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L’actualité des médias n°49 (11 mars-12 avril 2006)

par William Salama,

Diversifications privées, inquiétudes publiques - Gratuits en fête, TNT en fanfare - Dépendances et profits.

I. Médias audiovisuels

1. Radios

- Radios publiques : RFI en grève. Panier garni... « Absence de projet d’entreprise de la direction », précarité (« près d’un tiers de l’effectif est CDD, pigiste ou cachetier »), « motion de défiance » contre Antoine Schwartz (président) ont donné lieu à plusieurs « préavis de grève » successifs à RFI (Libération du 1er avril 2006). C’est la « deuxième fois depuis son arrivée à la tête de la radio, en 2004, que le PDG se voit signifier un manque de confiance du personnel  » précisait (Stratégies Newsletter,3 avril 2006). Le vendredi 7 avril 2006 le « personnel » poursuivait encore le mouvement de grève, demandant « "d’urgence" la nomination d’un médiateur afin de sortir de « l’impasse sur la question des précaires" » (Stratégies Newsletter, 10 avril 2006).

France Bleu a également été en proie à des vicissitudes : 380 animateurs réclamaient la prime (269 euros) donnée à l’occasion du passage à la numérisation qu’ils n’ont pas eu l’heur de percevoir, contrairement aux journalistes et techniciens de la Maison de la Radio. D’où grève rapide mais « mobilisation importante » puis « confusion » lors de la reprise le travail le 14 mars 2006. Quand la CFDT, la CGC et le SNJ CGT levaient le préavis malgré l’échec et que « seule la CFTC » maintenaient le « mot d’ordre de grève pour l’obtention de cette prime » (Libération 15 mars 2006).

- Radios commerciales (1) : Skyrock engrange les fruits de la diversification. Skyrock est une radio qui a pensé à se diversifier [1].

La radio de Pierre Bellanger s’est valorisée grâce aux blogs (« développement [...] exponentiel » Les Echos 28 mars 2006) qui attirent les cibles de moins de 30 ans sur ses sites rabatteurs (ici, Skyblog), lesquels détroussent peu à peu les médias traditionnels de leur publicité. Demandant à être vendue, ses 4 millions de blogs intéressaient donc forcément un fonds d’investissement. Tel Axa Private Equity qui a donc acheté Skyrock...

- Radios commerciales (2) NRJ digère mal les fruits de la diversification et le syndicalisme. Son résultat d’exploitation chutant en raison du « poids des investissements consentis dans ses nouvelles activités », le groupe (NRJ, Chérie FM) doit publiquement réaffirmer « sa confiance dans le potentiel de croissance apporté par sa diversification » (La Tribune, 30 mars 2006). Mais côté jardin, NRJ donne moins dans la « confiance », si l’on en croit cette information, lue sur le site du point.fr (29 mars 2006) : « En 25 ans d’existence, le groupe NRJ n’avait jamais eu de délégué syndical. Cette lacune vient d’être comblée. L’impétrant n’est autre que le beau-frère de Jean-Charles Mathey, ex-numéro 2 du groupe, violemment débarqué par Jean-Paul Beaudecroux, le PDG, au début de l’année. Depuis que cette “affaire” a été rendue publique, la vie au travail serait devenue infernale pour le beau-frère de Mathey. Il a donc décidé de se placer sous la protection du statut de délégué syndical... CGT. »

- Radios associatives - Alerte et résistances. Contre, notamment, une réforme de leur mode de financement qui menaceraient certaines d’entre elles de disparition « tandis que d’autres en viendraient à accepter davantage de publicité, et donc à basculer du côté des radios commerciales » - (« Radio : les associatives se rebiffent », Libération du 25 mars 2006). Lire ici-même : « Radios associatives en danger de mort »

2 - Télévisions

- France Télévisions (1) : l’étau se resserre. France Télévisions est à nouveau attaqué par un vilain audit. Celui-ci émane de la très redoutable IGF (Inspection générale des Finances) qui préconise (prenez votre souffle) « la fermeture de la filiale de production de France 3, la réduction de 13 à 6 des directions régionales de cette chaîne, une diminution des effectifs de 1 000 personnes sur un total de 11 000 salariés et une fusion des rédactions de France 2 et France 3 ». De Carolis dit s’y opposer cependant que la CGT craint « "un plan social" » (Le Figaro, « France Télévisions secoué par un nouvel audit », 21 mars 2006). Lire, dans « L’actualité des médias n°47 », « Un bel audit accablant ».

