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Médias en guerre ? "Peuvent à peine mieux faire"...

Que ceux qui pouvait craindre que la critique des médias entre eux vienne tempérer l’enthousiasme de chacun d’eux pour son propre « travail » se rassurent : de pénétrantes enquêtes prouvent que la couverture médiatique de la guerre fut aussi exemplaire que celle des attentats !

Quand Le Monde scrute la télévision française…

Sous le titre « Les chaînes françaises prudentes dans leur couverture du conflit », Bénédicte Mathieu, dans Le Monde daté du 25 octobre, résume dès la première phrase de son article le résultat de sa patiente enquête : « Les erreurs de la guerre du Golfe et du Kosovo en mémoire, les journalistes travaillent aujourd’hui avec plus de retenue sur les images venues d’Afghanistan et avec précision dans le choix des mots. " »

Par le plus étonnant des hasards, nous apprenons ainsi que des « erreurs » avaient été commises - celles de la guerre du Golfe ayant été abondamment « autocritiquées » - pendant la guerre du Kosovo, alors que la plupart des journalistes - publiquement, du moins - s’étaient « autosatisfaits » sans retenue.

Les télévisions, il est vrai, multiplient aujourd’hui les signes de prudence. Faute de disposer d’images et d’informations suffisantes, elles traitent avec une certaine distance les images et les mots. Mais comment ?

L’article du Monde nous réserve alors une seconde surprise. Pour savoir ce que fait la télévision, il suffit d’interroger quelques grands reporters et responsables de l’information et de faire confiance à ce qu’ils disent faire, ce qu’ils croient faire ou ce qu’ils affirment tenter de faire. Pour analyser l’information télévisée inutile de regarder et d’écouter les émissions : il suffit d’interroger les journalistes.

Que leurs propos soient dignes d’intérêt, il suffit de lire l’article pour s’en convaincre. Que ces propos permettent d’évaluer les émissions de télévision, seuls peuvent en douter … ceux qui les regardent.

(Première publication : 25-10-2001)

Quand Le Monde observe les télévisions étrangères

Le Monde nous propose régulièrement une rubrique intéressante : « Vu sur Al-Jazira ». Impossible de la discuter, s’il le fallait, quand on ne regarde pas - comme c’est notre cas - cette chaîne.

Mais comment ne pas se poser la question suivante : Pourquoi Le Monde ne nous propose-t-il pas une chronique régulière qui s’intitulerait « Vu sur CNN » ?

(Première publication : 3-11 2001)

Quand le médiateur du Monde décrypte Le Monde

Le Monde ne laisse à personne le soin de faire son propre éloge. Et au sein du Monde, c’est le médiateur - Robert Solé - qui, comme pour la guerre du Kosovo, se charge de cette "médiation".

Ainsi, dans Le Monde des 28-30 octobre 2001 (p. 21), on peut lire ceci, à propos du courrier des lecteurs :
« Même si les compliments sont rares dans cet exercice épistolaire, on sent bien, au travers de quelques commentaires, que la "couverture" des événements postérieurs au 11 septembre est appréciée pour sa richesse et sa diversité. Le journal n’a pas lésiné sur les colonnes. Il a, pour la première fois, abordé un sujet tabou, l’islam, sans se contenter des articles rituels sur le manque de mosquées ou l’organisation du ramadan. »

Fort bien. Mais on croyait que le rôle du médiateur était aussi de répondre à quelques critiques ...

(Première publication : 1-11-2001)

Quand Marianne autocritique les médias

Dans Marianne (semaine du 29 octobre au 4 novembre 2001), un article de Thomas Vallières : « Les médias disent-ils la vérité « (p. 14-15). Etonnant article où abondent les remarques bien ajustées et les approximations, voire les contradictions les plus flagrantes.

L’article commence ainsi :
« La campagne militaire contre l’Afghanistan aura au moins eu ce résultat que les médias audiovisuels devenus plus prudents et plus circonspects, ont reconnu qu’ils s’étaient fait totalement manipulés à l’occasion de la guerre du Kosovo. ».

Plus prudents et plus circonspects, sans doute. Mais on attend encore un bilan explicite et sans complaisance non seulement des " dérapages " mais de l’ordinaire médiatique qui a prévalu pendant cette guerre.

