Bref rappel sur la privatisation de TF1
Avril 1987, la droite française revenue au pouvoir en mars 1986 attribue pour une durĂ©e de dix ans la concession de TF1, la plus ancienne chaĂźne gĂ©nĂ©raliste française du service public, Ă un groupe privĂ© : le groupe Bouygues (alors leader mondial... de la construction). RĂ©guliĂšrement, l’attribution de la concession de TF1 Ă Bouygues sera prolongĂ©e par le CSA ou via de nouvelles dispositions lĂ©gislatives⊠jusquâen 2023 [1].
Lâun des effets de cette privatisation est dâavoir confĂ©rĂ© au groupe Bouygues une telle puissance (et en particulier un tel pouvoir dâintimidation) que le lĂ©gislateur nâenvisagera jamais de « dĂ©privatiser » la Une, pas plus quâil ne remettra en cause les avantages rĂ©guliĂšrement accordĂ©s aux actionnaires des chaĂźnes privĂ©es durant cette pĂ©riode en dĂ©pit des alternances et des promesses faites dans lâopposition.
Il en fut ainsi en 1997 lors du retour aux affaires de la « gauche plurielle », comme le reconnaissent aujourdâhui deux dĂ©putĂ©s socialistes, Patrick Bloche et Didier Mathus. Selon le premier, « il n’y a pas eu de volontĂ© de dĂ©clarer les hostilitĂ©s Ă TF1 car Ă l’Ă©poque, c’Ă©tait une chaĂźne dont l’audience Ă©tait culminante. Il n’est donc pas Ă©tonnant que les amendements anti-TF1 aient Ă©tĂ© rejetĂ©s par le gouvernement » [2]. Quant Ă Didier Mathus, il dĂ©clare : « On s’Ă©tait clairement engagĂ© dans le programme lĂ©gislatif sur le dĂ©mantĂšlement des conglomĂ©rats type Bouygues mais on ne l’a pas fait parce que Jospin avait peur d’affronter TF1 et son 20h qui Ă©tait un instrument de pression politique colossal. » [3].
Dans un tel contexte, comment sâĂ©tonner si Martin Bouygues (fils de Francis Bouygues, fondateur du groupe quâil dirige dĂ©sormais), participait Ă la nouba du Fouquet’s le 6 mai 2007 en compagnie du nouveau prĂ©sident de la RĂ©publique, Nicolas Sarkozy, et d’autres milliardaires du CAC 40. Martin connaĂźt bien Nicolas : il rĂ©side Ă Neuilly-sur-Seine (la commune dont Nicolas Sarkozy a Ă©tĂ© le maire de 1983 Ă 2007), il est le parrain d’un de ses fils, il a Ă©tĂ© un de ses tĂ©moins d’un de ses mariages et a utilisĂ© ses « compĂ©tences » d’avocat d’affaires [4]. Mais plus que leurs relations personnelles, câest la convergence de leurs intĂ©rĂȘts et de leurs options qui explique la politique suivie⊠et les affinitĂ©s personnelles.
Chronologie de l’affaire Montebourg contre TF1
- « C’est le moment de taper sur TF1 ; c’est pour cela que je vais vous donner un coup de main. » Ainsi s’exprime le dĂ©putĂ© et prĂ©sident du Conseil gĂ©nĂ©ral de SaĂŽne-et-Loire Arnaud Montebourg, dans une vidĂ©o tournĂ©e en juin 2009 et mise en ligne en juillet 2010 dans le cadre de la promotion du film « Fin de concession » de Pierre Carles. Cette mise en ligne est le point de dĂ©part d’une sĂ©rie d’Ă©changes entre Arnaud Montebourg et le PDG de TF1, Nonce Paolini :
- RĂ©action du PDG de TF1 Nonce Paolini dans une lettre datĂ©e du 9 septembre 2010 adressĂ©e Ă Arnaud Montebourg, reçue par ce dernier le 20 septembre 2010 : « ProfĂ©rĂ©s par quiconque, de tels propos seraient inadmissibles ; ils le sont donc d’autant plus de la part d’un homme politique, Ă©lu de la RĂ©publique, censĂ© contribuer de l’Ă©lĂ©vation du dĂ©bat dĂ©mocratique [âŠ] Je ne saurais trop vous conseiller de rĂ©flĂ©chir Ă la maniĂšre dont vous semblez concevoir votre engagement politique et aux moyens que vous entendez privilĂ©gier pour parvenir Ă vos fins ».
- MĂ©content, le dĂ©putĂ© socialiste prend contact avec le rĂ©alisateur et lui demande « par loyautĂ© » de supprimer de son film les propos qui auraient Ă©tĂ© captĂ©s « Ă son insu » [5].
