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Communiqué

France Télévisions : « Rencontre de la CGT avec Patrick de Carolis » (SNRT-CGT,SNJ-CGT)

Nous publions ci-dessous un communiqué de la CGT de France Télévision (SNRT CGT, SNJ CGT)- (Acrimed)

Le 8 septembre, la CGT (SNRT CGT, SNJ CGT) du groupe France Télévisions a été reçue pendant près de trois heures par Patrick de Carolis. Il s’agissait de la première rencontre entre le nouveau PDG et une organisation syndicale. En cette occasion, il a réaffirmé vouloir « un dialogue social franc, confiant, respectueux et responsable » ajoutant un peu plus tard : « Je sais que la parole de la CGT n’est pas hypocrite. » Les représentants de la CGT ont exposé les principaux enjeux qui se posent à l’entreprise.

Monsieur de Carolis était entouré de Monsieur Thierry Bert et de Monsieur Bernard Broyer. Etaient présents pour la CGT :

- SNRT CGT : Charly Kmiotek, secrétaire général du SNRT CGT, Luc Deleglise, France 2, Marc Chauvelot, France 3, Jacques Angerie, France 5.
- SNJ CGT : Jean François Téaldi, secrétaire général de l’union des sections du SNJ CGT de France télévisions, Christine Campini, France 2, Gabrielle Loren, RFO.

ENJEUX STRATEGIQUES


- Défense du service public - . En ouverture, la CGT a rappelé son attachement viscéral au service public et à ses valeurs. France télévisions est un grand groupe que ses salariés ont tous construit, mais cet édifice est fragile, attaqué de toutes parts. La CGT est déterminée à le défendre mais aussi à le développer et à renforcer son rayonnement à tous les niveaux, local, départemental, territorial, national et international.


- Sabotage de l’actionnaire - . Le Contrat d’objectifs et de moyens, dans ses différentes versions, n’a jamais été respecté par l’actionnaire, tant de gauche que de droite. Les projets du groupe ont été systématiquement sabotés. Le non remboursement des exonérations de redevance, le transfert des ressources publicitaires vers le privé, le sous financement organisé ont eu pour effet de décrocher France télévisions de ses principaux concurrents privés, entraînant des retards industriels et technologiques considérables sur la haute définition, la TNT-TNR, l’ADSL, le satellite et les besoins d’équipement en vidéo mobile, post production, etc. La CGT a exprimé ses plus grands doutes sur la capacité de France télévisions à faire respecter les engagements du gouvernement. La CGT s’est aussi interrogée sur le projet de « fondation » proposé par le PDG. S’agit-il d’essayer de compenser les carences de l’actionnaire ?

- Diffusion sur tous les supports - . Pour la CGT, si le PDG a raison d’insister sur la qualité des programmes, il doit impérativement en garantir la diffusion auprès de tous les téléspectateurs citoyens, quel que soit le support. Pour nous, il est absolument nécessaire pour France télévisions de relancer ses projets de développement comme par exemple les TNR (télévisions numériques régionales) de France 3, avec l’obtention d’un second multiplexe pour le groupe public. Le développement de la télévision locale et régionale ne doit pas être abandonné au privé. La CGT a également interpellé le Président sur l’urgence de développer la diffusion des programmes régionaux sur satellite, notamment en zone montagneuse, et ce, parallèlement à la diffusion hertzienne et au développement de la TNR

- Pacte de priorité - . Nous avons réaffirmé la nécessité de recourir à nos moyens internes, tant pour les programmes nationaux que régionaux, tant pour les moyens de France 3 que ceux de RFO. Il s’agit d’une priorité sociale, éditoriale mais avant tout économique. La CGT propose d’appliquer au groupe le pacte de priorité sur le recours aux moyens internes de production/fabrication, d’instaurer à l’échelon du groupe un « droit de tirage » des chaînes, comparable à celui qui existe à France 3. France 2, France 4 et France 5 pourraient ainsi faire travailler leurs propres moyens de production et de fabrication en collaboration avec les unités de production du groupe.

- Recapitalisation de RFO - . La CGT a exprimé la déception des personnels de RFO après la fusion dans France télévisions. La recapitalisation de RFO n’a jamais été effectuée à la hauteur des besoins. La place de la chaîne doit être redéfinie, renforcée afin que les sites parisiens et ultra marins aient les moyens de remplir leur mission. Il faut relancer une production bloquée depuis des années, notamment les magazines, utiliser des moyens techniques sous-employés, valoriser les ressources humaines.

- Chaîne Internationale - . La CGT s’est félicitée de la position du PDG : une chaîne qui serait publique, dont France télévisions, dans toutes ses composantes serait le moteur, et qui associerait l’AFP, Euronews, RFI et TV5. C’est précisément la position que la CGT défend depuis le début face à l’attelage contre-nature TF1/France télévisions. La CGT a demandé et obtenu l’accord du PDG pour présenter à Ulysse Gosset, chargé par Patrick de Carolis de la CII, son projet de chaîne internationale réalisé par l’ensemble de ses sections syndicales dans les sociétés concernées.

