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Lu, vu, entendu : « Les sommets de l’imp(r)udence »

C’est un comble ? Non, car il y a en a plusieurs.

1. Le comble du copinage

Sur Mediapart, le site d’Edwy Plenel, Jean-Michel Helvig salue Jacques Julliard (5 avril 2008) dans un article flagorneur à souhait (« Un Prix politique qui tombe à pic ») après que le chroniqueur du Nouvel Observateur a reçu le prix du livre politique des mains de Régis Debray, président du jury dont Helvig était membre. Le monde est petit….

… Très petit. Le 15 avril 2008, sur France Inter, dans le 7-10 animé par Nicolas Demorand, Edwy Plenel et Géraldine Mulhmann étaient les invités de Colombe Schneck pour un livre de Robert Park qu’ils ont préfacé. Un livre édité par Nicolas Demorand, directeur de collection… Le 22 avril, c’est Jean-Christophe Lagarde qui est l’invité du 7-10 pour un livre d’entretien avec Jean-François Achili, journaliste à… France Inter.

France Inter : service public ou service de presse ?

2. Le comble de la critique

Une certaine critique des médias est à la mode : celle qui s’en prend, souvent sans rimes ni raisons, à Internet, par exemple. Dans son émission Répliques sur France Culture, le 9 février 2008, avec son outrance habituelle, Alain Finkielkraut se déchaîne ainsi contre le Web qui serait, selon lui, « le rendez-vous mondial des passions basses, que la haine s’y donne libre cours. Sur Internet, on se lache. Et le spectacle de ce débridement est effrayant. » Avec une légèreté comparable, dans son éditorial de Charlie Hebdo du 13 février 2008, Philippe Val s’emporte contre Internet qui serait « le paradis des schizophrènes, des combinards, des grugeurs, des voleurs, des pilleurs, des menteurs, des maquereaux, des pirates, des saboteurs. La culture majoritaire de la Toile, c’est celle de la transgression et de l’appropriation illicite. […] La preuve ? Le trader de la Société générale est déjà un héros. »

Rien de tel sur les autres supports et dans les autres médias. La preuve…

3. Le comble de la déontologie

Jean-Pierre Elkabbach, grand manitou d’Europe 1, annonce dans La Croix (11 avril 2008), qu’il crée un comité d’éthique à Europe 1. Une blague ? Non, il semble sérieux. Et il définit ses cibles : « Les nouvelles technologies posent des problèmes inédits à notre métier. Si elles permettent d’élargir l’offre à la planète et de favoriser comme jamais l’accès à l’information pour tous, elles s’accompagnent par ailleurs d’une suspicion : quelle est la part du vrai et du faux, de l’annonce et du ragot, du savoir et de l’opinion. » Et d’enfoncer le clou : « La tentation est grande pour des sites de taper fort afin de se faire entendre, quitte à ne pas vérifier ou à ne pas donner la parole aux personnes qu’ils attaquent. »

Payant de sa personne, Jean-Pierre Elkabbach s’est employé aussitôt à administrer la preuve de l’existence de cette tentation… qui ne date pas d’Internet et s’en passe fort bien.

C’est à Elkabbach soi-même en effet que l’on doit l’annonce, par erreur (dès l’ouverture du journal de 19h00 sur Europe 1 le 21 avril) de la mort Pascal Sevran, l’animateur de « La Chance aux chansons ». Un journaliste d’Europe 1, membre du SNJ, explique sur le site lepost.fr que Jean-Pierre Elkabbach aurait donné lui-même l’ordre d’annoncer cette nouvelle. « La rumeur a commencé à monter un peu après 18h, explique le journaliste (…) A 18h56, on se demandait encore ce qu’il fallait faire lorsque le patron [Jean-Pierre Elkabbach] nous a dit : "C’est confirmé, allez-y à fond". » Le même journaliste précise Puis il prolonge : « Le patron nous a dit : "J’assume personnellement une erreur collective".(…) Nous sommes offusqués qu’il ait utilisé ce mot "collective". C’est lui qui nous a donné l’ordre. » Elkabbach a rectifié depuis : il assume presque personnellement.

Traduction : « La tentation est grande pour des Elkabbach de taper fort afin de se faire entendre, quitte à ne pas vérifier »

Où l’on peut vérifier que la déontologie ne pèse pas lourd face aux dures lois de la concurrence. Laquelle n’interdit pas une confraternelle bienséance au cas où… À de rares exceptions près (Libération, L’Humanité), les médias qui s’abritent derrière le parapluie troué de la déontologie ont relevé la faute professionnelle avec beaucoup de discrétion [1] . Internet s’est avéré beaucoup moins déontologique !