- Le 30 septembre 2010 Arnaud Montebourg adresse une lettre de rĂ©ponse Ă Nonce Paolini dans laquelle il Ă©crit notamment : « Les rapports de proximitĂ© politique entre les orientations Ă©ditoriales de TF1 et le pouvoir actuel posent le problĂšme dans une dĂ©mocratie comme la nĂŽtre, du respect du pluralisme et de la sĂ©paration des intĂ©rĂȘts publics et privĂ©s, et les Ă©changes de services et de bons procĂ©dĂ©s entre eux. TF1 dispose Ă ce sujet, en quelque sorte dâun long casier judiciaire, constituĂ© de rappels Ă lâordre et dâamendes pour violation des rĂšgles du pluralisme politique. [...] La grossiĂšretĂ© des violations, la lourdeur des sanctions et la rĂ©pĂ©tition des infractions depuis 15 ans, mâamĂšnent Ă considĂ©rer que le comportement de la chaĂźne TF1 que vous prĂ©sidez relĂšve du piĂ©tinement systĂ©matique de nos lois et rĂšglements. »
- Arnaud Montebourg, invitĂ© du grand rendez-vous d’Europe 1 le 3 octobre 2010, dĂ©clare au sujet de TF1 : « C’est une chaĂźne [âŠ] qui a une tradition dĂ©linquante par rapport Ă ses obligations rĂ©glementaires. »
- Arnaud Montebourg interviewĂ© dans liberation.fr le 5 octobre 2010 : « TF1 est un concessionnaire qui Ă©met sur le domaine public, donc sa concession est prĂ©caire, rĂ©vocable et Ă©phĂ©mĂšre. Je suis pour la remise en concurrence du domaine public hertzien occupĂ© par TF1 avec interdiction de concourir pour la maison Bouygues. [...] Il nous faut fixer des limites : quâon ne puisse pas vivre de la commande publique comme Bouygues et ĂȘtre opĂ©rateur principal dâun mĂ©dia. [...] Jâai le souvenir que pendant les annĂ©es Jospin, on a Ă©vitĂ© lâaffrontement avec TF1, eh bien, on a eu tort. »
- Lettre de Nonce Paolini Ă Arnaud Montebourg datĂ©e du 5 octobre 2010 et mise en ligne par le site du Figaro le 5 octobre 2010 oĂč le PDG de TF1 fait remarquer de maniĂšre loufoque que TF1 est « partenaire des PiĂšces jaunes », « donne sa chance Ă de nombreux jeunes des citĂ©s » et est « candidate au "label DiversitĂ©" de l’Afnor ».
Force est dâadmettre que les conditions de la la succession de prises de position Ă lâemporte-piĂšce d’Arnaud Montebourg ne permettent guĂšre de faire la part entre un effet de positionnement politicien et lâexpression de convictions qui mĂȘlent de surcroĂźt le vrai et le trĂšs approximatif. Il nâen fallait pas plus pour que les commentateurs sâattachent Ă dĂ©celer des intentions perverses et Ă exhiber leur sens des nuances, quitte, le plus souvent, Ă ne rien dire sur le fond. Plus prĂ©cisĂ©ment, les Ă©changes entre Arnaud Montebourg et Nonce Paolini sont l’occasion pour quatre populations-phares du microcosme politico-mĂ©diatique de prises de positions qui, trĂšs inĂ©gales en volume, vont toutes dans le mĂȘme sens : lâordre mĂ©diatique existant mĂ©rite Ă peine, voire pas du tout, dâĂȘtre transformĂ©, et, dans tous les cas, n’est presque pas transformable !
à TF1, ses obligés reconnaissants
Ătablis de longue date dans les mĂ©dias, les premiers tĂ©nors et sopranos de mĂ©dias y bĂ©nĂ©ficient dâun accueil chaleureux et savent honorer le groupe TF1⊠auquel ils doivent beaucoup.
â Ătienne Mougeotte, actuel directeur du Figaro et ancien directeur de l’information d’Europe 1 [6], intervient sur Europe 1 le 4 octobre 2010 pour dĂ©fendre TF1 qui l’a (grassement) nourri de 1987 Ă 2007 notamment en tant que vice-prĂ©sident : « La seule rĂ©ponse Ă donner Ă Arnaud Montebourg, c’est celle des tĂ©lĂ©spectateurs. Depuis 23 ans, ils accordent leur confiance Ă la chaĂźne. S’il y avait une escroquerie, 50 millions de tĂ©lĂ©spectateurs s’en seraient rendu compte. [...] On est dans l’exagĂ©ration, dans l’insulte [7]. TF1 est soumise Ă une sĂ©rie d’obligations (financement du cinĂ©ma, etc.) Montebourg parle de monopole de TF1 sur la tĂ©lĂ©vision, mais il y a 20 chaĂźnes sur la TNT, plus encore avec le cĂąble et le satellite. Tout ce qui est exagĂ©rĂ© est insignifiant. »
â MichĂšle Cotta, ancienne directrice de l’information de TF1 de 1987 Ă 1992 et actuelle directrice gĂ©nĂ©rale de JLA holding (une sociĂ©tĂ© productrice de programmes audiovisuels dont est client TF1) intervient dans l’Ă©mission « Les Grandes Gueules » sur RMC le 5 octobre 2010 et explique pourquoi il nây avait pas dâautre choix que de confier TF1 Ă Bouygues : « Je vois bien qu’il y a une tare fondamentale dans la privatisation, c’est que les entreprises de presse françaises n’Ă©taient pas assez grandes pour avaler TF1. Et par consĂ©quent il a fallu la confier effectivement Ă des entreprises beaucoup plus fortes [âŠ] on a hĂ©sitĂ© entre LagardĂšre et Bouygues - les deux avaient la mĂȘme tare. C’est-Ă -dire, l’un l’armement et l’autre les constructions. [âŠ] Moi je dis franchement que je prĂ©fĂšre que l’on ait confiĂ© TF1 Ă une sociĂ©tĂ© comme Bouygues, [...] plutĂŽt qu’Ă l’Ă©poque Ă un magnat anglais ou australien, voyez. Je prĂ©fĂšre ça qu’Ă Murdoch ou Ă Maxwell. ». Ăvidemment, pas question de constater que la « tare fondamentale dans la privatisation » est la privatisation elle-mĂȘme. Quant au respect des engagements pris par Bouygues, il donne lieu Ă ce constat tardif, confus et inoffensif : « Quant au cahier des charges, il y a volume de production française et cĂŠtera qui est aussi respectĂ©. Le problĂšme est de savoir si Secret Story c’est de la production française ou rien du tout, mais grosso modo ils le respectent et quand ils ne le respectent pas il y a des amendes. Mais les informations politiques, les Ă©missions politiques, je ne suis pas sĂ»re que c’Ă©tait dans le cahier des charges. » Tout est dans le grosso modo !
