Les deux films mettent en scène un groupe de jeunes adolescentes noires pour le premier et des lycéens noirs et arabes pour le second, toutes et tous scolarisés et habitant en banlieue parisienne (non nommée dans le cas de Bande de filles, Créteil pour Les Héritiers). Les deux sociétés de distribution les résument de la sorte :
- Bande de filles : «  Marieme vit ses 16 ans comme une succession d’interdits. La censure du quartier, la loi des garçons, l’impasse de l’école. Sa rencontre avec trois filles affranchies change tout. Elles dansent, elles se battent, elles parlent fort, elles rient de tout. Marieme devient Vic et entre dans la bande, pour vivre sa jeunesse.  » (Pyramide Films)
- Les HĂ©ritiers : «  D’après une histoire vraie. LycĂ©e LĂ©on Blum de CrĂ©teil, une prof dĂ©cide de faire passer un concours national d’histoire Ă sa classe de seconde la plus faible. Cette rencontre va les transformer.  » (UGC Distribution)
Il ne nous appartient évidemment pas ici de juger de la qualité des films, ni même des intentions – réelles ou supposées – des réalisatrices. Il s’agit bien de considérer la critique de ces films, et d’en analyser les formes et les contenus, afin de mesurer le poids des préjugés des auteurs des articles et la façon dont ces derniers peuvent contribuer, sous couvert de critique culturelle, à reproduire, voire renforcer, des clichés essentialisants et discriminatoires.
Critique esthétique ou fantasmes racistes ?
Les adolescentes noires filmĂ©es dans Bande de filles ont suscitĂ© chez de nombreux journalistes des impressions «  d’inĂ©dit  » qui, loin de faire surgir des questionnements d’ordre politique (d’oĂą vient et pourquoi cette sensation d’«  invisible  » ?), relèvent de la fascination. Une fascination liĂ©e aux «  potentialitĂ©s esthĂ©tiques  » que semblait offrir cette nouvelle frange de population Ă l’écran. Il faut dire que la rĂ©alisatrice CĂ©line Sciamma leur avait ouvert la voie, en affirmant, dans un entretien Ă TĂ©lĂ©rama (15 mai 2014), que filmer des jeunes filles noires relevait pour elle d’un «  parti pris politique  » certes, mais aussi… «  esthĂ©tique  ». Mais loin d’analyser cette affirmation, et encore moins de la questionner, les journalistes la reprennent Ă leur compte – certains avec un zèle qui mĂ©rite d’être distinguĂ© [1] :
 Par beaucoup d’aspects, Bande de filles se donne comme une ode à la négritude. La caméra s’attarde longuement sur les peaux, fascinée par les teintes d’ébène et ambrée des mains, des jambes, des fesses des dermes noirs. Et le dialogue entre la nuit et le bistre des chairs fait parfois songer au sensualisme de Claire Denis filmant les populations africaines ou créoles. […] Tout ici (langage, vêtements, coiffures, gestes, postures, danse) affirme la beauté, la particularité d’être black. […] Le prix de Bande de filles, sa délicatesse, son ampleur, tient à la manière dont le film passe du constat social (les difficultés des jeunes femmes noires dans les cités) à l’exaltation d’un sublime humain : le sublime sculptural et incandescent des Noirs quand ils dansent, quand ils se révoltent, quand ils s’aiment.  (Positif-Positif)
Le lyrisme stylistique de Jean-Christophe Ferrari n’a d’égal que la tonalitĂ© essentialisante de son propos. La rĂ©fĂ©rence Ă la «  nĂ©gritude  », vidĂ©e de tout son contenu politique (de lutte d’émancipation mentale, sociale et Ă©conomique des Noirs vis-Ă -vis des colonisateurs blancs), se rĂ©duit sous la plume du journaliste Ă une identitĂ© figĂ©e dans une couleur de peau, impliquant des particularismes comportementaux…
Si l’on décerne bien volontiers la palme à Positif, d’autres journalistes, bien décidés à gloser autour du corps des jeunes filles noires, n’ont pas à rougir de leurs essais [2] :
- «  Diamants noirs sur grand Ă©cran  » titre dans La Croix Corinne Renou-Nativel (La Croix-Croix)
- «  Noir dĂ©sir  » titre dans Le Figaro Étienne Sorin (Le Figaro-Fig2)
- «  On ne peut s’empĂŞcher d’imaginer la sensation d’inĂ©dit qu’aurait donnĂ©e la montĂ©e des marches des “filles” de CĂ©line Sciamma : peau noire sur tapis rouge, c’est une association que Cannes (et le cinĂ©ma) ne nous sert pas souvent.  » (TĂ©lĂ©rama-TĂ©lĂ©r2)
- «  Silhouette fĂ©line, nattes africaines, Ĺ“il de biche, elle est d’une beautĂ© ravageuse.  » (TĂ©lĂ©rama-TĂ©lĂ©r3)
- «  Bande de filles est un film physique. Corps souples, athlĂ©tiques, luisants, galbĂ©s.  » (TĂ©lĂ©rama-TĂ©lĂ©r2)
- «  Elles sont belles, elles sont noires, elles parlent et rient très fort.  » (Le Monde-LM)
- «  Trois belles blacks, […] toujours plus fortes et belles.  » (LibĂ©ration-Lib1)
