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Quand Sarkozy parle, l’AFP claque des talons

Le jeudi 12 janvier 2006, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy présentait ses voeux à la presse. L’occasion pour le service politique de l’Agence France-Presse (AFP) de dérouler un épais fil rouge au ministre d’Etat. Prémices d’une normalisation annoncée ?

Grossiste de l’information, l’Agence France-Presse occupe au sein du système médiatique français une place centrale. Financée dans une large mesure par l’Etat, l’AFP est de fait soumise à certaines « exigences » de la puissance publique. Et à un an et demi des échéances électorales de 2007, elle devient, plus que jamais, un enjeu stratégique.

Des changements politiques ?

Ainsi, l’été dernier avait vu l’éviction de Pierre Favier, chef du service politique de l’Agence [1] ». Journaliste respecté, M. Favier avait pourtant la mitterrandophilie un peu trop prononcée pour la direction de l’époque. Pas de quoi mettre l’AFP sous la coupe des bolcheviques mais suffisamment à gauche, toutefois, pour se voir écarté d’un service dont l’importance stratégique est évidente.

Quelques mois plus tard, en novembre 2005, le PDG de l’Agence, Bertrand Eveno, démissionna [2]. Son successeur, Pierre Louette affiche un profil consensuel et résolument « djeune » (cinéphilie, look à la Barthez et goût pour le rock FM...). Surtout, on le dit proche de Nicolas Sarkozy (après avoir travaillé auprès d’Edouard Balladur, alors Premier ministre), ce qui n’a pas manqué d’inquiéter un certain nombre de salariés, légitimement inquiets d’une possible « reprise en mains ».

Jeudi 12 janvier, la présentation des vœux du ministre de l’Intérieur à la presse aura fourni une première idée des changements à l’œuvre.

Une couverture excessive ?

Dans un premier temps, le discours-fleuve de M. Sarkozy a ainsi donné lieu à cinq « urgents » [3] (sur Chirac, les réformes institutionnelles, l’immigration, la délinquance, un futur déplacement outre-mer). Et la suite de la couverture allait s’inscrire dans la même veine inflationniste.

Peu après la fin des vœux, les prévisions pour cet « événement » tombent : pas moins de 13 papiers sont annoncés dans l’après-midi. De l’encadré sur les chiffres de la délinquance au papier d’angle sur la lutte contre le terrorisme en passant par l’immigration et les propositions sur l’Europe, le « politique » a du pain sur la planche... Au total, c’est pas moins de 17 papiers qui vont être envoyés aux clients de l’Agence. Un peu trop ? La question mérite d’être posée. Et si la campagne n’a pas officiellement débuté, M. Sarkozy, en voulant imprimer son propre tempo au débat politique, semble avoir trouvé avec l’Agence France-Presse un puissant relais. La mission de l’AFP est-elle de servir de caisse de résonance aux idées du ministre de l’Intérieur ? Pas vraiment si l’on en croit la loi du 10 janvier 1957, portant statut de l’Agence France-Presse et qui souligne qu’elle « ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d’un groupement idéologique, politique ou économique »...

Pourtant, on peut craindre qu’après l’appareil de l’UMP, son trésor de guerre et ses militants, Nicolas Sarkozy se soit offert la plus grosse boîte de comm’ du pays. En 2002, TF1 (entre autres...) avait fait le jeu de la droite en bétonnant sur la question sécuritaire. A un et demi de la présidentielle, la direction de l’AFP aurait-elle choisi son camp ?

Joseph Labat

 

Notes

[2Et se précipita chez Lagardère. Lire : « Le PDG de l’AFP passe chez Hachette : Ethique et concurrence ».

[3Texte court, censé signaler l’importance d’une information, il « a une fonction d’alerte et de mise en valeur » et « attire [l’] attention sur une information qui doit être connue rapidement » (Manuel de l’agencier, p. 24).

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