💰 Dégageons les capitalistes des médias : signez notre pétition !
‹ Retour à l'accueil

Jean-Michel Aphatie, meilleur cuisinier de France

Vendredi 28 août 2009, sur RTL, Jean-Michel Aphatie recevait Vincent Peillon. Le talentueux journaliste politique que se partagent RTL et Canal + a su tirer le meilleur de son invité, ce qui ne saurait nous surprendre.

Un cuisinier arpenteur

SacrĂ© « meilleur intervieweur de France », par le magazine Elle du 17 mars 2008, Jean-Michel Aphatie avait confiĂ© Ă  son blog, le 2 fĂ©vrier 2007 : « Mon truc, c’est la cuisine [1] », et comme nous avons eu maintes fois l’occasion de le constater [2], le meilleur interviewer est l’un des meilleurs cuisiniers parmi les journalistes politiques. Un exemple du journalisme de microcosme qui nous intĂ©resse Ă  ce titre.

Jean-Michel Aphatie travaille pour une maison renommĂ©e. Le 4 fĂ©vrier 2009, il confiait sur son blog que s’il se sentait si bien sur RTL c’était en raison d’«  une tradition d’information de bon niveau, un savoir faire journalistique, une culture professionnelle , qui rendent cette maison attachante et qui nourrissent mon plaisir d’y travailler ». Aussi, concluait-il, « le dĂ©sir de continuer Ă  arpenter les chemins du journalisme Ă  RTL est infiniment plus fort que tout le reste. »

Dernière étape de l’arpenteur de cuisine, donc, l’interview de Vincent Peillon, député européen et dirigeant du Parti Socialiste.

Questions pour un champion ?

Nous avons recueilli pieusement l’intĂ©gralitĂ© des questions (ou des interventions) de Jean-Michel Aphatie – qu’on a simplement regroupĂ©es par centre d’intĂ©rĂŞt, avec des titres de notre choix, pour permettre une lecture rapide qui en saisisse toute la substance. Mais les dĂ©tails mĂ©ritent le dĂ©tour :

– Le cas Aubry
- « On vous prĂ©sente parfois Vincent Peillon, comme un premier secrĂ©taire bis, comme un caillou dans la chaussure de Martine Aubry. Vrai ou faux ? »
- [Interruption pour prĂ©ciser que Xavier Darcos, Ă©voquĂ© par Vincent Peillon avec qui il vient de co-signer un livre, « â€¦n’est plus ministre de l’Education. Vous n’avez pas de chance... »)] Et…
- « Vous avez de l’amitiĂ© pour Martine Aubry […] Ecoutez-la hier soir Ă  la Rochelle, elle est au micro d’Emmanuelle Julien, l’envoyĂ©e spĂ©ciale de RTL : "Je suis heureuse que tous les partis de Gauche aient dĂ©cidĂ© de venir ici non pas pour faire des belles photos, c’est pas le sujet". Et voilĂ , bang ! Vous vous l’aimez bien, mais elle, dès qu’elle le peut, elle vous tacle. »

– Le cas Bayrou
- « Alliance toujours. Le MoDem est-il de gauche ? »
- « Selon vous... Selon vous... »
- « Est-ce qu’ils sont de gauche ? »
- « Pour la petite histoire, vous avez des contacts avec François Bayrou ? »
- « Bon, c’est dommage… »
- « Enfin, si vous pensez qu’il est de Gauche, voyez, vous dites on parle avec tout le monde… »

– Le cas Strauss-Kahn
- « Tous les dirigeants socialistes sont dĂ©sormais acquis Ă  l’idĂ©e d’une primaire pour dĂ©signer un candidat de la gauche Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle. Quand le Parti socialiste doit-il dĂ©finir ce mĂ©canisme, d’après vous ? »
- « Quel est le moment de la dĂ©signation idĂ©al du candidat de la Gauche Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle, d’après vous Vincent Peillon ? »
- « Comment allez-vous gĂ©rer le cas de Dominique Strauss-Kahn ? Selon les sondages, c’est le dirigeant socialiste le plus crĂ©dible pour la fonction prĂ©sidentielle, et il est pris jusqu’en 2012 Ă  la tĂŞte du FMI. Comment vous gĂ©rez cette question ? »
- « Posons la question autrement. Est-ce que la mise en place rapide du mĂ©canisme des primaires n’est pas une manière d’exclure Dominique Strauss-Kahn de la course prĂ©sidentielle ? »
- « En allant rapidement, vous excluez Dominique Strauss-Kahn de la mĂ©canique… »
- « Oui mais alors, il devra dĂ©missionner du FMI... »

