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Mots et argument (4)

Soutiens et malaises

Premiers embarras de la presse écrite

Une dizaine de jours après le début des bombardements, la presse écrite commence à faire état de doutes et de critiques sur la stratégie américaine.

Le Mardi 16 octobre, la "Une" du Monde annonce : "La stratégie américaine contestée". Pourtant aucun des articles du quotidien ne porte spécifiquement et explicitement sur cette contestation... Il est vrai que Le Monde juge cette guerre à l’aune des objectifs que ... Le Monde lui assigne, en parlant de la " campagne militaire contre Al-Quaida", comme on peut le lire dans les sur-titres (par exemple,dans Le Monde du 10 octobre, p. 6). Alors même que sur la même page on peut lire un article titré : "Au Conseil de sécurité, les Etats-Unis menacent "d’autres actions concernant d’autres Etats" ".

Libération, le lendemain, s’interroge à la "Une" : "Et maintenant ?" Et précise ainsi sa question : "Au dixième jour de frappes en Aghanistan, la stratégie américaine n’a pas prouvé son efficacité..." Question strictement militaire, une fois encore ?

Le Figaro lui-même était inquiet. : "Pendant treize jours, on a pu croire que les Américains étaient, une fois de plus, en retard d’une guerre (...) Comme pour l’Irak et le Kosovo, le Pentagone n’avait rien trouvé de mieux que de bombarder, jour après jour (...)". Il est désormais rassuré : "Depuis hier, le monde est entré de plain-pied dans la première guerre du troisième millénaire". Puisque tout change avec "les opérations (...) conduites au sol par des commandos qui se donnent des objectifs précis". ("La Logique de Bush", par Pierre Rousselin, Le Figaro, 20 octobre, p. 17)

Une exception : Marianne (15 octobre). Sous la signature de Jean-François Kahn : "Notre erreur" (p.7) Quelle erreur ? Avoir cru que "l’approche des défis que le fanatisme a lancé à l’Ocdident était devenue plus fine, plus intelligente, plus adaptée à la véritable menace". A la "Une" : "La faute", et en pages intérieures (p.14-15), sous le même titre, une fois encore, Jean-François Kahn qui tente de distinguer la juste réaction et la mauvaise méthode.

(Première publication : 20-10- 2001)

- Dégâts politiques collatéraux ?

Dans Le Monde du 23 octobre (p. 7), un article plus qu’honorable de Mouna Naïm, intitulé : "Au Proche-Orient, la lutte contre le terrorisme sert d’alibi pour réprimer les oppositions ".

Le commencement de l’article en livre le sens : " Il n’est jamais trop tôt pour tirer la sonnette d’alarme contre les dérives qui, depuis les attentats anti-américains du 11 septembre, sont commises ou risquent de l’être au nom de la lutte qui s’engage au niveau mondial contre le terrorisme ".

Nul doute que l’éditorialiste anonyme du Monde nous expliquera bientôt que ces " dérives " sont la conséquence directe de la guerre menée par les USA.

(Première publication : 26-10-2001)

-  Le Monde soutient, s’interroge, s’insurge, se tait et conseille enfin !

Comme toujours, si les articles du Monde ne se résument pas à ses éditoriaux, ce sont ces éditoriaux qui résument l’orientation du Monde. Il fallait se douter que puisque "Nous sommes tous américains", la guerre des Etats-Unis méritait un ferme soutien, quitte à lui donner un titre qui, pour bénéficier du soutien du Monde, en limite les objectifs et les ambitions à ce que Le Monde croit soutenable. Soit "La guerre contre Al-Quaida".

Depuis, Le Monde, conformément à son habitude, multiplie les réserves et les mises en garde.

Ainsi, sous le titre "Bonne Alliance ?", l’éditorial du 20 octobre s’inquiète des conséquences de l’alliance des Etat-Unis avec la Chine et la Russie : "il ya fort à craindre que la nouvelle alliance ne soit que le dernier avatar d’un vieille pratique : la Realpolitik". Une Realpolitik qui menace de couvrir deux formes de "terrorisme d’Etat" - selon l’expression du Monde - contre les Tibétains et les Ouïgours d’une part, et contre les Tchétchènes d’autre part. Voilà qui "gêne" Le Monde : "D’où ce sentiment de gêne devant cette nouvelle alliance". Qui inspire au Monde le commentaire suivant, tout en prudence : "on aimerait se tromper. Mais elle semble l’expression d’un jeu brutal de grandces puissances. Elle paraît relever d’un Realpolitik à court terme qui ne considère que la raison (d’Etat) du plus fort pour nier les aspirations à l’autodétermination des plus petits (sans Etat)." (souligné par moi). Question angoissante : quel usage Le Monde entend-t-il faire de ses impressions ?

