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Marianne et les "bien-pensants"

Dans "Ce que Marianne en pense", Jean-François Kahn dĂ©crit les dĂ©buts de l’hebdo Marianne, confrontĂ© Ă  des difficultĂ©s que « JFK », convaincu d’ĂŞtre un « dissident », attribue Ă  une censure des « bien-pensants ».

Jean-François Kahn vient de publier "Ce que Marianne en pense" (ed. Mille et une nuits, 6 euros). Le premier chapitre fait revivre les debuts de l’hebdo "Marianne" et dĂ©crit les difficultĂ©s qu’il a rencontrĂ©es pour survivre, des difficultĂ©s que "JFK", convaincu d’ĂŞtre un "dissident", attribue Ă  une censure des "bien-pensants".

Extraits.

" La conformitĂ© de la parole mĂ©diatique avait atteint un tel niveau que meme le journal que nous avions crĂ©e douze ans plus tot, "L’EvĂ©nement du Jeudi", au prix d’indescriptibles franchissements d’obstacles, afin d’entrouvrir au moins la trappe d’une diffĂ©rence, avait fini a son tour par vĂ©hiculer ce discours dominant. AcceptĂ©, sinon assumĂ©, par une grande partie de la rĂ©daction reconquise de l’intĂ©rieur, ce retournement nous envoyait comme un signe. "

" La rĂ©affirmation, en juillet 1996, de quelques-unes des convictions qui allaient sous-tendre notre initiative, m’avait valu d’etre expulsĂ© d’un coup d’un seul des trois organes qui avaient bien voulu m’accepter en tant que vacataire : Europe 1, France 2 et "L’Evenement du jeudi" ; ce qui prouve que nul n’est prophète dans son ancien pays. "

" Non seulement les banques [...] nous refusèrent tout crĂ©dit, mais [...] elles rechignèrent mĂŞme a nous ouvrir un compte ! Celles-la mĂŞmes qui ne refusèrent jamais rien a Robert Hersant, qui financèrent sans trouble de conscience l’etranglement du pluralisme de l’information, qui engouffrèrent des milliards dans Vivendi Universal et France Telecom, poussèrent aux concentrations destructrices d’emplois, precipitèrent des millions de petits Ă©pargnants dans le chaudron du krach boursier, defaillaient a l’idĂ©e d’avancer, fut-ce de quoi acquĂ©rir une gomme et un crayon, a un organe de presse assez subversif Ă  leurs yeux pour se reclamer des "valeurs rĂ©publicaines". "

" Pour faire un journal, il faut non seulement l’argent qui nous manquait, mais aussi du papier et une imprimerie. Le principal marchand de papier auquel nous nous adressames d’abord nous fit savoir que, faute de Rotschild, de la Generale des Eaux, d’Hachette, de la Societe generale ou de LVMH figurant dans notre capital, il ne saurait nous signer le moindre contrat. [...] Quant a l’imprimerie avec laquelle nous contractames, et qui s’appelait Maury, elle nous fit savoir, quasi insolemment, juste avant notre sortie, sous la pression d’un concurrent, qu’elle refusait de nous imprimer. "

"Lorsque "Le Monde" tenta, sans succes, de racheter "L’Express" pour 500 millions de francs, nous proposames a son directeur Jean-Marie Colombani, contre le seul engagement de respecter notre radicale specificitĂ©, de devenir l’actionnaire de rĂ©fĂ©rence de "Marianne" (et d’en nommer le patron) pour moins d’une bouchĂ©e de pain (alors que notre diffusion s’etablissait deja a 200 000 exemplaires). Nous n’eumes meme pas droit a une rĂ©ponse tant, sans doute, nous paraissions infrĂ©quentables. Aujourd’hui le journal vaut vingt fois plus que ce qu’il aurait a l’epoque coutĂ©. "

