Permanents, pigistes, auto-entrepreneurs... l’Ă©volution du statut des journalistes
D’emblĂ©e, le constat porte sur la prĂ©carisation du statut des journalistes :
C’est seulement une courte majoritĂ© (56%) des personnes ayant rĂ©pondu au sondage qui se dĂ©clare travailler comme permanents. Entre 2013 et 2018, la part des personnes salariĂ©es permanentes a ainsi diminuĂ© de six points au profit d’autres situations, notamment celle des pigistes qui est en forte hausse par rapport Ă 2013 pour s’Ă©tablir Ă 42%. Parmi les moins de 35 ans, les pigistes (51%) sont devenus plus nombreux que les permanents (49%). L’auto-entreprenariat, l’intermittence, le paiement en droits d’auteur ont pris en importance et tĂ©moignent de la difficultĂ© croissante pour les journalistes de se faire rĂ©munĂ©rer en salaires.
Les permanents sont « de moins en moins nombreux », et les pigistes, confrontĂ©s au non-respect du Code du travail (anciennetĂ©, congĂ©s payĂ©s, indemnitĂ©s de licenciement etc.), doivent souvent se battre pour (essayer de) faire reconnaĂ®tre leurs droits. De plus, ils sont soumis Ă des calendriers très contraignants : alors qu’on exige d’eux une extrĂŞme disponibilitĂ©, ils sont en mĂŞme temps tributaires des stratĂ©gies des rĂ©dactions qui mettent en place des quotas de piges, diminuent leur rĂ©munĂ©ration, et s’appliquent Ă ne pas rĂ©pondre Ă leurs requĂŞtes .
La presse quotidienne rĂ©gionale et l’audiovisuel (en particulier Radio France et France TĂ©lĂ©visions) sont aussi de fervents utilisateurs des CDD, notamment le CDD d’usage, qui « peut ĂŞtre reconduit sans limitation, ne comporte pas forcĂ©ment une date de fin (…) et ne donne pas droit Ă des indemnitĂ©s de prĂ©caritĂ©. (…) C’est d’une grande souplesse pour l’employeur et d’une grande prĂ©caritĂ© pour la ou le salariĂ©, qui peut enchaĂ®ner des annĂ©es de contrats de grille pour une mĂŞme Ă©mission ».
Mais le statut qui monte en puissance est celui de l’auto-entrepreneuriat, au grand mĂ©pris de la loi... et des droits des journalistes.
Le statut s’est particulièrement dĂ©veloppĂ© dans des media Ă©mergents non couverts par des conventions collectives et notamment dans le web, mais il a largement dĂ©passĂ© ce cadre aujourd’hui, et de nombreuses revues et journaux mais aussi sociĂ©tĂ©s de production audiovisuelle tentent d’imposer ce statut Ă leurs collaborateurs et collaboratrices. De grands media prestigieux dĂ©lèguent aussi une partie de leur contenu Ă des agences qui font travailler des personnes en auto-entrepreneuriat.
Pigistes, en CDD, auto-entrepreneurs, intermittents, voire payĂ©s en droits d’auteurs, la prĂ©caritĂ© qui touche les « forçats du journalisme » ne fait que renforcer leur dĂ©pendance aux directions des mĂ©dias et affaiblir leur autonomie journalistique, et partant la qualitĂ© de l’information qu’ils produisent.
L’information sacrifiĂ©e
C’est qu’en effet l’enquĂŞte de la Scam fait le lien entre conditions de travail des journalistes et la qualitĂ© de l’information :
Les remarques des journalistes permettent d’identifier plusieurs phĂ©nomènes (…) : une organisation du travail bouleversĂ©e par la rĂ©volution numĂ©rique qui Ă©chappe complètement aux journalistes ; un recul du journalisme de terrain dans tous les media ; la gĂ©nĂ©ralisation de l’information en continu ; un mĂ©lange des genres dĂ©lĂ©tère liĂ© Ă la recherche d’une meilleure rentabilitĂ©, et aussi en filigrane, la difficultĂ© dans ce système très contraint de laisser s’exprimer la libertĂ© de regard, la fantaisie, l’originalitĂ©.
Parmi les phĂ©nomènes dĂ©veloppĂ©s dans le rapport, une page entière est dĂ©diĂ©e aux « sujets en kit ». Nous la reproduisons in extenso tant elle illustre l’une des Ă©volutions de la profession :
Le rapport complet est disponible ici.
Maxime Friot
