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Les médias et le mouvement social de 1995

Le Monde en 1995 : au service du peuple ? (1)

Une dĂ©marche « originale » et ses motifs

En 1996, la revue Le DĂ©bat publie une interview d’Edwy Plenel, directeur de la rĂ©daction du Monde. Celle-ci est prĂ©sentĂ©e comme faisant partie d’ « une sĂ©rie d’articles et d’entretiens [consacrĂ©s] Ă  l’analyse du nouvel univers de la communication, de l’opinion et des mĂ©dias, de ses retombĂ©es sur la vie publique et de ses consĂ©quences pour l’exercice du mĂ©tier de journaliste. » [1] Le DĂ©bat ajoute : « Nous avons choisi, avec Edwy Plenel, de privilĂ©gier l’examen de la fonction civique du journalisme et de ses conditions d’exercice. Que peut-ĂŞtre, que doit ĂŞtre aujourd’hui le rĂ´le de la presse Ă©crite dans le jeu normal de la dĂ©mocratie ? » [2].

Quels sont donc la dĂ©marche revendiquĂ©e et ses motifs ? C’est ce qu’il convient d’abord d’examiner, avant d’analyser les rĂ©sultats obtenus

Une dĂ©marche journalistique originale ?

Après ce mouvement, la question de l’accès des grĂ©vistes aux espaces mĂ©diatiques de dĂ©bat reste d’actualitĂ© et au cours de cet entretien, Edwy Plenel fournit un tĂ©moignage sur la façon dont Jean-Marie Colombani, directeur du journal et lui ont dĂ©cidĂ© de « couvrir » le mouvement social de novembre-dĂ©cembre 95. Edwy Plenel est alors amenĂ© Ă  dĂ©fendre les choix Ă©ditoriaux mis en place au sein de son journal lors du mouvement social.

Pour rĂ©pondre aux questions mais aussi aux attaques des membres de la revue qui ont notamment vu dans la façon dont Le Monde a opĂ©rĂ©, plutĂ´t que « [...] de l’investigation, la jubilation nostalgique de militants recyclĂ©s dans un mouvement social qui rĂ©veillait leurs espĂ©rances de jeunesse. Pourquoi pas d’ailleurs ? Mais comment donner cette vue fortement engagĂ©e, avec ses dĂ©formations, pour de la rigueur informative ? », Edwy Plenel reprend le cours des Ă©vĂ©nements Ă  partir de l’annonce de la rĂ©forme de la SĂ©curitĂ© sociale. Il explicite aussi les choix Ă©ditoriaux de so
n journal. Lors de l’Ă©mission radiophonique de France-Culture, Staccato, le 19 fĂ©vrier 1998, il reviendra aussi sur ces partis pris Ă©ditoriaux en les justifiant de la mĂŞme manière.

Le Monde a dĂ©cidĂ© d’aller vers les grĂ©vistes. Ce qui au premier abord contraste avec la manière de travailler des chaĂ®nes de tĂ©lĂ©vision, notamment France 2 et son Ă©mission, emblĂ©matique du mĂ©pris des rĂ©dactions envers les grĂ©vistes, La France en direct. Le directeur de la rĂ©daction du journal compare d’ailleurs l’audiovisuel et l’Ă©crit Ă  ce sujet et dit : « L’audiovisuel qu’on dit si omniprĂ©sent n’a pas montrĂ©, n’a pas donnĂ© la parole, et les ventes de Monde ont tĂ©moignĂ© d’une revanche heureuse de l’Ă©crit. » Il insiste aussi plusieurs fois sur la volontĂ© de la direction Ă  laquelle il appartient d’adopter une posture de travail qui se rapproche plus de la tradition journalistique anglo-saxonne caractĂ©risĂ©e par sa volontĂ© de dissocier les faits des commentaires. L’investigation est donc prĂ´nĂ©e et avec elle, une volontĂ© affichĂ©e de travail sans prĂ©jugĂ©s : « La consigne que nous donnons Ă  la rĂ©daction : avant de savoir ce qu’il faut en penser, il faut aller y voir et qu’on nous raconte. » [3]

