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Tribune

Le PDG de radio France se mouche dans le Mouv’

La liberté de la presse peut se théoriser, mais c’est mieux quand on la pratique. Le problème, ce sont parfois les journalistes qui y renoncent et les directions qui se mouchent dedans. Illustration avec cette histoire révélée par le syndicat Sud-Radio France.

Le Mouv’, c’est la radio jeune du service public. Elle est installée à Toulouse, mais elle émet sur les principales grandes villes françaises. Notamment sur Paris, où depuis peu, elle propose à ses auditeurs un décrochage local. Son Pdg, c’est Jean-Paul Cluzel qui a remplacé, il y a quelques mois, Jean-Marie Cavada à la tête de Radio France.

Mercredi 8 décembre 2004, une journaliste de la station se rend à une « sauterie » organisée par le couturier Jean-Paul Gaultier au profit de l’association, Reporters Sans Frontières. Il s’agit pour elle de couvrir une vente aux enchères dont les bénéfices seront reversés à l’association. Un sujet « people » qui permet à la société Gaultier de se faire mousser en faisant sa publicité, à RSF de toucher des sous, et à la radio jeune de remplir sa grille de programme.

Durant cinquante minutes, la journaliste papillonne à collecter des sons pour rendre compte de manière sonore de cette « sauterie ». Elle a reçu une invitation, elle est donc là, officiellement. Elle promène son micro, sans le cacher, puisqu’il ne s’agit pas, pour elle, d’enregistrer à l’insu des invités. Une pratique qui serait déontologiquement condamnable. Tout se passe bien jusqu’au moment où la journaliste s’avance pour enregistrer Carla Bruni qui va remercier les participants. Elle tend son micro et c’est alors que Daniel Potard, PDG de J.P. Gaultier, qui discute avec un ami, s’avance vers elle pour lui interdire d’enregistrer.

La journaliste lui fait remarquer qu’elle ne fait que son métier et que cette interdiction est mal venue dans une manifestation pour la défense de la liberté de la presse. Le PDG lui prend le poignet, pose sa main sur le micro et lui déclare - propos enregistrés - qu’il défend une autre presse que la « presse putassière, et radio poubelle ». Il est 21 H 30, la journaliste rentre au bureau.

Le lendemain, la journaliste reçoit de sa rédactrice en chef et du directeur adjoint du Mouv’, un coup de téléphone pour lui raconter que Jean-Paul Cluzel a appelé parce qu’il a été sollicité par le Pdg de Gaultier sur cet incident. Pour le Président de Radio France, l’affaire est considérée comme close. La preuve ? Le reportage n’est pas diffusé. C’est « un acte de censure », explique dans un tract interne le syndicat Sud Radio France. Mais pour lui, il y a pire encore. Pour disculper ses chefs, la consoeur explique autour d’elle à qui veut l’entendre, qu’elle aurait choisi seule de ne pas diffuser ce reportage. A la censure s’ajoute donc pour Sud Radio France une autocensure.

Et le syndicat de demander au Pdt de Radio France et aux chefs de services de « s’expliquer et de réagir publiquement » à cette pression. Dans le cas contraire, le syndicat indique qu’il se « sentirait autorisé à communiquer massivement le numéro de téléphone du Pdt de Radio France afin que quiconque - au nom de l’équité entre citoyens- se sentant menacé, puisse avoir son quart d’heure de censure »... comme d’autres ont eu leur quart d’heure de célébrité.

Farid Bey

 

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