Il est vrai que les mĂ©dias ont multipliĂ© les prĂ©cautions Ă l’Ă©gard des sources officielles, qu’il s’agisse du gouvernement de Milosevic (et des mĂ©dias Ă sa solde) ou des responsables politiques et militaires de l’OTAN. Pour preuve de ces prĂ©cautions : l’usage (sĂ©lectif) du conditionnel.
D’une guerre Ă l’autre la grammaire de l’information a accompli des " progrès " : les falsifications complaisamment diffusĂ©es Ă l’indicatif pendant la guerre du Golfe ont fait place des informations souvent livrĂ©es au conditionnel. Mais ce gage de sĂ©rieux et de professionnalisme ne saurait masquer - intentionnel ou non - leurs effets pervers. Notamment parce que, dans le pire des cas, le conditionnel conditionne (presque) autant que l’indicatif : quand des rumeurs invĂ©rifiĂ©es sont Ă©levĂ©es Ă la dignitĂ© d’informations-qui-restent-Ă -vĂ©rifier.
Ainsi, Jean-Pierre Pernaut, au journal de TF1 de 13 heures du 20 avril 1999 parlait de " 100.000 Ă 500.000 personnes qui auraient Ă©tĂ© tuĂ©es, mais tout ça est au conditionnel ". Le journal de 20h du lendemain, sur la mĂŞme chaĂ®ne, rĂ©cidive : " Selon l’Otan, entre 100 000 et 500 000 hommes ont Ă©tĂ© portĂ©s disparus. On craint bien sĂ»r qu’ils n’aient Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©s par les Serbes (...) Bien Ă©videmment, la preuve de l’accusation reste Ă faire. " Ces rĂ©serves semblent tĂ©moigner d’une certaine prudence, dont s’est souvent dĂ©partie la presse amĂ©ricaine. Mais elle ne changent rien Ă l’effet produit : la diffusion d’informations invĂ©rifiĂ©es a contribuĂ© - volontairement ou pas - Ă la guerre mĂ©diatique de l’OTAN.
Quoi que l’on pense de la guerre du Kosovo, que l’on ait ou non approuvĂ© l’intervention de l’Otan, on est en droit d’attendre des notables de la presse, qui se sont bruyamment fĂ©licitĂ©s d’avoir pratiquĂ© un journalisme exemplaire, qu’ils esquissent un bilan...