En revanche, on ne peut qu’approuver les phrases suivantes :
« Or, au temps de la guerre du Kosovo, que disait-on ? Qu’on avait menti, certes, pendant la guerre du Golfe, mais qu’on en avait tiré des leçons ! Il faut donc toujours une nouvelle guerre pour qu’on admette avoir trompé son monde lors de la précédente. ».

Approuver, à une réserve près : les emportements médiatiques ne relèvent pas seulement du mensonge : de la volonté de dire le faux en connaissant le vrai.

Et Thomas Vallières de poursuivre :
« Et cette fois ? Il est incontestable qu’on a rompu avec la logomachie propagandiste à laquelle, d’ailleurs, s’étaient aller à l’époque moins les chaînes privées que les chaînes privées. »

Passons sur la comparaison entre les chaînes : il est loin d’être sur - mais il faudrait vérifier - que la propagande de guerre ait été moindre sur TF1 que sur France 2. Faut-il croire vraiment que la rupture (au demeurant partielle) avec la logomachie suffise à rompre avec la propagande ? Il suffit de constater comment les télévisions se sont installées dans l’évidence et la banalité d’une guerre sans informations et sans images pour se poser quelques questions…

A l’appui du satisfecit qu’il décerne, Thomas Vallières explique :
« Alors que, hier, toute " horreur " rapportée par un réfugié kosovar était prise pour argent comptant et immédiatement répercutée, et même parfois amplifiée ; aujourd’hui, les récits des réfugiés afghans sont traités avec prudence et recul. »

Est-ce être exagérément soupçonneux que de se demander si la prudence et le recul observés aujourd’hui ne sont pas liés aussi … au fait que les réfugiés fuient les bombardements américains ? La prudence qui relativise peut produire, intentionnels ou non, des effets de propagande insidieux.

Thomas Vallière enfin, au risque d’apporter sa propre contribution à l’autosatisfaction de rigueur, affirme sans détours :
« Quant à la couverture de la " guerre " par les grands quotidiens, elle est, cette fois, exemplaire ».

Exemplaire : c’était déjà ainsi que la presse se jugeait elle-même … lors de la guerre du Kosovo.
Toute la suite de l’article accumule les exemples qui, à tout le moins, mettent en évidence une multiplication - exemplaire … - d’emballements imprudents et d’excessifs reculs. A lire.

(Première publication : 2-11-2001)

Arrêt sur Daniel Schneidermann


Le Monde Télévision, 4 et 5 novembre. Daniel Shneidermann éditorialise sous le titre « Effort de guerre ». Cela commence par une légère tristesse : « Peu à peu, la guerre sort de notre champ de vision. »

Et Daniel Schneidermann de constater qu’en l’absence de nouvelles de la guerre, en ce début novembre, il a bien fallu qu’à la télévision une émotion chasse l’autre : une tuerie à Tours, la mort d’un championne de ski,

Mais, à mi-parcours de l’article, l’enthousiasme prend le dessus :
« Dans cette machine à fabriquer de l’oubli qu’est la télévision subsistent quelques îlots de vigilance. »

Et renonçant à brider notre impatience, Daniel Schneidermann nous communique aussitôt l’adresse de l’un de ces îlots :
« Ainsi LCI a eu l’idée simple mais bienvenue, de créer une émission spéciale, "Un jour en guerre", chaque soir peu avant le "20 heures" des "grandes" chaînes. »

Qu’importe si l’îlot est désertique, Daniel Schneiderman est content : « Les commentaires sont courts et percutants, les séquences se succèdent, les images s’expriment seules ou presque.  ». Ah ! les images ventriloques !

C’est le moment choisi par Daniel Schneidermann pour nous préparer à subir la morale de sa fable. A lire plusieurs fois :
« Que signifie, pour les médias, participer à l’effort de guerre ? Non point fermer les yeux sur les erreurs, les tâtonnements, les bavures de la riposte américaine. Les ouvrir, au contraire. Mais les ouvrir jour après jour, avec endurance, sans oublier l’image originelle de l’agression du 11 septembre. ».

Aucun Etat-major ne saurait se plaindre d’une telle indépendance !

Moralité :
« Une fois de plus, c’est une chaîne privée qui remplit la première une authentique mission des service public. »

Quelle mission ? « Participer à l’effort de guerre »...

(Première publication : 21-12-2001)

Chaque guerre est ainsi l’occasion d’une perfection supplémentaire…

 

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