- France Télévisions (2) : Redevance insuffisante = privatisation rampante ? - Fin 2005, le gouvernement expliquait que la redevance TV réformée (adossée à la taxe d’habitation pour la rendre « lucrative ») remplirait (un peu) les caisses. Or le facteur sonne toujours deux fois : « Le "léger surplus" de 15 M€ enregistré à la fin 2005 ne tenait en effet pas compte du traitement à venir des plus "de 674 000 réclamations ». Bref, voici revenu pour la redevance, le « " risque de se révéler "moins rentable que prévu" », et même de se solder par un manque à gagner de 60 millions d’euros selon le Snui, premier syndicat de la Direction générale des impôts (Communiqué). Il n’y a pas de hasard, Jean-François Copé, porte parole du gouvernement, en éclaireur se disait : « prêt à accorder plus de publicité à France Télévisions » au Monde, le 31 mars 2006... Lire également, dans « L’actualité des médias n°47 » « L’appel du Figaro à la privatisation ».

- TV5 : un nouveau président. François Bonnemain (conseiller d’une filiale de Lagardère) reprend la présidence de TV5 Monde délaissée par Jean-Jacques Aillagon. Le Monde du 12 avril 2006 a le mérite d’être clair : « François Bonnemain, du journalisme au chiraquisme ».

- M6 : L’important c’est d’être constant. Depuis des années, dès qu’un micro se tend, Nicolas de Tavernost le PDG de M6 n’a de cesse de réclamer le droit à plus de publicité. Dernière supplique en date dans Le Figaro du 10 mars 2006 : « Il faut absolument que l’on regarde comment augmenter la publicité sur les chaînes commerciales, seule façon de maintenir un secteur audiovisuel fort [...] En temps de patriotisme économique, le patriotisme audiovisuel passe par un renforcement des ressources [...] ».

A cette antienne, il faudra rajouter un « autre sujet » : le droit à croquer chez les télévisions locales. « Pourquoi nous limiter à 33% dans le capital de ces chaînes, plus connues pour leurs dépôts de bilan que pour leurs scores d’audience ? », demande charitablement le PDG. Il est vrai que la fusion TPS-Canal Plus, qui va obliger le groupe à compenser 200 millions d’euros que lui apportaient ses 34% dans TPS (il en garde 5,1%), incite à la prévoyance. Et suivant l’exemple général (TF1, par exemple), Nicolas de Tavernost mise aussi sur la diversification : « Nous avons deux ans devant nous, et nous avons déjà trouvé 130 millions avec le mobile, la presse gratuite et le site Internet Mistergoodeal » [2].

- Chaînes thématiques (2) : en recul. Entre septembre 2005 et février 2006, les chaînes thématiques ont perdu « du terrain face aux hertziennes » examine Le Monde (15 mars 2006) le nez sur le Mediacabsat. Selon Les Echos, 20 Mars, ces quelques statistiques « ont fait l’effet d’une bombe » : « Une part d’audience globale de 64 % contre 36 % [aux thématiques]. Il y a six mois, le rapport était encore de 62,8 % contre 37,2 % ». Responsables ? La TNT, qui a « comblé le vide qui existait dans l’offre sur le réseau hertzien », laquelle le vent en poupe se fait fêter en « fanfare » (Aujourd’hui en France, 30 mars 2006 ) sa première année ; et la concentration du secteur qui « devrait profiter aux grands éditeurs TF1, M6, France Télévisions et Lagardère », même si, sur le moyen terme - important en ces temps de fluctuation conjoncturelle du prix des espaces publicitaires - on constate une « baisse de l’audience de TF1 et de M6 en mars 2006 sur un an » (Les Echos, 4 avril 2006). Et cela ne devrait pas s’arranger pour les thématiques car après la concentration de TPS-Canal Plus, voici celle « défensive » du câble français : le fonds d’investissement Cinven (Numéricâble) a racheté UPC-Noos réunissant ainsi l’ensemble du parc (Les Echos, 24 mars 2006). Reste aux chaînes thématiques à réclamer, elles aussi, « une meilleure régulation » (« le Sirti veut des garanties pour les chaînes indépendantes » Les Echos, 12 avril.) Deux décrets sont prêts (Les Echos du 27 mars 2006).