â Christophe Barbier, directeur de la rĂ©daction de L’Express, prĂ©sentateur tous les jours de la semaine du « Commentaire politique de Christophe Barbier » et de « L’InvitĂ© politique de Christophe Barbier » sur LCI (filiale du groupe... TF1), est interrogĂ© dans l’Ă©mission La MĂ©diasphĂšre sur⊠LCI le 8 octobre 2010

- Julien Arnaud : « Dans une lettre, il [Nonce Paolini] remet quelques pendules Ă l’heure. Arnaud Montebourg avait traitĂ© TF1 de dĂ©linquant par rapport Ă ses obligations rĂ©glementaires. RĂ©ponse du PDG de TF1 : "Savez-vous Monsieur [âŠ] que TF1 reçoit chaque annĂ©e depuis sa privatisation un satisfecit du CSA pour le respect de ses obligations et de son cahier des charges ?" Nonce Paolini a choisi un registre trĂšs factuel, trĂšs concret et d’ailleurs mĂȘme au PS on reconnaĂźt Ă demi-mot qu’Arnaud Montebourg est peut-ĂȘtre allĂ© un petit peu loin. [âŠ] »
Suit la diffusion dâune dĂ©claration du dĂ©putĂ© socialiste Patrick Bloche qui, en marquant son dĂ©saccord avec la forme des interventions de Montebourg, souscrit Ă une partie de celles-ci. Ăvidemment le « dĂ©bat » se poursuit sans en tenir compte :
- Julien Arnaud (s’adressant Ă Christophe Barbier) : « Pourquoi il fait cette sortie, d’aprĂšs vous, Arnaud Montebourg sur TF1 ? »
- Christophe Barbier : « Oh c’est tout simple ! Parce qu’il greffe sur un combat ancien pour lui [âŠ] une ambition politique Ă court terme. Capter un certain Ă©lectorat trĂšs anti-droite, trĂšs anti-mĂ©dias, trĂšs anti-"mainstream" comme on dit, comme l’avait fait un peu Bayrou, il l’avait tentĂ© en se disputant avec Claire Chazal, et amener cet Ă©lectorat â des jeunes, des soixante-huitards â il va amener cet Ă©lectorat pieds et poings liĂ©s au candidat socialiste - Aubry ou quelqu’un d’autre - et comme ça il est ministre ! »
Un commentaire « trĂšs concret, trĂšs factuel » !
â L’insubmersible Jean-Marie Colombani, ancien co-prĂ©sentateur de « Questions Ă domicile » sur TF1 de 1987 Ă 1989, y va de son couplet en forme d’Ă©dredon sur France Inter le 15 octobre 2010 : « Il y a aussi un fond de commerce rĂ©current : rappelez vous la campagne en effet de François Bayrou qui a fait son miel de la dĂ©nonciation de TF1. La dĂ©nonciation de TF1 c’est un grand classique Ă gauche qu’est en train de reprendre Arnaud Montebourg et avant cela la loi que Pierre Mauroy fait voter pour contrer le groupe Hersant et ainsi de suite⊠[âŠ] Ă un moment ou un autre des politiques s’accrochent Ă ce mouvement de dĂ©fiance, c’est prĂ©visible et ça ne va faire que croĂźtre et embellir. »
Un « grand classique » de lâart de noyer le poisson ! QuâArnaud Montebourg ait des arriĂšre-pensĂ©es politiciennes, câest probable. Mais que des obligĂ©s passĂ©s et/ou prĂ©sents de TF1, sâen tiennent Ă ce genre dâarguments, est dâautant plus troublant⊠quâil nâest pas difficile de les retourner aux envoyeurs dont les arriĂšre-pensĂ©es ne sont pas insondables ! Mais, dans le genre, le meilleur est Ă suivre :
â L’inĂ©vitable Jean-Michel Aphatie, co-prĂ©sentateur du « Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro » se fait un devoir (civique) de rĂ©agir sur son blog le 11 octobre 2010 en mettant au dĂ©fi les responsables socialistes dâaffronter la machine mĂ©diatique qui leur fait tant peur : « Quand les dirigeants socialistes acceptent les invitations de TF1, cette chaĂźne qu’ils accusent de "tradition dĂ©linquante" [âŠ] la premiĂšre chaĂźne d’Europe [TF1] [âŠ] la premiĂšre radio de France [RTL, oĂč pontifie Aphatie]. Comment les dirigeants socialistes peuvent-ils faire cohabiter une critique aussi violente de TF1 avec leur participation Ă leur rendez-vous d’information ? Une forme de rĂ©ponse peut-ĂȘtre tentĂ©e. Qu’ils rĂ©pĂštent donc, dans l’enceinte mĂȘme de l’objet de leur dĂ©testation, les propos qu’ils tiennent Ă l’extĂ©rieur. Ce serait, dans l’ordre, courageux et cohĂ©rent. »
Nous attendons avec gourmandise de voir Jean-Michel Aphatie, sans nul doute courageux et cohĂ©rent, quitter ses studios oĂč il joue « Ă domicile » pour aller croiser seul le fer « dans l’enceinte mĂȘme de l’objet de sa dĂ©testation », par exemple avec les syndicalistes CGT marins et les raffineurs quâil tance sur son blog le 19 octobre 2010.
