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Intervention au FSE

« Une autre information est possible » (Carta, Italie)

Intervention de Pierluigi Sullo au sĂ©minaire sur les mĂ©dias indĂ©pendants tenu le Jeudi 13 novembre 2003 Ă  La Villette, lors du Forum Social EuropĂ©en. Traduction suivie du texte en italien [1].

Puisque dans les deux interventions prĂ©cĂ©dentes on a parlĂ© de la situation italienne en anglais et en français, je vais faire une bizarrerie : j’en parlerai en italien [2].

Le thème sur lequel nous sommes en train de discuter est le suivant : face Ă  une information libĂ©raliste [3] ou "mainstream" entièrement dominĂ©e par la loi du marchĂ©, est-il utile, possible voire nĂ©cessaire de construire un système indĂ©pendant dans le domaine de la communication ? Le "marchĂ© social" tel que le dĂ©finit Mario Lubetkin, directeur d’IPS, existe-t-il ?

Non seulement je pense que cette dĂ©marche est nĂ©cessaire et qu’un tel marchĂ© existe, mais aussi qu’un "système" indĂ©pendant est dĂ©jĂ  très rĂ©pandu et actif. A tel point qu’en Italie, des Ă©vĂ©nements comme ceux de GĂŞnes en 2001 ou le prĂ©cĂ©dent Forum social europĂ©en de Florence ne pourraient pas ĂŞtre autrement expliquĂ©s. Le fait est que ni le mouvement "antimodialisation", en gĂ©nĂ©ral, ni les acteurs de ce type particulier de communication sont pleinement conscients de leur influence sur des catĂ©gories de lecteurs en pleine expansion, ni, par consĂ©quent, ils ne font ce qu’il serait nĂ©cessaire pour stabiliser, renforcer et mettre en relation leurs mĂ©dias. C’est au contraire ce qu’il faudrait faire en partant de deux constatations suivantes.

La première est qu’aucun "usager" de l’information n’utilise dĂ©sormais un seul moyen de communication ; chacun d’entre nous se construit son propre scĂ©nario en utilisant une mosaĂŻque de sources diffĂ©rentes : tĂ©lĂ©visions, Internet, radios, presse Ă©crite ; nombre de ces sources sont indĂ©pendantes, souvent produites de manière autonome comme la mailing liste ou la simple communication ou le rĂ©cit horizontaux.

La deuxième constatation, qui dĂ©coule de la première, est la suivante : ce qui diffĂ©rencie les mĂ©dias indĂ©pendants des mĂ©dias libĂ©ralistes ne rĂ©side pas seulement dans le fait que ceux-ci disent la vĂ©ritĂ© (la "Pravda" comme disaient les Communistes soviĂ©tiques), mais justement qu’ils collaborent, contribuant ainsi Ă  crĂ©er, ensemble, la "mosaĂŻque" d’information dont notre public a besoin. Les mĂ©dias locaux, nationaux, internationaux, les mĂ©dias thĂ©matiques et l’ensemble des diffĂ©rents moyens d’information pourraient ainsi s’imbriquer et renforcer les uns les autres.

Au contraire, du moins en Italie, l’idĂ©e dominante est, d’abord, que les mĂ©dias libĂ©ralistes s’adressent Ă  un public plus large que nos mĂ©dias, qui touchent seulement un public de convaincus, c’est pourquoi on doit aller pleurer pour obtenir une interview d’un journal tĂ©lĂ©visĂ© de la RAI, ensuite, que chaque journal ou moyen de communication est en concurrence avec tous les autres comme si chacun pouvait satisfaire tous les besoins d’information d’un lecteur quelconque.

MalgrĂ© cela, chez nous, le la situation est très favorable. Ainsi je vais vous citer un cas exemplaire : Carta, notre moyen de communication sociale, non seulement est un hebdomadaire Ă  diffusion nationale, mais Ă©galement un quotidien sur Internet, une newsletter qui touche 15.000 "lecteurs", une Ă©mission radio proposĂ©e gratuitement Ă  22 radios communautaires sur tout le territoire italien, un travail (Ă  ses dĂ©buts) de diffusion de vidĂ©os d’actualitĂ©s sur Internet, de rencontres, de dĂ©bats thĂ©matiques et locaux dans tout le pays.

Donc, comment construit-on un instrument de communication indĂ©pendant ?

Avant tout, il faut un public ou, tout au moins, une idĂ©e du public que l’on veut atteindre. Si l’on me demandait quel est notre public, je rĂ©pondrais : "vous qui ĂŞtes ici au Forum europĂ©en avec toutes vos diffĂ©rences : d’âge, de culture, d’appartenance politique, de nationalitĂ©, de religion, etc. En somme, un public "inventĂ©" ces dernières annĂ©es, car avant Seattle, il n’existait pas.

Ensuite, il faut bien sûr un éditeur. Même dans ce cas nous avons fait appel à notre imagination.

