En ouverture, ce titre Ă l’Ă©cran : « Sarkozy en campagne », avec ce commentaire en voix off : « Nicolas Sarkozy Ă©tait dans le Haut-Rhin aujourd’hui ; nos Ă©quipes ont suivi le ministre de l’IntĂ©rieur Ă Mulhouse et Colmar. ».
Le prĂ©sentateur relaie aussitĂ´t et lance un premier reportage qui commence par des images de quelques reprĂ©sentants des forces de l’ordre, vigilants comme il se doit, et cette annonce : « PlacĂ©e sous haute sĂ©curitĂ©, la visite de Nicolas Sarkozy n’aura pas failli Ă la règle qu’il s’est lui-mĂŞme fixĂ©e : d’abord, aller au contact de la population, puis rĂ©pondre aux attentes et aux inquiĂ©tudes des Français. » Éloge implicite qui laisse entendre qu’une tentative (ou un simulacre) de rĂ©ponse Ă©quivaut Ă une rĂ©ponse effective.
RĂ©sumĂ© du « contact avec la population » : « Ce midi, durant une heure dans le quartier Drouot [Mulhouse], il a Ă©coutĂ© des jeunes, des acteurs sociaux et des mères de famille, avant de signer quatre conventions sur l’insertion des jeunes, la protection des femmes, l’Ă©ducation, rĂ©pondant au passage Ă SĂ©golène Royal. » Quelle rĂ©ponse ? On voit et entend Sarkozy soutenir l’idĂ©e d’Ă©tudes encadrĂ©es Ă organiser au Collège en fin de journĂ©e. En quoi est-ce une rĂ©ponse Ă SĂ©golène Royal (qui propose une mesure semblable) ? Mystère...
Suit alors une mise en mots d’un consensus rĂ©gional autour de Sarkozy : le ministre s’est rendu Ă « l’invitation de son ami Jean-Marie Bockel [sĂ©nateur-maire PS de Mulhouse], avec lequel il partage certaines idĂ©es mais pas la mĂŞme carte de parti », pour signer un partenariat intercommunal de prĂ©vention et de sĂ©curitĂ©. Et, prĂ©cise le commentaire, « presque tous les Ă©lus du DĂ©partement Ă©taient prĂ©sents ».
Ă€ nouveau, extrait de l’allocution du ministre : « on parle beaucoup des droits, moi j’aimerais qu’on parle des devoirs [...] ». Sans attendre, rendons-nous immĂ©diatement Ă Colmar, pour la deuxième partie de la visite, Colmar oĂą le « chef de l’UMP » a pu entre autres aller Ă l’ouverture avancĂ©e spĂ©cialement pour l’occasion du marchĂ© de NoĂ«l, « un cadeau de Gilbert Meyer [maire UMP de la ville], en attendant un plus beau ... » Comme c’est touchant ! On prĂ©cise au passage qu’unanimement, ou presque, on est « sĂ©duit par le personnage, mĂŞme si quelques opposants ont soigneusement Ă©tĂ© tenus Ă l’Ă©cart ».
Après plus de deux minutes de reportage, retour studio, le prĂ©sentateur officie Ă nouveau : « Et avant de profiter des faveurs des commerçants du marchĂ© de NoĂ«l, Nicolas a inaugurĂ© le nouveau commissariat de Colmar [...] ». Nicolas, tout simplement...
On peut se perdre en conjectures : enthousiasme mal contenu, lapsus provoquĂ© par l’Ă©motion de couvrir un tel Ă©vĂ©nement, ou au contraire un brin d’ironie mal refoulĂ© inspirĂ©e par le personnage du « petit Nicolas » créé par SempĂ© ? Toujours est-il que l’impression demeure d’une connivence poussĂ©e entre le ministre-candidat et les journalistes chargĂ©s de le suivre ce jour-lĂ ...
Après ce haut fait d’armes journalistique, le prĂ©sentateur rĂ©sume l’annonce d’une dĂ©cision de hausse d’effectifs de policiers (Ă Mulhouse et Colmar).
Enfin un dernier « plateau » en direct de Colmar permet de diffuser la rĂ©action (enregistrĂ©e dans la journĂ©e) du ministre suite aux Ă©vĂ©nements violents et tragiques consĂ©cutifs Ă un match de football au Parc des Princes et au journaliste prĂ©sent sur place de s’appesantir quelque peu sur le sens de cette escapade ministĂ©rielle : visiblement autant (si ce n’est plus) celle d’un candidat qui « bat la campagne » que celle du Ministre de l’IntĂ©rieur.
Bilan : presque 5 minutes consacrĂ©es Ă cette visite, prĂ©sentĂ©e sans recul ni nuance digne de ce nom (les opposants colmariens n’ayant Ă©tĂ© Ă©voquĂ©s que tout Ă fait incidemment), pour un JT rĂ©gional que le site Internet de France 3 chronomètre officiellement Ă 11 minutes et 31 secondes (gĂ©nĂ©rique compris). Le ministre a Ă©tĂ© bien servi.
Stanislas
PS. Merci Ă RĂ©gis P. qui nous alertĂ©s sur l’existence de ce bijou.