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Présidentielle 2007

« Grands » journalistes pour « petits » candidats

Que des mĂ©dias d’opinion et de parti pris (mĂŞme dissimulĂ©) entretiennent la polĂ©mique contre les candidats qui n’ont pas leur faveur, cela n’est ni Ă©tonnant, ni condamnable du strict point de vue journalistique. Mais que des mĂ©dias de consensus (ou qui affectent de l’ĂŞtre) comme le sont les grandes chaĂ®nes de radio et de tĂ©lĂ©vision (en particulier du secteur public), ne respectent pas l’Ă©galitĂ© de traitement entre tous les candidats, cela n’est pas admissible, quoique l’on pense de certains d’entre eux.

Cette Ă©galitĂ© de traitement devrait s’imposer dĂ©sormais, du moins quantitativement, sous le contrĂ´le peu contraignant du CSA. Mais l’Ă©valuation comptable ne suffit pas quand les candidats que l’on dit « petits » doivent subir les assauts partisans de chroniqueurs, animateurs et interviewers qui se dĂ©fendent de tout parti-pris public.

« Petits » candidats durant la prĂ©-campagne, ce sont dĂ©sormais de « petits » candidats en campagne... contre l’abaissement que de grands journalistes tentent de leur faire subir.

1. « Petits » candidats en prĂ©-campagne officieuse

Avant que le Conseil constitutionnel ne prĂ©sente la liste officielle des candidats, les « petits » candidats alors potentiels ont dĂ» faire face Ă  des tentatives rĂ©pĂ©tĂ©es de dĂ©lĂ©gitimation et de dĂ©politisation.

Délégitimation

Quand des mĂ©dias d’opinion, dĂ©fĂ©rents Ă  l’Ă©gard des partis de gouvernement, tentent de disqualifier certaines candidatures, ils sont dans leur rĂ´le, bien que ces tentatives de disqualification ne portent que sur les candidats qui ont peu de chances de figurer au second tour. Mais quand des mĂ©dias qui sont ou devraient ĂŞtre des mĂ©dias pluralistes confient Ă  leurs porte-voix le soin de dĂ©crĂ©ter quelles sont les candidatures lĂ©gitimes et celles qui ne le sont pas, de quelle Ă©galitĂ© de traitement parle-t-on ?

Nicolas Demorand, modèle de vertu sur France Inter, avait dĂ©jĂ  bombĂ© le torse le 9 janvier 2007 : « Pour ce qui nous concerne, nous Ă  France Inter, vous jugerez sur pièce en sachant que tout est fait ici depuis des semaines dĂ©jĂ  pour mesurer Ă  la seconde près le temps de parole des uns et des autres, petits et grands candidats, comme on dit et ne devrait pas dire. » Et Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, un mois plus tĂ´t, le 13 dĂ©cembre 2006, s’Ă©tait voulu plus Ă©vasif, mais tout autant rassurant : « Je prĂ©cise que rĂ©gulièrement ici Ă  Europe nous recevons des proches des diffĂ©rents candidats pour les Ă©couter. » Mais de quelle manière ?

Deux exemples :

- Lorsque Marie-George Buffet est interrogĂ©e par Claire Chazal sur TF1 le 22 dĂ©cembre 2006, soit le soir de l’annonce de sa candidature publique, la première question est la suivante : « D’abord Marie-George Buffet est-ce que vous ĂŞtes toujours candidate, est-ce que vous maintenez votre candidature ? » Officiellement candidate depuis quelques heures et, dĂ©jĂ , on lui demande si elle maintient sa candidature. NĂ©gligeant de l’interroger sur les motivations politiques, le sens de sa candidature et ses perspectives, Claire Chazal s’octroie le droit divin du journaliste de dĂ©lĂ©gitimer la candidature de son interlocutrice (voir en « Annexe » de cet article).

- Dans les interviews, les candidats de la gauche se voient souvent interrogĂ©s sur le bien-fondĂ© de leur candidature. Le 5 fĂ©vrier 2007, au cours de l’Ă©mission « Mots croisĂ©s » sur France 2, Yves Calvi demande Ă  Yves Salesse, proche de JosĂ© BovĂ© : « A quoi sert-il, Yves Salesse, JosĂ© BovĂ© ? A quoi sert sa candidature ? »