Sur TF1, des « experts »âŠ du surplomb
Trop souvent disposĂ©s Ă se plier aux exigences des journalistes qui les convient, les spĂ©cialistes des mĂ©dias consacrĂ©s par les mĂ©dias tiennent en leur sein des propos Ă©videmment trĂšs subversifs. Pour nombre dâentre eux, afficher leur supĂ©rioritĂ© « scientifique » et leurs prĂ©tentions Ă une grande finesse dâanalyse leur permet de se dĂ©fausser de toute prise de position sur le fond et, en particulier, dâĂ©vacuer les questions de la concession de TF1 et de la propriĂ©tĂ© des mĂ©dias.
Petit tour des déclarations expertes, des pires à celles qui le sont (rarement) moins.
â François Jost, professeur Ă la Sorbonne Nouvelle Paris III, loin de la rigueur attendue dâun universitaire, dĂ©sarticule consciencieusement (sur son blog « Comprendre la tĂ©lĂ© », le 4 octobre 2010), quelques propos du dĂ©putĂ© de SaĂŽne-et-Loire tenus sur les ondes dâEurope 1, pour fustiger⊠leur manque de rigueur : « Si on mâavait dit que je dĂ©fendrais un jour la programmation de TF1, je ne lâaurais pas cru ! Mais je ne supporte pas les slogans Ă lâemporte-piĂšce style Montebourg. [âŠ] ce type de critique syncrĂ©tique, qui procĂšde par amalgames, ne fait rien avancer : quel est le lien entre violence et culture, et quâest-ce que la culture ? le rĂŽle du CSA ? M. Montebourg, en jetant lâanathĂšme sur une chaĂźne Ă©vite de se poser ces questions. » Ce procĂ©dĂ© pourtant contestable ne lâempĂȘchera pas de poursuivre en opposant : « [âŠ] le discours politique, qui a besoin de petites phrases, de provocations, et le discours universitaire, qui sâefforce Ă la fois de comprendre et de construire. » Adepte du comique (involontaire) de rĂ©pĂ©tition, François Jost clonera ailleurs les mĂȘmes propos [8].
â Denis Muzet, prĂ©sident de lâ« Institut MĂ©diascopie Âź » - qui compte parmi ses clients LibĂ©ration et⊠TF1 - offre chaque samedi aux lecteurs de LibĂ©ration une analyse de lâactualitĂ© vue au travers du prisme dâun panel de son « institut ». Le 9 octobre 2010, son billet a ainsi pour objet les propos dâArnaud Montebourg sur Europe 1. Cette peu digeste analyse sera mĂ©ticuleusement rĂ©chauffĂ©e dans Le Monde datĂ© du 12 octobre 2010. En guise de prologue, une fine analyse du positionnement de Montebourg : « [Arnaud Montebourg cherche Ă ] contrĂŽler l’agenda mĂ©diatique. Il prend date [âŠ] C’est comme une attaque prĂ©ventive car il connaĂźt la force de frappe de la Une. [âŠ] ». Suivie dâune mise au point scientifique sur les propos du dĂ©putĂ© : « Dire, comme Arnaud Montebourg, que TF1 a provoquĂ© des dĂ©gĂąts est un lieu commun et une gĂ©nĂ©ralisation. Les recettes de la tĂ©lĂ©vision s’appuient sur la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©, la violence, le sexe et l’argent. » Et pour finir, retour sur les raisons politiques de la critique : « Sur TF1 c’est plus visible car c’est la chaĂźne la plus regardĂ©e. La vitrine est Ă©norme. S’attaquer Ă TF1, c’est s’attaquer Ă Nicolas Sarkozy, le tĂ©lĂ©-prĂ©sident. Il existe une proximitĂ© entre TF1 et le pouvoir. Est-ce un fantasme ou une rĂ©alitĂ© ? Mais en s’attaquant Ă TF1, on est sĂ»r d’avoir des retombĂ©es en presse importantes. Cela peut aider Ă une certaine popularitĂ©. » Le mĂȘme plat, mais dans une version nettement plus pimentĂ©e est offert en troisiĂšme service sur France Inter dans le « 7-9 » du 15 octobre 2010 : « [âŠ] Montebourg comme MĂ©lenchon, au-delĂ du cĂŽtĂ© Ă©ructations de leurs interventions [âŠ] Les grands mĂ©dias [En plus de LibĂ©ration et TF1, M6, Canal+, France TĂ©lĂ©visions, Europe 1, RTL, Le Parisien et Les Echos sont clients de « l’Institut MĂ©diascopie Âź »] sont mal vus dans le pays comme tout ce qui est grand, gros, puissant. Les grandes entreprises [Renault, EDF, SNCF, BNP-Paribas, Alstom, Orange, Alcatel et Michelin sont Ă©galement clients de « l’Institut MĂ©diascopie Âź »] ; la grande distribution est mal vue. Et il y a un amalgame [...] qui est fait entre l’Ă©lite mĂ©diatique lâĂ©lite patronale et l’Ă©lite politique tout cela vivant en consanguinitĂ©. Bref les puissants qui nous gouvernent et qui sont aujourd’hui stigmatisĂ©s dans la rue. » RĂ©sumons : toute critique de TF1 est une critique contre les gros, les puissants et lâĂ©lite⊠quâil est urgent de protĂ©ger.
