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Conforama offre 10 000 euros pour attirer les journalistes

Nous publions ci-dessous avec l’autorisation de son auteur - Philippe Nieuwbourg - un article publié sur son blog, le 19 avril 2009 sous le titre « Conforama offre 10 000 euros pour attirer les journalistes à son nouveau magasin du Pont-Neuf ». De l’art de préparer des publi-reportages… sans être certain d’y parvenir (Acrimed)

Conforama a connu ces derniers mois une « séquence » de communication fortement négative. On se souvient de l’affaire des fauteuils importés sans contrôles suffisants de Chine, braquant le projecteur sur les méthodes de fabrication et d’achat de certains distributeurs privilégiant le prix bas à la qualité.

En communication, il faut sortir d’une séquence négative pour réorienter la perception médiatique et refaire parler en bien de l’entreprise. Le magasin Conforama du Pont-Neuf à Paris, dont la réouverture est prévue mi-mai, va donner lieu à une vaste opération de communication dans la presse grand public, orchestrée par Publicis et Obraz Conseil. La presse féminine, grand public, et décoration va certainement largement relayer cette information majeure de la réouverture d’un magasin et après la lecture de ce billet, vous ne vous étonnerez plus de voir autant de retombées presse. Je vais vous expliquer pourquoi...

Le mercredi 13 mai, les journalistes sont conviés en fin de journée à une « conférence de presse »... enfin ça, c’était le terme officiel quand les journalistes se déplaçaient pour recevoir de l’information, l’analyser, faire leur travail et restituer au lecteur l’ensemble... aujourd’hui si vous invitez des journalistes à une « conférence de presse »... c’est le bide assuré !

Copie de l’invitation envoyée par Conforama

Conforama a donc décidé de laisser de côté tabous et déontologie dont plus aucun journaliste n’apprend l’orthographe du mot. Conforama Pont-Neuf vous invite donc à un « shopping déco », valable pour deux personnes, avec service voiturier s’il vous plaît. Un shopping d’accord... pourquoi pas... vous venez découvrir le magasin et y reviendrez par la suite pour dépenser une partie de vos économies.

Mais l’invitation ne semblant pas suffire, Conforama l’accompagne d’un spécimen de chèque de mille euros, libellé au nom du journaliste invité. Un chèque au dos duquel vous découvrez que pendant la soirée, ce sont pas moins de 10 000 euros qui seront distribués aux journalistes présents sous forme de 10 « shoppings » d’une valeur unitaire de mille euros. Un tirage au sort bien ficelé, dont le règlement est déposé chez un huissier de justice.

Copie du chèque de 1000 euros envoyé par Conforama


En conclusion :
- Aujourd’hui pour faire venir des journalistes et leur faire parler d’un sujet, il suffit donc de les « acheter » [1], car avec un bon d’achat de 1000 euros on est loin du gadget publicitaire communément admis.
- Pour un journaliste présent, il n’y a apparemment aucune incompatibilité à faire son métier et à recevoir un cadeau équivalent à presque un mois de salaire de certains. Parlez en aux « journalistes » du magazine 20ans payés 10 euros la page ;-)
- Pour une agence de communication comme Publicis il n’y a aucune gène à mettre en place ce type d’opération qui se rapproche dangereusement de la ligne jaune de la corruption
- et pour le lecteur qui s’émerveillera du plan de communication de Conforama Pont-Neuf « dont tout le monde parle », il sera finalement le dindon de la farce, mais le méritera un peu car il refuse aujourd’hui de financer une presse réellement indépendante.

Concernant le sujet d’accroche de ce billet, celui des fauteuils bas de gamme, rassurez-vous, Conforama ne change pas de cible ! La campagne d’affichage que vous découvrirez dans Paris ne laisse place à aucun doute : «  le design à petit prix débarque à Paris. Jusqu’à - 20% sur tout le magasin »... au moins vous êtes prévenu. Si vous cherchez une solderie de produits bas de gamme, vous avez l’adresse !

Philippe Nieuwbourg

 

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Notes

[1C’est du moins ce qu’espèrent les publicitaires (note d’Acrimed).

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