Enjeux éditoriaux

- Politique éditoriale - . Nous avons dénoncé l’omniprésence des producteurs privés dans les grilles des programmes nationaux (France 2, France 3, France 4 et France 5), l’absence de moyens et de créneaux pour les programmes régionaux et territoriaux (RFO, France 3) et le scandale des décrets Tasca. L’annonce par le PDG d’une grille à 12 mois ne peut avoir que notre soutien. Nous avons largement combattu les fermetures des locales pendant les congés scolaires à France 3, la logique de « hautes et basses périodes d’activité » qui a conduit à un abandon de nos missions de service public.

- Crédibilité de l’information - . Le service public doit retrouver la crédibilité perdue durant la campagne pour le référendum sur la constitution européenne. Une information honnête, pluraliste et rigoureuse doit être la règle. Nous avons rappelé notre volonté de voir les rédactions nationales de France 2, France 3 et RFO garder toute leur place en terme de couverture des événements, quels qu’ils soient. L’info n’est pas la recherche du sensationnel et la course à l’audience. A France 3 en région, il faut des moyens et du temps pour que nos journaux ne soient pas que les pâles répliques de la presse quotidienne régionale. Nous avons rappelé que les magazines d’information sont le débouché naturel de l’actualité, temps de la réflexion pour les téléspectateurs, accomplissement plein et entier de leur métier pour les journalistes.

- Pas de partenariat pour l’information - . Le SNJ CGT a rappelé son opposition à tout partenariat pour l’information. Toute attaque éventuelle contre l’Avenant audiovisuel de la CCNTJ entraînerait une réponse appropriée de grande ampleur.

- Droits d’auteur - .Face au développement des rediffusions sur les nouvelles technologies et au pillage de nos droits d’auteur, le SNJ CGT a demandé l’ouverture d’urgence de négociations tant en ce qui concerne les droits moraux que pécuniaires.

ENJEUX SOCIAUX

Politique sociale au niveau du groupe La CGT a réaffirmé son attachement à une politique sociale de groupe, incohérente aujourd’hui malgré nos demandes notamment pour les salariés de France 5 et des autres filiales qui ne bénéficient pas de la convention collective de l’audiovisuel public. Le SNRT CGT a rappelé l’attachement des salariés à la convention collective de l’audiovisuel public. Il n’est pas opposé à en négocier des améliorations, comme il l’avait proposé à plusieurs reprises pour le système salarial.

- Lutte contre la précarité - . La CGT a rappelé son engagement majeur pour une réelle politique de l’emploi qui permette de lutter efficacement contre la précarité. L’exemple de France 2 où l’on maintient dans la précarité jusqu’à 60% des effectifs dans certains services n’est pas acceptable.

- Politique salariale - . Pour la huitième année de blocage de la valeur des points d’indice, la CGT a fait entendre l’exaspération des salariés. Leur seule perspective d’évolution est celle des G et T synonyme le plus souvent d’arbitraire de la hiérarchie. « Allez-vous essayer de convaincre l’actionnaire de mettre en place une véritable politique salariale dans l’audiovisuel public ? » avons-nous demandé. Les salariés attendent un signe fort.

- Protection sociale - . La CGT a exprimé la nécessité d’étendre la protection sociale (santé et prévoyance) à l’ensemble des salariés du groupe. Il faut en particulier améliorer les contrats existants, prendre en charge les laissés-pour-compte, les salariés qui étaient en maladie au moment de la signature du contrat, et qui ne sont toujours pas pris en charge. La « subrogation » doit se mettre en place dans l’ensemble du groupe pour qu’en cas de maladie, il n’y ait plus de discontinuité dans le paiement du salaire. Cette disposition, qui existait auparavant, doit être rétablie.

- Egalité hommes/femmes - . Seule France 3 a pour l’instant engagé la négociation d’un accord d’entreprise. Une harmonisation au niveau du groupe est nécessaire. La CGT appelle à un volontarisme sur cette question (avec par exemple un plan pluriannuel de résorption des inégalités.

- Formation professionnelle - . La CGT a réaffirmé sa volonté de voir France télévisions et le groupe public prendre toute la place qui leur revient au niveau de l’organisation de la branche audiovisuelle en cours de construction.
Comment justifier la place de France télévisions au sein de la FESAC, pilotée par les producteurs privés ? La CGT demande l’ouverture d’une négociation au niveau du groupe d’un accord visant à améliorer l’accord de branche (CPNEF-AV) sur la formation professionnelle.

- Mobilité professionnelle - . La CGT rappelle la difficulté pour les salariés de se déplacer dans le groupe. L’insuffisante prise en charge des problèmes familiaux liés à la mobilité fait qu’un salarié, même promu, peut voir ses revenus chuter dans le cadre de cette mobilité. Nous avons rappelé que la mobilité volontaire des salariés, tant au sein de chaque entreprise qu’au sein de l’audiovisuel public, doit trouver des solutions dans la réactivation de la commission mobilité inter-entreprises et que des moyens doivent y être consacrés.

