Acte IV : Quand, malgré toutes les précautions, le Pot-au-feu se met à bouillir
L’instituteur : Oui je suis instituteur Ă la prison de Fleury-MĂ©rogis depuis trente ans, voilĂ . Donc pour moi, j’ai Ă©coutĂ© France Culture effectivement comme tout le monde ici pendant des annĂ©es avec un plaisir permanent. Et c’est vrai que depuis Ă peu prĂ©s deux ans et demie, avec la musique qui arrive, je suis effectivement catastrophĂ©.
Il dĂ©nonce la dĂ©rive commerciale de la station. Hausse progressivement le ton. Estime qu’" on veut casser France Culture ". Il appelle Ă la lutte :
L’instituteur : Je dis : rĂ©unissons-nous, battons-nous, unissons-nous, et un petit nombre dĂ©cidĂ©, et mĂŞme très nombreux, on peut faire revenir en arrière parce qu’il y a des Ă©lections et on peut faire reculer le gouvernement.
Tonnerre d’applaudissements et de bravos.
L’instituteur (il crie) : Et madame Laure Adler et tous ces gens-lĂ qui n’en ont rien Ă foutre de la culture et qui sont payĂ©s…
Lebrun : Bon, euh… Olivier, alors ce n’est plus Olivier Villassa [?], c’est un autre Olivier. Vous ĂŞtes compositeur, vous allez me dire que c’est formidable qu’il y ait de la musique sur France Culture. Vous approchez le micro et vous faites comme monsieur le maĂ®tre d’Ă©cole de Fleury-MĂ©rogis, vous le tenez très fort.
– On notera que " monsieur l’instituteur ", qui n’avait pas de nom Ă l’antenne - il s’agit de Antoine Lubrina - devient " monsieur le maĂ®tre d’Ă©cole de Fleury-MĂ©rogis ". Lebrun revient Ă " son " thème - la musique - pour que son invitĂ© lui dise, après ce rĂ©quisitoire, " que c’est formidable qu’il y ait de la musique sur France Culture. "
Olivier : Non, ce n’est pas ce que je voulais dire. […] Si c’est ça la musique, je ne suis pas d’accord pour qu’elle soit Ă ce niveau lĂ Ă France Culture. Je trouve que cela n’est pas très bien.
Lebrun : Mais est-ce que vous ne trouvez pas normal qu’il y ait une sorte de formation un peu encyclopĂ©dique puisqu’il y a une volontĂ© d’universitĂ© permanente Ă France Culture, qui s’Ă©tende aussi Ă la musique et aux formes de musiques que nous autres, messieurs Szadelja [?] et moi, quadragĂ©naires, ne connaissons pas ?
L’auditeur regrette les programmes musicaux surnumĂ©raires et la " dilution de la qualitĂ© ", la piètre qualitĂ© des dĂ©bats sur la musique.
– Lebrun revient Ă la charge pour que l’auditeur dise ce qu’il veut lui faire dire :
Lebrun : Mais quand vous voyez une Ă©mission comme Voie carrossable, qui a lieu en direct dans un autre cafĂ© situĂ© au nord de Paris, oĂą il y a beaucoup de monde, et oĂą il y a Ă la fois un concert en direct et une volontĂ© didactique, un philosophe qui peut s’exprimer
[Interruption de cassette : un bref passage de l’Ă©mission n’a pas Ă©tĂ© enregistrĂ©]
Henri FaĂż fait l’Ă©loge de l’Ă©mission Le rythme et la raison
Lebrun : Bon j’apprĂ©cie Henri FaĂż votre esprit de discipline parce que vous parlez du thème qu’on a choisi, la musique, ce qui va ĂŞtre le cas d’Evelyne Vicky, non ?
– Le thème qu’ " on " a choisi : comme si les auditeurs prĂ©sents avaient choisi quoi que ce soit. Louer l’esprit de discipline de l’auditeur, c’est en vĂ©ritĂ©, pour Lebrun, se fĂ©liciter de l’avoir discipliné…
E. V. est l’auditrice favorable Ă la nouvelle grille. Elle reproche aux auditeurs contents de ne pas noter les changements d’horaires ou d’Ă©missions positifs. Mais aussi de ne pas laisser le temps aux nouveaux venus de s’installer. Elle fĂ©licite Pierre Assouline. Aujourd’hui, elle " s’y retrouve " : " c’est une radio qui demande de rĂ©flĂ©chir, ce qui veut dire : d’avoir l’esprit critique "
Lebrun : Ce que vous voulez dire, si je vous traduis encore, Evelyne Vicky, c’est que c’est un peu un rĂ©flexe d’habituĂ©s de l’audimat que de vouloir qu’une Ă©mission soit sanctionnĂ©e au bout de trois Ă©ditions.