Lors de l’Ă©mission Staccato sur France-Culture, Edwy Plenel rĂ©affirme cette posture journalistique et ce Ă  quoi elle aboutit sur le plan de la mĂ©thode. « La rĂ©daction du Monde tout de suite Ă©tait divisĂ©e. ImmĂ©diatement, dĂ©bat : le commentaire, les avantages acquis, le dĂ©ficit de la SĂ©curitĂ© sociale, qu’est-ce qu’il faut penser de ce mouvement social ? Quelles consignes a donnĂ© Jean-Marie Colombani et que j’ai retransmises Ă  la rĂ©daction du Monde  ? "Il y a une rĂ©alitĂ© qui nous surprend, qui est inattendue. Avant de la juger, avant de dire ce qu’il faut en penser, montrons lĂ  et allons la voir."  » [4]

Edwy Plenel rĂ©affirmera Ă  plusieurs reprises ce parti pris de dĂ©marche journalistique :

- Dans Le DĂ©bat : « On ne peut pas Ă  la fois s’inquiĂ©ter du discrĂ©dit du politique et de la faible syndicalisation, et nous reprocher d’aller voir de près, sans prĂ©jugĂ©s, des anonymes qui retrouvent le chemin du dĂ©bat politique et syndical - mĂŞme si l’on estime qu’ils font fausse route ! » [5]. Ou encore : « [par rapport Ă  la vie d’un professeur de banlieue difficile] il faut le raconter brut de dĂ©coffrage, comme pour le mouvement social... » [6]

- Au cours de l’Ă©mission Staccato : « Dominique Le Guilledoux a inaugurĂ© ce type de reportage unique. Ça a Ă©tĂ© « Paroles de grĂ©vistes » [...]. Je sais qu’après, moi j’ai dit : « Mais il faut se tourner vers les sociologues. Qu’est-ce qu’ils pensent de ce mouvement ? Les sociologues, ils ont dit : "Écoutez, c’est trop tĂ´t parce que c’est en lisant vos papiers...[sic] [7]", et ça a donnĂ© un changement, ça a fait une Ă©volution donc c’est ça que je veux dire... [sic]. ». Et encore : « Quand on parle du mouvement de dĂ©cembre 95, comment les intellectuels, les sociologues ont-ils rĂ©flĂ©chi sur le mouvement de dĂ©cembre 95 ? Pas Ă  la tĂ©lĂ©, on les [les grĂ©vistes] voyait pas, vous le savez, on leur coupait la parole. Le mouvement social de dĂ©cembre 95 a surpris toutes les Ă©lites. On est d’accord. Élites syndicales comme Ă©lites politiques. Les Ă©lites, le journaliste, il fait partie des Ă©lites. Il rencontre plutĂ´t le secrĂ©taire du syndicat que le militant de base. On est d’accord. »

Ces propos d’Edwy Plenel montrent qu’il n’est pas seulement habitĂ© par le dĂ©sir d’un nouveau mode de travail journalistique permettant la restitution de la « parole des grĂ©vistes ». Outre qu’il a conscience de la diffĂ©rence entre le travail journalistique et le travail scientifique [8], il affirme la volontĂ© du journal Le Monde de participer Ă  la revendication de rĂ©inscription dans l’espace public qu’affirment les grĂ©vistes dans leur mouvement « des anonymes qui retrouvent le chemin du dĂ©bat politique et syndical ». Ce qui pour Edwy Plenel -au contraire de l’accusation de la rĂ©daction du DĂ©bat - ne signifie pas que Le Monde ait pris fait et cause pour le mouvement « mĂŞme si l’on estime qu’ils font fausse route ! ».

Mais les innovations journalistiques impulsĂ©es par Edwy Plenel participent-elles Ă  la rĂ©inscription des « anonymes » dans l’espace public, et Ă  la saisie du sens du mouvement social comme celui-ci le proclame ?

Il faut tout d’abord examiner les raisons donnĂ©es par Edwy Plenel pour justifier ce choix d’une nouvelle posture journalistique qui au premier abord est sĂ©duisante.