- Harcèlement à France 2 - . Le SNJ CGT de France 2 a dénoncé le climat de terreur que fait régner une partie de l’encadrement de la rédaction, tant au niveau des CDI que des précaires : autoritarisme, harcèlement, mépris des représentants du personnel (qui les a conduits à démissionner de leurs mandats !)

REPONSES DU PDG

Le PDG a pris beaucoup de notes, et déclaré qu’il n’avait pas, pour l’instant, pu prendre connaissance de tous les dossiers « Je ne suis pas un bluffeur » a-t-il déclaré.

Il a rappelé que le 22 août, jour de sa prise de fonction, il avait choisi d’effectuer 3 déplacements qui n’étaient pas que « symboliques » :

- Au service des relations avec les téléspectateurs pour marquer la place centrale qu’il entend donner au téléspectateur.
- A RFO pour insister sur le rôle de RFO dans le groupe.
- A la station de Reims, où il a commencé sa carrière, pour saluer le remarquable travail des régions de France 3.

Concernant la production, il a affirmé partager l’attachement de la CGT à « la défense de la filière production qui effectue un travail remarquable. Lorsque je suis arrivé en 1997 pour faire des Racines et des Ailes, j’aurais pu utiliser des moyens externes, je ne l’ai pas fait. J’apprécie la filière, je connais la fiction. Il n’est pas envisageable de ne pas utiliser ce savoir-faire dans nos programmes qui doit irriguer tout le groupe. Il faut le rendre efficace. C’est un enjeu. »

En ce qui concerne les animateurs producteurs, il réaffirme que « la pratique des cases dédiées est fâcheuse et anti-productive. Je me tiendrai à mes déclarations. Il faut retrouver notre souplesse de programmation. »

Pour les rédactions, « je ne suis pas favorable aux fusions. Ce n’est pas mon objectif. J’ai demandé aux deux directeurs de l’info de France 2 et France 3 de se parler et d’avoir une stratégie offensive vers l’extérieur. Il ne s’agit pas de répartir les territoires mais de personnaliser les JT et les rédactions, de me faire des propositions. Il est hors de question par exemple de n’envoyer qu’une seule équipe d’une seule rédaction à l’étranger. Si tel était mon objectif, je n’aurais pas nommé Paul Nahon au même niveau, Directeur adjoint en charge de l’information, qu’Arlette Chabot sur France 2. Il faut que le téléspectateur puisse trouver des sujets traités différemment par France 2 et par France 3, sur un même événement, pour ne pas aller vers le privé. En revanche nous devons pouvoir mettre des moyens en commun sur un même événement pour être plus efficace. »

Pour le PDG, « le news doit rester le news et le magazine le magazine ». Il veut « de vrais rendez vous magazines. On devra peut-être en créer de nouveaux, peut-être des thématiques. » Il souhaite voir commencer les programmes plus tôt, « c’est une demande des régions ».

A propos de la CII, M. de Carolis pense que « les intérêts du secteur public ont été mal défendus dans le projet. Je vais le redire à l’actionnaire dans les prochains jours, avec des solutions. Le schéma France télévisions/TF1 ne peut pas être mis en pratique, je n’y crois pas. France télévisions a le savoir-faire, le réseau, avec l’ensemble de l’audiovisuel public, l’AFP, RFI, TV5, Euronews. C’est la raison de la nomination rapide d’Ulysse Gosset à la CII.  »

Sur l’égalité professionnelle, le PDG veut donner un « signal fort à tous les niveaux pour arriver à une vraie égalité dans tous les domaines.  » Il veut redonner « le choix de la mobilité au sein du groupe. »

A propos du contrat d’objectifs et de moyens qu’il compte négocier avec le gouvernement, M. de Carolis veut d’abord faire un large audit interne « pour savoir où on en est ». Il dit s’interroger sur Horizon 2008 « qui a coûté très cher. ».

Sur les relations futures avec l’actionnaire et à ses nombreux revirements stratégiques concernant les précédents contrats d’objectifs et de moyens, il se veut rassurant : « j’ai confiance en mon actionnaire ». Il imagine conclure des « rapports d’étape » qui « permettraient de mesurer le respect des engagements réciproques, une sorte de test de fiabilité  ». « On ne peut pas négocier en tournant le dos. »

A l’issue de cet entretien, la CGT réaffirme comme elle l’avait déjà fait le 6 juillet après la désignation de Patrick de Carolis que, si le président a changé, nos exigences restent. Nous sommes prêts pour un dialogue constructif mais nous continuerons à combattre toute remise en cause des valeurs du service public et des intérêts de ses personnels. La CGT fera entendre ses revendications et ses propositions, dans les rencontres qu’elle va faire avec les différentes directions générales du groupe puis dans tous les rendez vous de la vie sociale des entreprises. Nous ne manquerons pas, en ces occasions, de saisir le PDG sur la politique générale qu’il entend fixer au groupe.

Paris, le 13 septembre 2005

SNRT-CGT SNJ-CGT France télévisions 7, Esplanade Henri de France Pièce R210 75907 Paris Cedex 15 Tél. 01 56 22 88 32 Fax 01 56 22 88 47

 

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