– " Traduction " complètement orientĂ©e, qui vise Ă souligner que ce sont ceux qui contestent la nouvelle grille qui sont conditionnĂ©s par l’Audimat, alors que les auditeurs mĂ©contents n’ont jamais Ă©voquĂ© cette question mais seulement le contenu des programmes. C’est la nouvelle grille de Laure Adler qui est inspirĂ©e par des considĂ©rations d’audience et d’audimat. Au fond, par cette remarque - qui atteint les sommets de la mauvaise foi -, Jean Lebrun trahit le fait qu’il a dĂ©jĂ , lui aussi, l’audimat dans le tĂŞte, et qu’il demande seulement un peu de temps pour celui-ci donne raison Ă la direction de la chaĂ®ne…
E. V : Ben bien sûr.
Intervention d’une autre auditrice Ă propos de l’habillage musical qu’elle juge parasitaire.
Lebrun : Vous voulez dire que les articulations et les charnières et les transitions, c’est très important. Moi j’ai du mal Ă faire la mienne parce qu’il faut que je me fraie un chemin dans la foule du Bouillon Racine vers un monsieur qui se prĂ©sente :
– « Vous voulez dire " permet de faire dire Ă l’auditrice tout autre chose que ce qu’elle a dit …
Intervention de Samuel Armand [?] : estime que la polĂ©mique est une " tempĂŞte dans un verre d’eau ". Pour lui, les Ă©missions du samedi matin (animĂ©es par les vedettes du Monde, du Monde Diplo et de Courrier international) sont " excellentes ". Appelle au renouveau des " dĂ©bats politiques " sur France Culture. Qualifie de " un peu dĂ©risoire " le panneau brandi par l’instituteur de Fleury-MĂ©rogis, sur lequel on peut lire : " Laure Adler dĂ©mission "
Lebrun : Olivier Villassa [?], qui va nous quitter, il rentre à côté de Montélimar, une dernière intervention brève et de nouveau la salle. Olivier.
Celui-ci dĂ©clare que " les horaires des Ă©missions et les Ă©mission en elles-mĂŞmes, ça m’importe peu finalement dans le dĂ©bat actuel " et critique Ă nouveau le superflu Ă France Culture.
Intervention d’un auditeur qui regrette l’ancien France Culture. Il estime qu’il ne s’agit pas d’un simple changement de grille mais d’un changement gĂ©nĂ©ral : " tout est changĂ©, c’est la vocation de France Culture, les oeuvres les travaux scientifiques, les crĂ©ations ne sont plus abordĂ©s de la mĂŞme manière : on parle Ă propos d’elles, mais on ne les commente plus ". Il fait part de son " immense dĂ©sarroi " dans lequel la direction qui n’a " jamais Ă©coutĂ© France Culture " plonge les auditeurs.
Clac & bravos
Intervention d’Olivier Queysannes [?] : fustige la volontĂ© de bouleversement de la direction. Il lit un texte.
Lebrun : Qu’est-ce que vous appelez l’ancienne grille ? C’Ă©tait une grille nouvelle.
RĂ©ponse d’Olivier Queysannes : l’ancienne grille " laissait aux choses le temps de se dĂ©velopper, de s’installer, d’ĂŞtre dĂ©battues, d’aller dans le fond des choses "
Lebrun : Mais on aurait fait la mĂŞme Ă©mission en public il y a deux ans, après l’ancienne nouvelle grille, peut-ĂŞtre auriez-vous eu les mĂŞmes rĂ©actions.
O. Q. : Non
– Jean Lebrun reste dans sa " ligne " : attribuer le mĂ©contentement Ă un excès de prĂ©cipitation des auditeurs... Mais son argument est Ă©trange (voire absurde), car prĂ©cisĂ©ment, deux ans auparavant, il n’y avait pas eu de rĂ©actions de rejet massives. Pourquoi manier le conditionnel, quand on connaĂ®t la rĂ©ponse ?