De même, sous le titre "Sauver les Afghanes", l’éditorial du 23 octobre souligne - à très juste titre - que la libération des Afghans du joug des talibans ne suffirait pas à libérer les femmes afghanes. De là cette vigoureuse mise en garde : "Pour que la campagne actuelle ne soit pas seulement une coalition cynique d’intérêts, il faudra rappeler aux futures autorités de ce pays détruit leur obligations envers "l’autre moitié du monde". Mais c’est déjà avouer que la camapgne actuelle est une coalition cynique. Question inquiétante : comment faire qu’elle ne le soit pas seulement, si elle ne doit cesser de l’être que plus tard ?

De même enfin, sous le titre "Le choix des armes", l’éditorial du Monde du 28-29 octobre condamne sans réserve l’utilisation des bombes à fragmentation : "c’est moralement odieux et extra-ordinairement contre-productif"... Et l’éditorial de se conclure par ce constat : " (...) trois semaines pès leur déclenchement, les opérations se soldent, pour l’heure, par un piètre bilan politico-militaire, et par un vrai drame humanitaire". "Piètre" n’est peut-être pas l’adjectif le mieux choisi. Mais quelle conséquence faut-il tirer de ce bilan ?

Or, depuis, Le Monde est en panne d’éditorial. Ce quotidien qui, lors de la guerre du Kosovo, multipliait les éditoriaux vengeurs et n’hésitaient pas à remplir les fonctions de conseiller en stratégie militaire et en communication politique ne parvient pas, depuis plusieurs jours, à donner son important avis sur la guerre en cours, au risque de désemparer, non seulement ses humbles lecteurs, mais surtout les " décideurs " qui viennent chercher de quoi penser et de quoi agir auprès de l’éditorialiste anonyme.

" Les Etats-Unis doutent, le Pakistan tremble ", titre à la " Une " Le Monde du mardi 30 octobre. Mais Le Monde ni ne doute ni ne tremble. Ou plutôt si : il tremble et doute...mais pour la Corse. "Doutes en Corse" : tel est le titre de l’éditorial du jour, qui, tout en réaffirmant son soutien au " processus de Matignon - car " ce choix du premier ministre est le bon " - déplore " l’erreur de M.Vaillant ". Ce dernier à concédé le le regroupement des détenus dans l’ïle. Mais, gronde Le Monde " encore fallait-il la négocier en échange d’un geste franc des nationalistes ". Il fallait, il faut, il faudra... A dire vrai, on n’attend guère que Le Monde nous dise ce qu’il " faut " faire ? Mais Bush, lui, attend peut-être...

Que se passe-t-il au Monde ? Notre inquiétude croît de jour en jour... Alors que "La conduite de la guerre alarme l’Europe " - c’est le titre de la "Une" du 31 octobre - Le Monde ne semble pas s’alarmer. Silence dans l’éditorial ... consacré - ce n’est pas une blague - aux "Silences... du PCF".

Vient enfin le jour où l’anonyme qui engage la rédaction du quotidien prodigue ses conseils. Dans l’éditorial du Monde daté du 3 novembre, on peut lire - sous le titre "Les deux fronts" - que Le Monde soutient l’intensification des bombardements, pour peu que les efforts diplomatiques s’intensifient aussi :

« La situation afghane et régionale est trop complexe pour qu’on néglige ainsi le front politique. La campagne militaire ne peut se poursuivre - particulièrement pendant le ramadan - qu’avec un accompagnement politique aussi intense que le sont les bombardements. Cela veut dire que la préparation de l’après-talibans, qui s’annonce comme un épouvantable casse-tête politico-ethnique, doit être accélérée. Que des formules de mandat onusien doivent dès maintenant être débattues, de même qu’un sauvetage humanitaire de grande ampleur. Que les conflits périphériques qui, du Cachemire au Proche-Orient, entretiennent un antiaméricanisme virulent dans le monde arabo-musulman, peuvent moins que jamais être négligés. »

L’éditorialiste affecte ainsi de poser des conditions à sa participation à la guerre en cours ...