Carta appartient Ă  une coopĂ©rative dont le principal membre est une association, appelĂ©e Cantieri sociali (Chantier sociaux), qui a aujourd’hui 400 membres individuels et collectifs allant du centre social aux missionnaires, en passant par les syndicats et les très nombreux particuliers. Chacun a versĂ© au moins 500 euros pour en devenir membre, c’est de lĂ  que viennent nos capitaux.

Un journal vit des ses ventes dans les kiosques et de ses abonnements, et c’est ce que nous cherchons Ă  dĂ©velopper (aujourd’hui nous diffusons plus de 10.000 exemplaires dans les kiosques et nous avons 2.500 abonnĂ©s). Mais, comme vous le savez, la publicitĂ© a un poids important. Quand nous avons commencĂ©, nous avons dĂ©clarĂ© que nous refuserions la publicitĂ© des sociĂ©tĂ©s multinationales, comme par exemple Benetton qui nous l’avait proposĂ©. Cela nous a Ă©normĂ©ment rendu service car nos lecteurs ont le sentiment que la publicitĂ© sur Carta est en accord avec ses idĂ©es, et c’est la raison pour laquelle les UniversitĂ©s, les maisons d’Ă©dition, les communes, les collectivitĂ©s territoriales, le commerce Ă©quitable etc. mettent volontiers dans nos pages.

Une activitĂ© Ă©ditoriale, comme les autres, a bien sĂ»r besoin de beaucoup d’argent. Notre banque, la Banca Popolare Etica ("Banque Populaire de l’Ethique"), et, avec elle, nous avons inventĂ© le Fond Carta : si quelqu’un y verse de l’argent et le laisse pour au moins un an pour un très faible taux d’intĂ©rĂŞt, la Banca Popolare Etica nous attribuera un crĂ©dit pour une somme Ă©quivalente, remboursable sur sept ans. Ce système nous a permis de tenir les trois annĂ©es nĂ©cessaires pour obtenir subventions que l’Etat italien concède aux "coopĂ©ratives de journalistes".
Mission accomplie.

Bien sĂ»r, nous ne pouvons pas nous permettre la promotion dont bĂ©nĂ©ficient les mĂ©dias libĂ©ralistes ni les gadgets qui accompagnent leurs journaux, mais lĂ  aussi le bouche Ă  oreille, la diffusion de l’information sur Internet ainsi que la coopĂ©ration pour la production de vidĂ©os et de livres nous ont permis de proposer Ă  nos lecteurs des films, de la musique et des livres.

Je pourrais poursuivre avec d’autres exemples, mais le message est clair : une autre information est effectivement possible, et modestement nous en sommes la preuve. Mais seuls, nous n’irons pas loin. C’est pour cela que nous acceptons avec enthousiasme la proposition la proposition faite par Mario Lubetkin : que du Forum europĂ©en naisse la proposition, puisque les idĂ©es et les Ă©nergies convergent, de concevoir une critique au mĂ©dias libĂ©ralistes et, en mĂŞme temps, de mettre Ă  la disposition des "journalistes indĂ©pendants" (c’est-Ă -dire ceux d’entre nous qui ont l’envie ou la nĂ©cessitĂ© de communiquer) des idĂ©es et des instruments pour la rĂ©aliser.

Pierluigi Sullo

En italien

Intervento al seminario sui media indipendenti, Giovedì 13 novembre, La Villette, Fse

Considerato che, in due interventi che mi hanno preceduto, si è parlato dei casi italiani in iunglese e in francese, io farò una cosa stravagante : ne parlerò in italiano.

Il tema attorno al quale stiamo discutendo è se, di fronte a una informazione liberista, o "mainstream", interamente dominata dal comando del marcato, sia utile, possibile, o addirittura necessario, costruire un sistema indipendente della comunicazione. E se esista quel che Mario Lubetkin, il direttore di Ips, ha definito un "mercato sociale" della comunicazione.

Io credo che non solo questo passo sia necessario, e che quel tale mercato esiste, ma che anzi un "sistema" indipendente già sia molto diffuso ed attivo. Al punto tale che, in Italia, eventi come quelli di Genova nel 2001, o il Forum sociale europeo cheha preceduto questo, a Firenze, non sarebbero altrimenti spiegabili. Il punto è che né il movimento "altermondialiste" in generale, né gli stessi operatori di queto speciale genere di comunicazione sono pienamente coscienti della loro influenza su strati crescenti di lettori e pubblico, né, di conseguenza, fanno quel che sarebbe necessario per stabilizzare, rafforzare e connettere i loro media. Ciò che invece si dorebbe fare a partire, per lo meno, da due constatazioni.

La prima è che nessun "utente" dell’informazione, ormai, utilizza un solo mezzo di comunicazione : ciascuno di noi si costruisce un suo proprio "palinsesto" utilizzando un "patchwork" di fonti differenti, televisive, via internet, radiofoniche o della carta stampata ; e molte di queste fonti sono indipendenti, spesso auto-prodotte, come le mailing list o la semplice comunicazione e racconto orizzontali.

