La question de la qualitĂ© (objectivitĂ© ? FidĂ©litĂ© ?) de l’information tĂ©lĂ©visĂ©e en ces temps de guerre se pose Ă peine. Car il ne s’agit pas vraiment, pas seulement, d’information. Chacun peut le constater : la stratĂ©gie des JT n’a pas pour finalitĂ© d’informer, de nous Ă©clairer sur notre monde en pleine Ă©bullition, de nous apprendre quelque chose qui soit gĂ©nĂ©ralisable, de rĂ©vĂ©ler quelques connexions jusqu’ici inaperçues, encore moins de tenter de rĂ©duire l’incertitude ; au contraire, Pujadas et ses complices travaillent Ă nourrir notre anxiĂ©tĂ©, Ă renforcer la torpeur du public. Simulacre de mobilisation.
Comment pourrait-il en ĂŞtre autrement tandis que le spectacle que l’on nous promet depuis quelques mois risque d’ĂŞtre encore une fois un spectacle particulièrement "dĂ©cevant" en lieu et place d’une information authentique, fĂ»t elle accablante) ? Des images vertes de soldats Ă l’entraĂ®nement (les mĂŞmes depuis 3 jours, sans prĂ©cision qu’il s’agit d’archives), des explosions toutes semblables les unes aux autres, des liaisons tĂ©lĂ©phoniques avec des journalistes entre caves et balcons. Rien qui nous permette d’ĂŞtre efficacement informĂ©s, voire captivĂ©s. D’oĂą l’importance d’articuler, Ă partir du rien disponible, des discours basĂ©s sur l’ignorance des faits : la recherche d’information, en se faisant en direct, crĂ©e ainsi une situation d’attente tendue qui dĂ©courage le zapping. Un vide actif, en quelque sorte.
Ainsi Pujadas va-t-il nous dire nous dire ou non un truc qui nous permette de construire une apprĂ©ciation juste des Ă©vĂ©nements en cours ? Va-t-il nous sortir bientĂ´t autre chose que de crasses platitudes ? Va-t-il enfin cesser de multiplier les questions sans rĂ©ponse ? Ou peut-il offrir autre chose que ces remarques aussitĂ´t prononcĂ©es aussitĂ´t obsolètes ? - je prĂ©cise que, pour le moment, nous n’avons obtenu sur le conflit proprement dit que trois ou quatre infos : la guerre Ă commencĂ© Ă 5 heures et des brouettes ; il ne s’agit pas encore (!) de bombardements massifs ; Saddam Hussein, ses fils et les principaux responsables du pays Ă©taient visĂ©s (c’est ce qu’ils croient comprendre) ; la vie continue Ă Bagdad (en fait : des voitures roulent dans les rues) ; les troupes au sol sont prĂŞtes (depuis longtemps). J’exagère Ă peine... Si Pujadas posait la question : "comment puis-je savoir ce que je vais vous dire ?" et s’il tentait de nous rĂ©pondre, en toute simplicitĂ©, il devrait dire : "je regarde la tĂ©lĂ©vision comme vous". Mieux : "on regarde la tĂ©lĂ©vision pour moi" et "je me permets de vous faire part de quelques anecdotes improbables, des quelques miettes trouvĂ©es ça et lĂ , et de vous dire ce que vous savez dĂ©jĂ ".
Donc aucune information de rĂ©fĂ©rence susceptible de solliciter les qualitĂ©s intellectuelles du public, mais une collection de suppositions obscures (on dit aussi « rumeurs ») et des sujets sans contenus (une information dĂ©composĂ©e, en somme) : bref, une incapacitĂ© totale Ă reprĂ©senter les Ă©vĂ©nements, leurs enjeux, leurs causes et leurs consĂ©quences. En guise d’informations, une exaltation fallacieuse d’un factuel insignifiant ; et, plus pathĂ©tique encore, en guise de prĂ©sentateur, un journaliste excitĂ©, se dĂ©carcassant Ă amplifier le nĂ©ant pour capter ses tĂ©lĂ©spectateurs.
Si bien que, face Ă cette suite ininterrompue des vaines suppositions, on peut avoir cette impression Ă©trange d’un grand silence. D’un silence qui laisse l’essentiel dans la marge, qui empĂŞche l’information de se complexifier et qui plombe nos reprĂ©sentations. Obscurantisme ?
– Voir : "Les articles du site d’Acrimed en .pdf (2004-2012)"