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Mots et arguments (3)

Scrupules juridiques

Plier le droit Ă  des objectifs de guerre : avec des journalistes pour le cautionner ?

– Le droit international : Claire TrĂ©an sans "Ă©tats d’âme"

Le Monde du 18-19 novembre 2001. Dossier spĂ©cial : "Terrorisme, guerre les armes du droit international". Claire TrĂ©an revient Ă  deux reprises sur la guerre actuelle et le droit international.

1. Dans un un premier article, qui sert d’introduction au dossier, on peut lire notamment, en guise de prĂ©sentation des positions qui critiquent la lĂ©galitĂ© de l’intervention, cette prĂ©sentation "objective :
« (...) les organisations de dĂ©fense des dotis de l’homme, pour la plupart pacifistes d’instinct, invoquaient le droit international pour sauver le monde, mais n’y puisaient comme seule proposition organisationnelle que celle de juger Ben Laden pour crime contre l’humanité… »

Le journalisme d’investigation a ainsi permis de dĂ©couvrir des instinctifs qui veulent sauver le monde par le droit…

Il Ă©tait temps :
« (...) avant que ne soit avĂ©rĂ©e il ya qulques jours la dĂ©route des talibans, la contestation sur al lĂ©gitimitĂ© de l’intervention amĂ©ricaine en Afghanistan montait dangereusement. »

Pour qui ? Pourquoi ? Le journalisme d’investigation l’Ă©tablira une prochaine fois. En effet :
« Les juristes (...) ne peuvent pas dire que le droit de l’ONU a Ă©tĂ© malmenĂ©, comme il dut l’ĂŞtre il ya deux ans au Kosovo, alors que les motifs de l’intervention de l’OTAN Ă©taient pourtant conformes Ă  l’esprit de la Charte puisqu’il s’agissait de metre un terme Ă  des violations massives des droits de l’homme par eless fores serbes. »

Ainsi il "ne peuvent pas dire", ce que certains d’entre eux disent cependant. Ainsi, le doit internationale fut "malmenĂ©", au Kosovo, mais "il dut l’ĂŞtre"…

2. Dans un second article du mĂŞme dossier,- "La question de la lĂ©gitimitĂ© des ripostes aux attentats du 11 septembre -", Claire TrĂ©an après avoir rapidement exposĂ© quelques critiques sur la lĂ©galitĂ© de la riposte amĂ©ricaine, tranche le dĂ©bat avec autoritĂ© :

« (...) la force du consensus politique qui s’est dĂ©gagĂ© Ă  l’ONU dès le 12 septembre a en tout cas privĂ© les Ă©tats d’âme des juristes de toute portĂ©e rĂ©elle.Le 28 septembre, le Conseil de sĂ©curitĂ©, ayant eu cette fois le temps de la rĂ©flexion, adoptait Ă  l’unanimitĂ© une nouvelle rĂ©solution (la 1373) sur la lutte globale contre le terrorisme, dans laquelle Ă©tait rĂ©affirmĂ©e l’autorisation donnĂ©e aux Etats-Unis de riposter par les armes. Le 8 octobre, au lendemain du dĂ©but des frappes en Afghanistan, le Conseil renouvelait encore son appui unanime aux Etats-Unis sous la forme d’une dĂ©claration de son prĂ©sident. Difficile, dans ces conditions, de contester la lĂ©galitĂ© de l’intervention militaire amĂ©ricaine, quels qu’aient Ă©tĂ© par ailleurs les motifs politiques de ceux qui l’ont approuvĂ©e Ă  l’ONU. »

Au passage on apprend ceci :

– « Au fil des semaines, il est apparu (...) que, malgrĂ© certaines dĂ©clarations faites Ă  Washington, le projet de l’administration Bush n’Ă©tait pas de porter la guerre hors d’Afghanistan, en Irak, en Somalie, au YĂ©men par exemple. Si leur venait jamais l’idĂ©e d’un tel projet, nul doute toutefois qu’ils tenteraient de faire valoir la rĂ©solution 1368 pour ne pas repasser devant le Conseil de sĂ©curitĂ©. »

C’est Ă©videmment ne tenir aucun compte des dĂ©clarations expresses et rĂ©itĂ©rĂ©es des responsables amĂ©ricains. Quant Ă  la tentative "faire valoir la rĂ©solution 1368", qui nous dira en quoi elle est lĂ©gale, ou, tout simplement, lĂ©gitime ? Pas Claire TrĂ©an.