Dépolitisation

Les candidats prĂ©tendument « petits » qui ont eu Ă  subir jusqu’en dĂ©cembre 2006 la bipolarisation totalement disproportionnĂ©e de la prĂ©-campagne, ne disposent, de dĂ©cembre Ă  la mi-mars que d’un temps d’expression guère plus Ă©levĂ©. Mais, de surcroĂ®t, ils doivent utiliser une partie importante du temps mĂ©diatique qui leur est concĂ©dĂ© Ă  justifier leur existence... Et rĂ©pondre, du moins quand ils ont Ă  faire face Ă  nos « grands » journalistes politiques, Ă  des questions politiciennes : des questions de « cuisine », comme les appelle Jean-Michel Aphatie lui-mĂŞme pour les revendiquer [1] ; des questions sur les sondages ou sur les signatures qui ont provoquĂ© la lĂ©gitime colère de certains de ces candidats, comme Dominique Voynet [2].

2. « Petits » candidats en campagne quasi-officielle

Le Conseil constitutionnel ayant rendu sa sentence, il fallut bien en venir Ă  l’Ă©galitĂ© des temps de parole et donner la parole Ă  des candidats que l’on n’avait presque pas entendus.

EgalitĂ© des temps de parole ? Sans doute... Mais, comme le relèvent RaphaĂ«l Garrigos et Isabelle Roberts dans LibĂ©ration du 29 mars, les chaĂ®nes tout-info en prennent Ă  leur aise. Titre et sous-titre de l’article en rĂ©sument fort bien le propos : « Petits candidats de la nuit. Entre 3 et 4 heures du matin, les chaĂ®nes infos assurent les quotas ». Et de prendre les exemples, tirĂ©s de LCI et de i-TĂ©lĂ©, de comptes-rendus des meetings d’Arlette Laguiller, Olivier Besancenot et JosĂ© BovĂ©.

Certes, il n’est pas indispensable de souffrir d’insomnie pour entendre les « petits » candidats.

Ainsi, Pascale Clark dans son Ă©mission quotidienne sur Canal +, « En ApartĂ© », le 23 mars 2007 ne se prive pas d’annoncer que les candidats ont maintenant « l’Ă©galitĂ© de parole ». EgalitĂ© de « temps » (le terme est curieusement oubliĂ©) ou Ă©galitĂ© de traitement ?

Justifiant l’absence de mĂ©diatisation du candidat GĂ©rard Schivardi (soutenu par le Parti des Travailleurs), Pascale Clark blanchit ainsi sa mauvaise foi : « Vous comprenez quand mĂŞme GĂ©rard Schivardi que avant cette loi (sic) sur l’Ă©galitĂ© du temps de parole, vous ne pouviez pas prĂ©tendre Ă  autant de temps que les autres. Vous le comprenez ça ou pas ? »

Dépolitisation (bis)

Que ce soit dans les mĂ©dias audiovisuels ou dans la presse Ă©crite, les candidats reprĂ©sentant les « petits » partis, c’est-Ă -dire des partis moins mĂ©diatisĂ©s, subissent une inĂ©galitĂ© de traitement. Ils sont interrogĂ©s avec arrogance, leur organisation prĂ©sentĂ©e avec indiffĂ©rence et leur programme nĂ©antisĂ©, rĂ©duit Ă  « une ou deux mesures symboliques ». Exceptionnellement invitĂ©s pour parler du fond, les « petits » candidats doivent d’abord faire face Ă  une sĂ©rie de questions et remarques subalternes.

Ainsi quand Pascale Clark reçoit GĂ©rard Schivardi le 23 mars 2007, toute ironie dehors, elle affecte de l’encourager : « On a une ½ heure devant nous, il va falloir assurer, GĂ©rard Schivardi. Pour une fois que vous avez la parole. J’ai du mal Ă  dire votre nom, je vais le refaire : Schivardi ! C’est pourtant pas compliquĂ© : Schi - var - di ! Ouais, je vous disais, il va falloir assurer, hein ! » « Il va falloir assurer ! » Tout est dit. Pas habituĂ© des plateaux, et encore moins de ce genre d’exercice qui consiste Ă  parler de tout sauf de politique, Schivardi a dĂ» « assurer » pour rĂ©pondre Ă  tout un flot de questions et de remarques qui se voulaient sans doute incisives et impertinentes. Echantillon non exhaustif : « Il y a un cassoulet. (...) Première info, GĂ©rard Schivardi, vous mangez du cassoulet. C’est une nourriture qui tient au corps. » « Vous avez Ă©tĂ© rasta dans une autre vie ? » « Vous tenez bien l’alcool ? » « Vous n’avez peur de rien ? » « Vous jouez quel poste (au rugby)  ? » « Je suis sĂ»re que vous connaissez des chansons italiennes, c’est pas possible autrement. » « Il va falloir chanter un petit peu. » « Vous avez combien d’enfants ? » « C’est quoi vous votre injure prĂ©fĂ©rĂ©e ? » « Est-ce que vous vous ĂŞtes dĂ©jĂ  battu ? » Etc. DĂ©sopilant...

