Ceci est un appel Ă l’aide. La seule radio associative gĂ©nĂ©raliste et non cultuelle de l’agglomĂ©ration toulonnaise vit de sales moments. Ou plutĂ´t : a vĂ©cu de sales moments. Son fonctionnement s’est normalisĂ© mais les caisses restent vides.
Toulon est un port militaire avec tout ce que cela implique en matière de sĂ©curitĂ© et d’usages rĂ©servĂ©s. Il ne faut pas que la diffusion radiophonique puisse nuire aux transmissions de la DĂ©fense. MĂŞme si les bandes FM sont thĂ©oriquement bien disjointes, les brouillages sont possibles par la proximitĂ© des Ă©metteurs.
Ici sans doute plus qu’ailleurs, la lutte est donc âpre pour l’obtention d’une frĂ©quence et sa conservation. Les auditeurs n’ont pas grand-chose Ă se mettre entre les oreilles : vingt-six radios seulement dont deux de catĂ©gorie A ("associatives non commerciales"). Si on Ă©carte RCF, rĂ©seau catho d’origine lyonnaise, il ne reste plus que Radio Active. A titre de comparaison avec une ville de taille analogue, Grenoble dispose d’une quarantaine de programmes dont une dizaine de catĂ©gorie A.
Active est nĂ©e en 1991 Ă l’initiative d’une association de consommateurs, sous la prĂ©sidence de GĂ©rard Battesti. Elle fut d’abord ouverte Ă des Ă©missions plutĂ´t orientĂ©es vers le secteur associatif et les communautĂ©s - public adulte. Après la disparition de Battesti, des programmes musicaux très spĂ©cialisĂ©s investirent la grille - public nettement plus jeune. Les loups dans la bergerie, maugrĂ©aient les hĂ©ritiers. On opposa les deux tendances. Les "communautaires", gardiens du temple, contre les "musicaux", ignorants du passĂ© et fauteurs de troubles. Chaque Ă©quipe fourbissait ses Ă©missions, faisait entrer de nouveaux membres pour peser sur l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale. Au plus fort de l’agitation, Active accueillait 130 bĂ©nĂ©voles plus ou moins animateurs.
Parce qu’il faut bien Ă©voquer les raisons.
Elle se voulait radio de toutes les couleurs. Belle idĂ©e qui n’aboutit pas Ă une pratique convaincante. Par le jeu des influences et l’inconsĂ©quence du bureau, constituĂ© de militants de la première heure qui s’enfermaient chaque jour un peu plus dans l’appropriation et l’autocratie - après tout, c’est nous qui avons fondĂ© la radio, vous n’avez qu’Ă faire pareil -, on confondit pluralisme et capharnaĂĽm, diversitĂ© et incohĂ©rence. Au final, la soupe indigeste Ă©touffa tout le monde. Surtout l’auditeur. Seuls quelques animateurs repliĂ©s sur leur petit univers personnel y trouvaient leur compte en souhaitent que rien ne change, jamais. Radio Active : un agglomĂ©rat de micro-corporatismes cultivant la mĂ©fiance et la parano. On dit rarement Ă quel point le bĂ©nĂ©volat, nerf de la guerre associative, peut plomber le fonctionnement de la structure qu’il est censĂ© dĂ©fendre.
Jusqu’Ă l’impensable : les rares membres Ă dĂ©fendre un projet global Ă©tant systĂ©matiquement renvoyĂ©s Ă leurs chères Ă©tudes, ils convoquèrent la Justice pour arbitrer la situation.
Deux ans après le dĂ©but de la procĂ©dure (2002), le juge donne raison aux plaignants et nomme un administrateur judiciaire. C’est lĂ que ça devient vraiment spĂ©cial. De longs mois s’Ă©coulent encore sans qu’un mandataire ne tape Ă la porte : le tribunal est incapable de faire appliquer sa propre dĂ©cision. La radio continue d’Ă©mettre, les Ă©missions se succèdent mais il n’y a - vraiment - plus personne aux commandes. Quinze mois plus tard un administrateur se manifeste enfin, convoque une assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale et annonce la quasi-cessation de paiement.
Alors que l’existence mĂŞme des radios associatives est menacĂ©e au niveau national (par la remise en cause du FSER - Fond de Soutien Ă l’Expression Radiophonique), Active rĂ©alise le prodige de s’auto-asphyxier sans que Donnedieu ni les collectivitĂ©s locales ne puissent ĂŞtre mis en cause : par les lenteurs tiers-mondistes de l’administration judiciaire et l’incurie de ses ex-dirigeants.
Car pendant ces quinze mois, les gardiens du temple se garderont bien de signer et envoyer les demandes de subventions en souffrance.
VoilĂ pour l’histoire.
Une nouvelle Ă©quipe se retrouve Ă la barre d’un navire en perdition. Exit les salariĂ©s (il y eut jusqu’Ă cinq emplois aidĂ©s en mĂŞme temps), plus aucun technicien pour gĂ©rer les Ă©missions diurnes. La radio ne diffuse que de la musique en attendant des jours meilleurs et faisant le gros dos jusqu’aux prochaines subventions. Mais, point positif et fondamental : l’ambiance interne est apaisĂ©e.
L’avenir d’Active, conditionnĂ© Ă l’Ă©pĂ©e de Damocles financière, est couchĂ© sur le papier. Remettre les caractères social, local, culturel et les auditeurs au premier plan. DĂ©finir une grille exigeante, audible, Ă©quilibrĂ©e entre programmes parlĂ©s et Ă©missions musicales. Reprendre la crĂ©ation radiophonique, donner la parole Ă ceux Ă qui on demande en gĂ©nĂ©ral de se taire, devenir enfin un point nodal dans le tissu socio-Ă©conomique et culturel toulonnais.
L’agglomĂ©ration toulonnaise pourrait ĂŞtre Ă brève Ă©chĂ©ance la seule de son envergure (500.000 âmes) Ă ne disposer d’aucune radio associative non cultuelle ! les Ă©missions locales se rĂ©sumeront alors au quart d’heure de dĂ©crochage quotidien sur RTL, radio indĂ©pendante bien connue, ou aux brèves chroniques de France Bleu. On ne comptera pas sur les radios rĂ©gionales qui ont choisi l’option commerciale. Elles clonent leurs concurrentes nationales pour quelques parts de marchĂ©, utilisent les mĂŞmes outils - hystĂ©rie du ton et lobotomie Ă tous les Ă©tages. Il faut bien vivre.
Le nouveau Conseil d’administration d’Active s’est tournĂ© vers la ville de Toulon en faisant valoir sa spĂ©cificitĂ© et le caractère essentiel de sa survie pour l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral. RĂ©ponse laconique : « la ville n’accorde pas son soutien aux radios associatives » (on apprĂ©ciera le pluriel de la formule ; Ă croire que Falco dĂ©borde de demandes).
VoilĂ pourquoi Active se voit aujourd’hui contrainte d’alerter le public d’ici et d’ailleurs. Des semaines difficiles s’annoncent. Si la radio passe l’hiver, rĂ©ussit Ă rĂ©gler son loyer et rembourser quelques traites, la partie sera sans doute gagnĂ©e. A vot’ bon coeur m’sieurs dames.
Gilles Suchey, membre du Conseil d’administration
RADIOACTIVE, Brunet E1, 136 avenue de l’Elisa, 83100 TOULON