Souvent Ă©paissi par un ton paternaliste, le discours singularisant les jeunes filles en tant que Noires et Ă©rotisant leur corps de jeunes femmes noires inonde la presse, illustrant les propos de RĂ©gis Dubois qui, dans un article publiĂ© sur la revue en ligne Le Sens des images [3], dĂ©nonçait les fantasmes sexistes et racistes inhĂ©rents Ă ces critiques «  esthĂ©tiques  » : «  Le problème c’est que les fantasmes rĂ©vèlent souvent des vĂ©ritĂ©s latentes hĂ©ritĂ©es dans le cas prĂ©sent d’une histoire coloniale et culturelle dont la France a du mal Ă s’émanciper. […] On a l’impression que, comme les visiteurs des zoos humains du dĂ©but du siècle, ces journalistes n’ont jamais vu de Noires de banlieues et s’en Ă©merveillent bĂ©atement.  » [4]
« La » banlieue, creuset de tous les vices
Cette mĂ©connaissance se pare de tournures et de pĂ©riphrases qui les dĂ©peignent selon les traits d’un «  autre  », habitant «  un autre monde  », Ă la fois gĂ©ographique et socioculturel dans les articles. Un «  autre  » tantĂ´t exotique, tantĂ´t inquiĂ©tant, mais toujours… diffĂ©rent [5] :
- «  L’ouverture de Bande de filles est la symphonie d’un autre monde.  » (LibĂ©ration-Lib2)
- «  Quiconque a pris le mĂ©tro Ă Paris dans les dernières 24 heures a forcĂ©ment croisĂ© de ces intrigantes Miladys du fou rire, de la tchatche et du style.  » (LibĂ©ration-Lib2)
- «  Une joyeuse cacophonie qui hĂ©site entre la nichĂ©e de chiots Ă l’heure de la pâtĂ© et l’escadrille de mouettes (rieuses) fondant sur un banc d’anchois [pour qualifier l’équipe de filles rentrant d’un match de football amĂ©ricain].  » (LibĂ©ration-Lib2)
- «  C’est ainsi qu’elle a regardĂ© de plus près ces fleurs de HLM, bravaches et peinturlurĂ©es comme des Peaux-Rouges, sur le sentier d’une guerre insoupçonnĂ©e.  » (L’Express-Exp1)
- «  On ne les verra plus jamais de la mĂŞme façon, ces grappes de pĂ©troleuses Ă hauts talons et grande gueule.  » (L’Express-Exp1)
- «  Difficile de rĂ©sister Ă ces sauvageonnes autour desquelles tous s’agglutinent.  » (Positif-Positif)
Bien qu’«  étranges  », les jeunes filles reprĂ©sentĂ©es inspirent aux journalistes des jugements moraux «  positifs  » (elles se battent pour s’extraire de leur milieu social). Cette adhĂ©sion morale se fait Ă©videmment au dĂ©triment d’une «  autre  » population (jeunes hommes noirs et arabes) affublĂ©e de tous les maux : encourager le «  bien  » revient Ă©videmment Ă le faire en rĂ©action Ă un «  mal  » qui est ici, la vie en banlieue et les hommes qui y rĂ©sident. Construite comme telle dans les articles de presse, cette vision binaire est commune aux critiques des HĂ©ritiers et de Bande de filles. Certaines plumes n’hĂ©sitent pas Ă les Ă©riger au rang d’images vraies, valables partout en tout temps, au grĂ© de prĂ©sents de vĂ©ritĂ© gĂ©nĂ©rale au moins ambigus et de parallèles avec «  la rĂ©alité  » souvent problĂ©matiques… En rĂ©sultent des discours d’une violence notable [6] :
- «  À l’abri des grands frères, de la famille, des commères vĂ©nĂ©neuses, elles s’offrent un shoot de libertĂ© sous vide. […] Si elles savent se battre, c’est qu’il faut bien cela pour prouver qu’on n’est pas une pute.  » (Le Monde-LM)
- «  Rejoindre, en silence et en solitaire, les pĂ©nates de leur citĂ© de banlieue oĂą règnent, crĂ©pusculaires et inquiĂ©tantes, des silhouettes masculines.  » (LibĂ©ration-Lib2)
- «  La citĂ©, et la loi des garçons, […] prison sans barreaux.  » (Le Figaro-Fig1)
- «  Chacune sait que la bande, espace de libertĂ© Ă©phĂ©mère, n’est qu’une parenthèse aux rudes rĂ©alitĂ©s familiales, une Ă©tape avant une grossesse prĂ©coce, un travail aliĂ©nant ou la dĂ©linquance sous la coupe d’un caĂŻd tout-puissant.  » (La Croix-Croix)
- «  Dans la France de 2014, les pièges, les dangers, les loups-garous sont nombreux pour une jeune fille-noire-prolĂ©taire-solitaire-sans diplĂ´me. Le diamant dans le ciel retombe sur terre, parfois sous terre, ramenĂ© Ă l’état de caillasse toc par la loi sociale, toujours masculine et brutale – dealers, proxos parsèment son chemin, de la citĂ© Ă la ville.  » (Les Inrocks-Inrocks)
- «  Elles rentrent chez elles de plus en plus isolĂ©es et vulnĂ©rables. Au fur et Ă mesure que se dĂ©fait la troupe, le silence se fait. Et les grappes de mecs qui les regardent passer, assis sur les rambardes ou les escaliers, prennent soudain l’air inquiĂ©tant de prĂ©dateurs prĂŞts Ă bondir.  » (TĂ©lĂ©rama-TĂ©lĂ©r2)
Terreau de toutes les oppressions, «  la  » citĂ© de Bande de filles (et celle de «  la France de 2014  ») apparaĂ®t comme un territoire infernal, dĂ©connectĂ© du champ social «  normé  » et rĂ©gi par ses propres «  lois naturelles  » : un «  eux  »/« nous  » somme toute bien classique, qui n’est pas sans rappeler les images vĂ©hiculĂ©es par la presse d’information gĂ©nĂ©rale au sujet des banlieues… En ce sens, les journalistes scellent un nouveau maillon Ă la chaĂ®ne des reprĂ©sentations stigmatisantes de la banlieue et de ses habitants en alimentant la peur vis-Ă -vis de ceux qu’ils identifient comme «  autres  ».
