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« L’AFP sous le coup d’un procès pour excès de people ! » (SNJ-CGT, FO et CFDT)

Un communiqué des syndicats de journalistes SNJ-CGT, FO et CFDT. (Acrimed)

C’est sans doute une première : la direction de l’AFP a décidé de violer délibérément le droit de la presse, et plus spécifiquement la loi réprimant l’atteinte à la vie privée.

Lundi matin, l’Agence a diffusé une dépêche annonçant que Nicolas Sarkozy, en instance de séparation de sa femme, avait désormais une compagne (ouf ! Ça nous empêchait de dormir, et toute la France avec nous...), en l’occurrence une « journaliste du service politique du Figaro, Anne Fulda ». Source de l’information : France Soir, en mal de publicité vu les difficultés financières dans lesquelles il se débat.

Que Sarkozy ait lui-même dévoilé sa vie personnelle, en mettant en avant sa femme Cécilia (qui était son chef de cabinet à Bercy) et un de ses fils est un fait. Que, dès lors, l’AFP rapporte factuellement sa séparation se conçoit, vu l’emballement médiatique autour de sa personne qu’il a lui-même provoqué. Depuis, l’intéressé a fait savoir qu’il voulait protéger sa vie privée. C’est son droit. Et, sur le plan de l’information, quel est l’apport d’une dépêche signalant qu’il entame une nouvelle vie personnelle ? Mais surtout, à aucun moment, pour autant qu’on sache, l’AFP ne s’est posée la question du préjudice causé à la journaliste en question, dont la vie privée est ainsi mise sur la place publique.

Où est, dans cette affaire, le respect des prétendus critères édictés pour le traitement de l’info « people » ? Ne subsiste que l’obsession d’occuper à tout prix un créneau supposé rentable, au mépris de toute déontologie journalistique et au profit d’une conception racoleuse de l’information.

De plus, dans cette affaire, l’AFP s’aligne sur une conception bien précise de l’information politique : l’information spectacle. Il n’est plus question d’informer des citoyens sur les choix et les stratégies politiques, de donner les éléments du débat politique. Ne reste que le souci de ramener les enjeux politiques à des comportements personnels, sur lesquels se ferait la différence, et d’occulter les problèmes de fond. Cela augure mal de la couverture par l’AFP de l’élection présidentielle en 2007.

A jouer ainsi les paparazzi, l’AFP fait courir un grave risque à la démocratie, en contribuant à dévaloriser la parole politique, mise à mal, entre autres, par la personnalisation à outrance du débat.

Si, comme le prétend la direction, l’AFP « a fait son travail » dans cette affaire, c’est extrêmement grave. S’il s’agit plus benoîtement de ne pas paraître se déjuger après avoir engagé l’agence dans une voie aussi dangereuse, c’est pitoyable.

L’AFP va-t-elle devoir provisionner une ligne budgétaire « procès », à l’instar des tabloïds people, qui pourrait être abondée par la suppression de quelques postes de détachés en province ? Cela illustrerait parfaitement la dérive de l’AFP qui marche la tête à l’envers. On réduit les moyens consacrés aux missions de base au profit d’infos/pages froides et autres people !

L’AFP est tellement sûre d’elle-même dans cette affaire qu’a été mise sur le fil France une dépêche informant que Sarkozy « pourrait déposer plainte » contre l’AFP. Sans un mot pour défendre la position qu’elle a prise. Voilà qui est édifiant sur les contradictions dans lesquelles se débat la direction.

Décidément, le ridicule ne tue plus.

SNJ-CGT, FO, CFDT, 13 octobre 2005

 

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