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Assange, krach pétrolier : le complotisme bon teint du Monde

par Eric Scavennec,

Même dans les « grands » quotidiens, trop de complots tuent le complot…

Dans son édition du 13 mars 2020, Le Monde semble embarrassé, dans l’impasse. Poutine est très méchant, c’est entendu. Mais de quelle manière ? Un article est titré « La crise de l’or noir menace les rêves pétroliers de Donald Trump ». Et un inter précise : « Le krach est une catastrophe pour les producteurs du Texas, État décisif pour la réélection du milliardaire américain, en novembre 2020. »

Or qui est responsable de ce krach ? Réponse : « Riyad et Moscou [qui] se sont lancés dans une violente guerre des prix afin de faire plier les producteurs américains de pétrole de schiste. » Un autre article de Benoît Vitkine, spécialiste du genre anti-russe, précise le portrait du suspect : « Le pari de Poutine pour faire plier les États-Unis ».

En somme, Le Monde nous apprend en mars 2020 que Poutine aurait soudainement décidé - et en année électorale qui plus est - d’affaiblir Trump économiquement, de provoquer pour lui une « catastrophe électorale dans un État décisif pour sa réélection ». Le même Poutine qui depuis 2016 n’aurait cessé, selon Le Monde, de s’employer, à coups de fake news et de faux comptes Facebook, à favoriser Trump contre ses rivaux démocrates.

Cette forme de complotisme bon teint a décidément bien sa place dans les colonnes du quotidien de référence. Déjà le 25 février, dans un éditorial annonçant son soutien à Julian Assange (tout en l’accablant de tous les maux), Le Monde se demandait dans quelle mesure le fondateur de WikiLeaks n’avait pas été « piégé par un Donald Trump dont il a aidé l’élection ». Le quotidien laisse entendre que Julian Assange aurait sciemment « diffusé des documents subtilisés par les services secrets russes au Parti démocrate américain afin de discréditer sa candidate ». Et ainsi « aidé » à faire élire Donald Trump ; lequel se serait, par la suite, retourné contre Julian Assange en l’inculpant pour espionnage.

Au passage, Le Monde oublie qu’il n’existe aucune preuve de l’intervention des services secrets russes dans cette affaire. Décidément, même dans les « grands » quotidiens, trop de complots tuent le complot…


Eric Scavennec

 

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