Des motifs révélateurs

Il apparaĂ®t qu’il s’agit en premier lieu d’une rĂ©ponse Ă  la surprise exprimĂ©e par la direction du Monde face au surgissement du mouvement social.

Elite ? Vous avez dit « Ă©lite » ?

Cette surprise est attribuĂ©e par Edwy Plenel Ă  son appartenance aux Ă©lites. « Nous aussi, nous faisons partie des Ă©lites, nous n’avons rien vu venir ». Le terme Ă©lite est aussi repris par Edwy Plenel lors de l’Ă©mission de radio Staccato (un an et demi après la publication de la revue Le DĂ©bat) : « Le mouvement social de dĂ©cembre 95 a surpris toutes les Ă©lites. On est d’accord. Élites syndicales comme Ă©lites politiques. Les Ă©lites, le journaliste, il fait partie des Ă©lites, il rencontre plutĂ´t le secrĂ©taire du syndicat que le militant de base. On est d’accord. »

Deux remarques prĂ©alables. D’abord, la notion d’ « Ă©lite » est souvent des plus confuse, surtout quant on l’oppose (comme on va le voir) au « social ». Ensuite, les propos de Plenel laissent entendre que c’est l’appartenance Ă  « l’Ă©lite » qui interdit de prĂ©voir l’ampleur du mouvement social. Si rĂ©trospectivement, il est possible de mettre en avant certaines raisons ou facteurs qui ont poussĂ© des centaines de milliers de personnes Ă  se mobiliser, il est Ă©vident qu’un mouvement social se caractĂ©rise d’abord plus par son surgissement que par sa prĂ©visibilitĂ©. Pourquoi alors Edwy Plenel justifie-t-il sa surprise par le recours Ă  l’argument de son appartenance aux Ă©lites ?

Première raison, vraisemblable : parce que Edwy Plenel, est le numĂ©ro deux dans la hiĂ©rarchie d’un journal, considĂ©rĂ©, de plus, comme un journal de rĂ©fĂ©rence.

Seconde raison, liĂ©e Ă  la prĂ©cĂ©dente : parce que la position d’Edwy Plenel est celle d’un acteur important de cette presse oĂą se trouve « la fine fleur du journalisme qui se masse sous les Ă©tiquettes de presse d’Ă©lite, de qualitĂ© ou de prestige. » [9] : le milieu très restreint des journaux de rĂ©fĂ©rence, apprĂ©ciĂ© par toutes sortes d’Ă©lites et donc produit par elles, voire pour elles. Ces facteurs, ajoutĂ©s aux incidences de sa position de "numĂ©ro deux" du journal : concourent donc Ă  ce qu’Edwy Plenel puisse considĂ©rer que sa position socio-professionnelle spĂ©cifique lui permet d’affirmer qu’il appartient aux Ă©lites de la sociĂ©tĂ© française. Mais peut-on le suivre quand il affirme : « [...] les Ă©lites, le journaliste, il fait partie des Ă©lites. » ?

C’est pour le moins difficile. Il existe non pas un journalisme, mais des journalismes, professionnellement et socialement très diffĂ©renciĂ©s : le terme journaliste ne peut prĂ©tendre Ă  prĂ©senter une valeur gĂ©nĂ©rique. Ce sont les journalistes haut placĂ©s dans la hiĂ©rarchie de grands mĂ©dias qui rencontrent les secrĂ©taires de syndicats, les autres auront plutĂ´t affaire justement aux secrĂ©taires dĂ©partementaux et aux militants de base. Le journaliste quelque peu dĂ©sincarnĂ© dont parle Edwy Plenel et derrière lequel il se retranche, semble donc se rapporter Ă  son propre cas et Ă  ceux qui comme lui ont des postes Ă©levĂ©s au sein de la hiĂ©rarchie d’organes assez prestigieux ou importants pour ĂŞtre en contact avec les secrĂ©taires de syndicat. Il fait donc rĂ©fĂ©rence Ă  un groupe minoritaire dans l’ensemble du corps professionnel des journalistes dont l’autre extrĂ©mitĂ© est constituĂ©e par la nombreuse « piĂ©taille roturière, voire "prolĂ©taroĂŻde" » [10].