A suivre ...

(Première publication : 1-11-2001).

- Serge July soutient la police internationale

Dans un moment d’égarement, Serge July, dans Libération (13/09, dernière page) avait risqué cette audacieuse affirmation : " La meilleure défense contre le terrorisme, ce n’est pas la guerre, c’est la justice ". Il s’est largement rattrapé depuis, si l’on en juge par ces extraits de ""chats", consultés sur le site de Libé.

1. "Le dialogue de Serge July avec les Libénautes" (lundi 22 octobre 2001)


« Jifle  : La ligne éditoriale de « Libération » est pro-américaine et surtout pro-intervention en Afghanistan. Comment pouvez-vous justifier cette ligne ?
Réponse : Libération est effectivement engagé non pas de manière pro-américaine, mais contre cette forme de fascisme qu’est l’ordre taliban, et la légion de Ben Laden. Les attentats du 11 septembre constituent une nouvelle phase de l’histoire moderne, sur de nombreux plans, mais elle impose une mobilisation pour mettre hors-jeu ces réseaux et ce régime. Cette police internationale est indispensable, et on voit difficilement comment ces opérations pourraient se dérouler sans la participation des Etats-Unis. C’est évidemment une histoire qui se déroule au bord du précipice. Notre vigilance est de tous les instants, pour que l’islam ne soit pas pris pour cible, pour que ce ne soit pas l’occasion de s’en prendre au monde arabe, mais il est difficile de ne pas reconnaître que, depuis le 11 septembre, nous sommes tous directement concernés. >>

2. "Le dialogue de Serge July avec les Libénautes" (lundi 29 octobre 2001)

« Béné : A-t-on une idée - même approximative - du nombre de victimes civiles en Afghanistan depuis le début des frappes américaines ?
Réponse : On connaît le chiffre taliban : 2.000. C’est un nombre considérable, mais dont on peut penser qu’il n’est pas exempt de propagande, de volonté de victimiser les talibans. Ceci étant, les Etats-Unis ont reconnu avoir fait un certain nombre d’erreurs dans les tirs et on peut penser que le nombre de victimes civiles est de toute façon important. De toutes les manières, il est évidemment déjà trop important. Il n’y a pas de guerre absolument propre, contrairement à la vision clinique que certains en ont. La stratégie américaine pour abattre Ben Laden, et venir à bout d’une partie de son réseau et de la menace qu’ils constituent, connaît des difficultés, mais on ne voit pas quelle autre stratégie il aurait fallut opposer pour éradiquer le terrorisme du réseau Ben Laden, et pour renverser le régime des talibans.

(Première publication : 5-11-2001)

- Malaise au Figaro

Le Figaro, 5 novembre 2001 (p. 16). Editorial de Renaud Girard : "La cause et la méthode".
"Instinctivement, on ressent comme un malaise devant la forme qu’a prise l’intervention américaine en Afghanistan".

Malaise de pure forme, évidement, puisque non seulement la guerre est légitime, mais : "L’actuelle politique afghane de Washington est, de surcroît, dépourvue de la moindre arrière-pensée régionale, quoi qu’en disent les maniaques du complot".

Pas la moindre arrière-pensée régionale...
D’où vient alors le malaise ? De l’inefficacité des bombardements...

Et, notre éditorialiste de s’interroger :
"N’aurait-il pas été plus efficace de recueillir d’abord le maximum de renseignements, de lancer ensuite des tribus patchounes à l’assaut de la légion arabe de Ben Laden, et, seulement, dans un troisième temps, d’effectuer les bombardements tactiques et les missions héliportées nécessités par l’appui au sol de leurs alliés locaux".

Ah, l’heureux conseiller militaire qui lance des tribus patchounes à l’assaut...

Et de suggérer une erreur sur l’ennemi :
"Aujourd’hui, l’Amérique se retrouve enlisée dans une guerre générale, livrée à un régime certes médiéval mais qui n’a jamais préconisé sa révolution islamique"

Avant de conclure :
"Bush, dira-t-on, devait donner des gages à son opinion publique. Mais la diplomatie régionale et le contre-terrorisme sont des matières trop sérieuses pour être soumises aux seules contraintes de la politique spectacle".

(Première publication : 6-11-2001)

Malheureux Figaro qui, pourtant, chantera « Victoire »...

 

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