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France Inter, Sciences Po et la Palestine : « nuance » ou calomnie ? (3/3)

Amplifier la « polĂ©mique » plutĂ´t qu’informer, marginaliser les Ă©tudiants et relĂ©guer leurs revendications au second plan : tels sont quelques-uns des mĂ©canismes analysĂ©s dans les deux prĂ©cĂ©dents articles consacrĂ©s Ă  la manière dont France Inter a couvert, entre les mois de mars et mai 2024, les mobilisations Ă©tudiantes Ă  Sciences Po en soutien de la Palestine. Il Ă©tait alors principalement question de la fabrique routinière de l’information et des pratiques par lesquelles le journalisme ordinaire en arrive Ă  dĂ©figurer un mouvement social. Dans ce troisième et dernier volet, nous nous intĂ©ressons davantage Ă  « l’éditorialisme », entendu comme l’exposĂ© de partis pris. Trois exemples parmi le meilleur du pire.


« Questions politiques » : les Ă©ditorialistes-intervieweurs


L’émission « Questions politiques », diffusĂ©e sur France Inter et France Info en partenariat avec Le Monde, constitue un très bon thermomètre de l’éditocratie. Chaque dimanche en effet, le service public confronte un invitĂ© Ă  une prĂ©sentatrice et deux – voire trois – intervieweurs, qui livrent leurs prĂ©occupations Ă  travers le choix de l’invitĂ© et des sujets qu’ils abordent, la sĂ©lection et la formulation des questions qu’ils posent, la manière qu’ils ont d’accueillir les propos de leur interlocuteur, etc. Dès l’ouverture de l’émission, ces intervieweurs sont en majestĂ© : c’est la rubrique « L’image de la semaine », au cours de laquelle ces tĂŞtes pensantes sont invitĂ©es Ă  partager un clichĂ© qui les aura particulièrement marquĂ©es, avant, bien sĂ»r, de le commenter ; l’un n’allant pas sans l’autre, tant il va de soi que l’un comme l’autre sont d’un intĂ©rĂŞt capital pour les auditeurs…

C’est ainsi que le 28 avril, par exemple, tout un chacun trĂ©pigne en attendant de connaĂ®tre ce qui aura retenu l’attention de Guillaume Daret au cours de la semaine passĂ©e. Il se trouve que ce jour-lĂ , comme sa consĹ“ur Nathalie Saint-Cricq quelques semaines plus tĂ´t, le chef adjoint du service politique de France TĂ©lĂ©visions a choisi une photo de Sciences Po, « bloquĂ© et occupĂ© par des manifestants pro Gaza ». Sic. Pas la moindre information n’est donnĂ©e sur l’occupation du campus en question… mais les verdicts pleuvent comme les poncifs : « C’est finalement le symbole d’un lieu oĂą on ne se parle plus, alors que ça devrait ĂŞtre, par essence, lĂ  oĂą devrait se construire finalement le dĂ©bat public. » Et l’éditorialiste d’enchaĂ®ner face Ă  son invitĂ© du jour, AurĂ©lien PradiĂ© (LR) :

Guillaume Daret : Alors qu’est-ce que ça montre, cet exemple et ce blocage ? Pour moi, c’est un exemple supplĂ©mentaire qu’aujourd’hui, malheureusement, la nuance n’est plus possible ou extrĂŞmement difficile Ă  trouver. On voit bien qu’aujourd’hui, discuter de l’ampleur de la riposte d’IsraĂ«l et des moyens qui sont dĂ©ployĂ©s, sans ĂŞtre taxĂ© immĂ©diatement d’antisĂ©mitisme, c’est extrĂŞmement compliquĂ©. Ă€ l’inverse, demander Ă  boycotter des partenariats avec des Ă©coles israĂ©liennes, c’est ce que demandaient certains de ces bloqueurs, ça n’a pas grand sens aujourd’hui.

Point final. Les deux phĂ©nomènes ont beau n’avoir rien en commun et leur comparaison, aucun sens, ils sont tout de mĂŞme mis sur le mĂŞme plan : un bel exemple de « nuance ». La revendication de boycott a beau ĂŞtre Ă©tayĂ©e par les Ă©tudiants – quoique laissĂ©e totalement hors champ par la rĂ©daction de France Inter –, elle est disqualifiĂ©e sans que son dĂ©tracteur n’en dise de nouveau un seul mot : un bel exemple de pondĂ©ration.