- Chaînes thématiques (2) : Le Groupe AB contre le quasi-monopole. Claude Berda, le Président du groupe AB s’inquiète ainsi du « "quasi-monopole" Canal Plus-TPS » (et Lagardère et M6) au regard de son bouquet ABSat, et de ses chaines de la TNT dont l’une est pourtant co-contrôlée avec TF1 (NT1, 10 % de l’audience dans les foyers selon une enquête) : « Nous exigerons de pouvoir distribuer la totalité des chaînes  », résume-t-il, réclamant «  en tant que distributeur indépendant, avec - y compris Canal Plus - à des conditions de marges équitables. En tant qu’éditeur de chaînes, nous demanderons aussi à être distribués dans des conditions non discriminatoires. » (La Tribune du 17 mars 2006).

- Télévisions locales parisiennes : Lancement de la Consultation avant attributions. Pour un lancement prévu pour le début 2007, des gros intérêts se positionnent pour prétendre au dépôt de dossier de candidature relative à l’attribution des six licences des télévisions locales numériques. Se sont fait connaître au CSA : « France Télévisions, TF1, M6, des chaînes de la TNT comme NRJ, des opérateurs de télécommunications comme Bouygues Telecom, le câblo-opérateur NCNuméricable, les diffuseurs techniques TDF, Towercast, RTE Diffusion, l’association des chaînes thématiques Acces, certains de ses membres comme Coriolis TV, un producteur (Jean-Luc Azoulay), des télévisions locales (Télessonne), sans oublier deux groupes de presse : Le Nouvel Observateur et Amaury pour Le Parisien » (Les Echos 9 mars 2006).

II. Presse écrite

1. Presse Quotidienne Nationale

- Audiences : la fête des gratuits, la fête aux payants. Cru OJD 2005 aux multiples critères ... En diffusion payée Le Figaro reste premier (-1,35%) mais en lecture au numéro moyen L’Equipe est toujours en tête, avec 2,4 millions de lecteurs. Le même jour, dans ses pages médias, Le Monde se félicitait d’être « resté le premier quotidien national ». Ce qu’il faut retenir est assez cruel : le recul de la diffusion des quotidiens nationaux (-1,95%) et régionaux (-1,49%) et l’entrée des quotidiens gratuits dans le Panthéon. Ainsi 20 Minutes s’installe en 3e position avec 1,88 million de lecteurs tandis que Metro est lu par 1,3 million de lecteurs, derrière Le Parisien (1,7 millions de lecteurs).

-  France Soir  : l’histoire sans fin... Le 13 mars 2006 Arcadi Gaydamak l’homme d’affaires« controversé  » [3], aux quatre nationalités (française, israélienne, angolaise et canadienne), nouveau propriétaire du groupe de médias russe Moscow News, (Le Monde,15 mars 2006) prenait « le contrôle total » de Presse Alliance, société éditrice de France-Soir, [court-circuitant] l’administrateur judiciaire en charge de lui trouver un repreneur » parmi 3 autres offres.

Vu la situation de France-Soir, ses promesses tiennent du berlusconisme, il « [...] se propose en effet de garder tous les salariés (115). Et aussi de développer autour du quotidien, un site Internet, de lancer un gratuit consacré aux loisirs le week-end, et de réactiver feu le projet d’un France Soir international. ». Méfiant, contrairement aux « salariés qui défendent le projet Gaydamak (Le Monde, 12 avril 2006), le tribunal de commerce de Lille n’a de cesse de repousser son aval. Le 8 avril, il attendait encore l’avis de « la cellule de renseignement du ministère des Finances sur le blanchiment d’argent, pour faire vérifier l’origine des fonds que Gaydamak compte investir dans le journal » (Libération).

- Verdict (13 avril 2006) ... Le tribunal de Lille a décidé de ne pas accorder sa confiance au repreneur miracle venu d’ailleurs mais de privilégier un autre projet, celui d’un « homme d’affaires » Jean-Pierre Brunois et de Olivier Rey « l’"alcoolique et proche du Front National" », comme le dépeint aimablement Libération (13 avril), « associés à la journaliste Christiane Vulvert au sein de la société VME Patrimoine » (nouvelobs.com, 13 avril). Ils promettent d’essorer la rédaction de la moitié des « 51 salariés, sur les 117 que compte actuellement le quotidien » (Stratégies Newsletter du 13 avril). Lesquels se sont aussitôt mis en grève.