4. Le comble de l’amnésie

Sur France Inter, 15 avril 2008, Edwy Plenel se remémore ses combats passés : « Nous avons la presse dont tous les acteurs économiques - y compris ceux, c’est la dernière bataille que j’ai perdue, qui sont rentrés au Monde, c’est-à-dire le groupe Lagardère - qui ont tous des intérêts qui n’ont rien à voir avec les médias : l’armement, l’industrie, le luxe, l’aviation, c’est stupéfiant ! [...] Rebondir sur des vraies logiques qui sont des logiques d’indépendance, d’autonomie et qui refusent l’entrée de ce cheval de Troie financier normalisateur. »

Pourtant, en 2006, lors du départ d’Edwy Plenel du Monde, Lagardère était déjà dans le capital du quotidien vespéral... depuis plusieurs années. Pourtant, en 2001, Edwy Plenel, comme ses comparses,Colombani et Minc, militait pour l’introduction du Monde en bourse. Libération (23 octobre 2001) rapportait qu’« en l’absence de Jean-Marie Colombani, le directeur de la rédaction du quotidien, Edwy Plenel est intervenu à plusieurs reprises pour plaider la cause de l’introduction en Bourse, qui devrait apporter 100 millions d’euros au quotidien, dont la dette s’élève à 50 millions d’euros. » [2]

5. Le comble de la rêverie

Journaliste à Charlie Hebdo, pipelette dans « On refait le monde » sur RTL, arapède de I-télé, chroniqueuse sur Canal +, Anne-Sophie Mercier voyage de média en média pour enfoncer des portes ouvertes et donner son avis sur tous les sujets. Ce jour-là (15 avril 2008), sur Canal +, elle était en charge de commenter la victoire de Silvio Berlusconi aux législatives italiennes.

Après avoir regretté à demi-mot le nouveau sacre de Berlusconi, elle s’émerveille : « Il y a quand même trois bonnes nouvelles à cette élection (…) essayons de positiver. » Première bonne nouvelle ? Le « réalisme » de Berlusconi : « Semble-t-il, Berlusconi a renoncé à sa rhétorique, à ses promesses mirobolantes. Il n’est plus l’homme du miracle italien. (…) Il est tenu à un minimum de maturité politique. » Deuxième bonne nouvelle ? La victoire du bipartisme, assortie – bien sûr – du renvoi dos à dos de l’extrême droite et de l’extrême gauche : « Il y a aussi la sortie pure et simple des extrêmes des parlements italiens. L’extrême droite et l’extrême gauche qui n’ont pas eu assez de suffrages à la chambre des représentants et au sénat, même si la Ligue du Nord est présente dans la mouvance de Berlusconi. Il y a une installation d’un certain bipartisme en Italie, ça veut dire de la stabilité. »

Jusque là, pas de quoi s’étonner : c’est la vulgate habituelle des commentateurs avisés. De tous ceux qui entonnent « le chant des bipartisans », à l’instar de Jean-Marie Colombani qui, en choriste, reprend le refrain dans Challenges du 17 avril : « « La vie politique italienne y a sans doute gagné : le bipartisme qui s’installe, dans un pays souvent victime de ses coalitions hétéroclites et éphémères (lesquelles ont, souvent, affaibli la gauche, Romano Prodi ayant été victime du plus petit parti de sa majorité), est un gage de stabilité pouvant permettre une politique suivie de modernisation. Berlusconi, en tout cas, est désormais seul maître à bord, flanqué - hélas - d’Umberto Bossi, qui a doublé (avec 8%) les voix de la Ligue du Nord. » »

Mais revenons à Anne-Sophie Mercier. Et écoutons, la troisième « bonne nouvelle », accompagnée d’une effarante maladresse que personne n’a été relevée ou corrigée le plateau : « Depuis Mussolini, on n’avait pas un chef d’Etat... enfin, un Président du Conseil, qui avait cinq ans devant lui pour travailler. Rêvons un peu, peut-être que l’Italie peut se remettre sur de bons rails. ». Anne-Sophie Mercier rêve-t-elle d’un nouveau Mussolini ? Sans doute pas… Mais peut-être parce qu’ils ne l’écoutaient même pas, les autres intervenants (Noël Mamère, Ariel Wiseman,…), ne sont pas intervenus.