On l’a bien compris : le propos n’est pas d’informer les auditeurs sur ce que les Ă©tudiants disent et font pour Ă©ventuellement en « dĂ©battre », mais bien de discrĂ©diter des « bloqueurs » ayant l’outrecuidance de se mobiliser contre la direction de leur Ă©cole et contre un gĂ©nocide en cours. Les propositions rĂ©actionnaires Ă©taient donc prĂ©destinĂ©es Ă  cadrer l’entretien. Guillaume Daret : « Alors concrètement, pour changer ça [AurĂ©lien PradiĂ© vient de qualifier les actions Ă©tudiantes de « forfaitures dĂ©mocratiques », NDLR], vous faites quoi ? Est-ce qu’il faut par exemple suspendre les aides publiques Ă  certaines de ces Ă©coles, c’est ce que demandent certains dans votre camp ? » L’occasion, pour le dĂ©putĂ© LR, de se rĂ©pandre en outrances sans qu’aucune d’entre elles ne soit balayĂ©e d’un revers de main par les journalistes, et encore moins taxĂ©e de n’avoir « pas grand sens ». Pas mĂŞme lorsque l’Ă©lu LR fustige une « minoritĂ© qui joue Ă  interdire l’enseignement », avant de se voir accorder le dernier mot de la sĂ©quence... singulièrement « nuancĂ©e » : « Quand on interdit la transmission de l’histoire et du savoir, c’est le dĂ©but du totalitarisme. »


Billet humoristique… ou Ă©dito ?


C’est un programme tout en « nuance » que nous propose Ă©galement Sophia Aram dans son billet du lendemain. Ayant rĂ©gulièrement lancĂ© des appels Ă  l’« Ă©quilibre » s’agissant de la situation au Proche-Orient, la boute-en-train profite naturellement de sa chronique pour nous en donner une illustration. « On ne voit pas pourquoi empĂŞcher les cours dans le 7ème arrondissement obligerait IsraĂ«l Ă  un cessez-le-feu », ironise-t-elle d’emblĂ©e, avant de juxtaposer les anathèmes au fil d’un billet forcĂ©ment « raisonnable » : « une mobilisation en forme de ZAD […] mĂŞlant souvent le grotesque Ă  l’indĂ©cence » ; des Ă©tudiants qui « jou[ent] les martyrs de la rĂ©pression policière » ; des « rĂ©volutionnaires de salon [qui] troqueront leurs keffiehs pour des habits sages » et « dont le combat pour la Palestine est beaucoup plus rĂ©cent que celui qu’ils mènent contre l’acnĂ© » ; des slogans « beuglĂ©s » appelant Ă  « Ă©radiquer l’État d’IsraĂ«l et les IsraĂ©liens du Moyen-Orient »â€¦ Toute honte bue, elle va jusqu’à fustiger « l’indĂ©cence de leurs bruyantes indignations sĂ©lectives, qui rend leur silence au lendemain du pogrom du 7 octobre aussi assourdissant qu’incomprĂ©hensible ». Bref : « bĂŞtise, intolĂ©rance et intimidation ». Trois mots pour une chronique « Ă©quilibrĂ©e »â€¦ accompagnant la loi du plus fort. Et qui, tel un parfait Ă©ditorial, alterne la calomnie, le mensonge et l’invective, du dĂ©but jusqu’à la fin :

Sophia Aram : Il faut encore trouver un adulte pour leur dire que, contrairement Ă  ce que leur racontent les Insoumis venus s’époumoner sur les braises, le Hamas n’est pas une organisation de rĂ©sistance, qu’il n’y a pas plus d’apartheid en IsraĂ«l que de gĂ©nocide Ă  ce stade Ă  Gaza et qu’à moins d’en programmer un nouveau, aucune solution dĂ©cente ne passera par l’éradication de l’État d’IsraĂ«l qui – le dĂ©couvriront-ils un jour ? – se trouve sur une petite bande de terre, situĂ©e pile entre la rivière… et la mer.

Rideau.