Edwy Plenel semble d’ailleurs l’admettre implicitement puisque, après avoir dĂ©clarĂ© que le journaliste appartient aux Ă©lites, il ne cite que le directeur du Monde et lui-mĂŞme quand il dĂ©clare « Nous avons eu, Jean-Marie Colombani et moi, exactement la mĂŞme rĂ©action. Nous aussi, nous faisons partie des Ă©lites, nous n’avons rien vu venir » [11] , ne faisant donc pas intervenir l’ensemble des journalistes du Monde.

Ce serait donc le statut social auquel appartient le journaliste qui conditionnerait ses capacitĂ©s Ă  apprĂ©hender ce qui se passe dans un milieu donnĂ©, le sien. Les phrases d’Edwy Plenel dĂ©montrent, malgrĂ© elles, une fois de plus ce qui est souvent dĂ©noncĂ© : des journalistes issues des classes moyennes ou aisĂ©es qui de par leurs origines seraient dans l’incapacitĂ© d’apprĂ©hender un milieu qui n’est pas le leur. Pourtant, le principe du travail journalistique est bien d’ĂŞtre capable d’aller sur le terrain, de couvrir tout ce qui est considĂ©rĂ© par une rĂ©daction comme un Ă©vĂ©nement. Alors Le Monde serait un journal des Ă©lites produit par l’Ă©lite du journalisme et qui en consĂ©quence ne peut comprendre et prĂ©voir que ce qui se passe chez les Ă©lites ?

« Social », vous avez dit « social » ?

Cette revendication d’appartenance Ă  un monde des Ă©lites pose ensuite un deuxième problème. Elle traduit aussi un certain type de conception de l’organisation de la sociĂ©tĂ©, coupĂ©e en deux. Cette conception dualiste prĂ©sente deux Ă©tranges particularitĂ©s. D’une part, elle attribue mĂ©caniquement aux Ă©lites prises comme un tout, une incapacitĂ© Ă  apprĂ©hender le mouvement social qui nĂ©glige les choix d’une fraction significative de ces prĂ©tendues « Ă©lites ». D’autre part, elle vĂ©hicule une reprĂ©sentation du « social », Ă  ce point simpliste que l’on peut se demander si elle n’est pas prĂ©cisĂ©ment une reprĂ©sentation « Ă©litaire », propre Ă  la majoritĂ© de cette « Ă©lite », prĂ©tendument dĂ©crite, mais en fait hautement valorisĂ©e.

Ainsi, les Ă©lites, n’ayant rien vu venir de par leur statut d’Ă©lite auraient un rapport "par nature" forcĂ©ment Ă©tranger au mouvement social.

Pourtant, ce qui s’est passĂ© en novembre-dĂ©cembre 1995 a suscitĂ© de nombreuses pĂ©titions de personnes dont on peut dire que de par le capital culturel dont elles disposent et l’autoritĂ© "morale" qui en dĂ©coule, qu’elles appartiennent elles aussi aux Ă©lites. C’est en tout cas comme ça que Le Monde [12] va prĂ©senter la pĂ©tition Appel des intellectuels : « Près de deux cents intellectuels, sociologues et Ă©conomistes, militants associatifs, hauts fonctionnaires - certains appartenant au Conseil d’État - et personnalitĂ©s politiques proches de l’extrĂŞme gauche et des communistes critiques... ».

Car, contrairement Ă  ce qu’a l’air de penser Edwy Plenel, un mouvement social ne se rĂ©sume pas seulement Ă  ceux qui se mettent en grève et manifestent. Il engendre aussi des rĂ©actions dans d’autres secteurs de la sociĂ©tĂ©. Celles-ci peuvent aller jusqu’au soutien effectif, voire très volontariste par la participation directe aux diverses expressions publiques et initiatives du mouvement. Ainsi, le discours Ă  un meeting de la part du sociologue Pierre Bourdieu et de l’anthropologue Emmanuel Terray Ă  la Gare de Lyon aux cĂ´tĂ©s des cheminots en grève le 12 dĂ©cembre.