6. Le comble de l’information

Samuel Gontier, dans Télérama souligne comment des informations d’une très précise imprécision font illusion, alors que l’essentiel est passé sous silence [3].

« 18 février, 6 heures du matin. Un bon millier de policiers et quelques dizaines de journalistes investissent Villiers-le-Bel pour arrêter les auteurs présumés des violences de novembre dernier. Aussitôt, Ségolène Royal et François Bayrou dénoncent un coup médiatique. Tous les JT de TF1 et France 2 (sauf celui de Jean-Pierre Pernaut) relaient leur colère et s’interrogent sur le bien-fondé de leur propre mobilisation. Redoutant de se faire manipuler, les télévisions prennent des précautions en faisant de la couverture médiatique un des angles de leurs reportages. Mais elles sont moins sourcilleuses sur le bilan des affrontements de l’automne “Une soixantaine de policiers blessés”, annonce Jean-Pierre Pernaut ; “120 blessés parmi les forces de l’ordre”, renchérit PPDA en ouverture d’un sujet qui fait état de “90 policiers atteints”  ; “75 fonctionnaires visés par des armes à plomb et à grenaille”  », estime le 13 heures de France 2, ce qui devient « 75 policiers blessés par des armes à feu » au 20 heures. Plus grave, aucune chaîne ne s’interroge sur la nécessité ou l’efficacité du déploiement matutinal - “personne ne conteste l’opportunité de cette opération”, tranche David Pujadas [4]. Rien ne vient mettre en doute la légitimité d’une nouvelle méthode d’enquête, les dénonciations anonymes rémunérées - seules sont relayées les déclarations des autorités se félicitant de leur rendement. Et, à ce jour, aucun JT n’a cherché à savoir où en est l’enquête sur la mort des deux jeunes qui a provoqué l’embrasement de cet automne. En voulant se prémunir de tout emballement incontrôlé, les télés ont simplement oublié de traiter le sujet. »

Bien vu, bien dit.

7. Le comble de la vertu

Albert du Roy, auteur de La mort de l’information (2007), invité de Je vous réveille, Le cinq sept, France Inter (le 13 novembre à 6h20), a découvert un remède miracle à la dépendance des journalistes et aux formes de connivences inscrites dans les relations et les proximités sociales : la vertu.

- La journaliste : - « Comment fait-on pour rester indépendant quand on est journaliste ? Vous parlez aussi de connexions qui sont parfois évidentes et qui sont... »
- Albert du Roy : - « De connivences, oui.
- La journaliste : - « ...et de connivences qui sont parfois plus subtiles, aussi. »
- Albert du Roy : - « Je crois que c’est d’abord une question de courage et de volonté. Je crois que c’est une question d’ascèse, aussi. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas, quand on est journaliste et, surtout, quand on occupe des fonctions de responsabilité, il ne s’agit pas de vouloir devenir une vedette et de peser sur la vie politique (ou la vie économique si on est journaliste économique). Il s’agit de rester à sa place qui est une place d’observateur critique et de ne pas vouloir goûter du pouvoir. »

En guise de remède à la dépendance des journalistes et aux connivences, qui n’ont très généralement pas besoin d’être concertées, puisqu’ elles sont inscrites dans les relations et les proximités sociales : la vertu.

8. Le comble de la complexité

Emission « Revu et corrigé », présentée pare Paul Amar , France 5, samedi 10/11/2007.

- Question du public (Mélanie du CFJ) : « J’aurais aimé savoir comment vous gérez vos relations avec vos sources politiques, quel degré de proximité vous entretenez avec elles pour avoir le plus d’infos possibles et ne pas tomber dans la connivence. » [...]
- Guy Konopnicki, Journaliste à Marianne : - « Belle question et vaste problème parce que, vous verrez, avec les années, qu’on connaît de plus en plus d’hommes politiques – y en a qu’on connaît depuis nos études, ainsi de suite – et qu’effectivement la connivence peut être un très grave problème. Et que la manière... Bien évidemment, on noue des amitiés. Et, en plus, en général, pas toutes du même bord. Enfin bon... Et on se nourrit d’informations. Mais y a toujours un risque et y a toujours la nécessité de se préserver et de vérifier les informations de ceux qui sont soi-disant les plus proches. »
- Jean-Marc Morandini : - « Mais, c’est juste, vrai dans tous les domaines. C’est vrai qu’on parle toujours de la politique, mais c’est vrai dans le domaine économique également [incompréhensible]. Et puis dans des domaines plus légers que sont les domaines littéraires, la télé, c’est pareil. Quand on est pote avec quelqu’un, est-ce qu’on va casser du sucre sur lui et sur son émission ? C’est vrai dans tous les domaines. C’est une vraie question pour tous les journalistes. »
- Robert Ménard : - « C’est la vie qui est comme ça aussi. Quand tu connais quelqu’un, évidemment, t’es moins dur avec lui que quand tu ne le fréquentes pas... »

Résumons. La question du journalisme de fréquentation est complexe, mais la réponse sans frontières est simple : « C’est la vie ».