Face Ă  ce dĂ©luge de puĂ©rilitĂ©s insipides, dĂ©versĂ© par une animatrice « branchĂ©e », le candidat ne peut compter que sur lui-mĂŞme pour tenter de rĂ©pondre sur le fond... sans tenir compte de la vacuitĂ© des questions.

Et que dire du parisianisme huppĂ©, mĂ©prisant pour la « France rurale » qui transparaĂ®t dans ces propos de Pascale Clark : « Il paraĂ®t que les habitants de votre village sont appelĂ©s « les courges » » ou encore « Si vous ĂŞtes Ă©lu, le cassoulet devient obligatoire ? » ?

On devine alors que les positions de ces candidats sont disqualifiées non par des objections, mais par des questions qui relèvent de techniques de pure propagande.

Des amalgames qui ont dĂ©jĂ  servi lors du rĂ©fĂ©rendum de 2005 peuvent servir Ă  nouveau. Pascale Clark, toujours dans l’interview exemplaire de Schivardi, l’associe Ă  l’extrĂŞme droite : « Vous savez que les deux autres candidats qui proposent de rompre avec l’Europe s’appellent Le Pen et Villiers, vous le savez ? (...) Qu’est-ce que ça vous fait de vous retrouver aux cĂ´tĂ©s de Le Pen et Villiers  ? » On voit bien lĂ , l’arme de la malhonnĂŞtetĂ© intellectuelle qui fonctionne. Poserait-elle la question suivante Ă  SĂ©golène Royal : « Vous savez que Jean-Marie Le Pen dĂ©fend l’exception culturelle comme vous ? Qu’est-ce que ça vous fait de vous retrouver aux cĂ´tĂ©s de Le Pen ? »

Puis elle revient Ă  la charge quand Schivardi expose ainsi toutes les tares (selon lui) de l’Union EuropĂ©enne : « C’est une Europe qui est faite contre les travailleurs, contre les agriculteurs, contre les viticulteurs, contre les artisans, contre les commerçants... ». Pascale Clark rĂ©torque finement : « C’est Philippe de Villiers qui parle lĂ , donc ! »

La morgue commune aux journalistes et aux pseudo-experts les dispense d’opposer des arguments. Il suffit de stigmatiser, non sans mĂ©pris.

Mépris

Le 22 mars 2007, Pierre-François Grond, directeur de campagne d’Olivier Besancenot et porte-parole de la LCR, Ă©tait invitĂ© dans le « Rendez-vous des politiques » sur France Culture. GĂ©raldine Muhlmann, professeur de Sciences Politiques (et accessoirement activiste mobilisĂ©e contre les « bourdieusiens ») lâche : « Puisque vous vous prĂ©sentez aux Ă©lections, donc vous avez des idĂ©es sur le système politique Ă  construire, je vous dis, je trouve ça un peu irrĂ©el de demander ça Ă  la Ligue communiste rĂ©volutionnaire, mais enfin, puisqu’on en est lĂ . » « Puisqu’on en est lĂ  »...

Quand FrĂ©dĂ©ric Nihous est invitĂ© dans « Le 7-9h30 » de France Inter le 21 mars 2007, il est prĂ©sentĂ© ainsi par Guy Carlier, chroniqueur Ă©pais et dur avec les faibles : « Notre invitĂ© du jour n’est autre que le candidat de Chasse, pĂŞche et traditions (sic), massacre de faisans d’Ă©levage et chansons de cul Ă  la fin de banquet alcoolisĂ©. » Quand on vous disait que Pascale Clark Ă©tait nuancĂ©e...

