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Dissidences au sein du Monde ?

Dans le numĂ©ro 624 de l’hebdomadaire Charlie Hebdo datĂ© du 2 juin 2004, StĂ©phane Bou signe en page cinq, un encadrĂ© intitulĂ© « Le Monde : le jour d’après ». On y apprend qu’une partie des membres de la SociĂ©tĂ© des RĂ©dacteurs du Monde dĂ©sapprouverait les choix de ses directeurs.

« Afin de sonder l’Ă©tat d’esprit des troupes devant l’Ă©volution du quotidien », nous explique StĂ©phane Bou, la SociĂ©tĂ© des RĂ©dacteurs du Monde (SRM) aurait « commandĂ© et financĂ© » une Ă©tude Ă  la firme privĂ©e Ipsos. Le dessin qui accompagne l’article, rĂ©alisĂ© par Cabu, met en scène Jean-Marie Colombani et Edwy Plenel lisant les rĂ©sultats de l’Ă©tude, qui porte la mention « extrait de la note de synthèse de mai 2004 ». Le journaliste de Charlie Hebdo, sans indiquer comment il a eu connaissance de cette Ă©tude, annnonce : « les rĂ©sultats [...] viennent de tomber ».

Une note prĂ©cise : « 320 questionnaires ont Ă©tĂ© envoyĂ©s aux membres de la SRM ». Et StĂ©phane Bou poursuit : « Dans un contexte oĂą une partie de la hiĂ©rarchie du journal aurait indiquĂ© qu’elle boycotterait le sondage, le taux de retour est de 56 %. »

Autrement dit environ 180 questionnaires ont pu ĂŞtre rĂ©cupĂ©rĂ©s et analysĂ©s. Il semble que la SociĂ©tĂ© des RĂ©dacteurs comporte, en tout 405 membres [1]. Il ne nous est pas prĂ©cisĂ© pourquoi seulement 320 questionnaires ont Ă©tĂ© distribuĂ©s, ni sur la base de quels critères les 85 membres restants ont Ă©tĂ© exclus. Toujours est-il qu’Ă  l’arrivĂ©e, cette Ă©tude porte donc, il faut en tenir compte, sur les opinions exprimĂ©es par 180 membres, soit seulement 44% de l’ensemble de la SociĂ©tĂ© des RĂ©dacteurs du Monde.

Les rĂ©sultats n’en sont pas pour autant sans intĂ©rĂŞt.

Selon StĂ©phane Bou, « 56 % des membres de la SRM ayant rĂ©pondu au questionnaire estiment par exemple que la direction du Monde « n’explique pas clairement sa stratĂ©gie de dĂ©veloppement », et 54 % d’entre eux pensent que les « relations avec la hiĂ©rarchie » (« proximitĂ©, affinitĂ©s, fidĂ©litĂ©s... ») sont un des « principaux critères qui sont pris en compte lors des promotions ou des augmentations salariales ».  »

En outre, note le journaliste de Charlie Hebdo, « ils expriment Ă©galement des doutes, ou des critiques qui jusque-lĂ  provenaient de l’extĂ©rieur du journal. »

Ainsi, Ă  la question ouverte « quels sont selon vous, les principaux facteurs qui peuvent expliquer la baisse de la diffusion du Monde en 2003 ? », les membres de la SRM ont livrĂ© des rĂ©ponses qui ont Ă©tĂ© regroupĂ©es, toujours selon StĂ©phane Bou, en trois grands axes :
- « dĂ©gradation du contenu » : 37% (« baisse de la qualitĂ©, manque de sĂ©rieux, absence de suivi, contenu rĂ©pĂ©titif, fade, manque de rĂ©activitĂ©, manque de motivation des journalistes ») ;
- le livre de PĂ©an et Cohen : 37 % (« le contenu du livre, les rĂ©actions de la directions face aux critiques ») ;
- « choix dans le traitement de l’info » : 37 % (« manchettes “racoleuses“, choix Ă©ditoriaux, manchette sur N. Sarkozy, pensĂ©e unique »).

S’il ne faut pas oublier que des pourcentages infĂ©rieurs Ă  50 % sur l’Ă©chantillon recueilli correspondent Ă  moins d’un quart de l’effectif total des membres de la SRM (50 % de 44 %), il semble, en tous les cas, que les critiques formulĂ©es Ă  l’encontre du contenu et des choix Ă©ditoriaux du Monde, ne proviennent pas toutes de quelques aigris ou de ces critiques dĂ©sobligeants qui sont - cela est fâcheux ! - "extĂ©rieurs" au sanctuaire.

Arnaud Rindel

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