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« Journées d’études » : Comment Le Monde fait parler des intervenants imaginaires

Les mardi 17 et mercredi 18 octobre 2006 se sont tenues, à Paris, des « Journées d’études » universitaires ayant pour thème « Retour sur la couverture journalistique de la crise des banlieues ». A l’invitation de l’association « Les Entretiens de l’Information » et du Master de journalisme de l’IFP, des journalistes de la presse écrite et audiovisuelle ont évoqué la manière dont ils avaient travaillé durant les émeutes d’octobre-novembre 2005, et expliqué ce qui avait changé, depuis lors, au sein de leurs rédactions. Dans un article paru le 21 octobre et intitulé « Banlieue, terra incognita » [1], Le Monde a rendu compte du fruit de cet exercice d’auto-réflexivité journalistique. Du moins, c’est ce que laissait suggérer la lecture du papier en question...

L’article, signé par le « Service Médias » du quotidien, commence par la présentation de l’événement : « Un an après les émeutes en banlieues, qu’est-ce qui a changé dans la façon dont les médias "couvrent" cette réalité de la société française ? Les 17 et 18 octobre, l’association Les Entretiens de l’info, que préside le sociologue Jean-Marie Charon, organisait une rencontre entre professionnels des médias et acteurs de terrain sur ce sujet. » [2] Très logiquement, sont alors rapportés les propos d’un certain nombre de ces professionnels des médias : Patrice Bertin (France Inter), Luc Bronner (Le Monde), Hervé Guilbaud (AFP), Claude Baudry (L’Humanité), Solenn de Royer (La Croix), Renaud Dely (Libération), Lahbib Eddaoudi (Radio Droit de Cité) et Stéphane Pair (Radio Bleu).

Or, qu’ont en commun tous ces journalistes (à l’exception du dernier) ? C’est de n’avoir jamais pris la parole à la tribune lors de ces Journées d’Etudes [3] !...

Que s’est-il passé ? Difficile de le savoir... L’hypothèse qui semble la plus plausible est que, n’ayant vraisemblablement pas pu assister aux différentes conférences (ou, du moins, à l’ensemble des conférences), le « Service Médias » du quotidien a comblé le manque en passant quelques coups de fil aux confrères et consœurs.

Bien évidemment, on ne conteste pas au Monde le droit de mener sa propre enquête parallèle à l’événement. Ce qui pose évidemment problème c’est que le journal ne précise pas dans quelles conditions les témoignages ont été recueillis et que, par ce silence, il laisse entendre que les propos ont été prononcés au micro des Journées d’études. Bref, le quotidien s’appuie sur des témoignages réels pour faire parler des intervenants imaginaires.

Anna Ploos

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