9. Le comble de l’indépendance

Quand ce sont les journalistes eux mêmes qui témoignent franchement des pressions, ouvertes ou insidieuses, exercées par les propriétaires et les publicitaires, on mesure à quel point leur indépendance est fragile.

On a entendu ça dans l’émission déjà citée : « Revu et corrigé », sur France 5, le samedi 10 novembre 2007.

- Libie Cousteau (société des journalistes des Echos) : - « C’est justement ça qui nous pose problème. C’est-à-dire que le nombre de marques et le nombre d’entreprises qu’il [Bernard Arnault] possède ne nous permettrait pas, demain, d’exercer notre métier en professionnels, en toute liberté et avec une quiétude, une sérénité qui se doit à tout journaliste qui se respecte. Voilà. Y a un conflit d’intérêt majeur. »

- Daniel Vigneron (chef du service international de La Tribune) : « Tous les articles consacrés à LVMH, consacrés aux filiales de LVMH et, plus généralement, à toute la sphère du luxe ont été des papiers étroitement contrôlés, très souvent censurés, notamment au niveau des titres. »

- Ghislaine Ottenheimer (Journaliste au magazine économique Challenges)  : - « Moi, je voudrais prendre l’exemple qu’on a connu du temps de L’Express. Quand y a eu la crise de Vivendi – Dieu sait si c’était une grave crise –, eh bien je vous assure que le journaliste de L’Express qui enquêtait sur Vivendi, il est dans une situation impossible. C’est très difficile, quand vous êtes un salarié de Vivendi, d’aller poser des questions. Et, même, quand vous les écrivez, les gens rigolent : vous n’êtes pas crédible. Je veux dire qu’on est dans une situation, en France, qui est extrêmement difficile. »

Un quart d’heure plus tard, à l’occasion d’un nouvel échange, la même précise :

- Ghislaine Ottenheimer : - « Il faut savoir que, dans une rédaction, un directeur d’une rédaction n’aime pas avoir des emmerdeurs. Il n’aime pas avoir des emmerdements. Donc, si vous publiez des articles un peu sévères... Moi, je me souviens, il y a très très longtemps, avoir écrit un article un peu sévère sur Bernard Arnault et, bon... ben, le directeur a tout de suite appelé... "La pub", le ceci... Bon. Donc, voilà. Vous pouvez sortir quelques billes, quelques décharges mais, au bout d’un moment, vous allez passer pour l’enquiquineur de service qui va vous faire perdre des budgets [?]. Donc la liberté s’arrête là. La liberté s’arrête là ! »

L’échange qui suit entre Paul Amar et François Malye, Journaliste au Point et président du Forum permanent des sociétés de journalistes, complète le tableau… toujours inachevé.

- Paul Amar : - « On reste sur ce qui intéresse les lecteurs : c’est votre liberté par rapport au groupe industriel. Vous êtes libre ? Vous vous sentez libre ? Vous écrivez librement ? »
- François Malye : - « Ah ben, on n’écrira pas, par exemple, au Point, sur monsieur Arnault. C’est une règle, par exemple. »
- Paul Amar : - « Ah ! »
- François Malye : - « C’est une règle parce que ça a été une règle entre eux, à travers leurs médias respectifs, par exemple entre La Tribune et Le Point. Donc il y a eu guerre quand il y avait des rachats de truc... nous, qui nous passent au-dessus de la tête de façon euh... Donc, oui, y a des interdictions, clairement. Mais c’est pas propre au Point. C’est... Dans toutes les rédactions aujourd’hui, il y a des interdictions, qu’elles soient politiques, qu’elles soient envers le patron. Mais c’est pas les pires : c’est envers la publicité. C’est envers la publicité parce que, bien évidemment, les journaux, comme ils ont moins de lecteurs sont dépendants de la publicité et, là, la pression, elle est même indéchiffrable. On vous dit : "Tel papier, ce serait bien." Puis, trois mois après, on voit une page de pub. Ou l’inverse. Donc, même les journalistes au sein des rédactions ne voient pas une grande partie des manipulations. Ils ne les voient même pas. Elles sont devenues quasiment indéchiffrables. […] »