« Loin de tout clichĂ© »â€¦ ou pas
Quelle ironie plus Ă©clatante que d’observer Ă quel point cette mĂŞme presse encense le film de CĂ©line Sciamma pour sa capacitĂ© Ă «  éviter les clichĂ©s  », dans des Ă©lans remarquables de clairvoyance :
- «  La jeune cinĂ©aste a pris le risque, nourrie par une Ă©nergie trĂ©pidante, d’aller Ă contre-courant d’une reprĂ©sentation des citĂ©s plombĂ©e par ses clichĂ©s de violence, de clivages sociaux et religieux et d’exclusion.  » (LibĂ©ration-Lib)
- «  Le troisième film de la rĂ©alisatrice, en salles mercredi, va Ă contre-courant de la reprĂ©sentation de la diversitĂ© dans le cinĂ©ma français.  » (LibĂ©ration-Lib3)
- «  CĂ©line Sciamma aime tordre le cou aux clichĂ©s.  » (Le Figaro-Fig2)
- «  C’est tout l’art de CĂ©line Sciamma de dĂ©shabiller avec dĂ©licatesse les prĂ©jugĂ©s les mieux corsetĂ©s.  » (L’Express-Exp2)
- «  Le film de CĂ©line Sciamma s’écarte des clichĂ©s et pose un regard apaisĂ© sur une jeunesse dont on dresse souvent le portrait quand les villes se mettent Ă brĂ»ler.  » (TĂ©lĂ©rama-TĂ©lĂ©r1)
Ă€ la lecture des prĂ©cĂ©dentes citations, on est en droit d’interroger le sens du mot «  apaisé  ». On apprĂ©ciera en outre la sĂ©rĂ©nitĂ© qui se dĂ©gage de quelques placides comparaisons animales, utilisĂ©es pour dĂ©crire les jeunes Noirs et Arabes mis en scène, dans Les HĂ©ritiers, dans des situations de classe mouvementĂ©es :
- «  La classe de seconde black-blanc-beur servant de cadre au film est Ă mi-chemin entre la basse-cour et la jungle : on y trouve des bĂ©casses, des pies, des coqs, des vipères, des ours, des tigres (en papier). Tous bruyants, rarement brillants.  » (Le Figaro-Fig3)
- «  Insultes et menaces, c’est le lot quotidien de professeurs impuissants Ă conjurer l’agressivitĂ© d’élèves ensauvagĂ©s. […] Les barbares, qui ignoraient jusqu’au nom de l’auteur de RomĂ©o et Juliette, incapables de se concentrer plus de 30 secondes et d’aligner trois mots sans insulte, ni vulgaritĂ©, se transforment en Ă©lèves modèles.  » (Le Figaro-Fig3)
La diabolisation explicite des Ă©lèves, animalisĂ©s, fait Ă bien des Ă©gards Ă©cho au fameux «  choc de civilisation  », Ă la dichotomie «  civilisation/barbarie  » sĂ©parant les Français en deux catĂ©gories : des «  incivilisĂ©s  », tant sur le plan moral qu’intellectuel et culturel – la «  civilisation  » se rĂ©sumant visiblement Ă pouvoir nommer l’auteur de RomĂ©o et Juliette… – opposĂ©s, implicitement, aux «  bons Français  »â€¦ Si tous les critiques ne vĂ©hiculent pas autant de violence, la mise en place d’une vĂ©ritable hiĂ©rarchie socioculturelle, doublĂ©e de considĂ©rations morales, fait sa place dans toutes les mises en rĂ©cit journalistiques Ă propos des HĂ©ritiers [7] :
- «  ExpĂ©rimentĂ©e, sympathique, avec ce qu’il faut d’autoritĂ© pour arriver Ă “tenir” cette classe multiethnique et multiconfessionnelle, elle se veut encourageante. […] LĂ oĂą tant d’autres enseignants auraient baissĂ© les bras – pour ne pas parler de ceux qui auraient craquĂ© –, Mme Gueguen persiste.  » (Le Monde-LM2)
- «  D’un cĂ´tĂ©, une classe bariolĂ©e, insoumise, black blanc beur, un mĂ©lange explosif de toutes les religions, allant des insouciants jusqu’à un Olivier devenu Brahim, en chemin sur la voie du fondamentalisme ; de l’autre, une professeur qui y croit sait se faire respecter, passionnĂ©e de sa matière et convaincue que l’irrĂ©mĂ©diable ne l’est pas.  » (Les Échos-Échos2)
- «  DĂ©sespĂ©rĂ©s, dĂ©sespĂ©rants, ils ne croient en rien et surtout pas en eux-mĂŞmes. Seule une prof d’histoire (admirable Ariane Ascaride) refuse la fatalitĂ© et dĂ©cide de rĂ©vĂ©ler au reste de l’école et surtout Ă ces supposĂ©s dĂ©linquants et chĂ´meurs en puissance les qualitĂ©s enfouies au fond d’eux Ă leur insu.  » (Le Figaro-Fig4)
- «  La classe ? Une seconde rassemblant des Ă©lèves de vingt-neuf origines diffĂ©rentes, des Ă©lèves insolents que chacun pense condamnĂ©s au chĂ´mage et Ă la dĂ©linquance.  » (Le Point-Point)
- «  Elle se veut encourageante : “Il y a un monde de l’autre cĂ´tĂ© du pĂ©riphĂ©rique. Et vous y avez votre place”. Ă€ en juger par la tĂŞte des Ă©lèves, rien n’est moins sĂ»r.  » (Le Monde-LM2)
- «  Contre toute attente, les adolescents en panne de repères et de structures se passionnent pour l’aventure et apprennent Ă (mieux) vivre ensemble.  » (Les Échos/Positif-Échos/Positif)
Le retour de la «  mission civilisatrice  » ? L’intĂ©riorisation et l’enracinement de cette hiĂ©rarchie dĂ©bouchent sur un mĂ©pris de classe, flagrant, et les journalistes dominants plaquent une dĂ©fiance non dissimulĂ©e sur les jeunes reprĂ©sentĂ©s Ă l’écran. Une nouvelle fois, et si le film lui-mĂŞme vĂ©hicule sans aucun doute ces discours, on ne peut que regretter le manque de questionnement et de distance des journalistes Ă leur Ă©gard. Cimentant la fameuse «  frontière du pĂ©riph  », ils renforcent par le biais de la fiction et tout en l’excĂ©dant, les rĂ©flexes stigmatisants ayant libre cours dans la presse gĂ©nĂ©raliste, et fabriquent la peur de l’autre. Tandis que Paris, un et unifiĂ©, devient un idĂ©al auquel «  l’autour  » devrait prĂ©tendre, «  l’élève de banlieue  », un et unifiĂ© Ă©galement, doit Ă©videmment s’élever au rang de son supĂ©rieur hiĂ©rarchique (entendre devenir Ă©duquĂ©, comme on suppose que le sont les petits Parisiens).
