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L’actualité des médias n°21 (17 au 28 mars 04)

par William Salama,

Lire aussi : L’actualité des médias n°20 (15-21 mars 04) et les éditions précédentes.

I. Les groupes, la pub

- Groupe Dassault (suite). « Serge Dassault prépare sa succession », titre Le Nouvel Economiste du 19 mars qui inventorie à son tour la « nébuleuse Socpresse ». Le successeur ? Olivier, fils de Serge, et député de l’UMP. Sous le titre « La presse, d’abord une entreprise », le cirage coule à flot : « Mais pourquoi ne pas féliciter, au contraire, de l’arrivée d’un actionnaire puissant et industriellement compétent, capable de gérer une entreprise de presse ... d’abord comme une entreprise ». Tandis que CB News (22 mars) remarque : « Avec Dassault, Le Figaro entre dans une logique financière ».

Ils désapprouvent - Marianne (22 mars) : « C’est le pluralisme qui recule, la démocratie qui s’étiole et le libéralisme, le vrai qui s’éteint ». Avec ce rappel : «  Sur quatre mégagroupes [de presse], deux sont contrôlés par des fabricants d’armes et un par une entreprise de BTP ». Le Canard Enchaîné (24 mars) : « Du mirage au tirage ». Charlie Hebdo s’offre aussi un calembour : « Serge Dassault, chasseur de canards ». Et dans Le Monde du 24 mars, Frédéric Lemaître - « Aventis et Dassault, le malaise des politiques » - interpelle les responsables politiques qui se taisent sur les concentrations en cours.

Quant à Jean-Jacques Aillagon/ Ponce Pilate, vraiment ministre de la communication, interviewé dans Stratégies (25 mars), son audace fait frémir : « Si l’engagement largement majoritaire de Dassault posait problème au regard des règles du droit, les observations adaptées ne manquerait pas d’être faites ».

- Groupe Lagardère. Rumeur de « fusion » entre Lagardère et VU (Vivendi Universal), colportée par les ’indiscrets Medias/Culture’’ de L’Express (22 mars)

- Investissements publicitaires. Données de l’Etude Irep : « La presse voit ses positions s’éroder [moins 2,2 %], tandis que la radio et la télévision gagnent des parts de marché [respectivement 4,8 % et 3 %] » - Le Monde, 17 mars. Total des revenus : 9,4 milliards d’euros. La perspective pour 2004 : + 2,8 %.

Stratégies (19 mars) détaille le bilan 2003 de l’UDA (Union des annonceurs, le lobby de la publicité ndr) de ces investissements : si « la distribution reste le premier secteur annonceur », l’hebdomadaire note « un spot TV sur trois fait la promotion du secteur alimentaire » : Danone, Renault et Nestlé sont dans le peloton de tête des 50.

Beau paradoxe : un sondage relayé par le magazine LSA (18 mars) indique pourtant que 63 % des Français rendent responsable la publicité des problèmes d’obésité de leur famille, suivi à 59 % par l’industrie alimentaire (ce qui revient au même, non ?).

II. L’audiovisuel

- Télévisions publiques. « Espagne : la RTVE prisonnière de sa dette » ; « Royaume-uni : la BBC attaquée de toute part » ; « Italie : Main basse sur la RAI » [1], un dossier à lire dans la section ’’ Vie d’Europe’’ (qui ne traite jamais directement de la France) de La Tribune, 23 mars : « Les télévisions publiques sur la sellette ».

- Câble/ Satelitte/ TNT. « Les fusions-cessions en cours dans le câble [ le rachat de Noos par Liberty Media, et le rapprochement entre NC Numéricâble et France Télécom câble] font craindre des licenciements, selon le syndicat national radio-télévision CGT et la fédération CGT-PTT » (La Tribune du 25 mars)).

Après Marseille, «  Neuf Telecom [Louis Dreyfus] se positionne sur l’offre de télévision via ADSL » (Les Echos, 26 mars), à Paris et avec son partenaire CanalSatelitte.

Décidément, elle n’en veut vraiment pas : « TNT : TF1 porte plainte [contre le CSA] au Conseil d’Etat  », : « Le groupe dénonce le contrôle de Canal J et MCM par Canal +  » qui fait lui porter au nombre de 7 (au lieu des cinq) les canaux à se partager (Le Figaro Economie du 26 mars)

« La perspective d’un big-bang de la télévision payante reste d’actualité  » - La Tribune (25 mars). D’ailleurs, « l’industrie de la télévision par satellite se porte bien et va se porter mieux. [...]. Les projections portent sur 30 000 canaux et 130 millions de foyers abonnés à l’horizon 2010 [aujourd’hui, 11 000 pour 60 millions de foyers] ».