Il apparaĂ®t dès lors que le terme d’ « Ă©lites » entretient la confusion entre position sociale et position politique, en masquant sous des dehors vaguement sociologique, l’existence de dissidences peut-ĂŞtre minoritaires mais toujours possible..

Cette pseudo-sociologie devient Ă©vidente, lorsqu’elle s’exerce sur son autre terme : « le social ». Celui-ci, composĂ© spĂ©cifiquerment d’anonymes [13], « fonctionne », littĂ©ralement : « le social fonctionne comme un moteur Ă  explosion, sur un rythme brusque d’apparition et de disparition. [...], quand le social se met en branle...  » [14] L’usage de ces mĂ©taphores mĂ©caniques non seulement accentue l’opposition avec l’Ă©lite, mais surtout, prĂŞte plus ou moins explicitement au social un dĂ©faut de rationalitĂ©, alors que l’Ă©lite serait par nature rationnelle.

L’usage rĂ©pĂ©tĂ© de l’article le (le social) contribue Ă  entĂ©riner le dualisme. Il lui fait instituer des catĂ©gories qu’il ne questionne pas : les Ă©lites, le social. D’ailleurs, « en employant l’article le , le locuteur suppose que l’interlocuteur a dĂ©jĂ  identifiĂ© la classe d’appartenance de l’ĂŞtre, objet du discours (prĂ©supposition), et il lui fait partager comme une Ă©vidence la particularitĂ© qui actualise cet ĂŞtre.  » [15]

Comment peut-il expliquer alors que des membres appartenant Ă  ce qu’il appelle les Ă©lites aient rejoint et soutenu avec diffĂ©rents moyens le mouvement social ? Comment ces Ă©lites-lĂ  ont-elles eu la capacitĂ© de comprendre ce qui se passait et ensuite choisi d’y adhĂ©rer alors que la direction du Monde semble avoir eu des difficultĂ©s de comprĂ©hension au dĂ©but de la mobilisation ? Cette prĂ©sentation d’une sociĂ©tĂ© coupĂ©e en deux strates Ă©trangères l’une Ă  l’autre permet surtout Ă  Edwy Plenel de ne pas s’Ă©tendre sur son dĂ©saccord vis-Ă -vis des revendications du mouvement social, il ne l’Ă©voque d’ailleurs qu’une fois : « mĂŞme si l’on estime qu’ils font fausse route !  » Exit la politique, exit la possibilitĂ© qu’une mĂŞme vision du monde puisse partagĂ©e par des figures intellectuelles reconnues (des Ă©lites donc) et le social (des anonymes). Nos visions du monde, notre rapport Ă  la politique seraient forcĂ©ment conditionnĂ©s par notre appartenance Ă  un milieu donnĂ©.

Pourquoi alors donner la parole Ă  des acteurs du mouvement social, alors qu’Ă  priori tout - selon Edwy Plenel - oppose le monde des Ă©lites dont il fait partie au social et qu’en plus, la direction du journal se sent comme Ă©trangère Ă  ce qui se passe ? C’est certainement l’importance prise par ce mouvement et notamment le soutien apportĂ© par des intellectuels reconnus qui va pousser la direction Ă  chercher un parti-pris journalistique qui en lui-mĂŞme n’est absolument pas original et devrait plutĂ´t constituer la norme du travail journalistique plutĂ´t qu’une exception.

Il faut alors se demander, mĂŞme si on peut se douter de la rĂ©ponse, si cette couverture du mouvement social par Le Monde va permettre aux grĂ©vistes d’ĂŞtre reconnus comme des interlocuteurs participant au dĂ©bat public.

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Lire la suite : Le Monde en 1995 : au service du peuple ? (2) : Les rĂ©sultats d’une « nouvelle » dĂ©marche

Extraits des deux articles au format pdf, Ă  la fin de l’article suivant.

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