La fiction comme prétexte à développer un discours stigmatisant ?
Et si la fiction n’avalise pas les idĂ©es prĂ©conçues, certains n’hĂ©sitent pas Ă lui tordre le cou pour la faire entrer dans «  leur  » rĂ©alitĂ©. Ainsi, au Figaro : «  Ça commençait plutĂ´t bien. Les HĂ©ritiers, le dernier film de Marie-Castille Mention-Schaar s’ouvre sur une scène choc, mais qui traduit la rĂ©alitĂ© ordinaire des Ă©coles de banlieue. Au lycĂ©e LĂ©on Blum de CrĂ©teil oĂą de l’aveu du proviseur on essaie de “faire vivre ensemble” 29 communautĂ©s, deux jeunes filles, venues chercher les rĂ©sultats du bac, se voient intimer l’ordre de retirer leurs foulards. Celles-ci refusent d’obtempĂ©rer. Elles se heurtent alors Ă l’autoritĂ© de l’administration, inflexible malgrĂ© les insultes et les menaces.  » (Le Figaro-Fig3) La mention d’«  insultes et menaces  », accompagnant la description de la scène d’ouverture des HĂ©ritiers est tout simplement mensongère : si le dialogue entre les deux jeunes femmes en question et les responsables de l’administration du lycĂ©e monte en volume, on y chercherait en vain la moindre trace d’insulte ou de menace.
Le journaliste du Monde, Franck Nouchi, prĂ©fère quant Ă lui réécrire les dialogues : «  [l’enseignante], plutĂ´t que de recourir aux habituelles sanctions, leur proposa de participer au concours. “Madame, y en a marre de la Shoah !”, “Madame, pourquoi est-ce qu’on parle tout le temps des juifs ?” » (Le Monde-LM2). Ces deux phrases, rapportĂ©es au discours direct, ont Ă©videmment pour effet, sinon pour but de provoquer chez le lecteur des rĂ©actions de stupeur. Il nous faut toutefois noter qu’aucun Ă©lève n’est reprĂ©sentĂ© dans la fiction en train de prononcer la première. Ce nouveau mensonge rĂ©dactionnel, directement Ă©clos du fantasme du journaliste ou de sa malhonnĂŞtetĂ©, en dit long sur ses prĂ©jugĂ©s.
Jean-Christophe Buisson, du Figaro, n’est pas en reste : «  À ces ados-cancres que la Shoah indiffère (quand ils ne doutent pas de sa rĂ©alitĂ©), elle propose de participer Ă un concours national d’histoire sur le thème du gĂ©nocide juif…  » (Le Figaro-Fig4) Or, si des questions surgissent au moment de la proposition de participation au concours, Ă aucun moment la rĂ©alisatrice ne met en scène un ou une Ă©lève tenant des propos qui pourraient justifier l’affirmation du journaliste selon laquelle il ou elle «  doute de la rĂ©alité  » de la Shoah.
Autre mĂ©thode Ă©prouvĂ©e, celle qui consiste Ă «  re-monter  » le film afin de raccorder des scènes pour crĂ©er un nouvel enchaĂ®nement et induire un discours plus adaptĂ©. Ainsi : «  Au lycĂ©e LĂ©on Blum de CrĂ©teil oĂą de l’aveu du proviseur, on essaie de “faire vivre ensemble” 29 communautĂ©s, deux jeunes filles, venues chercher les rĂ©sultats du bac, se voient intimer l’ordre de retirer leurs foulards.  » (Le Figaro-Fig3) Les deux journalistes semblent a priori se dĂ©douaner de toute intrusion idĂ©ologique en soulignant qu’ils ne font que reprendre des propos du directeur. Mais ils relient ce propos Ă la scène d’ouverture (la discussion agitĂ©e d’une adolescente portant un foulard avec le personnel de l’établissement). Le fait d’y enchâsser cette prĂ©cision (la scène d’ouverture s’étend de 0’54 Ă 2’43 alors que celle oĂą le directeur tient ces propos arrive Ă 38’15) n’est pas anodin : les journalistes cristallisent la notion de «  problème  » autour de la question des «  communautĂ©s  », elle-mĂŞme savamment assimilĂ©e Ă la question du foulard Ă l’école… La mise en scène journalistique consiste donc ici Ă recentrer le rĂ©cit sur des Ă©lĂ©ments fictionnels bien particuliers pour les gonfler symboliquement et les charger idĂ©ologiquement.
Notons en outre que dans la scène en question, le directeur affirme, au fil d’une discussion avec la professeur d’histoire concernant la participation de ces Ă©lèves au concours que : «  29 communautĂ©s vivent harmonieusement dans ce lycĂ©e  ». La tournure n’est donc pas exactement la mĂŞme que celle employĂ©e par les deux journalistes, ainsi devenue : «  on essaie de “faire vivre ensemble” 29 communautĂ©s  »â€¦ Et soulignons au passage, au-delĂ de cet exemple de «  re-montage  », que la quasi-totalitĂ© des journaux pointent de manière plus ou moins explicite le «  communautarisme  » et la multiplicitĂ© des origines comme source de «  problèmes  » dans ce collège de CrĂ©teil, et ce malgrĂ© les propos du directeur lui-mĂŞme !
