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Après le vote

En guise de bilan, sur France Inter (2) : Louons-nous les uns les autres

Dès le 1er Juin, on entendit sur France Inter cette supplication : « Laissez nous faire notre boulot » (Lire : En guise de bilan, sur France Inter : un Ă©loge des Ă©ditorialistes inoffensifs ). Comme si de rien n’Ă©tait...

Le 7 juin, dans le 7/9 [1], StĂ©phane Paoli, journaliste, invite Dominique Wolton, « expert », pour essayer de « comprendre ce qui nous arrive ». Comprenne qui pourra. Mais avouons que nous n’avons pas compris grand-chose, exceptĂ© que tout est complexe, aux paroles de l’expert que nous livrons Ă  la rĂ©flexion en appendice. Pas grand-chose, exceptĂ© qu’il faudrait « comprendre », mais pour esquiver tout bilan critique... et dĂ©fendre France Inter. Morceaux choisis (avec un final d’anthologie !) :

Ciel ! Que nous arrive-t-il donc ?

On partit, dans « PrĂ©ambule », de cette question angoissĂ©e, posĂ©e par un StĂ©phane Paoli affligĂ© :

« Vous ĂŞtes lĂ  parce qu’ici Ă  France Inter, Ă  la rĂ©daction, nous cherchons Ă  comprendre ce qui nous arrive. C’est un nous collectif. Qu’arrive-t-il au pays ? Qu’arrive-t-il... Qu’en est-il du lien entre le pays et sa reprĂ©sentation politique ? Et qu’en est-il du lien entre le pays et les principaux mĂ©dias ? Et nous nous demandons si ce lien n’est pas coupĂ© ou sur le point de l’ĂŞtre. Et c’est pour ça qu’on vous a demandĂ© de venir ce matin. »

La rĂ©ponse de l’expert en communication aboutit, au terme d’un feu d’artifice verbal Ă  cette conclusion renversante :

« Donc, autrement dit, c’est une leçon Ă  mĂ©diter pour tout le monde : il y en a qui ont raison d’autres qui ont tort. Le problème c’est pas de faire des procès, c’est de comprendre en dĂ©finitive que la communication politique pour un enjeu aussi important que l’Union europĂ©enne Ă  25, c’est un enjeu politique nouveau... »

En attaquant « Questions directes », StĂ©phane Paoli remet le couvert :
« Vous Ă©voquiez un paradoxe tout Ă  l’heure [...], vous disiez le signe de vitalitĂ© politique qu’a constituĂ© le dĂ©bat sur la question du rĂ©fĂ©rendum en France est le mĂŞme qui interroge aujourd’hui le fonctionnement politique du pays. C’est-Ă -dire vitalitĂ© politique d’un cĂ´tĂ© mais remise en cause mĂŞme du principe du fonctionnement de la dĂ©mocratie dans ce pays aujourd’hui ?  » [SoulignĂ© par nous]

Vous avez bien lu : si les citoyens critiquent France Inter et votent en restant sourds Ă  la propagande Ă©tatique et mĂ©diatique, c’est que le principe mĂŞme du fonctionnement de la dĂ©mocratie est Ă©branlĂ© !

La rĂ©ponse de l’expert communicant est alors aussi abondante que les prĂ©cĂ©dentes, ponctuĂ©e par des dĂ©couvertes aussi importantes que celle-ci : « Les mĂ©dias dans toute une logique historique Ă©taient plutĂ´t dans une perspective du Oui. ». Et croyant percevoir le contraire de ce que Paoli ne cesse de rĂ©pĂ©ter, Dominique Wolton vole Ă  son secours :

« [...] la force, la fragilitĂ©, pour moi, l’intĂ©rĂŞt du journalisme, c’est la confiance que les citoyens ont Ă  leur Ă©gard, parce qu’un journaliste, ce sont des hommes ... et des femmes fragiles. Donc la part des ... la dimension d’autocritique que vous faites actuellement, ou de rĂ©flexion critique sur les erreurs que vous avez faites, moi je pense que ça participe du processus de confiance que les Ă©lecteurs auront Ă  votre Ă©gard.  » Ce que l’on appelle, toute expertise mise Ă  part, prendre ses dĂ©sirs pour des rĂ©alitĂ©s. Comme le montra ce qui suivit...

Flagellations ?