– A partir de ce moment, Jean Lebrun perd peu Ă peu le contrĂ´le de cette Ă©mission qu’il avait soigneusement cadenassĂ©e :
Lebrun : Alors, madame et puis, quand même, une association, heu…
Un auditeur : Monsieur Lebrun… Monsieur Lebrun… moi j’aimerais bien
Lebrun : Attendez. Madame, et après je voudrais bien donner la parole Ă Laure Adler. Il faut quand mĂŞme qu’on entende Laure Adler.
L’auditeur : Monsieur Jean Lebrun ! Non mais moi je vais vous couper la parole parce que comme d’habitude vous ĂŞtes extrĂŞmement directif. LĂ , les questions que vous nous posez - je ne sais pas si le micro est coupé… Je trouve que vous ĂŞtes extrĂŞmement directif. Les questions que vous nous posez Ă propos de la musique, je suis dĂ©solĂ©, nous sommes sur France Musique [Il veut dire : France Culture] , je pense qu’il y a quand mĂŞme des questions, des problĂ©matiques bien plus importantes, et je voudrais rappeler qu’il y a quand mĂŞme pour moi quatre temps forts.
Sous les vivats, il Ă©grène les rendez-vous de l’ancienne grille dont il dĂ©nonce la disparition. En rĂ©fĂ©rence Ă la directivitĂ© de Lebrun, il finit : " Et ça, ça a Ă©tĂ© complètement occultĂ© ! "
Lebrun : Madame. Merci. Madame…
Françoise LĂ©glise lit un long texte dĂ©nonçant " le ringardisme ", le " conformisme ", " l’introduction dans un circuit marchand ".
Jean Lebrun s’impatiente, l’interrompt (" Je vous arrĂŞte, lĂ . Non mais je vous arrĂŞte parce que le climat affectif, il existe toujours manifestement ", " très vite, madame ! " ; " Bon, je vous interrompt, madame, je vous interrompt. Bon ! Il nous reste… il nous reste… ", " Bon madame, je vous demande d’interrompre maintenant ! Non, je suis dĂ©solĂ©, il me reste dix minutes d’antenne, et il faudrait quand mĂŞme que d’autres personnes puissent s’exprimer, et sans notes ! Merci ! " ; elle persiste ; on lui coupe le micro ; le public proteste ; sa voix demeure en arrière fond…La salle la soutient : " c’est vrai ce qu’elle dit "
Jean Lebrun : Bon, Laure Adler… Alors, qu’est ce qu’on prend… qu’est ce qu’on prend… qu’est ce qu’on prend ! Merci madame, je suis trop directif et trop long, mais vous aussi. Vous avez pris des leçons, euh, de la part de Jean Lebrun. Laure Adler : il y a une question de fond presque qui se pose : qui doit faire les programmes de France Culture ? Parce que parfois dans le courrier, on lit : " On est les assujettis de la redevance ", comme dirait le prĂ©sident de l’Association des Amis de France Culture, qui est derrière vous. " On est des sujets ; on est des gens de peu ". Euh !? Et est-ce que, demandent les auditeurs, on ne pourrait pas prendre une part plus active aux programmes ? Est-ce que c’est le rĂ´le de la direction d’imposer une grille de programmes ?