â GĂ©raldine Muhlmann, professeure Ă lâUniversitĂ© PanthĂ©on-Assas Paris II, anime une Ă©mission hebdomadaire sur Paris PremiĂšre, codirige une collection aux Ă©ditions du Seuil avec Nicolas Demorand et apparaĂźt en tant que chroniqueuse dans de nombreuses Ă©missions de radio. InvitĂ©e de la matinale de France Inter du 15 octobre 2010, elle impute, elle aussi, Ă un simple jeu politique, la prise de positions de Montebourg : « Le public [âŠ] n’est pas idiot. Il sait trĂšs bien quelles sont les stratĂ©gies de ces politiques. Je pense que la presse a d’autres chats Ă fouetter. » Car GĂ©raldine Muhlmann, en grande spĂ©cialiste, sait de quoi il faudrait parler, mais dont elle ne parle jamais : « Il y a des choses graves importantes dans ce pays qui font que la presse est par certains aspects est fragile. On peut parler de son financement, on peut parler des liens entre l’actionnariat et les rĂ©dactions, on peut parler des vrais actes, de temps en temps, de temps en temps, de mainmise du pouvoir sur la direction des programmes, etc. de certaines grandes chaines publiques, de ça on peut parler. » Patience ! Cela viendra. En attendant, la tirade sâachĂšve sur cet appel dĂ©mocratique Ă la confiscation du dĂ©bat :« Mais lĂ je trouve que vraiment on est en train d’Ă©laborer sur des coups de gueule dont tout le monde a compris les tenants et aboutissants et les spĂ©cialistes des mĂ©dias ont Ă mon avis autre chose Ă faire. » La question des mĂ©dias est, on lâa compris, une affaire de « spĂ©cialistes » !
â Dominique Wolton, directeur de l’Institut des sciences de la communication du CNRS, lance un appel au savoir vivre sur lejdd.fr le 16 octobre : « On ne peut pas rĂ©duire TF1 Ă de lâabrutissement et Ă de la dĂ©linquance. Le jugement dâArnaud Montebourg nâest pas admissible. Cela Ă©quivaut Ă traiter les patrons de chaĂźnes et le public de voyous ! Pour un homme politique, câest comme mĂ©priser et insulter quelquâun qui a votĂ© contre son camp. » Une faute dâautant plus grave que, dit-il, « ceux qui critiquent TF1 ne voyagent pas, il y a dans le monde des tĂ©lĂ©visions privĂ©es bien pires ». Et comme le pire est ailleurs, câest une raison suffisante pour rĂ©habiliter les patrons, ces mal-aimĂ©s : « Les patrons de TF1 et de France TĂ©lĂ©visions savent quâils ont une responsabilitĂ© morale et sociale, ils ne sont pas lĂ pour faire seulement de lâaudience. » Conclusion : « MĂ©priser TF1, câest mĂ©priser ceux qui y travaillent et la regardent. » Nul mĂ©pris pour les tĂ©lĂ©spectateurs, dans les programmes de TF1. Et tout critique de TF1 est inĂ©vitablement mĂ©prisante : cela va de soi et la dĂ©fense du statu quo avec !
