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« Malik Oussekine n’a pas reçu de coups de la police » : la fake news d’un directeur du Figaro

par Frédéric Lemaire,

Lundi 5 août, le directeur adjoint du Figaro Magazine, Jean-Christophe Buisson, intervenait dans « On refait le monde » sur RTL. L’occasion d’asséner plusieurs contrevérités sur la mort de Malik Oussekine, étudiant tué par la police en 1986, sans être jamais contredit. Un épisode qui montre une nouvelle fois que les producteurs de « fake news » ne sont pas toujours dépourvus de carte de presse…

Jean-Christophe Buisson est formel ce 5 août au micro de RTL : si tout le monde considère que Malik Oussekine a été victime de violences policières, « ce n’est factuellement pas le cas ». Et le directeur adjoint du Figaro Magazine de préciser que l’étudiant n’aurait « pas reçu de coups » et qu’il serait « mort avec son problème d’insuline ». Peu importe que l’autopsie réalisée alors concluait « à un décès consécutif à un état de choc », des suites de coups reçus dans les côtes selon l’article du Monde du 9 décembre 1986. Ou que les policiers en cause aient été condamnés par la justice.

Sur le plateau de RTL, aucune contradiction... au contraire, le présentateur Vincent Parizot semble acquiescer aux propos de Jean-Christophe Buisson (« C’est mieux de réagir un peu à froid, vous voulez dire »), laissant entendre que les critiques faites à la police à propos de la mort de Steve Maia Caniço sont hâtives. « Quand on réagit à chaud, on dit souvent des bêtises » ajoute, très inspiré, un autre invité.



Face au tollé provoqué par la séquence sur les réseaux sociaux, Jean-Christophe Buisson sera finalement contraint de publier des excuses sur Twitter :



Des excuses également relayées le lendemain à l’antenne de RTL ; mais qui s’avèrent plus que légères et nuancées, puisque le directeur adjoint du Figaro Magazine ne reconnaît toujours pas que l’étudiant a été tué par la police (sinon « à la suite d’une intervention policière »).

Interrogé le lendemain par Checknews, celui qui se considère comme « polémiste » précise qu’il a « parlé trop vite »... mais il persiste et signe cependant, en remettant en question la « vérité judiciaire » et le bienfondé de la décision de justice qui a condamné les policiers. Jusqu’à établir un parallèle entre le dossier Oussekine… et l’affaire Dreyfus. Sans bien sûr apporter le moindre élément de preuve.

Outre l’indécence des propos de Jean-Christophe Buisson, cet épisode montre comment les journalistes des grands médias, qui se targuent de jouer le rôle de rempart contre les « fake news », en sont parfois les premiers producteurs ou propagateurs. Il illustre également le rapport contrarié aux faits de certains journalistes ou éditorialistes réactionnaires, que nous avions évoqué dans un précédent article :

Les exemples sont légion, d’Ivan Rioufol affirmant que « 50% des jeunes musulmans des cités se réclam[ent] de l’État islamique » sur la base d’un sondage inexistant [1] à Éric Zemmour ou Charlotte d’Ornellas, grands agitateurs des peurs sur « l’immigration massive » qui brandissent régulièrement l’épouvantail des 400 000 ou 200 000 nouveaux étrangers de plus par an. Quand bien même des contradictions sont (parfois) apportées en plateau, ces idéologues n’en ont cure (« les téléspectateurs se feront leur opinion », est leur mot d’ordre), et surtout, répètent sur le plateau suivant l’affirmation démentie sans que cela n’émeuve les présentateurs.

Les débatteurs ont certes le droit d’exprimer leur opinion. Mais les journalistes ont quant à eux le devoir de ne pas les laisser complaisamment dire n’importe quoi. Autant les « polémiques », les « clashs » et les « dérapages » font les bonnes audiences ; autant ils noient un peu plus le débat médiatique sous les contrevérités et les obsessions réactionnaires.


Frédéric Lemaire

 

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Notes

[1Sur un plateau de Pascal Praud (CNews). Voir, notamment, ce papier de L’Express.

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