Accueil > Critiques > (...) > Pratiques et dérives de l’AFP et autres agences

La dérive people de l’AFP : le poids des mots, le choc de la vidéo

Le service vidéo de l’agence France Presse a mis à disposition de ses clients une vidéo de 15s de Jérôme Kerviel, tournée pendant sa garde à vue dans les locaux de la brigade financière, récupérée par l’intermédiaire du site de « journalistes citoyens » CitizenSide.com dont elle est actionnaire depuis décembre 2007. « L’Agence France Presse aime les photos amateurs. La société vient de prendre une participation au capital de Citizenside (anciennement Scooplive), un site proposant aux internautes d’envoyer sur le Net et de commercialiser des clichés d’évènements d’actualités ou de stars », selon Philippe Checinski, fondateur de Scooplive, dans Les Echos du 27 novembre 2007. Voir communiqué du SNJ-CGT du 13/12/07 : « Images d’amateurs, images pour la pub, couvertures réduites : l’AFP à la dérive ».

Voici un communiqué de l’intersyndicale CGT, SNJ, FO, CFDT puis la note de la rédaction-en-chef France mise sur le fil à destination de ses abonnés. (Acrimed)

La dérive people : le poids des mots, le choc de la vidéo

L’intersyndicale CGT, SNJ, FO, CFDT exige que cesse immédiatement la vente par l’AFP des images vidéo de la garde à vue de Jérôme Kerviel.
La note adressée vendredi aux rédactions est choquante au regard de la déontologie et de la loi. Elle porte atteinte à la réputation de l’AFP.

Ce dérapage intervient après plusieurs entorses journalistiques dans l’affaire de la Société Générale :
- la divulgation du nom de Jérôme Kerviel, en contradiction avec la règle en vigueur à l’AFP qui exige d’attendre la mise en examen. La dépêche se fondait en outre sur des « sources concordantes » jamais explicitées.
- la publication de sa photo avant sa mise en examen.
- et maintenant la mise en vente en « exclusivité » pour la France « d’images vidéos de Jérôme Kerviel, tournées pendant sa garde à vue (...) visiblement détendu, avec un sourire aux lèvres ».

Sur le plan des principes, on est en présence d’atteintes gravissimes à la présomption d’innocence et à son image.

Petit rappel de droit (quoi qu’en dise le service juridique de l’AFP) : cette diffusion tombe d’évidence sous le coup de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse dont l’article 35-ter précise : « Lorsqu’elle est réalisée sans l’accord de l’intéressé, la diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, de l’image d’une personne identifiée ou identifiable mise en cause à l’occasion d’une procédure pénale mais n’ayant pas fait l’objet d’un jugement de condamnation et faisant apparaître, soit que cette personne porte des menottes ou entraves, soit qu’elle est placée en détention provisoire, est punie de 15.000 euros d’amende ».

Cette sinistre affaire à visée mercantile ressemble à s’y méprendre à l’affaire Rezala.

Après les quizz sur Facebook, les dérives people sur la couverture de la vie privée du chef de l’Etat, jusqu’où va-t-on aller dans ces procédés qui transforment l’information en marchandise ? Pour remplir les caisses de l’AFP ? Quitte à y perdre notre âme, notre déontologie, notre crédibilité inscrite dans les statuts de l’agence ?

L’intersyndicale demande le retrait immédiat de ce « produit » et le respect des règles déontologiques de base de notre métier.

Elle exige également que soient précisées les règles de fonctionnement avec notre partenaire Citizenside annoncé comme fournisseur des images « exclusives ».
Elle demande une réunion d’urgence avec la direction de l’information.

Paris le 1er février 2008



Note à l’attention des rédactions

PARIS, 01/02/2008 - 1620 - L’AFP a obtenu les droits exclusifs pour le marché des télévisions françaises des images vidéos de Jérôme Kerviel, tournées pendant sa garde à vue. Toutes les chaînes intéressées peuvent contacter le 01 xx xx xx xx.

Ci-dessous la description de la vidéo :

Banque-économie-bourse-enquête PARIS
Ce sont les seules images vidéos disponibles de Jérôme Kerviel, prises depuis un immeuble faisant face à la brigade financière où était interrogé en début de semaine le trader de la Société Générale, tenu par la banque pour responsable de près de 5 milliards d’euros de pertes. On le voit sur ces images interrogé par la police, signer des papiers, puis se lever, visiblement détendu, avec un sourire aux lèvres.

ATTENTION CETTE VIDEO EST ASSORTIE DE PLUSIEURS RESTRICTIONS : TELEVISIONS FRANCE SEULEMENT. PAS DE GRAB PHOTO, LES DROITS PHOTO APPARTIENNENT A PARIS MATCH. INTERDICTION DE DIFFUSER CES IMAGES EN SUJET WEB. PAS D’ACHAT AUPRES DES REVENDEURS D’ARCHIVES DE L’AFP.

C... /AFPTV Chief editor - Responsable AFPTV/redchef/heg/na

 

Acrimed est une association qui tient à son indépendance. Nous ne recourons ni à la publicité ni aux subventions. Vous pouvez nous soutenir en faisant un don ou en adhérant à l’association.

A la une

Où vont les journalistes ? Le mercato des médiacrates

« Je hais le mouvement qui déplace les lignes »

L’indépendance du Monde en danger… depuis 10 ans

Le pouvoir du capital, c’est pour les autres.

Sortie de Médiacritiques n°33 : Où va le journalisme ?

Le nouveau Médiacritiques est arrivé ! Articles, dessins inédits et nouveau format.