â Isabelle Veyrat-Masson, chercheuse au CNRS, accorde un entretien Ă Rue 89 le 5 octobre 2010. Comme les questions lâincitent Ă le faire, elle prend ses distances avec les propos de Montebourg et dissĂšque ses motifs. : « [âŠ] ça fĂ©dĂšre les gens de gauche de taper sur TF1. [âŠ] Et le fait de critiquer les mĂ©dias, et particuliĂšrement la tĂ©lĂ©vision, et plus encore TF1, est un sport national, qui rapporte. [âŠ] Il appuie sur un vrai problĂšme, les liens de proximitĂ© entre Martin Bouygues et Nicolas Sarkozy. Ăvidemment, il va dans le sens du poil, surtout actuellement oĂč l’on parle beaucoup des liens entre politique et pouvoir Ă©conomique. [...] Il parle de Koh-Lanta oĂč rĂšgne la loi du plus fort, et il est sĂ»r de faire mouche. Koh-Lanta ne plaĂźt pas Ă©normĂ©ment Ă mes camarades profs du Snes ou de la CGT [...] Montebourg sait que ce qu’il fait est rentable : il s’adresse d’abord Ă des gens politisĂ©s, des gens plutĂŽt engagĂ©s, qui pensent comme lui. [...] Montebourg prend le risque de ne plus ĂȘtre invitĂ© sur TF1, c’est perçu comme un acte courageux par les gens de gauche, c’est un rĂ©sistant [...] » Comme si la fonction attribuĂ©e, avec hauteur, Ă un discours politique tenait lieu dâexamen de sa pertinence. Suit une Ă©bauche dâanalyse : « C’est trĂšs important de rappeler que TF1 ne peut pas se permettre d’avoir un discours de droite clair, il perdrait la moitiĂ© de ses clients »Câest exact, mais cela ne dit rien des valeurs diffusĂ©e par TF1 ni des effets de sa privatisation sur les programmes des autres chaĂźnes. Ayant ainsi exonĂ©rĂ© TF1, notre chercheuse peut concĂ©der en une seule phrase : « Le vrai problĂšme que soulĂšve Montebourg est le conflit d’intĂ©rĂȘts majeur : la premiĂšre chaĂźne de France appartient Ă un groupe qui dĂ©pend en partie des contrats que lui passe l’Etat. » Donc ?
Et pour finir, une (quasi) exception :
â Jean-Marie Charon, sociologue au CNRS, est lui aussi, comme François Jost, sur Europe 1 le 4 octobre 2010. Il commence, au tĂ©lĂ©phone, par appuyer le jugement trĂšs sĂ»r de son confrĂšre : « Ăcoutez je pense que sur le fond je suis assez d’accord avec François Jost. Effectivement, partir comme ça sur des propos trĂšs gĂ©nĂ©raux, stigmatiser une chaĂźne sans entrer dans l’analyse dĂ©taillĂ©e de ce que sont concrĂštement les contenus des ses programmes et notamment les contenus d’information, ça n’a pas beaucoup de sens. »
Mais, il ne refuse pas totalement dâĂ©voquer les vellĂ©itĂ©s des dirigeants socialistes (nous y reviendront plus loin) :
- Jean-Marie Charon : « [...] Et puis il y a un peu l’annonce d’une rĂ©forme qui serait - c’est un peu surprenant d’ailleurs l’annonce de cette rĂ©forme parce que finalement la promesse qu’avait faite Lionel Jospin devant le parlement en 97. Cette fameuse question de la propriĂ©tĂ© des mĂ©dias⊠»
- Nicolas Demorand : « Qui est une vraie question politique tout de mĂȘme Jean Marie Charon. »
- Jean-Marie Charon : « Câest une vraie question politique. Mais ça ne suffit pas de le dire puisque prĂ©cisĂ©ment la gauche a Ă©tĂ© aux affaires de 97 Ă 2002 et elle n’a pas fait cette rĂ©forme. »
Pourquoi donc ? La suite semble excuser cette inaction par des difficultés, certes indéniables, mais présentées comme si elles étaient infranchissables.
- Jean-Marie Charon : « Et elle n’a pas fait cette rĂ©forme parce qu’elle est extrĂȘmement compliquĂ©e Ă mettre en Ćuvre techniquement, parce que cette question de la liaison entre la propriĂ©tĂ© des mĂ©dias et les activitĂ©s des propriĂ©taires qui seraient dĂ©pendants de la commande publique - en admettant d’ailleurs que l’on prenne un texte demain qui indiquerait cette loi - on se retrouvait dans le mĂȘme contexte que lorsque la gauche a fait cette loi sur le pluralisme de la presse, vous savez ca devait ĂȘtre en 84, oĂč elle pensait rĂ©gler la question du groupe Hersant et en fait elle s’est heurtĂ©e Ă la non-rĂ©troactivitĂ© de la loi qui fait que la situation existante resterait de toute façon. »
Comme sâil Ă©tait impossible dâabroger la reconduction de la concession Ă Bouygues jusquâen 2023 et dâabroger la loi prĂ©cĂ©dente au moment de mettre un terme Ă cette concession.
Pour TF1, les plaidoyers des « spĂ©cialistes-mĂ©dias » des mĂ©dias
CoincĂ©s entre les « cadors » et/ou les vieux routiers et les « experts », les « spĂ©cialistes-mĂ©dias » des mĂ©dias ont pour principales ressources leur rĂ©activitĂ© et un talent d’Ă©chotiers un peu plus affirmĂ© que leurs capacitĂ©s Ă dĂ©fendre des causes difficiles.