Olivier Rey déclare : « "Nous allons essayer d’ouvrir le dialogue avec les salariés qui restent, et essayer d’être intelligents de notre côté. J’espère que l’intelligence sera réciproque" » (nouvelobs.com, 13 avril). Il ajoute : "Comment voulez-vous sauver un journal qui perd aujourd’hui 800.000 euros par mois avec 118 salariés, 22 pigistes réguliers et 60 occasionnels ?"  » (nouvelobs.com, 13 avril). Soit. Mais ce n’est pas gagné : « Jean-Marie Charon : « Pour relancer le journal, il faut 100 millions d’euros » (Le Figaro du 13 avril). Et certainement pas en refaisant le même journal, puiqu’il s’agirait de « faire de France Soir un tabloïd populaire » (CB Newsletter du 13 avril). En clair, pire qu’hier et avec moins de personnel...

- Un concurrent (re)-venu du Monde. Ainsi parle Edwy Plenel : « La normalisation économique du Monde [dont chacun sait qu’elle a commencé avant le départ de ce dernier et avec sa son accord - note d’Acrimed] a provoqué une normalisation éditoriale. Les meilleures pages aujourd’hui relèvent d’un magazine, pas d’un quotidien qui doit bousculer l’agenda politique par la qualité de ses informations et la défense de ses valeurs. En arrière-plan de la recapitalisation, les dirigeants actuels du Monde ont des liens forts avec un des candidats potentiels à la prochaine présidentielle, Nicolas Sarkozy  ». Et de se proposer pour créer « quotidien du XX1ème siècle [...] sur le modèle du Wall Street Journal, ce projet serait haut de gamme et très sélectif sur le contenu. Et hautement payant sur l’Internet, ce dernier vecteur proposant plus de contenu que le papier.  » [Interview intégrale sur le site de Presse news (lien périmé - août 2010)].

Lire également, ici-même : « Sarkozy, consultant du Monde ? Colombani allié de Sarkozy ? Edwy Plenel accuse...  »

-  Le Monde se déchire ... Le coup de griffe de Plenel a été précédé d’une missive-missile éclaireuse de journalistes du Monde Hervé Gattegno et Laurent Mauduit (que le site Internet de L’Express a seul relayé le 14 mars). Sous le titre « Quel quotidien faisons-nous ? Mérite-t-il encore l’appellation de journal de référence ? », ils estiment avec force exemples que « l’ambition collective de faire ensemble, jour après jour, notre métier de journaliste s’est dissoute dans de vaines querelles de personnes et d’ambition, qui abîment les processus de décision, démobilisent la rédaction et brouillent son image éditoriale » et concluent par le constat que leur quotidien « ne serait plus qu’une entreprise ; celui de journalistes qui auraient baissé la tête  ».

« Les remous ne portent pas sur les grandes manœuvres capitalistiques du groupe de presse, même si les dernières initiatives de son directeur, Jean-Marie Colombani, proposant la création d’un holding regroupant les journaux du Midi avec ceux de Lagardère, se heurtent à l’hostilité d’une partie de l’entreprise et du SN. » commente pourtant L’Express.

Henri de Bresson, l’actuel rédacteur en chef adjoint de la rubrique « France » du Monde, riposte en les accusant (avec Edwy Plenel) d’avoir « participé en première ligne à un système qui a laissé des services entiers exsangues, compte tenu de la perte de lecteurs et de la déroute financière que vous nous avez laissée en héritage ».

-  Le Figaro  : stratège marketing. A quelques semaines du Mondial de football, du Tour de France, etc... et parce qu’un « bon tiers  » des lecteurs le trouvait contre performant sur le domaine du compte-rendu sportif, Le Figaro a enrichi son offre éditoriale et sa pagination (donc ses espaces publicitaires) en créant le 3 avril 2006 un cahier de 8 à 16 pages. Selon Luciano Bosio, le directeur général de Publiprint, régie publicitaire, en charge des études marketing et de la stratégie, il entend « poursuivre la politique des cahiers » (nouvelobs.com, 15 mars 2006).

Moins sport. Le quotidien de Dassault n’est pas qu’un bâtisseur de thunes, un supplément créé chasse l’autre (avec les journalistes) : « sur les 12 salariés, le Figaro national conserverait deux correspondants permanents à Lyon, ainsi qu’un pigiste en culture. Restent sur le carreau neuf personnes  » (« Le Figaro met un point final à son supplément Lyon »  ; Libération du 8 avril 2006).