- «  Un lycĂ©e d’une zone dĂ©favorisĂ©e de CrĂ©teil oĂą les “cailleras” jouent violemment des coudes (voire pire) et oĂą le communautarisme impose trop souvent ses lois dĂ©solantes…  » (Les Échos/Positif-Échos/Positif)
- «  Dans ce lycĂ©e difficile (ou plutĂ´t : impossible) qui compte 29 communautĂ©s (!), les profs ont majoritairement baissĂ© les bras face Ă des Ă©lèves qui, eux, les lèvent moins pour demander la parole que pour se saluer entre eux, se bousculer ou se lancer des projectiles.  » (Le Figaro-Fig4)
- «  Une seconde rassemblant des Ă©lèves de 29 origines diffĂ©rentes, des Ă©lèves que chacun pense condamnĂ©s au chĂ´mage et Ă la dĂ©linquance.  » (Le Point-Point)
- «  ExpĂ©rimentĂ©e, sympathique, avec ce qu’il faut d’autoritĂ© pour arriver Ă “tenir” cette classe multiethnique et multiconfessionnelle, elle se veut encourageante.  » (Le Monde-LM2)
Ou comment, malgrĂ© les opinions des premiers concernĂ©s, dĂ©gainer les cartes «  communautarisme  » et «  multiethnicisme  », et cristalliser les enjeux du film autour de ces concepts sans les dĂ©finir : leur omniprĂ©sence mĂ©diatique et leur flou rĂ©fĂ©rentiel favoriseront le dĂ©ploiement d’un sentiment anxiogène et la floraison de tous les amalgames. Autant de procĂ©dĂ©s semblant exprimer l’idĂ©ologie de journalistes qui, sciemment ou non, dĂ©forment la fiction pour que leurs reprĂ©sentations puissent s’y nicher, ĂŞtre lĂ©gitimĂ©es ou renforcĂ©es par ce que l’on identifie comme un «  tĂ©moignage  » inspirĂ© d’une histoire vraie.
Au-delà des manquements déontologiques dont font preuve certains journalistes pour faire dire à la fiction ce qu’elle ne dit pas, les discours produits en réaction à ces deux films traduisent des prismes politiques imprégnés par le racisme et le mépris de classe, très largement répandus dans la presse, reflétant et entérinant des réflexes présents dans de nombreux articles d’information générale. Un film étant une construction au premier chef, il articule des représentations et des discours qu’un critique reçoit de manière politique, en les confrontant à son imaginaire, sa position sociale et son positionnement idéologique, ainsi qu’à d’autres fictions produites sur le même thème. Observer comment se rencontrent ces représentations (sont-elles discutées, interrogées, avalisées, contredites ?) revient à réaffirmer, contre le mythe d’un jugement neutre ou purement esthétique, l’épaisseur politique de la critique culturelle, moins lue que des articles d’information générale, et moins identifiée comme une écriture a priori politique – et la nécessité de la critiquer comme telle.
Pauline Perrenot
Annexes
Annexe 1 : « Le problème de la fiction, c’est que ce n’est pas ma rĂ©alitĂ© »
Ne surtout pas hĂ©siter Ă ne plus parler du film, Ă inventer un autre scĂ©nario (ce qu’il aurait dĂ» ĂŞtre) et Ă lui opposer des contre-exemples tirĂ©s du monde rĂ©el pour le dire « non-rĂ©aliste ».
Un exercice de style qu’Alexandre Devecchio et EugĂ©nie BastiĂ©, du Figaro, affectionnent particulièrement :
Comment, sur un tel sujet, ne pas regretter l’absence de doute et de remise en question quand nul ne nie aujourd’hui le dĂ©sastre des banlieues françaises ? Le fait que trente ans de leçons de morale, de culture de l’excuse, d’antiracisme incantatoire et d’idĂ©ologie victimaire aient eu pour effets d’alimenter les ressentiments et les tensions, n’est pas abordĂ©. Non plus que la tentation du Djihad qui habitent les adolescents, Ă qui on a rĂ©pĂ©tĂ© qu’ils Ă©taient victimes de la France « moisie ». Et l’on touche lĂ au cĹ“ur du problème. La question centrale, celle qui surplomble [sic] l’Ă©chec de l’integration [sic], celle qui devrait battre au cĹ“ur de ce film est tragiquement absente : comment faire aimer un pays qui ne s’aime pas ? Au dĂ©but du film, [les barbares] faisaient pleurer leur prof de français. Ă€ la fin, ce sont eux qui fondent en larmes devant un survivant de la Shoah venu raconter son histoire. Un bandeau explique que cette histoire est inspirĂ©e de faits rĂ©els. On aimerait sincĂ©rement [sic] y croire. Pourtant, lorsque le rideau tombe et que la lumière se rallume, d’autres faits rĂ©els Ă©clatent en pleine figure du spectateur. Ceux des crimes antisĂ©mites de CrĂ©teil oĂą se dĂ©roule l’action des HĂ©ritiers. (Fig3)
La conclusion de l’article, ramenĂ©e Ă l’Ă©vocation d’un fait rĂ©el, Ă©videmment soigneusement choisi, mais Ă©noncĂ© de telle sorte qu’il acquière une valeur gĂ©nĂ©ralisante, permet autant aux journalistes de corroborer leur jugement d’un film « non rĂ©aliste » qui ne « tĂ©moignerait pas » de la rĂ©alitĂ©, que de dĂ©fendre un point de vue politique sous couvert de critique cinĂ©matographique. En outre, en s’abritant derrière des marqueurs globalisants (« nul ne remet en cause... »), les deux journalistes feignent une position qui serait partagĂ©e par tous – et surtout par leurs lecteurs supposĂ©s – leur permettant de garantir et de lĂ©gitimer le ton solennel et prophĂ©tique de leur discours...