â Renaud Revel, « rĂ©dacteur en chef Ă LâExpress, oĂč il est en charge, notamment, de la rubrique MĂ©dias » (et auteur dâun livre dâentretiens avec Alain et Patrice Duhamel dont on se doute quâil nâest guĂšre sulfureux) s’empresse dâenfiler lâhabit dâavocat de TF1 le 29 septembre 2010 en morigĂ©nant « Arnaud de [sic] Montebourg » qui, selon lui, a eu des propos « outranciers, caricaturaux et datĂ©s ». Et, pĂ©remptoire, dâaffirmer : « On peut en effet reprocher beaucoup de choses Ă cette chaĂźne [âŠ] mais sĂ»rement pas dâĂȘtre un mĂ©dia militant ancrĂ© Ă droite. Câest absurde. » AprĂšs la rĂ©ponse, la question, quelques jours plus tard : toujours dans son blog, le 5 octobre 2010 Renaud Revel se demande sĂ©rieusement « TF1 est-elle une chaĂźne de droite ? » Cette angoissante question appelle une rĂ©ponse rassurante :« Une analyse rapide permet de constater [...] que malgrĂ© la proximitĂ© de Nicolas Sarkozy [âŠ] cet industriel [Martin Bouygues] nâa rien gagnĂ© avec la victoire de son ami Ă la prĂ©sidentielle de 200 ». Rien gagnĂ© ? Comme si la suppression en 2009 de la publicitĂ© sur les chaĂźnes publiques aprĂšs 20 h. (ainsi que le maintien du sous-financement chronique de l’audiovisuel public) avaient Ă©tĂ© un coup dur pour TF1 [9].
Et sâil est vrai que TF1 ne prend pas systĂ©matiquement le parti de la droite, comment situer les valeurs dont nombre de ses programmes, non seulement dâinformation, mais aussi de divertissement, font la promotion ? Quâimporte Ă Renaud Revel qui avertit solennellement : « Et la gauche Ă mon sens devrait faire preuve de retenue et de pudeur, de sâabstenir de menacer ainsi TF1 dâune loi qui instaurerait de nouveaux seuils de concentration dans un paysage audiovisuel dĂ©jĂ terriblement corsetĂ© de textes et dâobligations en tous genres. » Puis la virulence menaçante monte dâun cran : « la "fatwa" de Montebourg et consorts a quelque chose de surannĂ© et de dĂ©testable. Avec cette sortie, lâintĂ©ressĂ© renvoie son camp Ă des pratiques [lesquelles ?] et une pĂ©riode [laquelle ?] que lâon pensait rĂ©volues. » Enfin, moment dâintense Ă©motion, avec cette vibrante assertion : « TF1 est fragile. » On est ainsi invitĂ© Ă ne pas toucher Ă la porcelaineâŠ
â Emmanuel Berretta â sorte dâĂ©quivalent de Renaud Revel au Point - lorsqu’il ne donne pas des leçons de morale [10], enfile Ă©galement pour TF1 la robe noire de lâavocat de la dĂ©fense dans lepoint.fr le 4 octobre 2010 en enquĂȘtant sur « toutes les dĂ©cisions du CSA depuis 1996 [âŠ] » Conclusion rassurante « [âŠ] on ne note pas de comportement particuliĂšrement dĂ©linquant du cĂŽtĂ© de la Tour de Boulogne [cette tour est le siĂšge de TF1]. » Puisque câest le CSA qui le « prouve » ! Et le lendemain, le 5 octobre 2010 donc, Emmanuel Berretta appuie le courrier de Nonce Paolini du 5 octobre 2010 tout en continuant Ă cĂąliner la partie adverse : « Une lourde accusation [de Montebourg] dont l’examen des faits avait montrĂ© des limites, du moins sur l’aspect rĂšglementaire.[...] Compte tenu du tempĂ©rament boutefeu d’Arnaud Montebourg, il n’est pas exclu que la rĂ©ponse de TF1 donne lieu Ă un nouveau courrier incendiaire... » Puisque le CSA ne proteste pas, il est interdit de protester contre TF1⊠et contre le CSA.
Autour de TF1, petit braquet, freinage et rétropédalage du PS
Sur la route bien vide des prises de position des responsables politiques, un seul peloton cycliste est en selle : une Ă©quipe du Parti socialiste. Ne prenant au mieux que trĂšs timidement le relais de leur secrĂ©taire national Ă la RĂ©novation, certains de ses partenaires vont mĂȘme jusquâĂ lui adresser quelques coups dâĂ©paules bien sentis.
â Dans des propos rapportĂ©s par lefigaro.fr le 4 octobre 2010, le porte-parole du Parti Socialiste, BenoĂźt Hamon, tente de « recentrer » le dĂ©bat : « Nous, nous disons qu’il est temps d’en finir avec ces formes de concentrations qui existent dans l’univers des mĂ©dias oĂč des entreprises qui vivent de la commande publique sont celles aussi qui possĂšdent des mĂ©dias [âŠ] Nous sommes favorables Ă une loi anti-concentration qui Ă©vite que demain les entreprises qui vivent de la commande publique soient aussi celles qui contrĂŽlent les grands mĂ©dias, sachant que les grands mĂ©dias sont ceux sur lesquels passent les responsables politiques [...] » « Demain », câest quand ? Et quand cela sâappliquerait-il Ă Bouygues ?
