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EN BREF

Bal tragique en Cisjordanie : un mort

Le 10 dĂ©cembre dernier, Ziyad Abu Ayn, membre du gouvernement palestinien en charge de la colonisation et du mur, meurt après avoir reçu des coups violents de la part de soldats israĂ©liens lors d’une manifestation en Cisjordanie. La mort, dans de telles circonstances, d’un haut responsable palestinien, ne pouvait manquer d’ĂŞtre relayĂ©e et commentĂ©e. Or, le moins que l’on puisse dire est que les grands mĂ©dias français ont relativement peu traitĂ© cette actualitĂ©, et qu’ils ont en outre bien souvent fait montre d’un sens de l’euphĂ©misme parfois Ă  la limite de l’indĂ©cence. Tel est le cas du Monde qui, sur son site, a changĂ© Ă  plusieurs reprises le titre du premier article relayant l’information, sans avoir peur, visiblement, du ridicule.

Cela commence comme ça :

Un titre qui a le mĂ©rite de la clartĂ©, mĂŞme s’il n’est pas encore fait mention du fait que le « responsable » a en rĂ©alitĂ© rang de ministre dans le gouvernement palestinien.

Quelques dizaines de minutes plus tard, l’erreur est corrigĂ©e. Mais ce n’est pas le seul changement :

On note ainsi que le ministre n’a plus Ă©tĂ© « tuĂ© par des soldats israĂ©liens », mais « tuĂ© lors d’une manifestation en Cisjordanie ». Par qui ? Le titre du Monde ne nous l’apprend plus. Qui d’autre que les soldats israĂ©liens aurait pu le tuer ? Mystère...

Mais le pire est Ă  venir, pour l’internaute qui ne se serait connectĂ© que le lendemain sur le site du Monde. Voyons plutĂ´t :

Le ministre n’a dĂ©sormais plus Ă©tĂ© « tuĂ© lors d’une manifestation ». Il est simplement « mort lors d’une manifestation ». De mort naturelle ? D’une grippe foudroyante ? D’une piqĂ»re de moustique ?

Ne faisons pas comme si la mort de Ziyad Abu Ayn n’avait pas suscitĂ© une polĂ©mique entre IsraĂ«l et les Palestiniens : les autoritĂ©s israĂ©liennes se sont en effet lancĂ©es dans une opĂ©ration de propagande pour expliquer que rien ne permettait d’Ă©tablir un lien entre cette mort et l’armĂ©e israĂ©lienne, et ce contrairement Ă  ce que les photos et vidĂ©os montrant les coups reçus par le ministre laissent clairement voir [1].

Mais la polĂ©mique justifie-t-elle cet excès de « prudence » des responsables de la titraille du Monde, qui conduit en rĂ©alitĂ©, au nom de l’improbable quĂŞte du plus petit dĂ©nominateur commun, Ă  s’aligner sur la version israĂ©lienne ? Rien n’est moins sĂ»r. Nous avons affaire ici Ă  un nouvel exemple des effets induits par le traitement prĂ©tendument « Ă©quilibrĂ© » du conflit opposant IsraĂ«l aux Palestiniens, que nous avons dĂ©jĂ  analysĂ©s sur notre site.

Ceci Ă©tant dit, et quitte Ă  ĂŞtre prĂ©cis, signalons au Monde.fr que le terme « Cisjordanie » est sujet Ă  polĂ©mique lui aussi, puisque les partis israĂ©liens de droite et d’extrĂŞme-droite Ă©voquent la « JudĂ©e-Samarie », et qu’il conviendrait peut-ĂŞtre, dès lors, d’Ă©viter de l’employer. En outre, la rĂ©fĂ©rence Ă  la « manifestation » n’est pas des plus habiles, puisqu’elle risque de sous-entendre que les Palestiniens auraient des raisons des manifester. Quant au terme « mort », on avouera qu’il est tout de mĂŞme un peu violent et pourrait susciter l’empathie pour le ministre et sa famille. Ce qui pourrait donner :

Mais on ne pourra manquer de signaler ici que le mot « palestinien » est lui aussi sujet Ă  caution, puisque les partis israĂ©liens de droite et d’extrĂŞme-droite qui refusent de reconnaĂ®tre l’existence d’un peuple palestinien prĂ©fèrent utiliser le mot « arabe ». Quant au terme « dĂ©cĂ©der », on avouera qu’il est tout de mĂŞme un peu violent et pourrait susciter l’empathie pour le ministre et sa famille. Ce qui pourrait donner :

A-t-on toutefois la preuve formelle que le ministre est rĂ©ellement mort ? Soyons prudents :

Était-il rĂ©ellement ministre ? Son statut n’Ă©tait-il pas plutĂ´t Ă©quivalent Ă  celui de secrĂ©taire d’État ? Évitons de nous tromper :

Ou plus simplement :

Julien Salingue

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