[Pour ce qui est de la publicite] " il nous fallait dix pages hebdomadaires en moyenne, six ou sept fois moins que les newsmagazines traditionnels. C’etait si peu que nous n’attendions aucune mauvaise surprise de ce cĂ´tĂ©-lĂ . Nous avions tort. Ce fut la Berezina [...] Il nous fallut beaucoup de temps, et la lecture d’un volumineux rapport circonstanciĂ©, etabli par Publicis, avant d’admettre que le milieu publicitaire, très chauve-souris puisque ses ailes sont neo-soixante-huitardes et son poil capitalisto-madelinesque, nous reprochait tout simplement de "mal" penser. "

" L’importante "revue de presse" de France Inter etait echue a une personne dont nous avions ardemment, et seuls, pris la dĂ©fense a une Ă©poque oĂą le sort ne lui souriait pas. Son caractère assez trempĂ© la rendait intĂ©ressante, bien que l’opinion tres flatteuse qu’elle avait d’elle-mĂŞme eut exigĂ© moins de soumission zĂ©lĂ©e Ă  toutes les inanitĂ©s de l’orthodoxie dominante. Or cette personne decreta, et s’en vanta, que "Marianne" etait trop exterieur a la seule ligne (celle du "politburo") jugĂ©e par elle acceptable, pour qu’elle consentit a en faire la moindre recension [...] Pratiquement aucun confrère ne s’offusqua de cette conception quelque peu stalinienne du debat d’idĂ©es. "

" Lorsque nous organisames, a Nice, en juin 2002, une rĂ©union de 700 personnes sur le theme de "La defense de la RĂ©publique", qui fut attaquĂ©e par des commandos de perturbateurs d’extrĂŞme droite (mobilisĂ©s par cette mĂŞme organisation qui fut dissoute apres la tentative d’assassinat contre le prĂ©sident de la RĂ©publique), nous fumes stupefaits qu’a l’exception du "Point" et de quelques lignes discrètes dans "Le Monde", aucun porte-voix de "l’antifascisme" ordinaire n’y donnat le moindre echo [...] Plus stupide encore : le soir du 1er mai 2002, nous organisames une grande rĂ©union publique au Bataclan, a Paris, qui rassembla deux mille personnes. [Bayrou, Strauss-Kahn, Raffarin, Finkielkraut, Levy, Mamere, BensaĂŻd et d’autres] s’interrogèrent sur les raisons du "sĂ©isme" du 21 avril. Pas une ligne dans "LibĂ©ration"... "

" Sous la pression de la nĂ©cessitĂ©, nous avons osĂ©. Quoi ? Par exemple, sortir du système NMPP de diffusion et de distribution de la presse pour adhĂ©rer a un autre circuit de messagerie decentralisĂ©, ce qui nous permit de degager 5 millions de francs par an ; quitter l’OJD (ce pseudo-organisme de contrĂ´le Ă  destination des publicitaires) grâce a quoi nous pumes Ă©chapper a toutes ces procĂ©dures coĂ»teuses qui visent a gonfler les chiffres de diffusion. Encore 3 millions de gagnĂ©s ! [...] Des deux pools creĂ©s par les principaux "supports" publicitaires (comme on dĂ©signe bizarrement les journaux de grande diffusion) nous fumes, dans un premier temps, le seul news a ĂŞtre exclu, sous la pression des jĂ©suites de "Telerama". "

" En janvier 200, nous consacrames une enquĂŞte tres precise a un scandale de dĂ©tournement au dĂ©triment des fonds de retraite. Aucune reprise. Trois jours plus tard, "Le Monde" sortit - annoncĂ©es par une manchette a la une - très exactement les mĂŞmes informations, sans faire la moindre allusion a notre propre dossier. Il fera ensuite amende honorable. Mais, tous les mĂ©dias, sans exception, se firent largement l’Ă©cho de son scoop, apres avoir volontairement snobĂ© le nĂ´tre. "

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