Décidément en pointe dans le marketing, le quotidien s’enorgueillit, le 18 mars 2006, d’innover en la matière (intensifier « sa stratégie d’innovation en matière de promotion »). Le but consiste à collecter et cumuler des preuves d’achats de la livrée quotidienne afin de s’offrir des gadgets numériques. Carrefour, l’enseigne de distribution, gros annonceur, est le partenaire.

Enfin, en phase avec sa stratégie Internet, Le Figaro propose désormais aux internautes son beau journal en version pdf (payant).

- « Gratuits » : naissances et diversifications. La prolifération se poursuit, grâce à la reddition des « payants ».

- « Metro lancera le 20 mars 2006 une édition "Côte d’Azur" diffusée à 30 000 exemplaires de Nice à Cannes » (Stratégies Newsletter, 17 mars 2006).
- 20 Minutes [4] va bien « 10% au-dessus de nos prévisions et enregistrons 40% de plus de rentrées [publicitaires] qu’en mars 2006 2005 » (Le Figaro, 24 mars 2006). Il espère « atteindre l’équilibre cette année », et comme les payants, il fait le « pari de l’Internet » (La Tribune, 24 mars 2006).
- Vincent Bolloré lancera en septembre, après un test en juin, son quotidien gratuit Direct Soir (à Paris et autant dans plusieurs villes de province) - CB Newsletter, 3 avril 2006. C’est Le Monde qui va apprécier ...
- Le Figaro discute avec TF1 « actionnaire à 34% de Métro » pour le sien, mais ne s’interdit pas de se maquer avec 20 Minutes (Stratégies Newsletter 6 avril 2006).
- L’hebdomadaire parisien de petites annonces Paru Vendu a été reconnu comme un journal gratuit d’information par l’OJD, « l’organisme de référence pour la certification des chiffres de tirage, de diffusion et de distribution de la presse française  ». Il est consulté par 1,1 million de personnes de plus de 15 ans (selon un sondage, pas l’Ojd) - Stratégies Newsletter, 4 avril 2006.

2. Presse Magazine

- Le Fonds d’investissement Sagar achète. Le fonds d’investissement Sagar déjà possesseur du Moniteur s’est payé Territorial, un groupe spécialisé dans la presse destinée aux collectivités territoriales. : « 400 titres publiés, [...] 60 salariés à Voiron (Isère) et réalise un chiffre d’affaire de 12 M EUR. » (Afp, 15 mars 2006). Son fondateur et vendeur M. Mahier nous émeut : « S’allier avec son concurrent ne constitue pas une stratégie exceptionnelle [...] mais permettra [...] de se consacrer exclusivement au lancement de nouveaux projets, plutôt que de s’épuiser dans une concurrence qui s’est traduite ces dernières années par des surenchères coûteuses » (Afp, 15 mars 2006).

- Bayard Presse lorgne les seniors. Le marché publicitaire des seniors prospère lire « Presse Magazine senior - Bayard mise sur les listings stratégiques ». Leur mensuel Pleine Vie est davantage « dans la ligne de mire de Bayard Presse » (Les Echos du 4 avril 2006). Et s’il l’acquiert avec ses « 440 000 abonnés par mois » (Le Figaro, 22 septembre) le groupe aura ainsi un petit monopole sur le segment des papivores oisifs grâce à Notre Temps.

3. Presse régionale

- Nouvelle République, Midi ... libre , Gazettes. Petites nouvelles de la presse régionale.

- Plus de doutes, « Le Monde et HFM veulent créer un pôle commun de PQR dans le sud » confirment Les Echos du 21 mars 2006. Surveillons le plan social qui en découlera après le « racket » que suggère l’information qui suit : « Comme le craignaient les syndicats des Journaux du Midi, Le Monde s’apprêterait à demander le 23 mars 2006 de pouvoir faire remonter 18 millions d’euros de bénéfice au niveau du groupe » (Stratégies Newsletter, 24 mars 2006)

- Ses recettes en berne sont-elles propices aux embauches ? La Nouvelle République du Centre-Ouest travaille sur une édition dominicale pour l’automne et « diversifie ses ressources » en investissant et lançant TV Tours sa chaîne de télévision locale qui n’attend que les annonceurs (Les Echos, 27 mars 2006).

- Après La Gazette de Montpellier, naissance de La Gazette de Sète dont le rédacteur en chef est Alain Rollat, ancien journaliste au Monde et le patron : Pierre Serre. Selon Libération (10 mars 2006), La Gazette « asticote Le Midi Libre » (du Monde) et Pierre Serre promet : « Sans faire mystère de ses penchants frêchistes, Pierre Serre affirme toutefois que « les recettes venant des institutions représentent moins de 8 % du chiffre d’affaires de la Gazette », et qu’il peut « à tout moment [se] fâcher avec qui [il] veut ». La Gazette de Sète aura-t-elle le mordant de L’Accroche, le mensuel associatif et indépendant de Montpellier ? A suivre...

