Après avoir confirmĂ© sa position sur la rĂ©gularisation de tous les « sans titres de sĂ©jour », Nicolas Sarkozy ajoute : « Vous avez vu ce qui s’Ă©tait passĂ© dans les banlieues . On voit les difficultĂ©s du système d’intĂ©gration français ; c’est le rĂ©sultat de quoi ? D’une politique d’immigration qui n’a pas Ă©tĂ© maĂ®trisĂ©e . »
Carole Gaessler, en direct, n’a pas rĂ©agi Ă cette affirmation, comme si elle allait de soi. La presse Ă©crite du lendemain, après rĂ©flexion, non plus. Si l’on en croit les extraits d’Ă©ditoriaux sĂ©lectionnĂ©s le 16 aoĂ»t le nouvelobs.com, La RĂ©publique du Centre, L’Est RĂ©publicain, La Provence, Le Journal de La Haute - Marne et La RĂ©publique des PyrĂ©nnĂ©es, ne mentionnent pas ce passage, omis Ă©galement par l’article en ligne du nouvelobs.com. Le Monde, LibĂ©ration, Le Figaro du 16 aoĂ»t 2006 et L’HumanitĂ© du 17 aoĂ»t 2006 relèvent bien tout ou partie de ces propos, mais sans les commenter. Et pourtant, en attribuant « ce qui s’Ă©tait passĂ© dans les banlieues » aux origines nationales des jeunes des quartiers populaires, alors que la plupart sont français et que leurs parents le sont souvent aussi, l’affirmation de Nicolas Sarkozy ne se distingue guère de l’explication par leurs origines proprement ethniques et flatte la xĂ©nophobie voire le racisme [2].
On mesure donc Ă quel point est parfaitement ancrĂ©e dans le cerveau de nombreux journalistes une certitude qui ne mĂ©rite mĂŞme plus d’ĂŞtre discutĂ©e : les conditions d’existence dans les quartiers populaires relèvent du « problème de l’immigration ». C’est mĂŞme une question ethnique. Inutile par consĂ©quent de s’appesantir sur les effets du chĂ´mage et de toutes les discriminations proprement sociales [3]
Mais si Carole Gaessler ne réagit pas aux propos de Nicolas Sarkozy, ne serait-ce que pour lui demander de se prononcer sur une autre version possible, les échéances électorales, réduites à des querelles personnelles et subalternes, mobilisent son intérêt.
Avant dernière question : « Alors on va parler de la rentrĂ©e. La rentrĂ©e prĂ©cĂ©dente Ă©tait sous le signe de la dĂ©sunion entre Dominique De Villepin et vous-mĂŞme , celle de 2006, ce sera quoi, l’union ou la dĂ©sunion, notamment avec des sujets dĂ©licats comme le projet de fusion Suez - GDF ». La question politique pourtant fondamentale de la fusion Suez-GDF n’est pas posĂ©e pour elle-mĂŞme. De quel poids pèse une privatisation du secteur Ă©nergĂ©tique par rapport au « grand sujet d’actualitĂ© » que continue d’ĂŞtre le « duel » Sarkozy-Villepin ? A l’Ă©vidence, pas lourd !
Dernière question : "Le rassemblement [elle reprend le terme de Nicolas Sarkozy qui ne pouvait Ă©videmment faire autrement que de le prĂ©fĂ©rer Ă "dĂ©sunion"]. Alors cet Ă©tĂ©, on vous a beaucoup vu, on a aussi beaucoup vu SĂ©golène Royal, cĂ´te Ă cĂ´te, comme si le match Ă©tait dĂ©jĂ engagĂ©. Vous considĂ©rez que le match Ă©tait dĂ©jĂ engagĂ© ? Le PS et l’UMP n’ont pas encore dĂ©signĂ© leur candidat ».
Bien que Carole Gaessler prĂ©cise que les candidats n’ont pas encore Ă©tĂ© dĂ©signĂ©s par leur parti, elle entĂ©rine les effets d’une « couverture mĂ©diatique » qui anticipe sur cette dĂ©signation et prĂ©sente la campagne pour l’Ă©lection prĂ©sidentielle comme un « match ». Cela promet...
Denis Perais br>
(avec Henri Maler)