Dans le mĂŞme quotidien, Jean-Christophe Buisson suit, de manière plus « adoucie », la mĂŞme dĂ©marche idĂ©ologique :
Post-filmum : quoique trop beau pour ĂŞtre vrai, ce film est inspirĂ© d’une histoire vraie, celle d’Ahmed DramĂ© qui, après avoir longtemps fait l’andouille en classe, a fait l’acteur et le scĂ©nario des HĂ©ritiers. (Fig4)
Enfin, Franch Nouchi, du Monde, dont les interrogations ont le mĂ©rite d’ĂŞtre explicites :
Un miracle : c’est par là qu’il faut commencer tant il semble inimaginable qu’une telle expérience fût possible dans la France d’aujourd’hui, qui plus est dans cette ville cosmopolite qu’est Créteil (Val-de- Marne). Moyennant quelle mystérieuse alchimie, une enseignante, contre l’avis du proviseur, a-t-elle réussi à faire plancher ses élèves, dont plusieurs étaient musulmans, sur un pareil sujet ? […] À quoi cela sert-il de raconter un miracle ? Pour dire qu’il a eu lieu, tout simplement ? Pour en espérer d’autres ? Ou bien plutôt pour essayer de comprendre en quoi cette histoire, qui sous d’autres cieux aurait pu paraître naturelle, banale même, devient dans la France de 2014, incroyable, impossible, inacceptable même, tant ce qui est montré semble au mieux angélique, au pire contraire à ce que l’on perçoit comme une vérité contemporaine ? (LM2)
Si l’auteur ne va pas jusqu’Ă réécrire le scĂ©nario du film de telle sorte qu’il soit en accord avec « ce qu’il perçoit comme une vĂ©ritĂ© contemporaine », les creux du discours nous le rĂ©vèlent. Entre les lignes, il « aurait certainement fallu », pour plus de rĂ©alisme, et donc, pour reprendre le sens inverse de sa gradation, d’honnĂŞtetĂ© et de dĂ©cence morale, que les Ă©lèves de cette classe refusent de participer au projet collectif sur la Seconde Guerre Mondiale et nient la Shoah.
Annexe 2 : Corpus d’articles
Bande de filles
- Croix : Corinne Renou- Nativel, « Diamants noirs sur grand Ă©cran », La Croix, 22 octobre 2014.
- Échos1 : Annie Coppermann, « Belles, noires et rebelles, quatre ados de nos quartiers », LesEchos.fr, 22 octobre 2014.
- Exp1 : Sandra Benedetti, « Bande de filles : dis-moi CĂ©line », L’Express.fr, 22 octobre 2014.
- Exp2 : Éric Liblot, « Bandes de filles : l’être et le nĂ©on », L’Express.fr, 22 octobre 2014.
- Fig1 : Étienne Sorin, « Sois jeune et ne te tais pas », Le Figaro, 22 octobre 2014.
- Fig2 : Étienne Sorin, « Bande de filles, noir dĂ©sir », Le Figaro, 15 mai 2014.
- Inrocks : Serge Kaganski, « Bande de filles », Les Inrocks.com, 21 octobre 2014.
- Lib : Non signĂ©, Rubrique « Ă€ l’affiche », titrĂ© « Girl, qu’est-ce qu’elle a ma girl ? », LibĂ©ration, 21 octobre 2014.
- Lib1 : Didier PĂ©ron, « Haut les filles, haut les filles », LibĂ©ration, 16 mai 2014.
- Lib2 : GĂ©rard Lefort, « Sciamma et les affranchies de la citĂ© », LibĂ©ration, 18-19 octobre 2014.
- Lib3 : Didier PĂ©ron et Élisabeth Franck-Dumas, « "Bande de filles", une jeunesse française », LibĂ©ration.fr, 17 octobre 2014.
- LM : Isabelle Regnier, « Amazones franches », Le Monde, 22 octobre 2014.
- Positif : Jean-Christophe Ferrari, « Un sublime humain », Positif, n°644, octobre 2014.
- TĂ©lĂ©r1 : Laurent Rigoulet, « Voir la vie en clan. Bandes magnĂ©tiques », TĂ©lĂ©rama, n°3380, 25 octobre 2014.
- TĂ©lĂ©r2 : Mathilde Blottière, « "Bande de filles" : un Ă©loge de l’indiscipline par CĂ©line Sciamma », TĂ©lĂ©rama.fr, 14 mai 2014
- TĂ©lĂ©r3 : Mathilde Blottière, « Bande de filles », TĂ©lĂ©rama, n°3380, 22 octobre 2014.
Les Héritiers
- Croix2 : Corinne Renou- Nativel, « "Les HĂ©ritiers", d’autres adolescences que la nĂ´tre », La Croix, 3 dĂ©cembre 2014.
- Échos/Positif : Olivier De Bruyn, « Les HĂ©ritiers, un Ă©loge de la transmission », Les Échos.fr, 2 dĂ©cembre 2014 et Positif, n°646, dĂ©cembre 2014.
- Échos2 : Robert Branche, « Quand la Shoah catalyse le creuset de la diversitĂ© », Les Échos.fr, 23 dĂ©cembre 2014 .
- Fig3 : EugĂ©nie BastiĂ© et Alexandre Devecchio, « Les HĂ©ritiers : comment faire aimer une France qui ne s’aime pas », Le Figaro.fr, 9 dĂ©cembre 2014.
- Fig4 : Jean- Christophe Buisson, « Les HĂ©ritiers : entre les murs de la mĂ©moire », Le Figaro.fr, 9 dĂ©cembre 2014.
