PrĂ©sentĂ© comme le nouveau " David europĂ©en " face au " Goliath amĂ©ricain ", RTL-Group, nĂ© en avril 2000 sur les cendres d’Audiofina, a Ă©tĂ© saluĂ© dans l’unanimitĂ© la plus confondante par la majeure partie des mĂ©dias europĂ©ens. A sa tĂŞte, le milliardaire et Baron Albert Frère, premier actionnaire de Total, de Suez-Lyonnaise, patron de GBL (Groupe Bruxelles Lambert) et co-propriĂ©taire du holding CLT-UFA (RTL-TVI, Club RTL, Bel RTL, Radio Contact…) avec l’empire allemand Bertelsmann. A la prĂ©sidence du conseil de la sociĂ©tĂ© TVI, on retrouve ainsi, depuis maintenant 13 ans, le Comte Jean-Pierre de Launoit, collaborateur proche d’Albert Frère chez GBL après avoir Ă©tĂ© celui du Baron Lambert, alors PrĂ©sident de la Royale Belge.
Face Ă TVI, la RTBF, devenue entreprise publique culturelle autonome le 8 juillet 1997, dispose maintenant de son propre contrat de gestion. Cependant, derrière les tournures rhĂ©toriques, la vague de libĂ©ralisations amorcĂ©e depuis plusieurs annĂ©es que connaĂ®t le secteur public, l’intrusion " forcĂ©e " de la logique de rentabilitĂ© dans la programmation, ou encore, l’accumulation de plans d’ " avenir " - " objectif 93 " et " Horizon 97 " - destinĂ©s entre autres Ă assainir les finances par une rĂ©duction de la masse salariale, laissent entrevoir le dĂ©sengagement progressif de l’Etat dans le secteur. Certains craignent dĂ©jĂ , non sans raison d’ailleurs, une privatisation de la chaĂ®ne [1].
De l’autre cĂ´tĂ©, Ă©lites Ă©ditoriales et dirigeants politiques ont dĂ©cidĂ© de prĂ©parer l’opinion Ă ces futurs bouleversements.
Ainsi, le mois dernier, le CinĂ© TĂ©lĂ© Revue, hebdomadaire le plus lu en Belgique francophone (tout types de presse confondue : 1.450.000 lecteurs), s’en prenait Ă la maison Reyers dans un article aux relents goliens et Ă l’antifiscalisme prononcĂ© intitulĂ© " OĂą va la RTBF ? ". Son rĂ©dacteur en chef glosait sur les " millions prĂ©levĂ©s chez les contribuables qui continuent d’ĂŞtre gaspillĂ©s ", les prĂ©sumĂ©es " lourdeurs du secteur public " ou, pis encore, le " poids de l’administration ertĂ©bĂ©enne ". Pour simplifier, on rabattait Ă l’opinion les lieux communs sur le " mammouth " public (l’ex-ministre français de l’Ă©ducation nationale, M. Claude Allègre, paraĂ®t quant Ă lui du " mammouth de l’enseignement "), les " privilèges scandaleux des fonctionnaires " et autres " manigances de l’ombre ".
Du cĂ´tĂ© politique, la Ministre de l’audiovisuel de la communautĂ© française, la libĂ©rale Corinne De Permentier comparait, quant Ă elle, " notre paysage audiovisuel Ă un bouquet de fleurs oĂą chaque tĂ©lĂ©spectateur peut puiser une senteur et une couleur Ă son goĂ»t. Il ne peut donc ĂŞtre que gagnant ! " [2]. Elle oubliait, par la mĂŞme occasion, de prĂ©ciser qu’on avait beau crĂ©er de nouveaux bouquets et multiplier les chaĂ®nes tĂ©lĂ©visĂ©es, les propriĂ©taires restaient, sauf exception, les mĂŞmes. En ce qui concerne la RTBF, son parti n’affirmait-t-il pas dans son manifeste préélectoral : " leur caractère Ă©tatique (secteurs publics) - et notamment le statut de fonctionnaire de leur personnel - les rendent inadaptĂ©s aujourd’hui en raison de structures trop lourdes, d’un manque de souplesse et de rĂ©action, d’un personnel plĂ©thorique qui mange le budget (2/3 de dĂ©penses du personnel). Ici aussi, pour mieux remplir ses missions, le service public de la radio-tĂ©lĂ©vision devrait ĂŞtre allĂ©gĂ© !". [3]
Geoffrey Geuens, de l’UniversitĂ© de Liège (Belgique)