– Le cas Peillon
- « Question simple Ă  Vincent Peillon […] RĂ©flĂ©chissez-vous Ă  la façon, dont vous pourriez exercer la fonction prĂ©sidentielle, un jour ? »
- « Vous vous excluez d’ĂŞtre candidat ? »
- « Vous ĂŞtes un dirigeant socialiste important, monsieur Peillon... »
- « Vous allez avoir 50 ans... »
- « Est-ce que vous excluez d’ĂŞtre candidat Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle ou est-ce que vous y rĂ©flĂ©chissez ? »
- « Dans l’intimitĂ© de votre rĂ©flexion... Vous excluez d’ĂŞtre candidat un jour, ou est-ce que vous y pensez quelque fois ? »
- « Quand on ne veut pas rĂ©pondre aux questions qui sont posĂ©es, on y arrive, Vincent Peillon... »

Nous n’avons pas conservĂ© les rĂ©ponses, pour une raison que la lecture des seules questions permet de supposer : leur intĂ©rĂŞt Ă  peu près nul. Quel que soit l’interlocuteur, pour peu qu’il tente de rĂ©pondre, comment pourrait-il en ĂŞtre autrement quand les enjeux politiques sont rĂ©duits Ă  des jeux politiciens par celui-lĂ  mĂŞme qui interroge... Plus intĂ©ressante : la placiditĂ© avec laquelle se livre M. Peillon Ă  cet exercice, qui ressemble Ă  un rituel aux règles obscures, mais apparemment parfaitement maĂ®trisĂ©es par les deux participants.

Quand M. Aphatie formule une question qui doit focaliser l’intĂ©rĂŞt des auditeurs puisqu’elle taraude le journaliste « politique » – l’éventuelle candidature de Peillon… « un jour » (2012 ? 2017 ? 2022 ?) ! –, il ne manque pas de tĂ©nacitĂ© pour obtenir une rĂ©ponse. Mais poser cinq fois une question inoffensive ou inepte ne la rend pas plus percutante et ne devrait pas valoir Ă  l’interviewer un brevet d’intrĂ©piditĂ© [3]. « Quand on ne veut pas » poser des questions qui ne rĂ©duisent pas la politique au petit jeu des ambitions personnelles, quel sens donner Ă  cette obstination ? S’agit-il de faire preuve d’impertinence et d’indĂ©pendance en donnant une forme incisive Ă  des questions subalternes ? De tester l’art de l’esquive de l’interlocuteur ?

De la cuisine à l’alcôve

Qu’est-ce que le journalisme pour l’arpenteur Aphatie ? Le 10 janvier 2007 sur RFI, il ouvrait une piste : « Je pense que le journaliste a une responsabilitĂ©, c’est-Ă -dire la responsabilitĂ© de dire ce qui est. Et le journaliste n’a pas Ă  accompagner tel ou tel dans sa quĂŞte ou dans sa conquĂŞte du pouvoir. Ca, c’est très clair. Le journaliste doit rester Ă  sa place. Et, sa place, ce n’est pas avec ceux qui gouvernent ou qui veulent le faire. Sa place, c’est avec les citoyens qui cherchent Ă  comprendre. Alors, ça, il ne faut pas l’oublier ». Nous ne l’oublierons pas…

Mais comprendre quoi ? Ecoutons encore le « meilleur interviewer de France ».

A propos de la publication par Paris Match, en fĂ©vrier 2009, d’une photo de SĂ©golène Royal Ă  Marbella avec son prĂ©tendu nouveau compagnon, Jean-Michel Aphatie dĂ©plore [4] l’absence d’« une rĂ©flexion sur le journalisme, ce qu’il peut faire, doit faire, ce qu’il doit au lecteur, le moment oĂą il va trop loin. Il n’y a mĂŞme pas dans les pages des journaux ce matin, une distinction entre intĂ©rĂŞt commercial d’un scoop et intĂ©rĂŞt journalistique pour le lecteur. A croire mĂŞme que pas un journal ce matin n’a lu Paris-Match pour constater, par exemple, la vacuitĂ© du scoop. A part, les photos, rien, pas une information intĂ©ressante sur ce couple. Vivent-ils ensemble depuis longtemps ? OĂą se sont-ils rencontrĂ©s ? Qu’est-ce qui les rapproche ? Qui est cet homme ? La part minimale de journalisme n’est mĂŞme pas remplie  ».

Faut-il en conclure qu’emprunter « les chemins du journalisme » en compagnie de Jean-Michel consiste en somme... Ă  rejoindre la cuisine en passant par l’alcĂ´ve ?

Olivier Poche

Notre association

Acrimed, observatoire des médias

Acrimed (Action-Critique-Médias) est une association d'intérêt général à but non lucratif, fondée en 1996. Observatoire des médias né du mouvement social de 1995, Acrimed cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d'une critique indépendante, radicale et intransigeante.

Qui sommes-nous ?

Pour qu'un autre monde soit possible, d'autres mĂ©dias sont nĂ©cessaires !

Acrimed est une association qui tient à son indépendance. Nous ne recourons ni à la publicité ni aux subventions. Vous pouvez nous soutenir en faisant un don ou en adhérant à l'association.