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Pinault selon Le Monde : pauvre petit gosse de riche

Le quotidien du soir fait l’Ă©loge de l’hĂ©ritier du groupe Pinault, mais " oublie " qu’il est actionnaire du Monde.

" François-Henri Pinault, l’exigence en hĂ©ritage " : tel est le titre d’un article de deux tiers de page (page " Horizon Gros plan " - sic) dans Le Monde (22 mars 05).

" Pinault Junior (...) aurait pu se contenter de jouer encore longtemps son rĂ´le d’actionnaire Ă  la prĂ©sidence d’Artemis, la holding familiale qui contrĂ´le 44 % de PPR (Pinault-Printemps-La Redoute). Mais c’est bien lui qui a pris la dĂ©cision de rĂ©cupĂ©rer, des mains de Serge Weinberg, les rĂŞnes du groupe PPR ", Ă©crit Le Monde [1].
Que l’hĂ©ritier dĂ©signĂ© du propriĂ©taire-fondateur, François Pinault, prenne la tĂŞte du groupe familial, voilĂ  une " dĂ©cision " oh combien risquĂ©e qui mĂ©ritait en effet d’ĂŞtre saluĂ©e...

Il est vrai que " Pinault senior " est lui aussi du genre casse-cou. Car pour François-Henri, " tout est parti d’un dĂ©jeuner en tĂŞte Ă  tĂŞte avec son père, en mai 2003. Entre deux verres de Château Latour, propriĂ©tĂ© de la famille, François Pinault remet Ă  son fils les clĂ©s de l’empire. Sans hĂ©siter. "
GonflĂ©, non ? Si le lecteur n’avait pas bien saisi Ă  quel point l’opĂ©ration Ă©tait osĂ©e, ce " sans hĂ©siter " de ponctuation est lĂ  pour montrer de quel bois on se chauffe chez les Pinault !

Le reste est du mĂŞme tonneau : " Pour ĂŞtre sĂ»r Ă  100 % de son choix (Pinault père) avait mĂŞme créé Pinault Trustee, un comitĂ© de sages, composĂ© notamment de Jean Peyrelevade et Alain Minc. A eux de jauger François-Henri avant ses 37 ans, de lui dire s’il Ă©tait apte Ă  lui succĂ©der. " Et lĂ , on suppose que le suspense a Ă©tĂ© intenable...

Et " lorsqu’en janvier Serge Weinberg, après avoir dirigĂ© PPR pendant douze ans, a exprimĂ© le souhait de tourner la page, l’hĂ©ritier a senti que le moment Ă©tait venu de se jeter Ă  l’eau. " TempĂŞte sous un crâne... MĂŞme pas une cellule d’aide psychologique ?

En vĂ©ritĂ©, François-Henri est un rebelle. Terminale au lycĂ©e Stanislas, Ă  Paris " pour intĂ©grer une “bonne” prĂ©pa ". " Moyen en maths, il intègre HEC ". Sous-entendu : encore un frustrĂ© de Centrale ou de Polytechnique, comme tout le monde... DiplĂ´me en poche, " en bon HEC, il frappe Ă  la porte des gĂ©ants du marketing, Procter & Gamble et Colgate, avant de cĂ©der aux sirènes paternelles en faisant ses classes dans l’entreprise familiale ". Un traumatisme ; on pense au film " La gifle " (avec Lino Ventura et Isabelle Adjani).

Mais cela ne se passera pas comme ça : " Il a posĂ© une condition : ne jamais dĂ©pendre de son père sur le plan hiĂ©rarchique ". Ainsi, François-Henri ne devra son ascension qu’Ă  ses qualitĂ©s propres ? ! " La seule fois oĂą il a dĂ» lui rendre des comptes, chez Pinault Bois, l’entretien a virĂ© au cauchemar - “chacun voulait prouver quelque chose Ă  l’autre”. " C’est, depuis que le salariat existe, le drame de la condition ouvrière.

" La pression a Ă©tĂ© mise dès ses premiers pas dans le groupe, dans lequel il a fait le tour du propriĂ©taire (sic), en passant par Pinault Bois, CFAO, la Fnac. " Quasiment l’Ă©preuve subie par un Compagnon du Tour de France... " “Je dois ĂŞtre l’un des plus anciens collaborateurs de PPR”, glisse-t-il avec humour. " Il en faut : Ă  cause des plans de licenciement en rafale, de moins en moins de salariĂ©s font toute leur carrière dans la mĂŞme entreprise. D’ailleurs...

" Le parcours n’est pas toujours de tout repos. En 1989, il se retrouve face aux 80 employĂ©s d’une usine Ă  Lamballe (CĂ´tes-d’Armor) pour leur annoncer la fermeture du site. " Surprise, lui s’en sort : c’est eux qui seront mis au " repos ".

Il " aime le contact avec les gens " ; il ne la " ramène " pas ; il est " discret " ; " ce qui l’agace, c’est “le manque de professionnalisme” " ; il est " perfectionniste ". Et, s’il est " fana de montres ", c’est parce qu’il " adore savoir comment les choses fonctionnent "... Bref, grâce Ă  l’article du Monde, on sait tout de François-Henri Pinault. Enfin, de ses bons cĂ´tĂ©s...

Tout, ou presque. Car Le Monde " oublie " d’informer ses lecteurs que Pinault est un des actionnaires... du Monde. A travers Artemis, que l’article mentionnait pourtant dès les premières lignes (voir, sur le site du Monde, en PDF dans le " Portrait d’un quotidien ", page 5 l’organigramme de l’actionnariat : Artemis figure dans le groupe " Le Monde Investisseurs ").

Pourtant, les " règles et usages " Ă©dictĂ©es dans Le Style du Monde (publiĂ© 2002 et volontiers mises en avant par le journal Ă  l’appui de son souci " dĂ©ontologique ") prĂ©cisent (p. 8) :

" Lorsqu’une entreprise actionnaire du Monde est citĂ©e dans un article du journal, cette particularitĂ© est signalĂ©e comme telle soit dans le chapĂ´ de l’article, soit dans le corps, soit en fenĂŞtre. "

PĂ©an et Cohen, dans La Face cachĂ©e du Monde, avaient dĂ©jĂ  relevĂ© que cette règle n’Ă©tait pas respectĂ©e Ă  propos de Pierre Lescure (lire Le Monde censure son mĂ©diateur). Les directeurs de la rĂ©daction passent, " penser contre soi-mĂŞme " reste un combat quotidien.

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