– La rĂ©ponse confirme que, pour Laure Adler, le rĂ´le de la direction est bien d’imposer une grille de programme :
Laure Adler : Ben bien sĂ»r, c’est pour ça qu’on est lĂ . Moi je voulais dire que j’avais beaucoup appris au cours de cette heure et demie. Quelqu’un qui s’occupe de France Culture et qui a ce grand honneur, c’est d’abord quelqu’un qui doit savoir Ă©couter, donc j’ai Ă©coutĂ© attentivement. D’ailleurs je dĂ©finis mon rĂ´le de directrice d’abord comme une Ă©couteuse : j’Ă©coute les programmes, pas dix-neuf heures par jour, hĂ©las. Mais j’essaye d’Ă©couter vraiment beaucoup beaucoup la chaĂ®ne. Je voudrais dire Ă quel point je suis heureuse et fière de cette… de ce que j’entends Ă chaque moment de la journĂ©e. En venant ici j’ai entendu une Ă©mission exceptionnelle de quelqu’un qui s’occupait des autres. Hier il y avait une jeune femme qui s’appelait Nadia et qui expliquait sa dĂ©tresse. Je voulais dire aussi que hier soir, dans " Surpris par la nuit ", qui remplace " Les Nuits magnĂ©tiques " - car l’idĂ©e des Nuits magnĂ©tiques reste et demeure très très fort Ă l’intĂ©rieur de France Culture -, il y avait une Ă©mission qui m’a bouleversĂ©e et qui m’a faite pleurer sur les handicapĂ©s, qui Ă©tait tout Ă fait remarquable ; que Ă chaque moment que j’Ă©coute France Culture, je ressens ce que doit ĂŞtre l’âme et l’identitĂ© de France Culture, c’est-Ă -dire un tressage entre le savoir et l’Ă©motion que procure le savoir, c’est-Ă -dire la dĂ©couverte de nous-mĂŞmes. Je crois que ce soir nous avons assistĂ© Ă ce qui me paraĂ®t ĂŞtre le plus important, c’est-Ă -dire la passion avec laquelle les auditeurs sont arrimĂ©s, comme Ă une Ă®le, Ă ce France Culture qui reprĂ©sente tous nos espoirs et notre avenir. Un monsieur a tout Ă fait lĂ©gitimement, je crois, fait remarquer que nous Ă©tions dans une Ă©poque un peu de dĂ©sespĂ©rance, un peu de recherche de sens, un peu de recherche d’identitĂ©, de repères, on l’a bien vu. Nous tous Ă France Culture qui avons militĂ© pour l’exception culturelle, nous sommes contents de voir que l’exception culturelle Ă Seattle a gagnĂ©e. Je pense que France Culture reprĂ©sente haut et fort justement une exception culturelle Ă elle toute seule…
Jean Lebrun : Alors, radio-exception, Laure Adler…
Laure Adler : … je voudrais rajouter une seule chose : je voudrais dire que chacun a son France Culture. A soi. Le jeune homme qui est parti, qui Ă©tait en face de moi toute Ă l’heure, a dit des choses absolument… passionnantes. Il a dit qu’il n’y avait pas de communautĂ© des auditeurs de France Culture. Il a absolument raison, parce que chacun a son France Culture dans son cĹ“ur et dans son âme. Et c’est ça qui me paraĂ®t le plus important. Pourquoi ? Et lĂ je voudrais rendre hommage Ă tout ces producteurs, ces 130 producteurs, avec toutes les Ă©quipes, les chargĂ©s de rĂ©alisation, les rĂ©alisateurs, les techniciens, qui nous tous ensemble… Parce que c’est une Ă©quipe, France Culture, c’est une Ă©quipe avec un collectif, avec une idĂ©e commune, chacun a son idĂ©e…
Un auditeur : Madame… il y a aussi… Madame…
Jean Lebrun : Mais reconnaissez, Laure… reconnaissez…
L’auditeur : Non non, mais attendez ! Non, madame, je suis dĂ©solé… Tous les producteurs que vous avez congĂ©diĂ©s… et ça vous ne pouvez pas accepter ça… C’est un discours… C’est un faux discours !
[Applaudissements dans la salle, brouhaha]
Jean Lebrun : Mais justement, mais attendez… Nous avons peu de minutes
L’auditeur : …C’est un discours complètement dĂ©magogique que vous…[inaudible] On ne peut pas accepter des… [inaudible]
Jean Lebrun : Non mais nous avons peu de minutes… Alors, Laure Adler, vous conviendrez…
– A partir de ce moment, " l’Ă©couteuse " va changer de ton. Après avoir tenter de faire croire que finalement tout le monde est d’accord avec tout le monde et donc avec elle, elle consomme brutalement la rupture. Elle veut bien faire semblant d’Ă©couter quand on lui dit ce qu’elle veut entendre. Mais dès que des avis divergents s’expriment, les opposants deviennent des gens violents, minoritaires, non dĂ©mocratiques, etc. , bref des gens qu’il ne faut surtout pas Ă©couter.