C’est donc transpirant de mĂ©pris que le très affĂ»tĂ© Guy Carlier prĂ©sente FrĂ©dĂ©ric Nihous : « J’espère, Nicolas [Demorand], [...] que vous saurez interroger M. Nihous sur les sujets qu’il affectionne, les Ă©quilibres mondiaux, les nouveaux acteurs Ă©conomiques, la montĂ©e des intĂ©grismes, le Darfour... Non non je me moque pas, FrĂ©dĂ©ric Nihous est parfaitement capable de rĂ©pondre sur le Darfour. Le truc c’est trouver l’angle de la question. Par exemple, Nicolas, si vous l’interrogez lĂ -dessus, faut lui demander : « Dites donc M. Nihous, que pensez-vous du fait qu’au Darfour la chasse au soudanais soit dĂ©sormais ouverte toute l’annĂ©e ? », lĂ  il vous rĂ©pondra. » Puis l’ancien comparse de Marc-Olivier Fogiel [3] renchĂ©rit : « Non, sĂ©rieusement, ce qui va se passer ce matin sur Inter est d’une importance capitale pour la campagne. FrĂ©dĂ©ric Nihous va enfin parler, et je sais que dans tous les Ă©tats-majors des autres candidats on attend fĂ©brilement ses prises de position. L’Ă©vĂ©nement est d’importance et on le mesure au nombre de camĂ©ras dans le studio, toute la presse est lĂ , et je vois que mĂŞme l’envoyĂ© spĂ©cial de gibier d’eau magazine s’est dĂ©placĂ©. » En substance : quand les mĂ©dias sont absents, il n’y a pas d’Ă©vĂ©nement. Il est normal que Guy Carlier suive le tourbillon mĂ©diatique puisqu’il est un pur produit des mĂ©dias : teigneux comme une hyène avec les petits, adepte du dos-rond devant les puissants. Maniant l’arrogance avec beaucoup d’aisance, il termine sa glose ainsi : « Il y a actuellement 49% d’Ă©lecteurs indĂ©cis ; le chiffre est Ă©norme mais il est logique quand on sait qu’on n’avait pas entendu FrĂ©dĂ©ric Nihous. »

Le « grand » chroniqueur est bientĂ´t relayĂ©, dans un registre Ă  peine diffĂ©rent, par le « grand » journaliste. Lorsque Nihous tente de rĂ©pondre sur une question internationale, Nicolas Demorand le coupe : « On peut donc dire, sans vous faire violence, que vous n’avez pas de programme en politique Ă©trangère ? » Nihous lui rĂ©torque : « Posez-moi, posez-moi des questions prĂ©cises, sur des sujets... » Et sur un ton rigolard l’animateur questionne : « Alors que faites-vous pour le nuclĂ©aire iranien dans ces cas-lĂ , qui est quand mĂŞme une source d’inquiĂ©tude ? » Pas de chance pour le questionneur : FrĂ©dĂ©ric Nihous ne se dĂ©robe pas. Mais le ton de la question a neutralisĂ© la rĂ©ponse.

L’ethnocentrisme de classe et le racisme de l’intelligence ne rendent aucun service ni au combat politique, ni au dĂ©bat dĂ©mocratique, ni au pluralisme. Ce mĂ©pris social et politique doit ĂŞtre entendu comme tel, quel que soit le candidat et quoi que l’on pense de ses positions. Il doit ĂŞtre entendu comme tel parce qu’il est disponible pour tous les emplois et pour de nombreux destinataires, pour peu qu’ils soient « petits ».

Il est affichĂ© de toutes parts, pseudo-experts compris. Yann Moulier-Boutang, proche du courant de Toni Negri, condamne Pierre-François Grond de la LCR dans l’Ă©mission dĂ©jĂ  citĂ©e : «  Votre programme est un petit peu infantile ! » et ordonne : « Citez- moi un projet de loi qui vienne de la gauche extrĂŞme. » Et dans la mĂŞme Ă©mission, l’intervention de Philippe Raynaud, professeur de sciences politiques, auteur d’un livre très hostile Ă  l’Ă©gard de l’extrĂŞme gauche, n’est pas moins tranchante : « Pouvez-vous nous citer une seule dĂ©mocratie qui n’obĂ©isse pas aux règles de la loi du marchĂ© ? Historiquement, et aujourd’hui. Connaissez-vous une authentique dĂ©mocratie qui ne souscrive pas au dogme libĂ©ral ?  »

On comprend alors ce qui mine la crĂ©dibilitĂ© de nombre de candidats que les mĂ©dias dĂ©finissent comme « petits » : caricaturaux, ils se ressemblent tous, mĂŞme quand tout les oppose ; ils ne peuvent servir qu’une cause mineure, surtout quand elle ne souscrit pas « au dogme libĂ©ral ».

[Article rédigé grâce aux contributions et transcriptions de Thierry M., Olivier Poche, Mathias Reymond, Grégory Rzepski et Alain Verse]

N.B. Disons-le (et rĂ©pĂ©tons-le) : Acrimed ne soutient aucun candidat...



