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Groupe Moniteur : Eric Licoys, le chaos (CGT et CFDT)

Nous publions ci-dessous un communiquĂ© de la CGT et de la CFDT du « Groupe Moniteur »

Le Groupe Moniteur - Ă©diteur notamment d’une vingtaine de magazines et de revues spĂ©cialisĂ©es, dont Le Moniteur des travaux publics et du bâtiment Les Cahiers techniques du Bâtiment, Contrats publics, de la Gazette des communes et d’AMC (« Architecture Mouvement ContinuitĂ© », revue spĂ©cialisĂ©e dans l’actualitĂ© architecturale) - traverse une grave crise que subissent les salariĂ©s du Groupe. Un exemple exemplaire de l’emprise des groupes financiers et des fonds de pension sur la presse spĂ©cialisĂ©e. Voir notre article « La presse spĂ©cialisĂ©e Ă  l’encan », octobre 2003 (Acrimed)

Eric Licoys, qui doit prochainement comparaĂ®tre devant le tribunal correctionnel pour des malversations prĂ©sumĂ©es chez Vivendi, vient de dĂ©missionner de la prĂ©sidence du Groupe Moniteur en laissant derrière lui une entreprise dĂ©sorganisĂ©e, des managers qui ont perdu confiance et un personnel en souffrance. Bridgepoint, le fonds d’investissement anglo-saxon qui l’a rachetĂ©e 410 M€ en 2006, pourrait donc avoir quelques difficultĂ©s Ă  la revendre. Au second semestre 2009, un coefficient « mĂ©dian » (dans les conditions d’alors des marchĂ©s financiers) de 8 fois l’EBITDA 2008 ( 44 M€ contre 50 M€ en 2007) aurait valorisĂ© le Groupe Ă  352 M€, soit un montant insuffisant pour rembourser les 418 M€ de dette financière, ce qui aurait engendrĂ© une perte potentielle de la totalitĂ© de la mise des actionnaires.

Dans le but d’obtenir rapidement du cash, la branche « Salons et Congrès » – Salon des maires et des collectivitĂ©s locales (SMCL), Salon de l’immobilier d’entreprise (SIMI) – serait prochainement cĂ©dĂ©e Ă  GL Events (lien pĂ©rimĂ©, octobre 2013). La majoritĂ© des 56 managers parties prenantes au LBO, qui dĂ©tient 26,2% du capital, a demandĂ© et obtenu le remboursement partiel ou total de sa mise. Plusieurs avaient prĂ©cĂ©demment dĂ©clarĂ© s’être placĂ©s dans des situations financières difficiles et avoir par exemple dĂ» hypothĂ©quer leurs biens immobiliers pour rĂ©pondre aux « sollicitations » de la Direction les enjoignant d’entrer dans le LBO. Le dĂ©part de l’un d’entre eux, Pierrick GuinguĂ©nĂ©, directeur du service Technologies et Solutions, est annoncĂ© pour le 28 mai « au terme d’une dĂ©cision prise d’un commun accord », Ă©crivait hier soir aux personnels Guillaume Prot, nouveau prĂ©sident du groupe et autre homme lige de Bridgepoint. Un autre manager « historique », Christian Bommelaer, directeur gĂ©nĂ©ral adjoint, partira en juillet prochain.


Eric Licoys, destructeur de valeur ?

PlacĂ© Ă  la prĂ©sidence du groupe en avril 2009 par Bridgepoint, dont il se dit « très proche », Eric Licoys a lancĂ© en aoĂ»t 2009 un plan social visant Ă  supprimer 10% des effectifs. Ce plan intervenait après 45 dĂ©parts, dont seuls 22% ont Ă©tĂ© remplacĂ©s par des … CDD. Mis en Ĺ“uvre dans les semaines qui viennent dans la version issue d’une nĂ©gociation partiellement dĂ©loyale, un plan de dĂ©parts volontaires (PDV), ce plan vise principalement les rĂ©dactions (22 postes sur 55). Celles du pĂ´le « Construction », Ă©diteur du titre phare du groupe, « Le Moniteur des Travaux publics et du Bâtiment », concentrent Ă  elles seules 36% des destructions de postes. Pourtant, les revenus de la presse traditionnelle constituent encore la majeure partie des recettes et l’information professionnelle sur le Net est annoncĂ©e, dans le cadre du PSE-PDV, comme support des nouveaux relais de croissance par Eric Licoys lui-mĂŞme. Jusqu’à ce jour, la stratĂ©gie du groupe n’a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e ni au comitĂ© d’entreprise, ni aux salariĂ©s, et tous sont fondĂ©s Ă  se demander si elle existe. Elle sera peut-ĂŞtre finalement Ă©laborĂ©e par le Boston Consulting Group (BCG), qui intervient curieusement après l’écriture du PSE d’abord, du PDV ensuite, et mène actuellement un audit visant Ă  « valider des tendances ». Le BCG rendra son rapport final en juin.

