Le 21 dĂ©cembre 2007, le Tribunal de Grande Instance de Paris a accordĂ© Ă la photographe Catherine Leroy (dĂ©cĂ©dĂ©e en juillet 2006 et qui est depuis reprĂ©sentĂ©e par sa mère), la somme de 1 381 500 euros pour la perte d’une partie de ses archives. Catherine Leroy avait assignĂ© l’agence GAMMA, qui en avait la garde et l’usage commercial.
Le 22 fĂ©vrier 2008, la 3ème chambre du TGI de Paris a donnĂ© raison au photographe GĂ©rard Gastaud pour la perte d’une part importante de ses archives, en lui accordant 1 200 000 euros en dommages et intĂ©rĂŞts. Il avait assignĂ© l’agence Sipa Press en mai 2005.
Ces deux jugements, qui feront certainement jurisprudence, secouent le Landerneau des agences de presse, lesquelles ne sont pas habituées à ce que des photographes fassent respecter leurs droits.
Le cas de notre camarade GĂ©rard Gastaud est exemplaire. Titulaire de la carte de presse n° 60 967, il a Ă©tĂ© pigiste pour Sipa Press de 1982 Ă 2002. C’est Sipa qui demandait chaque annĂ©e le renouvellement de sa carte. Pourtant, cette sociĂ©tĂ© a refusĂ© de reconnaĂ®tre Ă GĂ©rard Gastaud sa qualitĂ© de journaliste professionnel et de salariĂ©, et ceci en dĂ©pit de l’article L. 761-2 du Code du travail qui stipule :
« Toute convention par laquelle une entreprise de presse s’assure, moyennant rĂ©munĂ©ration, le concours d’un journaliste professionnel (…) est prĂ©sumĂ©e ĂŞtre un contrat de travail. Cette prĂ©somption subsiste quels que soient le mode et le montant de la rĂ©munĂ©ration ainsi que la qualification donnĂ©e Ă la convention par les parties ».
Comme beaucoup d’autres pigistes, Gérard Gastaud a dû faire appel aux Tribunaux pour tenter de faire reconnaître sa qualité de salarié. En vain. Sur la base de témoignages contestables, son statut de salarié n’a pas été reconnu.
Misant sur le découragement et la fragilité économique des précaires, les employeurs finissent souvent par l’emporter. Gérard Gastaud, Rmiste depuis décembre 2003, n’a pas lâché prise ; il a obtenu Justice face au milliardaire Pierre Fabre, propriétaire de Sipa Press et défendu par le cabinet Bourdon (pourtant davantage connu par ses actions en faveur des droits de l’Homme).
Persistant dans son erreur, Sipa Press a fait appel pour priver Gérard Gastaud des fruits de son assiduité et de son renoncement, mais avec le risque de se faire condamner encore plus lourdement.
Ces deux jugements récents donnent de l’espoir aux nombreux pigistes photographes qui sont dans la même situation. Il devrait aussi faire réfléchir les entreprises de presse qui rechignent trop souvent à respecter le droit du travail et notamment celui des pigistes.
Pigistes Solidaires (SUD Culture Solidaires)
Paris, le 2 avril 2008
– Pour plus d’informations sur le cas de GĂ©rard Gastaud, voir sur le site de « ¨Pigistes solidaires » et ici mĂŞme Les photographes, soutiers de la presse : un cas exemplaire (Acrimed)