La matinale dans ses basses œuvres


MĂŞme studio, mĂŞme ambiance dans la matinale du 2 mai. PrĂ©figurant le « grand entretien » Ă  venir, l’éditorialiste YaĂ«l Goosz s’empare de la mobilisation Ă  Sciences Po. Certes, le journaliste s’insurge dès le dĂ©part contre la surenchère du gouvernement et de la droite dans le dĂ©bat public [1]. Et parce que lui aussi se rĂ©clame d’un « sens de la mesure » – dĂ©cidĂ©ment ! –, il se doit de le mettre en pratique :

YaĂ«l Goosz : Si la cause [des Ă©tudiants de Sciences Po] est lĂ©gitime, la mĂ©thode pour l’exprimer peut ne pas l’ĂŞtre. Les opposants Ă  la guerre au Vietnam ne disaient pas que l’État amĂ©ricain devait disparaĂ®tre [Quelle revendication Ă©tudiante le rĂ©clame aujourd’hui s’agissant de l’État d’IsraĂ«l ? On n’en saura rien... et pour cause. NDLR] ! Pourquoi ces mains rouges, symbole ambigu qui renvoie au massacre de deux rĂ©servistes israĂ©liens Ă  Ramallah en 2000 [2] ? Enfin, qui est dupe du sillon creusĂ© par les Insoumis dans une campagne qui parle plus de Gaza que d’Europe ? Personne.

Évacuer le fond pour mieux disqualifier la « mĂ©thode », recourir Ă  des procès d’intention, disqualifier et diffamer Ă  tour de bras sans le moindre argument : au bingo de « la mesure », France Inter coche dĂ©finitivement toutes les cases.

Si besoin en Ă©tait encore, le « Grand entretien du 7/10 » diffusĂ© quelques minutes plus tard Ă  l’antenne est venu le confirmer. D’emblĂ©e, il n’est pas inutile de rappeler que France Inter a fait le choix de ne convier aucun Ă©tudiant Ă  l’occasion de cette interview. Laquelle, dans l’émission, sera la première (et la dernière) consacrĂ©e aux mobilisations Ă©tudiantes au cours de cette sĂ©quence. Ce jour-lĂ , trois invitĂ©s sont pourtant rĂ©unis autour de Nicolas Demorand : le chef du bureau du New York Times Ă  Paris, Roger Cohen, la sociologue Anne Muxel et le politiste Hugo Micheron. Trois intervenants incarnant une certaine idĂ©e du « pluralisme », puisque tous trois se chargent d’instruire plusieurs procès Ă  charge contre les Ă©tudiants.

RĂ©sumons Ă  gros trait en commençant par Roger Cohen, qui ne cesse de jeter le discrĂ©dit sur les Ă©tudiants amĂ©ricains, entretenant mĂ©caniquement la suspicion Ă  l’Ă©gard de ceux de Sciences Po tant les interventions jonglent entre les uns et les autres comme s’ils constituaient un tout homogène. RĂ©duites Ă  quelques slogans mis dans le mĂŞme sac dont il est « difficile de ne pas percevoir l’antisĂ©mitisme », leurs revendications ne font lĂ  encore l’objet d’aucun exposĂ© prĂ©cis ni objectif au cours de l’entretien. Elles sont en revanche malmenĂ©es, dĂ©formĂ©es et discrĂ©ditĂ©es, parfois au prix de redoutables Ĺ“illères concernant les rĂ©solutions… du droit international. Par exemple :

Roger Cohen : Maintenant, quand on [les Ă©tudiants] parle de colonialisme vis-Ă -vis d’IsraĂ«l, ce n’est plus le colonialisme qui existe, c’est sĂ»r, dans la Cisjordanie. Non, c’est tout le bĂ©bĂ© ! Et c’est le truc entier. C’est la fin de l’État d’IsraĂ«l. [...] On a un vrai problème hein.

L’animateur n’y trouve rien à redire.

Si la sociologue Anne Muxel occupe initialement un terrain d’apparence plus neutre en s’attardant simplement sur les raisons pour lesquelles il existe un fort « terreau de contestation » Ă  Sciences Po, l’ambiance du studio semble rapidement la mettre Ă  l’aise. Ainsi ne tardera-t-elle Ă  dĂ©plorer une « instrumentalisation politique » et Ă  critiquer la « radicalitĂ© politique » d’une mobilisation « animĂ©e par des minoritĂ©s d’Ă©tudiants qui sont fortement politisĂ©s ». L’auditeur se doit d’être effrayĂ©. A fortiori lorsque la sociologue prend le soin d’Ă©grener les automatismes du moment : « extrĂ©misation des mobilisations » ; « difficile de faire entendre des propos plus nuancĂ©s » ; « propos antisionistes voire antisĂ©mites qui sont portĂ©s par certains Ă©tudiants ». Le tout au fil d’un argumentaire fort Ă©tayĂ©. Par exemple celui-ci :