Annexe : Marie-George Buffet au JT de TF1

L’exemple de l’interview de Marie-George Buffet par Claire Chazal sur TF1 le 22 dĂ©cembre 2006, le soir mĂŞme de l’annonce de sa candidature, montre qu’il ne suffit pas de disposer d’un temps d’antenne (en l’occurrence très court : 3’40 questions comprises !) pour pouvoir s’exprimer dans des conditions « Ă©quitables ».

La sĂ©quence commence par quelques plans sur des personnages (non identifiĂ©s pour le tĂ©lĂ©spectateur) pressĂ©s les uns contres les autres le long d’une table (on peut deviner qu’il s’agit d’une confĂ©rence de presse), avec, en voix off, le commentaire de Claire Chazal : « Ă€ gauche, les antilibĂ©raux n’ont pas rĂ©ussi Ă  sauver leur rassemblement, ils n’ont pas dĂ©signĂ© de candidat unitaire. Les chefs de file des diffĂ©rentes formations ont jugĂ© que le choix du parti communiste de prĂ©senter Marie-George Buffet Ă  l’Ă©lection portait, je les cite, un coup terrible Ă  la perspective de candidature unique ». Or, quoi que l’on pense de cette prise de position (qui n’Ă©mane pas de « chefs de files » de « formations » politiques) et des conditions controversĂ©es dans lesquelles Marie-George Buffet a annoncĂ© sa candidature, cette mise en perspective est tout, sauf innocente : la toute rĂ©cente candidate, avant mĂŞme qu’elle n’apparaisse Ă  l’image, se trouve en terrain hostile.

Après le off, retour sur le plateau : Claire Chazal est maintenant Ă  l’image et, les yeux baissĂ©s vers ses notes qu’elle fait mine de ranger, elle enchaĂ®ne : « et c’est Marie-George Buffet que nous recevons ce soir, bonsoir ». Plan sur Marie-George Buffet qui rĂ©pond. Toujours sans la regarder, Claire Chazal continue : « ... un coup terrible Ă  cette candidature unique, d’abord Marie-George Buffet (et lĂ , Claire Chazal relève la tĂŞte) est-ce que vous ĂŞtes toujours candidate, est-ce que vous maintenez votre candidature ? »
La posture de la prĂ©sentatrice et la formulation de sa question sont symptomatiques : je ne regarde pas mon invitĂ©e, puis je la fusille avec une formule agressive et ridicule : a-t-on dĂ©jĂ  vu un candidat se dĂ©sister le jour mĂŞme de l’annonce de sa candidature ?

Après la rĂ©ponse de Marie-George Buffet (sur les divisions, et sur le sens qu’elle donne a sa candidature), Claire Chazal lui pose la question suivante : « Est-ce que ça veut dire que c’est une candidature du parti communiste ou de cette gauche antilibĂ©rale... ». Nouvelle rĂ©ponse de Marie-George Buffet. Claire Chazal n’en a pas fini. PlutĂ´t que d’aborder les propositions de la candidate, elle la soumet Ă  deux autres questions qui restent sur le mĂŞme terrain :

- « Mais certains disent que vous divisez plutĂ´t et mĂŞme au sein du parti communiste, ClĂ©mentine Autain [qui n’est pas membre du parti communiste mais apparentĂ©e seulement : nouvelle approximation...] et Patrick Braouzec et un certain nombre de membres du PCF ne vont pas accepter cette candidature ».
- « Mais qu’est-ce que peut faire une figure du parti communiste, je veux dire, Ă  une Ă©lection prĂ©sidentielle, rappelons que Robert Hue en 2002 n’avait fait... n’avait rassemblĂ© que 3,3%, qu’est-ce que vous espĂ©rez faire, sachant qu’il y aura deux autres candidats d’extrĂŞme gauche ? »

Ces deux questions commencent par un « mais » qui ne s’oppose Ă  rien de ce que vient de dire la candidate et exprime la volontĂ© de Claire Chazal de limiter l’entretien Ă  deux questions : les divisions constatĂ©es et le score espĂ©rĂ©.

Marie-George Buffet n’est pas une bonne candidate pour TF1 : elle est dĂ©placĂ©e, inopportune dans le « casting » de l’Ă©lection idĂ©ale qui ne devrait comporter que deux noms, ou plutĂ´t deux « figures » : Sarkozy et Royal. Il est vrai que, finalement, mais non sans difficultĂ©s, les candidats de la « gauche antilibĂ©rale » obtiendront de pouvoir s’exprimer dans les Ă©missions « J’ai une question Ă  vous poser » [4].

[D’après une contribution d’Alain Verse]

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