Laure Adler [Ă l’auditeur] : Ah oui, vous pouvez toujours protester… Vous ne les acceptez pas messieurs, mais j’ai le droit de les tenir, parce que j’y crois. Et aussi pour vous dire que vous avez le droit…
Jean Lebrun ; ’tendez ’tendez ’tendez… Vous conviendrez, Laure… Attendez, un peu de discipline ! Vous conviendrez que, je reprends un peu les propos de messieurs, que vous avez tendu l’Ă©lastique très loin, voulant viser très loin, et… et… qu’en mĂŞme temps, avec les modifications de janvier, euh… vous Ă©tiez Ă 10, euh… vous revenez Ă 7.
Laure Adler : Non, pas du tout. Je ne renonce pas Ă l’essentiel, c’est-Ă -dire Ă l’âme, l’identitĂ©, la force et l’avenir de France Culture. Je pense que la culture reste un arme, une arme de citoyenneté…
Un auditeur : C’est pas une arme !
Laure Adler : … de solidaritĂ©, de reconnaissance de l’autre. Je pense que France Culture, Ă chaque moment oĂą nous l’Ă©coutons, reprĂ©sente ça…
L’auditeur : Merde ! c’est pas la culture qui est une arme ! C’est une âme ! C’est pas une arme
[Applaudissements]
Laure Adler : … une âme et une arme de citoyenneté et de solidarité
L’auditeur : Mais dites pas de conneries ! Vous ĂŞtes politique [ ?] ! C’est dĂ©gueulasse ! [il hurle]
Jean Lebrun : Bon, monsieur, nous essayons de nous exprimer…
Laure Adler : Je voulais dire que… Je voudrais terminer, Jean Lebrun. Je voudrais dire que les auditeurs qui sont lĂ et qui expriment leur propre point de vue ont tout Ă fait lĂ©gitimement le droit de l’exprimer. Ce n’est pas la majoritĂ© des auditeurs. Ce ne sont pas du tout, du tout du tout, les retours que nous avons…
[Vives protestations de la salle]
Laure Adler : … pas du tout, du tout, du tout…
[Quelqu’un hurle une remarque Ă propos de la dĂ©mocratie]
Laure Adler : Et d’autre part je voulais terminer en disant que cette Ă©mission s’est dĂ©roulĂ©e dans un climat de très grande violence, avec un monsieur qui pourtant travaille dans une prison donc il devrait savoir ce que c’est que le dĂ©sespoir, ce que c’est que la solitude…
[Protestations de la salle indignée]
Laure Adler : … depuis une heure et demie, il a devant lui un papier oĂą c’est marquĂ© : " Laure Adler dĂ©mission ". Et bien non, je ne suis pas toute seule, je ne suis pas toute seule
Jean Lebrun : Bon ! Est-ce que vous pouvez… Il nous reste deux minutes, est-ce que vous pouvez… …
Laure Adler : … et je voudrais rendre hommage Ă toutes celles et ceux qui font France Culture Ă chaque moment de la journĂ©e et de la nuit [elle martèle ces mots]. Et je suis très fière et très heureuse de continuer Ă essayer d’assurer l’âme et l’identitĂ© de France Culture.
Jean Lebrun : Est-ce que vous pouvez, Laure, en deux minutes, indiquer quelques une des grandes lignes de janvier ?
Laure Adler : [Silence] Ben je pense que… Nan ! Parce que vous les dĂ©couvrirez. Je pense que Ă partir de la semaine prochaine vous dĂ©couvrirez sur l’antenne dĂ©jĂ des nouvelles Ă©missions. Je pense que puisque vous avez montrĂ© Ă quel point vous Ă©tiez passionnĂ©s Ă l’Ă©coute de France Culture, je pense que vous laisserai la joie de dĂ©couvrir, Ă vous tous qui ĂŞtes des auditeurs passionnĂ©s, ces…
Jean Lebrun : Conclusion ! [Il désigne une auditrice invitée en plateau, la seule favorable à la nouvelle grille] Conclusion madame !
Un auditeur : On se battra. On se battra, madame. On a commencé à se réunir et à agir.
L’auditrice : Je pense que c’est quand mĂŞme formidable que des gens se mobilisent pour tout ça. Et je crois que tout ça, c’est de l’amour.
[Stupeur de la salle devant une telle chute. Puis quelques rires. Lebrun fait signe à la régie de lancer le générique]