â Patrick Bloche, dĂ©putĂ© et secrĂ©taire national du PS aux mĂ©dias, interviewĂ© par liberation.fr le 7 octobre 2010, fait Ă©tat de rĂ©elles difficultĂ©s lĂ©gislatives : « En 2008, la concession de TF1 a Ă©tĂ© renouvelĂ©e pour dix ans. Et par un petit "mĂ©canisme", celle-ci est mĂȘme prolongĂ©e jusquâen 2023. » Puis, comme sâil Ă©tait impossible dâabroger « le petit mĂ©canisme » : « Nous ne sommes donc pas en capacitĂ© dâintervenir. » La suite, pour le moins confuse, semble justifier une injustifiable prudence : « Et nous ne pouvons pas non plus demander Ă TF1 des efforts sur ses programmes sous peine de la priver de sa concession. » Et alors ? Ne serait-il pas temps de priver Bouygues de sa concession ? Patrick Bloche Ă©voque enfin une proposition de loi qui nâavait aucune chance dâĂȘtre retenue (et qui avait Ă©tĂ© oubliĂ©e quand la gauche plurielle Ă©tait aux commandes) : « Nous avions dĂ©fendu, il y a un an, une proposition de loi contre ces concentrations dans les mĂ©dias, un mĂ©lange des genres qui nâexiste quâen France et en Italie. Il sâagissait dâinterdire aux grands groupes vivant de la commande publique de dĂ©tenir des mĂ©dias. Nous voulons couper ce lien indĂ©cent. » MĂȘmes questions quâĂ BenoĂźt Hamon : Quand ? Et quand cela sâappliquerait-il Ă Bouygues ?
â François Hollande, plutĂŽt que de se prononcer sur le fond, prĂ©fĂšre dispenser un cours de maintien , comme on le comprend Ă la lecture dâune dĂ©pĂȘche AFP le 12 octobre 2010 [11] : « Je ne suis pas non plus en train de stigmatiser tel ou tel ou d’accuser tel ou tel, chaĂźnes ou responsables. Il y a un moment oĂč il faut savoir se tenir [âŠ] il y a des critiques Ă faire sur TF1 mais de lĂ Ă parler de dĂ©linquance, ce n’est pas encore mon sujet ». « Pas encore » ? Mais, Ă nâen pas douter, cela ne tardera plusâŠ
â Enfin Ă lâoccasion dâune sortie dans LâExpress du 20 octobre 2010, Michel Rocard tente dâĂ©lever le dĂ©bat. « Montebourg se trompe de discours. LâidĂ©e que TF1 soit partiale, si câest le cas, est parfaitement secondaire, par rapport au fait que cette chaĂźne peut se rĂ©vĂ©ler complice dâune dĂ©tĂ©rioration de la capacitĂ© de pensĂ©e de la sociĂ©tĂ© en nâexpliquant pas les choses doctement. Tout mĂ©dia qui respecterait les exigences de lâintelligence et de lâinformation, mĂȘme si câest au nom dâune vision de droite, favoriserait le civisme et la participation politique. Or rĂ©duire cette question Ă quelques mots chocs qui font Ă©chos dans les mĂ©dias ne fait guĂšre avancer le dĂ©bat »âŠ que Michel Rocard fait avancer, sans formuler la moindre proposition.
Cette plongĂ©e dans les sables mouvants des commentaires montre que « l’affaire Montebourg contre TF1 » a ouvert une de ces confrontations-piĂšges qui Ă©vitent le cĆur des problĂšmes. Certes, il nâest pas facile de revenir sur le report de la concession Ă Bouygues jusquâen 2023. Pourtant ce nâest pas impossible. En tout cas, il ne suffit pas de sâen remettre (quand on le fait) Ă une nouvelle loi sur les concentrations qui Ă©pargnerait le propriĂ©taire de TF1. Mais surtout aucun des intervenants dans cette « affaire » nâa songĂ© remettre en cause la privatisation de TF1 en 1987. Or ce qu’une loi a fait en 1987 (la privatisation de TF1), une autre loi peut le dĂ©faire. Non seulement la gauche dite « de gouvernement » (qui a Ă©tĂ© au pouvoir de 1988 Ă 1993 et de 1997 Ă 2002) n’a rien fait pour abolir, dâ une façon ou dâune autre, le privilĂšge de l’exploitation de TF1 accordĂ© au groupe Bouygues en 1987 par le gouvernement Chirac, mais tout laisse penser quâelle a renoncĂ© Ă le faire (jusquâen 2023 ?). Une gauche de gauche, elle, nâabdiquerait pas et se donnerait pour objectif la dĂ©-privatisation de TF1, sans laquelle aucune appropriation dĂ©mocratique des mĂ©dias ne peut aboutir.
Nicolas Boderault et Didier Duterrier
ComplĂ©ment d’information. Lire sur le blog d’Arnaud Montebourg « Pourquoi TF1 est “une chaĂźne de tradition dĂ©linquante par rapport Ă ses obligations” ? ». un billet qui prĂ©sente, en fichiers .pdf, deux mĂ©moires dĂ©posĂ©s devant le CSA en 1996.