Anne Muxel : Quand on voit [...] des mots, des slogans... Par exemple je pense au mot « gĂ©nocide ». On entend « gĂ©nocide Ă  Gaza ». Mais un gĂ©nocide… On apprend Ă  nos Ă©tudiants qu’un gĂ©nocide, eh bien, la dĂ©finition d’un « gĂ©nocide », ça passe par un certain savoir historique, juridique, euh... c’est très, très, très prĂ©cis un gĂ©nocide. Donc on voit bien que, voilà… il y a quand mĂŞme beaucoup d’Ă©tudiants qui ne se reconnaissent pas dans cette extrĂ©misation Ă  laquelle effectivement peuvent conduire certains combats politiques radicaux.

Anne Muxel, qui est sociologue et pas juriste, se permet donc, au nom d’un « savoir historique, juridique », de faire la leçon Ă  tous les juristes internationaux qui interrogent le caractère gĂ©nocidaire des massacres en cours Ă  Gaza… cherchez l’erreur ! En conclusion de la table ronde, Nicolas Demorand qualifiera ces Ă©changes de « passionnants ». Passionnante fut en effet l’absence de rĂ©action visant Ă  Ă©claircir de tels propos. Plus passionnant encore fut l’absolu silence de l’animateur au terme de la première intervention de « l’expert » Hugo Micheron :

Hugo Micheron : Ce qui se joue, dĂ©jĂ , Ă  mon sens, de très important, [...] c’est qu’on a une rĂ©importation d’une certaine grille de lecture amĂ©ricaine de ce conflit sur le campus de Sciences Po. Et qui se caractĂ©rise notamment par la dĂ©finition d’un camp du bien qui ferait face Ă  un camp du mal, dĂ©signĂ© si vous voulez comme un ennemi et avec assez peu de choses entre les deux, donc assez peu de nuances. Et ça c’est un problème, puisque cette dichotomie entre le camp du bien et le camp du mal, qui Ă©tait hier portĂ©e par Donald Rumsfeld et George Bush aux États-Unis, avant-hier par McCarthy, aujourd’hui est portĂ©e par des Ă©tudiants qui se classent plutĂ´t Ă  l’extrĂŞme gauche, mais qui ne fait pas plus dans la mesure.

Alors que Benjamin Netanyahou invoque dès octobre 2023 la « prophĂ©tie d’IsaĂŻe » pour lĂ©gitimer sa guerre gĂ©nocidaire, parle d’un combat du « peuple de la lumière » contre le « peuple des tĂ©nèbres » et « le mal Ă  l’état pur » ou encore d’une « guerre de civilisation contre le barbarisme », alors que nombre de dirigeants (et journalistes) occidentaux ont endossĂ© cette rhĂ©torique d’une « guerre de civilisation » et enclenchĂ© une redoutable rĂ©pression d’État pour Ă©touffer les voix et les actions de celles et ceux qui ne se laissent pas berner par cette mystification politico-historique, c’est aux portes de Sciences Po qu’Hugo Micheron entrevoit la continuation historique du maccarthysme. Vous avez dit misère ?

Sans borne, la complaisance de Nicolas Demorand conduira Ă  d’autres types d’« Ă©changes passionnants ». Ce moment, notamment, oĂą Hugo Micheron verse dans le complotisme autorisĂ© en pointant Ă  Sciences Po des « groupes très structurĂ©s idĂ©ologiquement qui exploitent l’indignation lĂ©gitime autour d’une guerre assez effroyable pour faire passer des arguments auprès d’un public beaucoup plus large », sans pour autant jamais rĂ©pondre Ă  la question somme toute logique de l’animateur : « Quels sont ces groupes ? » Lequel n’insistera pas après avoir fait chou blanc.

Passionnant, pour conclure, fut ce long Ă©change Ă  deux voix entretenant la calomnie :

- Nicolas Demorand : Parmi les slogans des Ă©tudiants, certains remettent directement en cause Sciences Po, sur le mode « IsraĂ«l assassin, Sciences Po complice ». On a pu voir Ă©galement ces images d’Ă©tudiants brandissant leurs mains peintes en rouge sang. Images qui ont choquĂ© car elles rappellent celles du lynchage de deux rĂ©servistes israĂ©liens Ă  Ramallah en octobre 2000. Ces images, comment vous les avez reçues ?