En janvier, une expertise demandĂ©e par le CHSCT au cabinet Alternatives Ergonomiques rĂ©vĂ©lait que « l’annonce du PSE (avait) entraĂ®nĂ© un effet de dĂ©motivation et de doute, jusqu’à la perte de confiance » y compris de la part des managers appartenant au LBO, alors que « le Groupe Moniteur se situe dans un secteur de prestations intellectuelles (et qu’il) n’est pas pensable de conduire les Ă©volutions d’un groupe du secteur de l’information, quelles que soient les formes qu’on lui donnera, sans l’engagement de ses acteurs ». « Beaucoup (de salariĂ©s disaient alors) ne pas envisager que la Direction confirme dĂ©libĂ©rĂ©ment la perte de qualitĂ© inscrite dans (le plan de rĂ©organisation consĂ©cutif au PSE) et quelques-uns (considĂ©raient que la Direction avait) probablement manquĂ© d’information dans sa prise de dĂ©cisions. D’autres (pensaient) au contraire que la structure Ă©conomique en LBO ferme toute perspective, la haute Direction n’ayant d’autre ambition que financière. »

En octobre, Alter, l’expert mandatĂ© par le CE dans le cadre du PSE confirmait « qu’il (manquait) le projet GM » (Groupe Moniteur) et posait cette question  : « Avec quels produits/services, avec quelle technologie, pour quels clients, l’entreprise assurera-t-elle son avenir ? » Il pointait « une vision Ă  court terme » et confirmait que le PSE n’était qu’un plan d’économie dĂ©fensif. MĂŞme si le groupe reste très rentable, situation exceptionnelle dans l’univers de la presse française, cette dĂ©rive propre aux fonds d’investissement, aux visĂ©es purement financières, laisse augurer un avenir sombre pour l’entreprise.


Eric Licoys, risque psychosocial ?


L’avenir est d’autant plus sombre que le personnel va mal depuis longtemps. C’est en effet dans un climat social déjà délétère faisant l’objet d’alertes répétées des représentants du personnel depuis 2007 qu’Eric Licoys s’est installé à la présidence du groupe, dont il était auparavant président du directoire.

InformĂ© de cette situation dès son arrivĂ©e par la secrĂ©taire et la secrĂ©taire adjointe du comitĂ© d’entreprise, officiellement lecteur du rapport d’expertise « risque grave » (risques psychosociaux) rendu par Secafi courant 2009 et qui posait une hypothèse de harcèlement institutionnel et stratĂ©gique, Eric Licoys, tout en se dĂ©clarant conscient que l’hĂ©morragie de compĂ©tences provoquĂ©e par le PDV aggravait les risques, s’est constamment gardĂ© de toute action efficace en la matière.

Courant mai, les représentants du personnel ont donc enregistré une nouvelle menace de suicide (la sixième en quatre mois) et une alerte grave de la part de Colbert 11, cabinet assurant, à la demande insistante des élus, une mission d’accueil, de soutien et d’orientation des personnes souffrant de stress et troubles liés à leurs situations de travail.

La principale prĂ©occupation de la Direction a Ă©tĂ© de rejeter sur les salariĂ©s et les reprĂ©sentants du personnel la responsabilitĂ© de la dĂ©gradation du climat social, allant jusqu’à les accuser pĂŞle-mĂŞle d’être hostiles Ă  leur hiĂ©rarchie, de crĂ©er des « champs de pression » et, pour ce qui est des reprĂ©sentants du personnel, d’avoir provoquĂ© la dĂ©pression dont serait actuellement victime le directeur des affaires sociales, Bruno Diemoz Rosset. Par ailleurs, au long de ces derniers mois, la Direction a multipliĂ© les annonces obscures mais alarmistes au sujet des Ă©volutions des activitĂ©s du groupe, des mĂ©tiers et des compĂ©tences requises.

Pourtant promise aux reprĂ©sentants du personnel, la nĂ©gociation d’un accord de gestion prĂ©visionnelle des emplois et des compĂ©tences vient, comme par hasard, d’être reportĂ©e aux calendes grecques par Guillaume Prot. Elle aurait pourtant enfin permis d’élaborer des perspectives claires sur la base d’une stratĂ©gie connue. En l’absence de toute recherche de vĂ©ritables solutions passant par l’anticipation des besoins futurs de l’entreprise, comment Guillaume Prot pourra-t-il faire mieux qu’Eric Licoys ?

Les syndicats CGT et CFDT du GROUPE MONITEUR

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