- Chaînes. TF1 était intéressée par TMC (du groupe Pathé) : « Un bel actif - en raison des fréquences dont elle dispose » aux dires de L’Express (15 mars). Le Figaro Economie (25 mars) ajoute Comédie comme « actif » et Canal Plus comme prétendant.

- Décisions. « Popstars n’est plus une œuvre audiovisuelle » (Le Figaro Economie, 25 mars) et « Aillagon va réformer le compte de soutien à la création audiovisuelle » (Les Echos, 26 mars).

III. La presse écrite

- Licenciements. « Un journaliste de Pèlerin Magazine » conteste les raisons avancées pour son licenciement Parmi les griefs, ses critiques envers le pape » (Le Monde, 25 mars). Pèlerin, du groupe Bayard, propriétaire de La Croix, qui aime indiquer la porte aux brebis qu’il juge galeuses : « La Croix a licencié un journaliste, Alain Hertoghe, en raison de son livre la Guerre à outrances, Comment la presse nous a désinformés sur l’Irak, publié mi-octobre. » (Libération, 18 décembre 2003).

- Diffusion. Voilà les chiffres annuels de OJD 2003 [|Diffusion Contrôle - l’organisme de référence pour la certification des chiffres de tirage, de diffusion et de distribution de la presse française)]] dont il ressort - intertitres de Stratégies du 25 mars - que « La prime [va] au culot et à l’innovation » ; que « L’Equipe et L’Huma retrouvent la forme » ; que la « Presse TV [en poupe, bénéficie de ] l’effet prix », que « les femmes veulent [et ont eues ] du neuf », que « les masculins font du muscle » et que « les lecteurs boudent la presse économique ». Une question, enfin : la « PQR : une spirale sans fin ? ».

Bref : « Une année difficile » - La Tribune (25) que confirment par ailleurs les chiffres de l’audience (cf. « des chiffres » de l’actualité des médias n°20 ).

Pour « revaloriser la presse » ou au choix « optimiser les plans médias », et pour se faire il faut des « outils » que lancent concurremment Carat et Zénithoptimédia pour trouver « comment les consommateurs lisent les magazines » (CB News, 22 mars).

- Presse quotidienne. Jean-Marie qui rit : «  L’audience du Monde a progressé de 3,3 % en 2003  » (Le Monde, 23 mars) ; Serge qui pleure : « Les quotidiens nationaux sur la pente douce  » (Libération, idem)

-  Le Moniteur. C’est fait : le fonds d’investissement Cinven a confirmé la signature de la cession du groupe de presse « Le Moniteur » au fonds Sagard pour 275 millions d’euros. Sagard, créé en 2002, est un fonds d’investissement présidé par Didier Pineau-Valencienne, avec son siège à Paris, et gérant 600 millions d’euros, précise l’AFP (25 mars).

- L’Oeil Electrique. Tristesse à Rennes : « Après plus de six années d’une existence modeste (150.000 euros de budget annuel), l’équipe, lassée de devoir jongler en permanence avec les finances, a décidé de clore l’aventure ». (AFP, 24 mars).

- Presse économique. Jacques Abergel, ancien président de Giraudy et BFM entre au capital du Nouvel Economiste (racheté et présidé par Henri Nidjam) :) - L’Express, 22 mars.

- Presse cinéma. Le groupe média belge Roularta qui vient de racheter Studio est « en quête d’acquisition majeure dans la presse magazine  », notamment en France (interview de Rick de Nolf son Pdg, dans Le Figaro Economie, du 20 mars).

Studio, toujours : «  Il fait la couverture du magazine Studio : le premier film de Thierry Kliffa, critique de cinéma à ... Studio » - Les Inrockuptibles, 16 mars.

- Presse Télévision. Innovation bouleversante : « La riposte d’Emap », au groupe Prisma Presse sera le lancement d’un quinzomadaire concurrent de Télé 2 semaines qui s’écoule à « deux millions d’exemplaires » (Le Figaro Economie, 17 mars). Emap le peut : le numéro deux britannique de la presse magazine en France fait état d’une hausse d’environ 3% de son chiffre d’affaires sur l’exercice 2003-2004.

- Presse féminine. 350 000 exemplaires : « Succès pour le lancement de Côté Femme » annonce La Croix (du groupe Bayard), 22 mars.

