria che rasce e ricerca dal basso.
Perfino la carta stampata sta facendo qualche significativo passo, come testimonia la nascita, da Genova in Poi, di una comune volontà, da parte delle quattro testate di sinistra - i tre quotidiani : Unità, manifesto e Liberazione e il nostro settimanale Carta - di diffondere nelle edicole video, libri e Cd rom scelti di comune accordo e di alto valore per il movimento senza gelosie, concorrenze e rivalità.

E’ ancora poco, lo so. O almeno è poco rispetto all’urgenza che il liberismo e i processi di privatizzazione della comunicazione impongono. Ma è anche vero, diciamolo francamente, che la riflessione su questi temi e indietro anche nel movimento, più portato a fare che ad elaborare nuove strategie, trascinato da enormi emergenze e a volte travolto.

Occorre trovare un tempo, un modo e un luogo in cui mettere a tema e far confluire tutte le intelligenze che sono già al lavoro. A metà dicembre ci sarà a Ginevra il primo Vertice Onu sulla Società dell’informazione. E’ bene andarci, se non altro per proporre, in una giornata parallela, una discussione sul punto che è al cuore del problema : il diritto alla libera informazione. La rete europea Cris, di cui anche Carta fa parte, propone a tutti questo appuntamento ma, soprattutto noi di Carta, in buona compagnia, proponiamo di lavorare tutti assieme alla costruzione di un Forum della comunicazione indipendente, a scala europea o mondiale. Un confronto a tutto campo necessario per verificare e sostanziare quel che ha scritto di recente Ramonet su Le Monde Diplomatique e cioè che il quarto potere ha cessato di esistere con il Novecento. Oggi c’è un quinto potere, quello che si dispiega e si declina dentro il movimento per un’altra globalizzazione.

 

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Notes

[1Titre d’Acrimed.

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