- Hugo Micheron : C’est très important de revenir lĂ -dessus [...]. Premier Ă©lĂ©ment, dĂ©jĂ , Sciences Po, je pense que tout le monde pourrait ĂŞtre d’accord avec ça, n’est pas complice de la guerre Ă  Gaza. […] C’est factuel : […] c’est une aberration. Le deuxième Ă©lĂ©ment qui est beaucoup plus choquant, c’est cet Ă©pisode des mains rouges [...], qui, en fait, fait directement rĂ©fĂ©rence Ă , en 2000, ce qui s’est passĂ© Ă  Ramallah quand deux IsraĂ©liens avaient Ă©tĂ© tabassĂ©s Ă  mort [...]. Donc si vous voulez, ce geste, qui mimique, qui fait une rĂ©fĂ©rence directe Ă  cet acte, qu’on retrouve dans les rues de Sciences Po aujourd’hui, c’est une glorification indirecte du meurtre de deux IsraĂ©liens, et on le voit bien, le sous-texte, c’est « mort aux Juifs ». Qu’on le veuille ou non, c’est ça qui apparaĂ®t de façon subliminale.

- Nicolas Demorand : MĂŞme si les Ă©tudiants disent : « Nous ne connaissions pas cette affaire, ni l’image de 2000 » ?

- Hugo Micheron : Bah voilĂ  ! C’est lĂ  oĂą le prof [...] qui est en moi intervient. C’est que si les Ă©tudiants de Sciences Po oĂą, justement, on est dans le lieu oĂą le dĂ©bat doit s’Ă©lever, ce lieu nous oblige, si les Ă©tudiants ne connaissent pas les rĂ©fĂ©rences des gestes militants qu’ils emploient, bah moi j’ai un problème sur le fond intellectuel [...]. On ne peut pas prĂ©tendre ignorer les symboles auxquels on se rĂ©fère.

France Inter ou Franc-Tireur ? MĂ©diatisĂ© Ă  une Ă©chelle de masse, cet Ă©pisode des « mains rouges » est en tout cas traitĂ© Ă  l’identique.

Ă€ notre connaissance, ce « grand entretien » n’aura fait l’objet d’aucun retour critique Ă  l’antenne. Pourtant, nombreux sont les auditeurs Ă  avoir Ă©trillĂ© son dispositif et son contenu, ainsi qu’on peut le lire sur le site… de Radio France, Ă  la page de « la mĂ©diatrice ». Des messages qui auraient sans doute mĂ©ritĂ© une intervention publique… de la mĂ©diatrice, tant la quasi-totalitĂ© d’entre eux dĂ©plorent les « amalgames, [les] poncifs, [et les] idĂ©es reçues » ayant eu cours dans l’émission, dĂ©noncent « un choix d’invitĂ©s […] unanime et l’absence d’étudiants dans ce "dĂ©bat" » et soulignent en outre « le fait qu’aucun auditeur n’a Ă©tĂ© invitĂ© Ă  l’antenne pour rĂ©agir Ă  cette discussion unilatĂ©rale ou obtenir l’opportunitĂ© de la nuancer. »


***


Au fil de cette sĂ©quence de mobilisations Ă©tudiantes, c’est peu dire que France Inter aura brillĂ©. De cadrages imposĂ©s en pratiques professionnelles routinisĂ©es, les rĂ©dactions auront montrĂ© ce qu’un mĂ©dia pourtant largement consacrĂ© dans le champ journalistique sait faire de pire. Éditorialiser Ă  sens unique ; asservir son agenda Ă  celui des institutions ; focaliser l’attention sur la forme des mobilisations et polariser les cadrages sur ses « Ă -cĂ´tĂ©s » ; accorder le monopole de la parole aux intervenants « dominants » ; ignorer superbement les premiers concernĂ©s ; invisibiliser leurs revendications ; amplifier l’Ă©cho des emballements politiques en mettant en scène les dĂ©clarations d’Ă©lus, de prĂ©fĂ©rence outrancières ; saturer l’agenda de « polĂ©miques » savamment montĂ©es en Ă©pingle, entretenant pour certaines des « scoops » fondĂ©s sur des fake news. Le tout pour un seul rĂ©sultat : dĂ©figurer un mouvement social et participer activement au maintien de l’ordre.


Pauline Perrenot

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