- LM2 : Franck Nouchi, « Les HĂ©ritiers : Arianne Ascaride dans la peau d’une prof », Le Monde.fr, 2 dĂ©cembre 2014 .
- Point : Sihem Souid, « Les HĂ©ritiers : un antidote Ă Zemmour », Le Point.fr, 19 dĂ©cembre 2014.
Annexe 3 : encore plus de citations
– 3a
- « Manifeste esthĂ©tique aux frontières ». (Échos1)
- « Diamants noirs sur grand Ă©cran » titre dans La Croix Corinne Renou-Nativel (Croix)
- « Noir dĂ©sir » titre dans Le Figaro Étienne Sorin (Fig2)
- « On ne peut s’empĂŞcher d’imaginer la sensation d’inĂ©dit qu’aurait donnĂ©e la montĂ©e des marches des "filles" de CĂ©line Sciamma : peau noire sur tapis rouge, c’est une association que Cannes (et le cinĂ©ma) ne nous sert pas souvent. » (TĂ©lĂ©r2)
- « Silhouette fĂ©line, nattes africaines, Ĺ“il de biche, elle est d’une beautĂ© ravageuse. » (TĂ©lĂ©r3)
- « Bande de filles est un film physique. Corps souples, athlĂ©tiques, luisants, galbĂ©s. » (TĂ©lĂ©r2)
- « Elles sont belles, elles sont noires, elles parlent et rient très fort. » (LM)
- « Trois belles blacks, […] toujours plus fortes et belles. » (Lib1)
- « Un quatuor de comĂ©diennes pur diamant : Karidja TourĂ©, Assa Sylla, Lindsay Karamoh et MariĂ©tou TourĂ© sont aussi craquantes, marrantes, poignantes que leurs doubles de fiction. » (Inrocks)
- « La jolie Noire. » (Échos1)
- « Elle croise, en rentrant, un groupe de trois filles, aussi noires qu’elle, mais fortes en gueule, sapĂ©es sexy et visiblement contentes de vivre. » (Échos1)
- « Elles se nomment Karida TourĂ©, Assa Sylla, Lindsay Karamoh et Marietou TourĂ©. Elles sont plus belles les unes que les autres, elles balaient toutes les rĂ©ticences sur leur passage et on leur souhaite, après cette belle expĂ©rience, de rĂ©ussir, aussi, leur vie ! » (Échos1)
- « La seule scène de cul explicite du film est exemplaire, tel un magnifique retournement oĂą c’est Vic qui prend l’initiative avec Ismael, son jeune fiancĂ©, histoire de mater ses jolies fesses avant de larguer son pucelage. » (Lib2)
- « Quand Vic, Lady, Adiatou et Fily se lâchent toutes les quatre sur le Diamonds de Rihanna, c’est une Ă©piphanie, un bingo qui claque, une cristallisation des dĂ©sirs des personnages et du spectateur, peut- ĂŞtre le genre de scène dont on dit que le film a Ă©tĂ© fait juste pour ça. […] En entrant dans leur groupe, Vic se transforme physiquement, lâche ses cheveux, s’habille plus sexe : un vrai petit canon Ă©merge de la chrysalide gamine. C’est comme dans la scène de ValĂ©rie Bruni Tedeschi du Saint Laurent de Bonello : les vĂŞtements, le corps, l’esprit, tout se transforme Ă l’unisson. » (Inrocks)
– 3b
- « L’ouverture de Bande de filles est la symphonie d’un autre monde. » (Lib2)
- « Quiconque a pris le mĂ©tro Ă Paris dans les dernières 24 heures a forcĂ©ment croisĂ© de ces intrigantes Miladys du fou rire, de la tchatche et du style. » (Lib2)
- « Une joyeuse cacophonie qui hĂ©site entre la nichĂ©e de chiots Ă l’heure de la pâtĂ©e et l’escadrille de mouettes (rieuses) fondant sur un banc d’anchois [pour qualifier l’Ă©quipe de filles rentrant d’un match de football amĂ©ricain]. » (Lib2)
- « C’est ainsi qu’elle a regardĂ© de plus près ces fleurs de HLM, bravaches et peinturlurĂ©es comme des Peaux-Rouges, sur le sentier d’une guerre insoupçonnĂ©e. » (Exp1)
- « On ne les verra plus jamais de la mĂŞme façon, ces grappes de pĂ©troleuses Ă hauts talons et grande gueule. » (Exp1)
- « Difficile de rĂ©sister Ă ces sauvageonnes autour desquelles tous s’agglutinent. » (Positif)
– 3c
- « Ă€ l’abri des grands frères, de la famille, des commères vĂ©nĂ©neuses, elles s’offrent un shoot de libertĂ© sous vide. [...] Si elles savent se battre, c’est qu’il faut bien cela pour prouver qu’on n’est pas une pute. » (LM)
- « Moins seule avec ses trois copines qui n’ont pas froid aux yeux et qui regardent les types qui tiennent les bancs en bas des barres d’immeubles comme des puceaux qu’il ne faut juste mĂŞme pas calculer. Ou Ă©craser d’une vanne quand ils pensent tenir la clĂ© du territoire. » (Lib1)
- « Rejoindre, en silence et en solitaire, les pĂ©nates de leur citĂ© de banlieue oĂą règnent, crĂ©pusculaires et inquiĂ©tantes, des silhouettes masculines. » (Lib2)
- « La citĂ©, et la loi des garçons, [...] prison sans barreaux. » (Fig1)
- « Marieme a 16 ans et peu d’espoirs d’Ă©chapper Ă un destin morose dans son quartier. Les mâles font la loi, Ă commencer par son grand frère, machiste, brutal. » (Fig2)
