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Les médias et le Forum social européen

France 2 et France 3 : service minimum sur le service public

Manifestement, il n’entre pas dans les " missions du Service public " de rendre compte des dĂ©bats europĂ©ens, quand ils se mènent en l’absence des gouvernements, en dehors des partis politiques installĂ©s et des institutions officielles. Une fois oubliĂ© le Forum proprement dit, voici ce qui reste.

I. Avant la manifestation : le service public est en panne

Jeudi 7 novembre, 19-20 de France 3 et 20 heures de France 2 : pas une phrase, pas un mot.

Vendredi 8 novembre, 12-14 de France 3 et 13 heures de France 2 : pas une phrase, pas un mot.

France 2 et France 3 sont des chaĂ®nes " de service public ". C’est sans doute la raison pour laquelle pas un mot n’a Ă©tĂ© consacrĂ© au Forum pendant deux jours. Il est vrai que de graves accidents de la route ont mobilisĂ© la rĂ©daction autour de David Pujadas et que " la question du jour " Ă  treize heures concernait ... les risques de thromboses dans les transports aĂ©riens.

Vendredi 8 novembre, en soirée

Le 19-20 de France 3 accorde une large place Ă  " l’actualitĂ© internationale ", mais ne dit pas un mot sur le Forum Social EuropĂ©en.

Il n’en va pas de mĂŞme au journal de France 2 de 20 heures, prĂ©sentĂ© par BĂ©atrice Schönberg.

Sur des images non identifiĂ©es (ni date, ni circonstances) qui montre une Ă©chauffourĂ©e avec des forces de police, ce commentaire :

" En Italie, la ville de Florence avant la grande manifestation de demain lors du Forum Social EuropĂ©en. La ville est quadrillĂ©e par les forces de police. Cette ville-musĂ©e est dĂ©sertĂ©e par les touristes. Au moins 300 0000 sympathisants antimondialisation sont attendus pour une grande marche pacifiste. Et que se passe-t-il Ă  la frontière franco-allemande. Des forces de l’ordre ont Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©es des deux cĂ´tĂ©s pour contrĂ´ler l’arrivĂ©e Ă©ventuelle de cars se dirigeant vers Florence. Une opĂ©ration pour l’instant très prĂ©ventive. "

Suit alors l’annonce d’un reportage, que l’on ne verra pas : " Apparemment nous avons un petit problème avec ce sujet qu’on verra sans doute un peu plus tard ". Qu’importe. BĂ©atrice Schonberg enchaĂ®ne sur le " sujet " suivant : les avortements provoquĂ©s par l’oubli de la pilule.

Echantillon exemplaire d’Ă©criture automatique ou d’inconscient journalistique : BĂ©atrice Schönberg fait parler la ville-musĂ©e et les forces de police. Le reste ? Elle ne connaĂ®t pas...

II. Après la manifestation : le service public a vu la manif’

Samedi 9 novembre

Sur France 3, le 19-20 s’ouvre sur ... " la saisie de cocaĂŻne en plein Paris ". Suit une sĂ©quence - plutĂ´t correcte - sur les rĂ©fugiĂ©s de Calais. A quoi succèdent des " sujets " sur l’enquĂŞte sur l’attentat de Djerba, la " question irakienne ", une attaque israĂ©lienne en Palestine. Le journal est commencĂ© depuis près de 10 minutes quand vient le reportage sur la manifestation de Florence.

A peine plus de 2 mn. D’abord pour annoncer : " Non Ă  la guerre contre l’Irak. Plusieurs centaines de milliers d’antimondialistes [sic] ont brandi [re-sic] ce slogan ". Ensuite pour diffuser un reportage qui chiffre " entre 400 000 et 1 million " le nombre des manifestants, souligne " une ambiance très pacifiste, très ’Peace and Love’ des annĂ©es 70 ", donne la parole Ă  un manifestant polonais et un manifestant colombien (un aperçu de la dimension internationale du Forum) et insiste Ă  nouveau sur l’absence d’incidents : " A Florence, la manifestation fut festive ". Point final.

Su France 2, Béatrice Schôonberg ouvre le journal sur ce titre " Plus de 400 000 manifestants dans les rues de Florence. Une grande marche pacifiste soudée (...) ".

Et BĂ©atrice SchĂ´onberg de s’octroyer 35 secondes (sur les 2 mn que durera la sĂ©quence) pour nous apprendre la nouvelle : " Une mobilisation inattendue (...) Pas d’incidents pour l’instant (...) " . Et ceci : " QuadrillĂ© par d’importantes forces de l’ordre pour Ă©viter que se produisent les tragiques incidents de GĂŞnes, le cortège dĂ©ambule depuis cet après-midi dans la ville historique (...) ".

Le non-dit (mais est-ce intentionnel ? L’inconscient est très bavard sur le petit Ă©cran...) : l’absence d’incident est dĂ» au quadrillage effectuĂ© par les forces police. Et les tragiques incidents de GĂŞnes sont d’origine inconnue.

Suit alors un reportage d’Isabelle Saes qui rappelle les objectifs de la manifestation, met en valeur une " ambiance de fĂŞte ", et donne la parole Ă  trois manifestants.

Les reportages sur la manifestation proposĂ©s sur France 2 et France 3, sans doute routiniers dans leur construction, Ă©taient loin d’ĂŞtre indĂ©cents. Au contraire. Et cependant indigents.

Questions lancinantes proposĂ©es Ă  la critique : est-ce au talent des reporters que l’on doit qu’ils soient honorables en dĂ©pit de leur brièvetĂ© ? Est-ce au format ou au format imposĂ© (2 mn maxi) que l’on doit leur pauvretĂ© ? D’oĂą vient que le pire n’est jamais sĂ»r, mais seulement probable ?

En tout cas, sur le service public, c’est toujours le service minimum.

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