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Le Point expose et vend son catalogue de cadeaux de Noël

par Mathias Reymond,

Noël approchant, le numéro du Point du 29 novembre 2009 est accompagné d’un catalogue publicitaire « Spécial cadeaux » de plus de 150 pages, symptôme de la relation incestueuse entre annonceurs, capital et presse. Seule la plume habile et alerte de Franz-Olivier Giesbert pouvait expliquer (et illustrer par ses confidences) la raison de cette étrange dépendance…

Propriété de François Pinault – lui-même patron de la maison de haute couture et de prêt-à-porter de luxe Gucci et du groupe français de distribution et de luxe PPR, anciennement connu sous le nom de Pinault-Printemps-Redoute – Le Point est l’hebdomadaire des riches. La crème de l’éditocratie droitière et libérale y officie. De Jacques Marseille à Nicolas Baverez en passant par Bernard-Henri Lévy, Claude Imbert et Alain Duhamel, chacun y va de sa petite chronique, de sa mauvaise humeur ou de sa flagornerie du jour. Le directeur de ce petit monde n’est autre que Franz-Olivier Giesbert, globe-trotter médiatique, passé par le Nouvel Observateur, le Figaro Magazine, Paris Première, France Télévision, Le Point, etc.

Pour Pinault, Le Point est un produit de consommation comme les autres. Mais c’est aussi une vitrine pour Gucci et pour Pinault lui-même [1]. Qu’y a-t-il d’étonnant alors, à ce que Le Point propose aux lecteurs un catalogue pour les fêtes de fin d’année ? Qu’y a-t-il d’étonnant à ce que Le Point offre sur un plateau des dizaines de milliers de lecteurs (et leur porte-monnaie) à ses annonceurs ?

Pour justifier cette démarche, Franz-Olivier Giesbert (FOG, comme le nomment les « branchés » du sérail) signe, au début de ce catalogue, un éditorial autobiographique intitulé « Vivement Noël », dont voici le texte intégral, puisqu’il est bref !

« Si notre espèce descend du singe, j’ai toujours pensé que, pour ma part, je descendais du cochon. La preuve, pour reprendre une vieille expression, le soleil luit sans discontinuer dans mon ventre vide. Comme les trois quarts des femmes et un cinquième des hommes, je monte chaque matin sur ma balance, le cœur battant, pour vérifier que mon régime de fer m’a bien permis de ne pas prendre encore quelques centaines de grammes : telle est ma hantise. Le reste de la journée, je me contrôle, je me bride, je me punis.

Ce n’est pas une vie. En tout cas, pour le cochon que je suis, qui rêve la nuit, des jéroboam de grands vins, des tartines de pain complet, des pâtes au pistou ou des purées de pommes de terre dont il s’est privé tout le jour. « Tu es ce que tu manges », disait l’autre. C’est pourquoi je ne suis pas grand chose. Un estomac creux qui, s’il s’écoutait, pourrait avaler la mer et les poissons.

Encore que je fais des exceptions. Par exemple, pour les déïfiques gibassiers de Gérard Auzet, chez Vérosan, à Coustellet, dans le Vaucluse. Des pompes à huile à l’écorce d’orange. Elles sont à mourir et réconcilient avec le Très Haut les anticléricaux les plus convaincus : je peux en manger deux grosses d’affilée en casse-croûte.

Nous vivons une drôle d’époque où nous blasphémons quand nous citons la Bible qui célèbre le vin (à condition de la boire avec modération) ou bien le grand Platon qui disait : « La vérité est dans le vin ». Je vais donc aggraver mon cas en confessant que je ne suis moi-même qu’à Noël, quand je m’autorise tout, la gourmandise, le plaisir d’offrir et tous les péchés capiteux.

Franz-Olivier Giesbert »

Instructif éditorial, où l’on apprend que FOG descend du cochon, qu’il s’inquiète de sa ligne, qu’il est légèrement maso (« je me punis »), et qu’en définitive, il n’est pas grand-chose, mais qu’il redevient lui-même, c’est-à-dire Franz-Olivier Giesbert, à Noël quand il se goinfre délicatement.

Mais surtout, instructif supplément qui informe sur les « valeurs » du Point et sur son lectorat : un hebdomadaire, où l’on peut découvrir, entre autres, une bague à 20 000 euros, une paire de chaussure à 1 000 euros ou une écharpe à 200 euros. Mais le plus surprenant (indécent ?), c’est l’invitation à contempler une montre en vente… « à partir de 85 000 euros », soit l’équivalent d’environ huit années de smic. Ou, pour que Giesbert et Pinault comprennent mieux, l’équivalent d’un abonnement au Point pour 850 années…

Mathias Reymond

 

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Notes

[1Pour preuve l’article élogieux de Christophe Ono-dit-Bio, dans Le Point du 28 mai 2009, consacré à l’exposition Pinault à Venise (à ce sujet, voir l’article du Plan B, juin 2009)

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