StĂ©phane Paoli entame le « Radiocom, c’est vous » par ces fortes paroles :

« Je voudrais que les choses soient claires, tout de mĂŞme  : nous ne sommes pas lĂ  ce matin, avec Dominique Wolton, dans le champ de l’autocritique. Nous essayons de comprendre ce qui arrive au pays, ce qui nous arrive Ă  nous, les mĂ©dias, dans la façon que nous avons de traiter l’information, mais, encore une fois, la volontĂ© de comprendre... Il y a un auditeur qui s’appelle Jean qui nous envoie un message en forme de question aussi : « votre petit mea culpa est risible », dit-il. Tant mieux si nous donnons Ă  Jean l’occasion de rire ! D’abord, ce n’est pas un mea culpa , c’est une tentative de comprendre ce qui est en train collectivement de nous arriver. Alors, bien entendu, personne n’est infaillible, personne ne prĂ©tend ici Ă  France Inter avoir raison sur tout tout le temps ! Peut-ĂŞtre avons-nous donnĂ© le sentiment Ă  beaucoup que nous Ă©tions favorables au Oui. »

Incroyable ! Serions-nous sur le point d’entendre l’autocritique dont StĂ©phane Paoli nous assure qu’elle n’est pas Ă  l’ordre du jour ? Est-il sur le point lui aussi de soupçonner que tous les principaux journalistes et tous les chroniqueurs du 7/9 Ă©taient chaque matin favorables au Oui ? Mais non ! StĂ©phane Paoli nous rassure et se rassure immĂ©diatement :

« D’autres ont jugĂ© au contraire qu’Ă  un moment donnĂ© nous avions mis trop souvent le Non en avant dans notre volontĂ© ou tentative de vouloir Ă©quilibrer le dĂ©bat... euh... La vĂ©ritĂ© n’est inscrite nulle part...  » .

Et comme la vĂ©ritĂ© s’est Ă©vadĂ©e, effrayĂ©e par les sentiments contradictoires de Paoli et de StĂ©phane, StĂ©phane Paoli, enfin rĂ©conciliĂ© avec lui-mĂŞme, s’empresse de renoncer Ă  traquer la fugitive et enchaĂ®ne aussitĂ´t :

« ... mais c’est le moment et le temps, compte tenu de la situation du pays aujourd’hui, de nous interroger sur : 1/ Qu’est-il en train de nous arriver ? 2/ Qu’en est-il du lien entre le pays et sa reprĂ©sentation politique et le rĂ´le des mĂ©dias dans cet enjeu ? VoilĂ  les questions que nous nous posons ce matin et auxquelles nous essayons de rĂ©pondre. Mais, encore une fois, je ne voudrais pas qu’on vous donne le sentiment que nous sommes en train de nous flageller. Non ! Nous essayons de comprendre avec Dominique Wolton.  »

Nous voilĂ  complètement tranquillisĂ©s : de critique des mĂ©dias, il n’est pas question ! Pour savoir ce qu’il en est du « lien entre le pays et sa reprĂ©sentation politique et le rĂ´le des mĂ©dias dans cet enjeu », nul besoin d’Ă©voquer le moindre fait ou de s’interroger sur France Inter !

L’auditeur et, ici, le lecteur l’auront saisi : pour comprendre, il faut commencer par Ă©luder les questions prĂ©cises, noyer sous des flots de tirades sur la complexitĂ© toute tentative de prĂ©senter la moindre analyse complexe. Bref, sous couvert de comprendre, se dĂ©fendre.

Le « oui » est amour...

C’est ce que, pour finir, StĂ©phane Paoli va faire, en poussant un cri d’amour Ă©perdu pour l’Europe (mais quelle Europe ?) et pour Bernard Guetta [2]. Acrimed - encore sous le choc de l’Ă©motion - vous le livre dans son intĂ©gralitĂ© et sans autre commentaire que celui-ci : Ă  dĂ©faut de libertĂ© de blâmer, oyez, oyez les Ă©loges flatteurs !

«  Quitte Ă  dĂ©fendre, dĂ©fendons jusqu’au bout, et notamment Bernard Guetta. Par rapport Ă  la remarque de tout Ă  l’heure, je le fais Ă  sa place et je le fais volontiers. Bernard Guetta, il Ă©tait sollicitĂ© partout. Il a choisi d’ĂŞtre ici qui n’appartient Ă  personne sinon qu’Ă  vous, radio de service public. Alors, bien sĂ»r, il Ă©crit dans L’Express. Il Ă©crit dans L’Express qui est l’un des quotidiens qui est actuellement le plus en pointe pour s’interroger et sur son contenu Ă©ditorial et sur son propriĂ©taire et sur ses actionnaires. Ben voilĂ  ! Guetta, il a fait ses choix ! Et puis Guetta, il aime l’Europe, il la dĂ©fend ! Il a raison ! Il le fait avec talent ! Et nous sommes ici heureux Ă  France Inter que Guetta soit avec nous ! Et on lui fait un grand signe d’amitiĂ© ! Mon cher Bernard !  »

LouĂ© soit le seigneur des ondes ! Allez en paix, frères europĂ©ens !

Philippe Monti

Paroles d’expert. La complexitĂ© des propos de Dominique Wolton sur la complexitĂ© de la situation et sur sa propre perplexitĂ© nous a laissĂ©s tellement perplexes que nous en livrons ici de très larges extraits.

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