III. Et pour finir : Dépendances et profits

- Pression des annonceurs (1) - Un grand pas vers l’indépendance ? C’est ce que proposait une note scandaleuse et stupide de la direction de Prisma Presse [5] (car gravant dans le marbre ce qui relève des mœurs actuelles) à l’attention des ses journalistes « journalistes [...] désormais priés de s’engager ¬ par écrit ¬ à ne pas publier d’ouvrage comportant une orientation ou interprétation politique, [et de...] promettre de ne pas mettre en cause des partenaires ou annonceurs du groupe  » (Libération 22 mars 2006). Protestations, démentis, retrait. Trop tard, c’est sorti.

- Pression des annonceurs (2) - Canal Plus punit L’Equipe . On ne rigole pas avec le sport. Le 25 mars 2006 L’Equipe Magazine publie une enquête peu fair play : "Le dossier noir du PSG". Quelle mouche l’a donc piqué ? Car le groupe Canal Plus, encore propriétaire à l’époque du club (il vient de le céder à un fonds d’investissement, le 12 avril 2006), de suspendre « jusqu’à nouvel ordre » ses annonces publicitaires dans les titres de L’Equipe (Afp, 31 mars 2006).

- JT de France 2 : cuisines et indépendances ? Alain Vernon, délégué du personnel CGT demande au nom de son syndicat la « démission  » de Beatrice Schönberg épouse du ministre des Affaires sociales Borloo, « afin de mettre fin à une situation qui ternit l’image de la rédaction et peut laisser planer des doutes sur son impartialité  » (Le Monde, 4 avril 2006). Beatrice Schönberg a également rencontré, à la demande de celle-ci ; la société des journalistes de France 2 également perturbés par sa gestion de l’indépendance requise de la présentatrice-journaliste du JT (nouvelobs.com, 7 avril 2006). Mais rien n’a filtré. Voir également « Indépendance (2)
Professionnalisme présumé et indépendance garantie
 », dans « Lu, vu, entendu, n° 20, de novembre 2005 [6].

- Les canons, ça eut payé. Se soulageant d’une partie de son pôle armement (EADS) « Lagardère récupère du cash » (Libération du 6 avril 2006), et, ce faisant, se donne « les moyens pour se renforcer dans les médias » (Le Figaro, 6 avril 2006). Il envisage de « "monter de 20% à 34%" au capital de Canal+ à partir de 2009 et a évoqué des perspectives de développement dans l’édition, la presse magazine, internet, mais aussi des radios des pays de l’Est et dans la TNT » (Les Echos, 6 avril 2006). C’est beau, les intérêts bien compris, de l’indépendance et du pluralisme....

 

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Notes

[1Comme ses concurrents : ainsi de Nextradio (RMC, BFM) qui « a trouvé en BFM TV un puissant relais de croissance  » (Les Echos du 14 mars 2006) ou bien, dans une moindre mesure, de NRJ (qui vend des forfaits de téléphonie mobile)

[2Résultat net en hausse de « 21,3% à 156,2 millions d’euros pour un chiffre d’affaires en hausse de 6,4% à de 1,275 milliard d’euros » (Le Figaro,10 mars 2006).

[3« M. Gaydamak est depuis décembre 2000 sous le coup d’un mandat d’arrêt international des juges parisiens enquêtant sur un trafic d’armes vers l’Angola. Il connaît en outre des démêlés avec la police israélienne, qui l’a interrogé à plusieurs reprises, ces derniers mois, dans une affaire de blanchiment d’argent dans le cadre d’une enquête sur le principal établissement bancaire d’Israël, la Banque Hapoalim  » indique l’Afp du 16 mars 2006

[4Spir Communication, filiale de Ouest France et coactionnaire de 20 Minutes France

[5(Gala, VSD, Femme actuelle, Capital...)

[6Ainsi que « Schönberg-Borloo : un téléfilm ? » par Daniel Schneidermann (Libération du 31 mars 2006) sur son blog « Arlette Chabot soutient encore Béatrice Schonberg... » (Hélas, le Big Bang blog n’est plus accesible (juillet 2010).

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