Quelques minutes plus tard…

- François Malye : - « Alors, y a la stratégie de l’évitement, quand vous êtes dans une rédaction. C’est-à-dire faire les sujets qui ne fâchent pas, les sujets dont vous savez pertinemment qu’en arrivant dans le bureau du directeur de la rédaction, les missiles vont pleuvoir parce qu’on va vous dire "Mais pas ça !" A cause de la pub, encore une fois, parce que y a un gros annonceur... »

Où l’on voit que certains témoignages de journalistes sont irremplaçables.

10. Le comble de la lucidité

Robert Ménard, on le sait, ne déteste rien et est lucide en tout. Le secrétaire général de Reporters sans frontières, toujours sur le plateau de « Revu et corrigé » (France 5), le 10 novembre 2007, célèbre ainsi la liberté de la presse et… la qualité de l’information :« La presse, elle a jamais été aussi libre. On n’a jamais eu une information d’aussi bonne qualité aujourd’hui par rapport à y a trente ans. Non non, mais enfin... Il faut arrêter les bêtises [?]. Quand j’ai commencé à faire du journalisme, y avait du monopole partout, la moitié de l’audiovisuel appartenait à l’État... » A Ghislaine Ottenheimer, journaliste à Challenges, qui lui rétorque « Oui m’enfin la presse écrite n’était pas de plus mauvaise qualité. », Robert Ménard réplique : « Non, mais la totalité... Aujourd’hui, y a pas une information qui ne trouve pas un support pour être diffusée. C’est pas vrai ! »

Aujourd’hui, l’emprise directe de l’Etat ayant (presque) à disparu, tout va (presque) bien. Pourtant quelques (petits) problèmes demeurent, admet Robert Ménard quelques temps après : « Les grands groupes français, c’est des groupes, un, qui appartiennent à des gens qui ont besoin de l’État, souvent, pour travailler. Je veux dire : dans le bâtiment, dans les travaux publics, dans l’armement, vous avez besoin de l’État. Alors, évidemment, y a une question qui se pose (même si c’est pas aussi mécanique que ça) : quand des gens ont à ce point besoin de l’État, est-ce qu’ils sont indépendants de l’État ? (…) Ça, c’est la première spécificité. Ça n’existe pas dans d’autres pays. » Ce qui pose problème donc ce n’est pas lé dépendance de l’information à l’égard de groupes financiers : c’est la dépendance de ces groupes à l’égard de l’Etat. D’ailleurs, poursuit l’extra-lucide : « La deuxième spécificité : en France, la presse est pauvre et elle est dépendante du pouvoir politique comme elle ne l’est nulle part ailleurs. » Supprimer l’aide publique à la presse rendrait la presse plus indépendante ? « Et, troisième point (…). C’est qu’y a en France une spécificité qui affaiblit tous les journaux qui s’appelle le monopole syndical. En France, y a un syndicat qui s’appelle la CGT du livre qui contrôle toute l’impression, qui contrôle la diffusion et qui a un monopole d’embauche. Ça n’existe nulle par ailleurs. Résultat des courses : la presse est plus chère que dans n’importe quel pays et elle est plus affaiblie. »

Résumons : livrons la presse à des groupes privés indépendants de l’Etat, supprimons l’aide publique à la presse et débarrassons-nous du syndicat du livre, et tout ira encore plus mieux, puisque tout va déjà si bien [5]


Avec la documentation réunie par Anna.

 

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Notes

[1Ainsi que l’a souligné Daniel Schneidermann dans la chronique de Libération du 28 avril 2008, intitulée « Elkabbach et la confraternité ».

[2Voir notamment le dossier d’Acrimed sur l’entrée du Monde en bourse.

[3Samuel Gontier, « Quand les JT font écran », Télérama, 27 février 2008.

[4« Le lendemain, il se dédit : “Hier, beaucoup s’interrogeaient sur l’efficacité du dispositif” », note de Télérama.

[5Comme l’enseigne Médias, la revue officieusement officielle de Reporters sans frontières. Lire ici même : « Sacro-saint libéralisme : la revue Médias se prosterne.

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