La seconda constatazione, conseguente alla prima, è che ciò che distingue i media indipendenti da quelli liberisti non è solo il fatto che essi dicono la "verità" (la "pravda", come dicevano i comunisti sovietici), ma, appunto, nel fatto che essi cooperano, concorrendo così a creare, insieme, il "patchwork" informativo di cui il nostro tipo di "pubblico" ha bisogno. I livelli locale, nazionale o internazionale, quelli tematici, e i diversi "mezzi" informativi potrebbero, così, intrecciarsi e rafforzarsi a vicenda.

L’idea prevalente, invece, almeno in Italia, è che i media liberisti "parlano a piĂą gente dei nostri, che raggiungono solo i giĂ  convinti", e quindi ci si mette in coda pr mendicare un’intervista da un telegiornale Rai, e, secondo, che ogni giornale o mezzo di comunicazione è in concorrenza con tutti gli altri : come se ciascuno potesse soddisfare l’intero bisogno informtivo di un lettore qualunque.

Cionostante, il terreno, da noi, è assai fertile, e per esemplificare vi racconterò un caso di scuola, nel suo piccolo : quello di Carta, il nostro "mezzo di comunicazione sociale", che, oltre ad essere un settimanale a diffusione nazionale, è anche un giornale quotidiano in internet, una newsletter da 15 mila "lettori", una trasmissione radio offerta gratuitamente a 22 radio comunitarie in tutta Italia, un lavoro (appena iniziato) di diffusione di video di attualitĂ  via internet, e incontri e dibattiti tematici e territoriali in tutto il paese.

Dunque, come si costruisce un mezzo di comunicazione indipendente ?

Prima di tutto, occorre un pubblico. O l’idea del pubblico che si vuile raggiungere. Se mi si chiedesse quale sia il nostro pubblico, io risponderei : voi che siete qui, al Forum europeo, con tutte le vostre differenze di etĂ , cultura, collocazione politica, nazionalitĂ , religione, ecc. In sostanza, un pubblico "inventato" negli ultimi anni, dato che prima di Seattle, in pratica, non esisteva.

Poi, occorre un editore, naturalmente. Anche in questo caso, abbiamo fatto ricorso alla fantasia. Carta è di proprietà di una cooperativa il cui principale socio è una associazione, chiamata Cantieri sociali, che ha oggi, a sua volta, circa 400 soci individuali e collettivi, in cui si va dai centri sociali ai missionari, passando per i sindacati e le moltissime singole persone. Ciascuno ha versato almeno 500 euro, per diventare socio, ed ecco da dove vengono i nostri capitali.

Un giornale vive di vendite ine dicola e in abbonamento naturalmente, ed è quello ch ecerchiamo di fare (oggi diffondiamo oltre 10 mila copie in edicola e abbiamo 2500 abbonamenti). Ma, come sapete, un peso rilevante ce l’ha la pubblicitĂ . Quando abbiamo cominciato, noi abbiamo dichiarato che avremmo rifiutato la pubblicitĂ  delle multinazionali, come Benetton ad esempio, che ce l’aveva offerta. Questo fatto ci ha molto giovato, perchĂ© i lettori percepiscono la pubblicitĂ  su Carta come coerente con il suo discorso, e dunque universitĂ , case editrici, municipi e istituzioni locali, commercio equo e così via inseriscono volentieri i loro messaggi sulle nostre pagine.

Un’impresa editoriale, come qualunque altra, ha bisogno di credito, ovviamente. La nostra sola banca si chiama Banca Popolare Etica, e con esa, per esempio, abbiamo inventato una cosa che si chiama Fondo Carta : se qualcuno vi versa del risparmio, e lo vincola almeno un anno in cambio di un modestissimo interesse, allora Banca Etica ci riconoscerĂ  un credito per l’importo equivalente, restituibile con un mutuo settennale. Questo ci ha permesso di resistere i tre anni necessari per ottenere il diritto alle provvidenze che lo stato italiano riconosce alle cooperative di giornalisti. Obiettivo raggiunto.

Ovviamente, non ci possiamo permettere né la promozione di cui si giovano i media libeisti, né i gadget con cui accompagnano i loro giornali. Ma, anche qui, il passaparola, il corrre delle informazioni nella Rete, e la cooperazione sulla produzione di video e libri, ci hanno permesso di offrire ai nostri lettori film, musica o libri.

Potrei continuare con gli esempi, ma il messaggio è chiaro : un’altra informazione è effettivamente possibile, e noi ne siamo, nella nostra modestia, la prova. Ma da soli non andremo lontano. Perciò aderisco con entusiasmo alla proposta che ha fatto poco fa Mario Lubetkin : che da questo Forum europeo venga la proposta, visto che ve ne sono le idee e le energie, di un Forum europeo della comunicazione, che serva ad elaborare la nostrra critica ai media liberisti e, insieme, metta a disposizione dei "giornalisti indipendenti", cioè chiunque di noi abbia voglia o necessitĂ  di comunicare, idee e strumenti per farlo.

Pierluigi Sullo

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