- « La loi du quartier oĂą, en permanence sous le regard des garçons, elle ne peut avoir de flirts sous peine de se forger une "rĂ©putation" ; la toute-puissance du grand frère qui surveille ses faits et gestes et distribue des raclĂ©es. [...] Chacune sait que la bande, espace de libertĂ© Ă©phĂ©mère, n’est qu’une parenthèse aux rudes rĂ©alitĂ©s familiales, une Ă©tape avant une grossesse prĂ©coce, un travail aliĂ©nant ou la dĂ©linquance sous la coupe d’un caĂŻd tout-puissant. » (Croix)
- « ĂŠtre jeune, fille, noire, dans une citĂ©, c’est subir la loi des grands frères, des garçons, de la religion, de la sociĂ©tĂ© française dominante, tout en endossant par devoir le rĂ´le de mère d’appoint pour les petites sĹ“urs. Nul Ă©tonnement Ă ce que Vic soit sĂ©duite par Lady et ses copines : sexy, affranchies, libres de leurs paroles et de leurs actes (du moins en apparence), elles reprĂ©sentent la libertĂ©, l’émancipation. » (Inrocks)
- « Dans la France de 2014, les pièges, les dangers, les loups-garous sont nombreux pour une jeune fille-noire-prolĂ©taire-solitaire-sans diplĂ´me. Le diamant dans le ciel retombe sur terre, parfois sous terre, ramenĂ© Ă l’état de caillasse toc par la loi sociale, toujours masculine et brutale – dealers, proxos parsèment son chemin, de la citĂ© Ă la ville. » (Inrocks)
- « CoincĂ©e entre sa famille et ses dĂ©sirs, ses rĂŞves et la lumière des nĂ©ons. » (Exp2)
- « Elles rentrent chez elles de plus en plus isolĂ©es et vulnĂ©rables. Au fur et Ă mesure que se dĂ©fait la troupe, le silence se fait. Et les grappes de mecs qui les regardent passer, assis sur les rambardes ou les escaliers, prennent soudain l’air inquiĂ©tant de prĂ©dateurs prĂŞts Ă bondir. » (TĂ©lĂ©r2)
- « La guerre des sexes, le poids des communautĂ©s, les conflits de territoires : autant d’entraves dont devra s’affranchir Marieme. » (TĂ©lĂ©r3)
- « Comment tourner dans des paysages aussi marquĂ©s sans qu’ils vampirisent le regard ? » (TĂ©lĂ©r3)
– 3d
- « ExpĂ©rimentĂ©e, sympathique, avec ce qu’il faut d’autoritĂ© pour arriver Ă "tenir" cette classe multiethnique et multiconfessionnelle, elle se veut encourageante. […] LĂ oĂą tant d’autres enseignants auraient baissĂ© les bras – pour ne pas parler de ceux qui auraient craquĂ© –, Mme Gueguen persiste. […] Et pourtant. Jour après jour, patiemment, comme si elle dĂ©faisait un Ă un les milliers de nĹ“uds qui entravaient sa route, Mme Gueguen finit par convaincre ses Ă©lèves de l’intĂ©rĂŞt du sujet. » (LM2)
- « Dans la classe de seconde Ă qui Anne GuĂ©guen enseigne l’histoire et la gĂ©ographie, suivre les cours est pour beaucoup une corvĂ©e. [...] Une dizaine d’Ă©lèves, souvent chahuteurs, dĂ©croche dĂ©jĂ . Loin de baisser les bras, leur professeur leur propose de participer au Concours national de la RĂ©sistance et de la DĂ©portation. [...] Ariane Ascaride, formidable, incarne leur enseignante, singulière alchimie d’autoritĂ© et de bienveillance, d’exigence et de confiance. » (Croix)
- « Un lycĂ©e d’une zone dĂ©favorisĂ©e de CrĂ©teil oĂą les "cailleras" jouent violemment des coudes (voire pire). [...] Pourvue d’une foi inĂ©branlable en la pĂ©dagogie, une prof, Anne Gueguen, dĂ©cide d’inscrire sa classe de seconde la plus difficile Ă un concours national d’Histoire. » (Échos/Positif)
- « D’un cĂ´tĂ©, une classe bariolĂ©e, insoumise, black blanc beur, un mĂ©lange explosif de toutes les religions, allant des insouciants jusqu’Ă un Olivier devenu Brahim, en chemin sur la voie du fondamentalisme ; de l’autre, une professeur qui y croit sait se faire respecter, passionnĂ©e de sa matière et convaincue que l’irrĂ©mĂ©diable ne l’est pas. » (Échos2)
- « DĂ©sespĂ©rĂ©s, dĂ©sespĂ©rants, ils ne croient en rien et surtout pas en eux-mĂŞmes. Seule une prof d’histoire (admirable Ariane Ascaride) refuse la fatalitĂ© et dĂ©cide de rĂ©vĂ©ler au reste de l’Ă©cole et surtout Ă ces supposĂ©s dĂ©linquants et chĂ´meurs en puissance les qualitĂ©s enfouies au fond d’eux Ă leur insu. » (Fig4)
- « La classe ? Une seconde rassemblant des Ă©lèves de vingt-neuf origines diffĂ©rentes, des Ă©lèves insolents que chacun pense condamnĂ©s au chĂ´mage et Ă la dĂ©linquance. Mais remplis de compĂ©tences et de qualitĂ©s, cachĂ©es au plus profond d’eux-mĂŞmes, et dont ils vont progressivement prendre conscience grâce Ă cette enseignante. » (Point)
- « Effort de rĂ©demption. » (Fig3) [Pour qualifier la participation des Ă©lèves au concours].
- « Elle se veut encourageante : "Il y a un monde de l’autre cĂ´tĂ© du pĂ©riphĂ©rique. Et vous y avez votre place". Ă€ en juger par la tĂŞte des Ă©lèves, rien n’est moins sĂ»r. » (LM2)
- « Contre toute attente, les adolescents en panne de repères et de structures se passionnent pour l’aventure et apprennent Ă (mieux) vivre ensemble. » (Échos/Positif)