– « A partir du 7 octobre, les Etats-Unis entraient en guerre contre le rĂ©gime d’Afghanistan. Ils Ă©taient tenus de respecter les règles des conventions de Genève, de mĂŞme en principe que les autres belligĂ©rants, talibans ou moudjahidins. Pour autant que l’on sache, les AmĂ©ricains ne semblent pas les avoir violĂ©es dĂ©libĂ©rĂ©ment massivement. Cette problĂ©matique humanitaire allait cependant dès lors prendre le pas, dans le dĂ©bat, sur celle de la lĂ©galitĂ© onusienne. »

"Pour autant que l’on sache", mĂŞme un viol pas massif et pas totalement dĂ©libĂ©rĂ©, reste un viol. Pas pour Claire TrĂ©an ?

(Première publication : 22-11-2001)

–  Le Monde et les lois "antiterroristes"

Dans Le Monde du 17 novembre 2001, on pouvait ceci dans un article intitulĂ© " es Quinze progressent dans la dĂ©finition de politiques communes contre le terrorisme." :

« Les ministres de la justice des Quinze, rĂ©unis vendredi 16 novembre Ă  Bruxelles, se sont mis d’accord sur une nouvelle dĂ©finition des actes terroristes. »

Le mĂŞme article ajoute :
« Tenant compte des craintes Ă©mises par de nombreux magistrats, la formule retenue garantit explicitement la libertĂ© d’association, de rĂ©union, d’expression, de manifestation, ainsi que la libertĂ© syndicale. »

Sans doute Le Monde, pressĂ© d’approuver, n’a-t-il pas eu le temps de se livrer Ă  un intense travail d’enquĂŞte. Sinon, il aurait dĂ©couvert que de nombreuses associations n’ont pas eu l sentiment que l’on tenait compte de leurs "craintes" - voir plus pas - et les garanties explicites… ne le sont guère. Bien au contraire.

C’est ce que signale un correspondant d’IndymĂ©dia et de la liste rd-rezo (sur les droits de l’homme) qui nous a autorisĂ© Ă  reproduire ses propos :

« La modification apportĂ©e (qui assurerait prĂ©tenduement la prĂ©servation des libertĂ©s publiques) consiste Ă  ajouter que l’infraction "terroriste" doit nĂ©cessairement avoir Ă©tĂ© commise intentionnellement dans le but de :
"i. gravement intimider une population ou
ii. contraindre indĂ»ment un gouvernement ou une organisation internationale Ă  accomplir ou Ă  s’abstenir d’accomplir un acte quelconque ou
iii. autrement porter gravement atteinte aux, ou dĂ©truire les structures politiques, Ă©conomiques ou sociales d’un pays ou d’une organisation de droit international public"
Contrairemenrt Ă  ce qu’affirme le journal Le Monde cette dĂ©finition est tellement large que le risque d’atteintes aux libertĂ©s publiques reste entier. De nombreuses formes d’activisme, certes pas toujours lĂ©gales mais qui n’ont rien Ă  voir avec le terrorisme (occupations de locaux, fauchage de champs d’OGM, piquets de grève, perturbation de sites web...) sont toujours visĂ©es par cette dĂ©finition du "terrorisme". »

Le Monde dĂ©sinvolte ? Vous n’y pensez pas...

(Première publication : 30-11-2001)

Pour en savoir plus :

1) : Les Quinze progressent dans la dĂ©finition de politiques communes contre le terrorisme. Le Monde, 17.11.01. (lien pĂ©rimĂ©)
(2) : EU Response to 11th September - European Commission action. http://europa.eu.int/comm/external_relations/news/me01_385.htm
(3) : Majority of EU governments want a wide definition of "terrorism", one that could include protests. Statewatch. http://www.statewatch.org/news/2001/nov/13Acounep.htm (
(4) : Appel des Avocats EuropĂ©ens DĂ©mocrates http://hns.samizdat.net/article.php3?id_article=490
(5) : Appel contre le renforcement de l’appareil rĂ©pressif en Europe (ATTAC/ Syndicat de la Magistrature). Les signatures sont Ă  adresser au Syndicat de la Magistrature : syndicat.magistrature@wanadoo.fr

(Première publication : 30-11-2001)

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