- Presse jeunesse. Le groupe Bayard décidément en plein boom a « finalisé » le 22 mars, le rachat de « Milan Presse et des éditions Milan » : 27 % de la part de marché de la presse jeunesse pour faire pièce à Picsou-Lagardère (Disney-Hachette qui en possède 25 %) selon Le Figaro Economie du 23 mars.
Lire également, la profession de foi d’un nouveau prétendant, les éditions « Koutchoulou » qui « casse les prix pour séduire les enfants » (Les Echos, 23 mars) et qui, à peine né, caresse déjà l’idée « d’ouvrir le capital de la maison [et] réfléchit déjà à un news magazine et un titre télé ». C’est bien connu, les enfants ont les yeux plus gros que le ventre.

- Presse célibataire. Pour un marché 8 millions de consommateurs, le lancement d’un magazine : Solo (sic) (brève du Monde, 23 mars).

IV. L’édition

-  Editis. « Effervescence autour de la vente d’Editis  » (Les Echos, 22 mars). C’est que le groupe italien RCS Media Group « reste bien décidé à participer à l’appel d’offres » (idem). Le Figaro Economie (22 mars) ajoute à la liste des acheteurs « potentiels » Média Participation (Franco-Belge).

Mais attention, c’est Seillières qui pourrait rafler Editis ! En effet Wendel Investissements (sa holding) a confirmé son « intérêt » (Le Figaro Economie). Et Les Echos (26 mars) font la fête au baron : la « holding présidée par Ernest-Antoine Seillières est revenue à sa fonction primitive : offrir aux actionnaires un accès à des entreprises non cotées de qualité, avec la double promesse que son influence d’actionnaire sur ses poulains sera accélératrice de création de valeur et que le rendement du dividende servi fera oublier la décoté incompressible de ce type de véhicule  ». Traduction de cette prose indigeste : ça peut rapporter gros.

Arnaud Nourry, pdg d’Hachette livre, indique au Monde (21 mars) : « Le découpage entre Editis et Hachette Livre se fera ’’sans suppression d’emploi’’ ». Une promesse à garder en mémoire. Avec celle de son patron Lagardère, la semaine précédente sur son choix prioritaire d’un groupe français : (« Si j’ai deux offres similaires, entre un groupe non français et un groupe industriel français, je choisirai le groupe industriel français » -AFP, 16 mars).

- Interviews. De Jean-Jacques Pauvert, L’Express, 22 mars qui dit « Dans l’édition, quand on choisit de grossir, on change de métier » ; de Pierre Hazan (La Croix, 25 mars) qui pense encore que : « le livre ne pourra jamais être rentable, comme est rentable la vente de lessive  » ; et d’ Hervé de La Matinière qui se dit « Etre où on ne m’attend pas » (rubrique ’’Style de Management’’ du Figaro Entreprises, 22 mars) [2].

- Paysage marketing. « Qui a tué le roman ? » demande Le Figaro Magazine, 19 mars qui répond : « L’université » (« mal français » - sic) ; « les talks-show », « la distribution », la « critique » , « le marketing » , « le scandale » , « les prix littéraires » , « l’argent » , « l’écrivain de l’égo », « l’éditeur boulimique » , « les faux romanciers » , « le témoin » ... Le Nouvel Economiste (19 mars) résume en un châpo ce «  paradoxe : on n’a jamais autant publié de livre, mais les critiques, eux, sont en crise d’autorité morale. La télévision a pris de l’influence sur la presse écrite, même si elle privilégie le livre-choc au roman », et le développe dans « Presse ou télévision, qui fait vendre ? ».

V. Et pour finir...

- Préparez vos mouchoirs. Portrait d’ « homme de presse blessé et homme d’entreprise confiant », le patron du journal au « 2,1 millions de lecteurs et 350 journalistes permanents, [...], répertorié comme le deuxième journal en Europe, en termes d’influence » : Jean-Maire Colombani, car c’est de lui qu’il s’agit, sort un livre et fait l’objet d’un portrait flagorneur dans Le Nouvel Economiste (19 mars). Une lecture qui donne envie de le prendre dans nos bras.

Une autre lecture triste à pleurer : « Chirac : seul au pouvoir », par Le Monde qui tape en pages politiques et cajole dans la section Horizons : « Deux ans après sa réélection, le président de la République, de plus en plus isolé, affaibli par l’affaire Juppé, la crise économique et l’impopularité du premier ministre, réfléchit à la deuxième phase de son mandat » (23 mars).

 

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Notes

[1Et d’ailleurs, en Italie, les députés viennent d’adopter la réforme des médias bersluconnienne qui ouvre la voie à la privatisation de la télévision publique .

[2Le groupe La Martinière vient d’être mangé à 35 % par les « mystérieux frères Wertheimer  » propriétaires de Chanel qui vient de grossir en rachetant Le Seuil. Lire Capital du mois d’avril pour en savoir plus sur ces « tycoons » affamés.

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